Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 40 : Sortilège 40 : le choix

10153 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 13:39

Le Belge fit apparaître une psyché pour vérifier son apparence et sa tenue. Pour un jeune garçon enseveli quelques heures auparavant, donné pour perdu, il s’en tirait à bon compte. Il commit quelques pas dans la chambre. Son genou lui soutira des rictus de souffrance. Il consulta sa montre à gousset. Il était près de 22h00. Il ferait illusion au moins deux petites heures. En revanche, dimanche matin, il fuirait la séance de course dans le bois, en dépit des protestations d’Umbelina. Il esquissa quelques pas supplémentaires et quémanda :

— Sondeur, puis-je avoir un bâton de la taille d’une canne ?

La demande fut satisfaite. Il emprunta l’escalier menant à la salle blanche, éjecta sa baguette et lança plusieurs Diffindo pour arrondir l’extrémité la plus large afin qu’elle ressemblât à un pommeau. Satisfait, il redescendit en prenant appui sur la canne et se rendit à la fête.

Lorsque Laurine et Eugénie l’aperçurent, venant cahin-caha du pavillon nord, mal en point, elles se précipitèrent à son secours.

— Hercule ! s’exclamèrent-elles de concert. Où étais-tu passé ?

— J’ai eu un accident. Enfin… Le système de Transportation a connu une grave défaillance qui a causé la mort d’un homme et des blessures sévères à une sorcière ainsi qu’à votre serviteur.

— Si tu préfères, Hercule, on peut rester au pavillon, avec toi, proposa Laurine.

— Ouais, t’es pas obligé, p’tit gars, confirma Eugénie.

— Ainsi, je ne profiterais pas des agapes, de la musique et surtout de vos rayonnantes tenues ? Hors de question.

— Bon. Tu restes à la fête mais laisse-nous prendre soin de toi.

— On va te chouchouter !

— J’accepte. Néanmoins, je vous ferai danser. J’ai promis. D’autant plus que vous êtes, toutes les deux, absolument renversantes. À ce propos, vous êtes-vous entendues sur vos tenues ?

Alors que le trio approchait de l’immense tente, la lumière artificielle baigna leurs robes de soirée et en révéla les coloris chatoyants.

— Non, répondit Eugénie.

— Pas de voyance à ce sujet, ajouta Laurine.

— Ne remarquez-vous pas un détail extraordinaire, commun à nos trois tenues ?

Elles le détaillèrent des pieds à la tête. Il était d’une élégance totale et avait soigné chaque accessoire, comme ses fabuleux boutons de manchettes en Vif d’or, vrombissant.

— C’est la soirée du drapeau belge ? remarqua Sigrid, venue à leur rencontre en compagnie de Jacques.

— Quoi ? firent les demoiselles.

— Oui, c’est évident. Hercule porte du noir, du jaune et du rouge. Eugénie, ta robe est carmin, tes escarpins sont noirs et ta couronne de boutons d’or tressés complète le tableau.

— Oh ! Et Laurine a osé des chaussures rouges avec sa robe noire, tandis qu’elle a agrafé une rose jaune à sa bretelle.

— La Belgique à l’honneur, détermina Jacques. Dis donc, tu n’as pas l’air en forme ! Tu transpires.

L’enfant s’empara d’un carré de tissus dissimulé dans la poche de son pantalon et essuya son front qui perlait. Il mit sa réaction sur le compte de l’excitation, du contre-coup de l’accident et des braseros disséminés par le concierge pour maintenir une température acceptable.

Le Gerbera se rassembla autour de lui. Hercule leur exposa une synthèse de l’enquête et rapporta ses tribulations récentes. Il leur promit une kyrielle de friandises rapportées de la Place Cachée. Il adressa ses plus sincères félicitations à Sigrid pour l’application des méthodes scientifiques ; elle regretta de ne pas avoir pu enquêter davantage afin de découvrir l’identité du criminel ayant attenté aux jours du docteur Beauxbâtons. Aux dernières nouvelles transmises par la directrice, l’état comateux du médicomage était stationnaire mais désespérant.

Sigrid avait songé, à posteriori, à un relevé d’empreintes sur l’armoire à pharmacie de l’infirmerie mais le criminel, ayant ingurgité du Polynectar pour commettre la substitution, avait hérité des empreintes digitales d’Alfred. La piste aboutissait à une impasse. Hercule avait décidé de ne pas perdre espoir.

— Katarina et moi, nous serons en stage à Bonpied, à Pâques. C’est le lieu concentrant le plus de praticiens ayant prêté serment. J’en profiterai pour interroger le personnel et je déterminerai qui a des accointances avec les suprémacistes.

— C’est une personne passée par l’Académie, déclara Sigrid. Elle peut être étrangère, ce qui expliquerait qu’elle n’a pas formulé une seule réponse lorsque madame Cacheton lui a adressé la parole. Pour ne pas trahir sa voix ou son accent.

— C’est juste. Le nombre de suspects est élevé. Il faut que les Aurors soient sur le coup et…

— Hercule.

— Oui, Laurine ?

— Tu as promis de rester tranquille. Alors, assieds-toi et laisse-nous faire.

— T’as entendu la dame, p’tit gars ? Assis, pas bouger ! ordonna mademoiselle Greengrass.

— J’obéis, concéda le garçon en s’emparant d’un siège libre.

Il se laissa choir sur l’assise et observa les danseurs, les groupes formés d’élèves, les associations d’enseignants. Il admira son couple portugais favori en train de se déhancher au son de la musique. La robe à lamelles mouvantes d’Umbelina était un chef-d’œuvre dont il était incapable de déterminer la teinte sombre. Tantôt bleu nuit, tantôt émeraude, anthracite ou marron. Selon l’angle de vision, la princesse, sur un nuage, apparaissait en grenat ou en violet.

Laurine revint avec un grand verre de jus de fruits. Eugénie ramena deux assiettes remplies à ras bord de saucisses, saucissons, pâtés en croûte, salades composées et de douceurs sucrées.

— Merci, Laurine, Eugénie. Vous êtes adorables.

Il attrapa les offrandes et les posa sur un coin de table. Il plongea sa main dans la poche intérieure de sa veste de costume.

— Eugénie, j’ai une chose à vous remettre. C’est un cadeau honorifique de monsieur de Franjac mais… il vous revient de droit.

Il lui tendit l’écusson doré des Aurors, composé de trois baguettes croisées, surmontées par un aigle aux ailes déployées. Il avait brièvement appartenu à Pierre Bratel. Son amie fut émue aux larmes. Elle fut incapable de prononcer une parole et le remercia d’une inclinaison de la tête. Puis, elle chercha Max dans la foule et le trouva, riant avec Sean McFlurry, sous les yeux passifs d’Elvira.

Hercule se restaura enfin et apprécia la nourriture concoctée pour la fête. Il se régala aussi de l’élégance des tenues de tous les participants. Il soupira d’aise en découvrant Noël Millefeuille, en compagnie de Roxane Delacour, tous deux vêtus de blanc. Le garçon portait son écharpe rouge d’Aloysia pour protéger sa gorge du froid. Il les trouva complices, assortis à merveille. Roxane paraissait heureuse que les courriers aient convaincu le garçon de poursuivre sa scolarité dans l’Académie.

Le Belge découvrit avec amusement qu’Andrea n’était pas resté longtemps sans cavalière. Une ribambelle de jeunes et d’aînés l’entourait, dévorant sa narration de tours pendables joués à ses parents. Séraphin était au bras de Barthélémine et bombait le torse. À ses yeux, il était accompagné de la plus magnifique cavalière de l’Académie. Hercule partageait cet avis : la plus belle mais aussi la plus dangereuse. Qu’adviendrait-il de son enthousiasme lorsqu’il découvrirait, tôt ou tard, la condition de la jeune fille ? Séraphin serait compréhensif, attentif. Son cœur était sa plus grande force mais aussi sa faiblesse. Il était incapable de faire du mal.

Événement inconcevable, l’adorable Valentine, vêtue de rouge éclatant, n’avait pas de compagnon pour la faire danser alors qu’elle avait démontré ses talents pour cet art, en cours, avec Dune. Les prétendants étaient-ils pétrifiés par la survenue de nouvelles chimères engendrées par l’esprit de la Suissesse ? Craignaient-ils qu’elle fasse une rechute alors que la présence nocturne du Baku l’avait apaisée, nuit après nuit ? Hercule remarqua une personne esseulée, timide, évanescente dans sa robe blanche. Il avait maintes fois eu l’occasion de constater son introversion, tant à l’Académie qu’en famille. Plus la foule autour d’elle était importante, plus elle se repliait dans son univers.

« Univers » était le mot parfait pour la qualifier, car elle avait souvent la tête dans les étoiles. Astres lumineux dont elle avait parsemé sa chevelure, ce soir. Le cadeau, pour la récompenser de sa gentillesse et de son accueil chaleureux, lui seyait tellement. Le garçon attrapa sa canne et se redressa. Il avança jusqu’à Valentine et lui chuchota :

— Je vous aurais bien fait danser et rire en vous narrant quelques blagues sorcières, mais j’ai remarqué une personne qui en meurt d’envie.

Elle leva les yeux sur lui, interrogative :

— Qui, Hercule ?

— Sidonie Delacour.

— Sidonie ?

— C’est une rêveuse, comme vous. Elle est passionnée par l’espace. Je suis sûr que vous partagez des points communs. Parlez-lui du Zodiaque, des étoiles. Vous les verrez scintiller dans la prunelle de ses yeux.

— Tu crois ?

— Essayez…

La jeune Suissesse se leva et embarqua son siège pour le poser près de la cadette de Roxane. Le visage de Sidonie s’illumina.

Satisfait, Hercule posa sa canne et intercepta Laurine. Il prit ses mains et l’entraîna dans une valse étourdissante, serrant les dents pour ne pas se laisser submerger par la douleur. Mademoiselle de Clermont-Tonnerre se révéla être une danseuse prodigieuse, ayant le rythme et la cadence chevillés au corps. Elle avait reçu des leçons en la matière. À quelques mètres de là, une paire d’yeux les jalousa à en perdre raison. Émilie Boulanger fit exploser son verre de rage.

Minuit allait bientôt retentir. La fête battait son plein et le bonheur se lisait sur les visages. Hercule, assis sur une chaise, était épuisé. Il s’épongeait le front à intervalles de plus en plus courts. À quelques pas de lui, Valentine et Sidonie reproduisaient le drapeau suisse, Sidonie, de blanc vêtue, se tenant bras tendus en croix devant sa camarade, en rouge. La vision l’amusa et il leur signifia, en désignant ses trois couleurs, avoir compris leur manège. Il tourna la tête et s’aperçut que Laurine était figée face à un saladier transparent rempli de citronnade. Eugénie sentit qu’un drame se préparait. Elle délaissa Marcello di Maggio dont elle martyrisait les pieds à contre-temps – sur l’échelle de la danse, Hercule plaçait ses deux cavalières à chacune des extrémités – et se précipita pour rattraper Laurine. Hercule fit l’effort de les rejoindre. La jeune voyante, perdue, tituba comme si elle avait sifflé la réserve entière de Bièraubeurres du professeur McFlurry.

— Que se passe-t-il, Laurine ? Accrochez-vous à nous !

Ils la conduisirent jusqu’à une chaise où elle s’affala. Elle murmura :

— J’ai vu ce qui va se passer.

— Quoi ? Quand ? Où ? questionna Eugénie.

— Je… veux bien… de l’eau.

Le garçon alla lui chercher un verre avec des glaçons. Elle reprit ses esprits après deux gorgées :

— Il va y avoir une altercation. Rosier, sa bande. Noël… Hercule, tu vas…

— M’interposer ?

— Oui. Ça a commencé…

— Restez près d’elle, Eugénie.

Hercule chercha Noël sous le Tivoli mais ne le trouva pas. Il se glissa dans le hall du château, vérifia dans le couloir côté Sondeur, sous l’escalier et dans le restaurant. Il fonça à l’extérieur et contourna la fête sous l’immense tente. Il découvrit un attroupement au pied du pont surplombant la Rivière Enchantée. Roxane était désarmée, ceinturée par de Valmy tandis que Rosier et d’Arcy tenaient le garçonnet en joue. Sigrid prévint Dune et Wilfried que du grabuge sérieux se préparait. Agathe, revenue de l’hôpital, leur emboîta le pas. Ils entendirent le Belge hurlant l’ordre à Rosier et ses sbires de déguerpir. Le maigrichon suprémaciste le traita de traître à son sang et de misérable vedette.

— L’Académie en a plus qu’assez de vous, infâme suprémaciste, odieux assassin !

— Quoi ? De quoi tu m’accuses, minus métèque ?

— Le docteur Beauxbâtons a été victime d’une usurpation d’identité, grâce à du Polynectar. Il aura suffi d’un cheveu de notre médicomage. Un follicule prélevé dans son bureau par un complice qui a eu l’idée de provoquer une plante pour être envoyé à l’infirmerie, laissée sans surveillance pendant que ce crétin – il désigna René Lebrun – se jetait dans les bras d’un Filet du Diable dopé avec une potion ! D’ailleurs, qui nous dit que ce n’est pas vous qui avez placé la Mort-vivante dans l’armoire à pharmacie ?!

— C’est impossible ! Seul un médicomage…

— … le pouvait ! En effet. Une information connue des enquêteurs et des assassins. Seulement d’eux.

Agathe, Dune et Wilfried n’en crurent pas leurs oreilles. Le Belge venait d’acculer Rosier à avouer la vérité. L’Urticant efflanqué, plus gominé qu’à l’accoutumée, pointa sa baguette en direction du Belge.

— Tu vas me le payer cher !

— Non ! vociféra Hercule. Votre venin, vos manigances et votre harcèlement vont prendre fin. Lorsque la cloche sonnera le douzième coup de minuit, le Sondeur choisira la vérité et la justice. Noël rejoindra l’ordre Gerbera. Son écharpe blanchira. À minuit, tous les écrits, toutes les connaissances relatives à la potion gazeuse destinée à tuer en masse tout ce qui n’est pas suprémaciste, tout sera anéanti. J’en fais le serment. Le Sondeur, âme éternelle de l’Académie, aura fait son choix.

Rosier fut si furieux qu’il lança une attaque contre le Belge. Ce dernier avait déjà éjecté sa baguette. Campé sur le bois du pont, il para le sort d’un Protego silencieux. Il se sentit investi d’une force surnaturelle. Un premier tintement de cloche se fit entendre. Rosier, d’Arcy et Lebrun se mirent à trois contre lui, mais il neutralisa leurs agressions. Nouveau tintement de cloche. Le Belge lança un Protego Totalum. Une dizaine de suprémacistes vinrent grossir les rangs. Ils bombardèrent le dôme de protection pour le faire céder. La volonté d’Hercule demeura inébranlable. Le bouclier encaissa sans vaciller.

— Rosier ! Ça suffit, vous tous ! Posez vos baguettes, cria Agathe.

Mais, tels des fauves affolés par la vue du sang, les sorciers étaient sourds aux injonctions. Wilfried dégaina, prêt à faire plier les rebelles par la force. Elvira et quelques enseignants avaient entraîné des élèves à leur suite. Dune les pria de ne pas intervenir. Roxane, profitant de la distraction engendrée par le Belge, retourna son coude dans le nez du boucher de Lorraine et lui écrasa les pieds d’un coup de talon. Elle récupéra sa baguette. Elle se débarrassa de son tortionnaire et vint se ranger aux côtés de son camarade pour repousser les attaques. Bientôt, ce fut tout le Gerbera qui renforça le dôme de protection.

Au douzième coup de cloche, l’inscription au fronton du château rougeoya. Des serpentins écarlates fusèrent à travers le domaine, dans la bâtisse et les pavillons Aloysia, Lonicera et Urtica. L’écharpe rouge portée par Noël blanchit. Toute trace ou mention de la potion gazeuse fut anéantie. Toutes les mixtures essayées furent vaporisées.

— Non ! vociféra Rosier. Non ! Non ! Non ! Tu vas crever, sale Belge ! Sanguis Ex…

— EVERTE STATUM ! répliqua Hercule.

Le sort atteignit son adversaire de plein fouet. L’intensité et la rage imprimées par la baguette d’amourette, traduisant le dégoût éprouvé par le garçon pour l’ignoble échalas, furent telles que l’adversaire déchira la toile de la tente, qu’il traversa la largeur et s’écrasa comme une figue trop mûre contre les marches du perron.

Dune agita enfin sa baguette. Les supporters de Rosier furent aussitôt désarmés. Elle récolta les auxiliaires de magie et les fourra dans une poche sans fin dissimulée à l’intérieur de sa robe écarlate, comme il se devait. Puis, elle régla la puissance de sa compagne de bois en faisant pivoter la molette, ce qui n’échappa pas à Hercule.

Agathe pria madame Cacheton de ramasser Rosier et de le confiner à l’infirmerie en le ligotant. Elle demanda à ce que la baguette du suprémaciste lui soit remise. Ensuite, elle convoqua, en salle de réunion, tous les protagonistes ayant pris part au combat. Le Gerbera s’y présenta au complet, y compris Jacques, même s’il s’était contenté d’allonger un uppercut anthologique lorsque de Valmy avait repris ses esprits. La salle devint vite trop exiguë lorsque les rangs du Gerbera furent grossis par les ralliements spontanés de Barthélémine, Valentine, Sidonie, Jo, Bianca, Charlotte, Marcello, Louis, Karl, Juan et bien d’autres. En revanche, l’ennemi ne gagna aucun supporter, les spectateurs adhérant aux thèses racistes sentant le vent tourner. Pire : de Luca Rosso et Rostang de Hautefeuille n’avaient pas participé au coup de force mené contre Noël, puis Hercule. Le teint des dix vira au cramoisi lorsque les professeurs Dornier et de Franjac se tinrent sur l’aile gauche du Gerbera, près d’Eugénie et d’Umbelina. Agathe, rouge pivoine, prit la parole sous le coup de la colère, entourée de ses référents en fixant les agresseurs :

— Jamais, en presque quarante années d’enseignement, je n’avais vu un spectacle aussi affligeant. Ce que vous avez accompli, est inadmissible. Je ne tolérerai plus aucun acte de cette nature. Que cela soit clair : vous vous trouvez dans une école. C’est un lieu d’apprentissage, de convivialité, de développement et d’échange. Les croyances, les doctrines n’ont aucune place à l’Académie. Les complots meurtriers me révulsent. Je ne conçois pas qu’à vos âges, on puisse éprouver autant de haine et faire usage de sorts ou de potions maléfiques. N’imaginez pas vous en tirer avec un sermon. À cette heure, vous êtes renvoyés de l’Académie pour un mois. Trente jours afin de mesurer la gravité de vos actes et de revenir l’esprit clair, le cœur désempli de haine, pour rattraper un mois de FONTE obtenues lors des contrôles de janvier. Croyez-moi, les enseignants se feront une joie de les multiplier pour plomber vos moyennes.

Elle inspira et expira avant de poursuivre :

— Les Aurors vont enquêter sur chacun de vous et sur vos familles. Vous quitterez l’Académie dès 7h00. Quant à votre meneur, dès qu’il sera sur pieds, il recevra un châtiment spécial pour usage d’un sortilège destiné à blesser, voire à tuer.

Elle se tourna vers Hercule et ses défenseurs, près d’une trentaine d’individus entassés.

— Je vous félicite pour le sang-froid dont vous avez fait preuve, vous contentant d’assurer votre protection, grâce à un Protego Totalum collectif. Hercule, je justifierai ta réponse appropriée à un sortilège proscrit, à défaut de valoir un aller simple pour Fengsel. Je loue ton plaidoyer et ton action intelligente pour amener le Sondeur à prendre fait et cause pour l’Académie. Je vais aussi prendre mes responsabilités et devant témoins : les théories suprémacistes n’ont pas leur place. Notre ancien directeur avait banni fantômes et spectres. Je bannis le suprémacisme. Désormais, les aptitudes sorcières ne seront plus le critère principal pour recevoir nos enseignements. Le cœur, les qualités humaines seront essentielles pour devenir un bon sorcier ou un fantastique et talentueux Cracmol. Si certains d’entre vous ont un problème avec la politique de cette institution, je suis prête à désactiver la grille nord dès maintenant et je les invite à ficher le camp sur-le-champ.

Elle laissa à l’auditoire le temps de digérer ses paroles. Puis, elle lança un nouvel assaut :

— Le Sondeur a officialisé le Gerbera comme l’ordre des défenseurs de la vérité et comme celui des chantres de la liberté de penser. Si, dans l’avenir, de nouvelles pressions sont exercées à l’encontre d’élèves, que des menaces sont proférées envers eux ou leurs familles, je me réserve le droit de les marquer du sceau de l’infamie, tel que c’est pratiqué à l’école Mahoutokoro. Notre élève japonais pourra vous éclairer à ce sujet. J’ai effectivement la possibilité d’ajouter, sur chacun de vous, une marque magique inaltérable engendrant une exclusion du pavillon l’hébergeant. Ainsi, le contrevenant éprouvera, en dormant dehors, ce que Noël Millefeuille a dû endurer pendant deux mois, par votre faute. Il a même songé à abandonner l’Académie pour se préserver ainsi que sa famille. C’est infect et je vous le ferai subir si d’aventure, vous tentez de transformer ce lieu en arène de combat.

Elle se tourna vers la référente du Gerbera et demanda :

— Dune, pourriez-vous rendre les baguettes aux agresseurs ?

— C’est fait, Agathe.

Plusieurs suprémacistes palpèrent l’intérieur de leurs vestes ou capes pour découvrir que leurs ustensiles de magie avaient repris leurs places. Hercule haussa les sourcils, estomaqué de ne rien avoir vu des manigances de la femme. La professeure Dunne avait un pouvoir qui dépassait sa compréhension. Ce n’était pas une sorcière : c’était le produit de la magie, comme un djinn féminin.

— Vous, là, vous filez dans vos chambres et vous préparez vos bagages. Vous videz les lieux. Départ à 7h00. Est-ce clair ?

Ils opinèrent.

— Quant aux autres, il n’est que 0h30. Vous avez jusqu’à 2h00 pour vous amuser, boire, manger, danser. Allez ! C’est un ordre, bon sang !

La salle fut évacuée et la fête reprit ses droits. Hercule, en sueur, à court d’énergie, avança avec une telle lenteur que Shin l’attendit tous les cinq mètres. Le Belge sentit qu’il était temps de s’économiser. Le Japonais lui dit :

— Hercule-San, vous êtes aussi livide qu’un Yürei. Un fantôme. Vous devriez rester assis. Vous avez déployé une énergie démesurée pour vous protéger. Vous avez vidé vos réserves avec cet Everte Statum. Je n’imagine même pas comment vous tenez encore debout après avoir généré une protection aussi résistante. Voilà. Asseyez-vous. Voici votre canne. Bien… Katarina, Sigrid et moi, nous allons là où vous savez, pour récupérer les affaires de Noël. Ce soir, il dort au pavillon Gerbera. Grâce à vous.

— Je n’y suis pour rien. C’est l’action du Sondeur. Il a enfin compris le but du Gerbera : servir la Vérité et protéger tous ceux qui la défendent.

— Le Sondeur ne peut pas se priver de son futur professeur des potions.

— Vous croyez, Shin ?

— Et vous ?

— Je le concède. Il faudrait être fou à lier pour ne pas voir en ce garçon, le plus grand potionniste depuis Nicolas Flamel. Le Sondeur a toute sa tête. J’en suis heureux.

— À tout à l’heure, Hercule.

— Oui, oui… marmonna le Belge en fermant les yeux, gagné par l’épuisement.

Il se sentit glisser alors que ses jambes le maintenaient en place sur son siège, contre toute logique.

« Écoute… Tu penses avoir agi avec calme, détermination, fermeté et justice. Tu as eu la satisfaction de constater que l’ennemi était en sous-effectif par rapport à tes forces. Cependant, tu es conscient que la salle de réunion ne pouvait pas accueillir toute l’Académie. L’écrasante majorité silencieuse n’a pas pris position. C’est là où réside le danger, Hercule. Doit-elle se murer dans le silence, l’inaction tandis que le conflit se cantonnera aux farouches partisans des deux camps ? Ou bien est-il souhaitable de stigmatiser chaque individu, au risque d’engendrer une guerre civile à l’intérieur et à l’extérieur des murs de cette institution ? Es-tu sûr qu’il n’y a pas une autre solution ? Le doute est permis, non ? Est-ce la bonne méthode pour aboutir à la création de la baguette guérisseuse, celle qui refermera la boîte de Pandore ? »

— Non, murmura-t-il.

— Comment ça, non ? dit une voix de fillette. On voulait te faire une bise pour te remercier.

Il ouvrit les yeux et découvrit Sidonie ainsi que Valentine, souriantes.

— Me remercier ? Pourquoi ? Oh… Vous avez passé une bonne soirée.

— Une excellente ! Sidonie est très drôle et savante. Une authentique Lonicera.

— Toi aussi, tu es passionnante et pleine d’humour. Ton rire est un vrai médicament.

Hercule accepta de recevoir leurs bises sur les joues.

— Hercule, tu n’as pas de la fièvre ?

— Je ne sais pas, Valentine.

— Tu devrais aller dormir, conseilla la Suissesse. Bonne nuit !

Les jeunes filles partirent en chantonnant et en sautillant gaiement dans la neige. Le garçon frissonna. L’air glacial pénétra le tissu fin de son costume. Il consulta sa montre à gousset : il s’était assoupi près d’une demi-heure. Il s’empara de sa canne et se redressa. Le groupe de Noël revenait de la cabane dissimulée dans le bois. Il esquissa quelques pas très raides, souffrant le martyre. Il stoppa devant un groupe d’enseignants et s’inclina respectueusement devant Dune. Elle lui rendit la politesse. La scène lui revint en mémoire : la référente avait suspendu l’intervention des adultes. Pourquoi ? Pour que les suprémacistes se confrontent à son élève et qu’ils prennent la mesure du fossé les séparant de lui ? Elle avait autorisé la démonstration de force alors qu’elle lui avait conseillé de masquer ses atouts. Pourquoi ? Parce qu’elle savait que si le dôme de protection cédait, il disposait d’une solution de secours pour battre en retraite ? Pourquoi pas ! À moins qu’elle ait désiré vérifier une théorie… Dune restait un mystère entier.

Il rejoignit le groupe Gerbera, bientôt complété par Umbelina ayant pris congé de Jo, par Séraphin sur un petit nuage et par Andrea, ayant mis fin à son opération charme sur ses admirateurs. Noël fut au comble du bonheur lorsqu’il franchit la porte du pavillon de quartz et que les runes demeurèrent inertes. Il était enfin l’un d’eux.

Le fils Millefeuille n’avait aucun mal pour concevoir un espace à son goût puisque les membres du Gerbera lui avaient expliqué, à maintes reprises, le fonctionnement du pavillon. Pourtant, il restait assis sur sa grosse malle, traînée et déposée entre la chambre d’Umbelina et le mur de l’espace sanitaire. Bras posés sur ses jambes, le regard dans le vide, il était incapable d’agir. Il se contentait de caresser la soie de son écharpe blanche, le sourire aux lèvres et les yeux chargés de larmes. Hercule approcha à vitesse réduite. Le garçonnet leva la tête, soulagé par la présence du Belge. Ce dernier s’assit sur le bagage, à côté de son ami et tapota son épaule. Noël ne put réprimer un sanglot silencieux.

— Pleurez de tout votre saoul, Noël. Lâchez, craquez. Après les tortures mentales et physiques que vous avez vécues, c’est naturel.

Le garçon voulut répondre mais la phrase mourut dans sa gorge.

— Non, ne parlez pas. Laissez-moi agencer votre chambre avec le minimum. Sondeur, il faudrait des murs, une porte avec une serrure inviolable, similaire à celles que nous utilisons dans le bâtiment. J’aimerais un lit dans l’angle, là, le même modèle que le mien mais avec double épaisseur de matelas et d’édredon. Noël a passé assez de temps dans des conditions précaires. Dans ce recoin, une grande armoire avec une partie penderie, des cintres et le reste avec des tiroirs à extension. Contre le mur, un grand bureau avec des étagères. Il faut le prolonger avec une paillasse et terminer par une bonnetière pour ranger poudres et herbes. N’oublions pas un siège avec des roulettes pour se déplacer le long de la paillasse. Deux Feux Éternels. Un au-dessus du lit et l’autre à la jonction paillasse-bureau.

Noël décrocha enfin un sourire.

— Je crois que nous avons l’essentiel, Sondeur. Noël verra pour le reste, lorsqu’il sera reposé, après huit heures de sommeil. Cependant, je voudrais un élément de décoration. Un plafond avec une peinture phosphorescente où le portrait de Roxane Delacour apparaîtra, de jour comme de nuit.

Noël éclata de rire lorsqu’il vit les traits de son amie couvrir un plafond de plâtre.

— Ah ! Voilà qui est encourageant.

— Merci, Hercule. Pour tout.

— De rien. Aimeriez-vous apprendre une bonne nouvelle ?

— Je suis preneur.

— Savez-vous ce que le Père Noël m’a apporté ?

— Je l’ignore.

— Une fiole contenant deux larmes très précieuses.

— Non… du Phénix ? C’est vrai ?

— Absolument. Un des ingrédients les plus coûteux et rares.

— Il en reste d’autres, compliqués à obtenir.

— En effet. Nous sommes privés de Rosier et nous allons devoir trouver une solution alternative pour nous approvisionner en flatulences de Bayours.

Noël rit de plus belle.

— Je vous laisse, cher potionniste. Ma journée fut assez intense. Bonne nuit.

— Toi aussi, Hercule.

Le Belge fut sur le point d’aller s’aliter, mais il commit un petit détour par le domaine de Sigrid. Elle entrouvrit sa porte. Il lui confia avoir fait un don à l’OWL. Lorsqu’elle lui répondit que c’était tout à son honneur, il rectifia en précisant qu’il l’avait accompli au nom de l’agence W.

— L’agence W ?

— Double V. Vlaamel, Van Betavende, peu importe l’ordre. J’ai réfléchi, Sigrid. J’ignore de quoi sera fait mon avenir et bien malin serait celui capable de le deviner. Ce dont je suis sûr, à la lumière des derniers jours vécus, c’est que vous êtes la seule capable d’incarner mon alter-ego, mon égal, voire mon supérieur sur bien des aspects. Je ne conçois pas mes futures activités sans vous, à mes côtés. Que je devienne une sorte d’aventurier démêlant le vrai du faux, un consultant de luxe pour les Aurors, un légicomage enquêteur, un détective chez les Moldus, un magizoologiste ou un écrivain contant des aventures, vous serez près de moi.

— Tu sais qu’avec l’Autre, ça ne sera pas simple. Elle risque de m’emporter dans la tombe à tout instant.

— C’est une raison supplémentaire pour vous intégrer dans mon avenir.

— Merci. J’apprécie. Alors, combien l’agence W a-t-elle donné à l’OWL ?

— 400 Gallions.

— Une très belle somme. Tu as donné tout l’argent de tes travaux d’été chez A.D ? Non ?

— J’ai réussi à prendre 1500 Gallions pour les affaires des sept derniers jours. Cela couvre votre travail pour le docteur Beauxbâtons.

— J’aurais voulu coincer le sorcier qui a fait ça. Tu es sûr de ton coup pour la complicité de Rosier ?

— Les événements coïncident à la perfection. Je n’ai pas d’éléments matériels pour le prouver. Il faudrait du Veritaserum.

— Il est interdit de l’utiliser sur les mineurs. Même si Rosier est traduit en justice, on ne pourra pas l’interroger de cette façon. Mais… Tu l’as amené à se trahir, avec l’histoire de l’armoire.

— S’il revient, on le fait rentrer dans le pavillon de force.

— Il ne se laissera pas faire. Dans ce cas, on fabrique du Veritaserum.

— Sans Jobarbille, c’est impossible.

— Il ne faut qu’un morceau de plume, pour une petite fiole.

— J’imagine mais non. Nous ne sommes pas des Aurors. Il faut le coincer de manière classique.

— S’il revient après son départ de l’infirmerie. Tu as vu ce qu’il a tenté de t’infliger ? Sanguis Ex… La directrice semblait savoir de quoi il s’agit.

— Sanguis Excidit. Ce sortilège a causé la mort de Jules Boulay de la Meurthe. C’est très intrigant que ce sort sanguinaire apparaisse à deux reprises, à quelques jours d’intervalle.

— Tu crois que Rosier…

— … a appris ce sortilège de la même personne que Gisèle Grandfort.

— En tous les cas, ça va lui coûter très cher. La directrice s’est montrée ferme et catégorique. Elle ne peut pas faire marche arrière. Si Rosier est exclu de façon permanente, ce n’est pas forcément une bonne chose. Ici, au moins, c’est facile de le surveiller.

— Curieux…

— Quoi donc ?

— Ce soir, ma petite voix intérieure a mis en doute le bien-fondé de ma réaction face aux suprémacistes. Vaut-il mieux la neutralité ou la prise de position radicale de la majorité des élèves ? Vaut-il mieux avoir son ennemi sous ses yeux ou le savoir loin, susceptible d’ourdir un complot à sa guise ? Vous avez raison, Sigrid. La question mérite d’être posée. Je vous laisse. Bonne nuit.

Il regagna sa chambre. Il se déshabilla à grand-peine et alla se doucher. Son genou n’avait pas une jolie allure. La plaie ne se refermait pas. Il se sécha rapidement, revêtit son pyjama et mit au lit. Il s’écroula sur le matelas. Il repoussa l’édredon jusqu’à la taille, incapable de supporter la chaleur. Le Feu Éternel devint une minuscule flamme bleue. Hercule ferma les yeux. L’accident fut revécu seconde après seconde. L’explosion du verre magique contre la roche, l’effondrement, l’ensevelissement dans un vacarme assourdissant, l’air saturé de poussière minérale, l’étouffement. Le silence effroyable. Le sorcier, réduit en bouillie. Son appel à l’aide, la peur, les craquements des matériaux, l’impossibilité de bouger, un fracas supplémentaire et le crâne broyé par la pierre, obsédant, obscène. Une odeur discrète de fromage mêlée aux effluves de sang et de matière cérébrale. Une mort lente.

S’il n’avait pas possédé la baguette d’amourette, son avenir eut été scellé. Il frissonna dans son sommeil tandis qu’une lueur se matérialisait au pied de son lit et s’agitait pour le forcer à réagir.

Hercule n’avait aucune idée de l’heure qu’il était lorsqu’il s’éveilla. Il faisait encore nuit. Son esprit et son corps lui hurlaient qu’il n’avait pas eu son compte de sommeil. Il grelottait et il était trempé. Il bouillait de l’intérieur. Il voulut effleurer son front pour estimer sa fièvre et son bras refusa de se lever. Il tenta de se redresser sur sa couche et tout se mit à tourner. Il perdit connaissance.

Lorsqu’il reprit conscience, il avait pu se passer dix secondes, dix minutes ou une heure. Il était groggy, perclus de douleurs. Son organisme semblait souffrir de courbatures aussi violentes que celles ressenties le premier dimanche où il avait suivi l’entraînement imposé par Umbelina. Il se persuada de subir le contrecoup de l’accident de Transportation. Mais si les tourments musculaires et osseux s’expliquaient par la violence du choc et par la pression de la terre sur son corps, la fièvre était en revanche incompréhensible. Il commit une nouvelle tentative pour se redresser ; un voile noir déchira sa vue. Il fut à deux doigts de défaillir. Sa nuque était privée d’amplitude, comme s’il souffrait d’un torticolis extrême.

« Fièvre, douleur, paralysie musculaire… »

Il voulut prononcer quelques mots à l’attention du Sondeur, pour raviver le Feu Éternel de la chambre. Il en fut incapable. Ses cordes vocales, muscles parmi les autres, refusèrent d’obéir. Il déglutit à grand peine.

« Par Flamel ! Mes muscles ne répondent plus. C’est… ma blessure au genou ! J’ai été en contact avec la roche et… c’est une Pétripyripathose ! S’il s’agit de la version marbrée, je n’en ai plus que pour quelques heures ! »

Par chance, sa baguette d’amourette était en place sur son avant-bras droit. Il pensa à « Accio baguette » et le mécanisme se déclencha. Heureusement qu’il avait trop chaud avant de s’endormir ! Ses bras étaient libres et il pouvait bouger les doigts. Son auxiliaire de magie en main, il était plus facile de lancer des sorts informulés. Il para au plus pressé, ne sachant combien de temps il serait encore capable de manipuler des objets sans les mains. Il lança une série d’ordres mentaux. Il visa le Feu Éternel en veille.

« Amplificatum. »

La lumière envahit la chambre.

« Accio valisette. »

Le bagage atterrit sur le lit. Il le fit léviter pour le positionner à la verticale et pour l’ouvrir. Calé entre sa jambe et le mur, il ne devrait pas bouger. Il manœuvra sa baguette pour extraire une éprouvette, le bocal d’un litre de poudre de sang de ver et une seringue. Préparer le liquide, en le diluant avec de l’eau salée et sucrée, lui prit dix interminables minutes. Parvenir à aligner l’aiguille et la fiole en consomma cinq supplémentaires. Le temps passant, la paralysie gagnait du terrain et son corps se couvrait de marbrures.

L’injection fut la plus délicate étape, car la fièvre à plus de 41 degrés le faisait délirer. Ses membres tétanisés émoussaient l’aiguille. Après un quart d’heure d’efforts stériles, il fit glisser l’édredon jusqu’au bout du lit, découvrant ses jambes. Un Wingardium Leviosa approcha la seringue en face d’une veine apparente du dessus du pied et un Repulso acheva de traverser la peau et le vaisseau sanguin. Il s’injecta 5 centilitres de préparation et attendit le verdict, terrorisé à l’idée de décéder seul dans son lit, bêtement.

Il s’écoula plusieurs horribles minutes avant que la détente ne soit effective. L’enfant était toujours incapable de parler et la fièvre ne baissait pas. La clarté indiquait que l’aube venait de se lever. On frappa à la porte. Il lança le sortilège d’ouverture basique, n’ayant pas verrouillé. Laurine se précipita à ses côtés et lui dit :

— Ne fais pas d’effort ! Cligne juste des yeux. Une fois pour oui, deux pour non. J’ai encore rêvé de toi. Tu étais en train de mourir. Qu’est-ce que je peux faire ? Il y a une seringue sur ton lit. Tu as fait quelque chose avec ?

Il cligna une fois.

— Une injection ? Cette préparation ? Oui, c’est ça ! Je peux en remettre ? D’accord. Combien ? Pareil ? Non ? Plus ? Beaucoup plus ? Tout ? Il faut du matériel spécial. Tu l’as ici ou à la grotte ? À la grotte ? Non ? L’armoire ? Les tiroirs ? D’accord.

Elle fouilla et dénicha le nécessaire pour le perfuser. Elle versa le contenu dans la bouteille, ferma avec le bouchon caoutchouteux, inséra la canule et s’apprêta à le perfuser. Elle hésita :

— Je… je n’ai jamais fait ça. On ne l’a pas vu, en médicomagie, les deux années passées.

Il prit un élastique, exécuta un garrot pour forcer sa veine à se dessiner, serra le poing et enfonça l’aiguille. Elle suspendit la bouteille à la tête de lit de son ami.

— Je vais réveiller Jacques et Shin pour qu’ils te transportent à l’entrée. Ensuite, je préviens madame Cacheton.

Il acquiesça.

— Tu connais le nom de la maladie ?

Il confirma.

— C’est mortel, n’est-ce pas ?

Il soupira et parvint enfin à murmurer :

— Oui.

— Je me hâte. Ne bouge pas !

Elle courut tambouriner aux portes. Elle fit tellement de barouf que tout le Gerbera fut tiré du sommeil. En quelques minutes, les garçons les plus costauds glissèrent Hercule sur le brancard apporté par Rose. Le Belge fut transporté à l’infirmerie. Au fur et à mesure que le temps passa, il se sentit mieux et put enfin s’exprimer sans difficulté. Il posa le diagnostic et Rose se décomposa. Elle lui fit avaler une potion Demitofebrem qui fit chuter sa température à 38,5 seulement.

— Une gorgée tous les quarts d’heure. Pas plus, pas moins.

— Bien, Madame.

— Je suis navrée. Il faut t’envoyer à l’hôpital.

— Vous savez que c’est inutile.

— Tu es sûr qu’il s’agit de la Pétripyripathose ?

— J’étais couvert de marbrures, Madame. Mon traitement va donner des coups de fouet à mon organisme mais cela ne tuera pas le champignon qui m’a infecté.

— Ils trouveront une potion…

— Non. Il n’en existe aucune. J’ai une autre solution. Avant, il faut que je confirme mon diagnostic.

— Le docteur m’a dit que tu possèdes un microscope.

— En effet. Si on peut me rapporter ma valise, une goutte de sang suffira pour confirmer ce que je suspecte.

— Si seulement ta plaie avait été traitée…

— Dans la minute ? Impossible. Mon genou était sous terre. Inutile de regretter le passé.

— Que comptes-tu faire ?

— Il faut que je prépare 80 centilitres de solution supplémentaire. Il faudra veiller à ce que je ne sois pas à court de liquide.

— Entendu. Tu appelles cela du liquide mais qu’est-ce que c’est ?

— L’avenir, Madame. L’avenir.

— C’est secret ?

— Oui. N’en parlez à personne.

— Que puis-je faire ?

Il tenta de réfléchir. Il était dans la panade la plus complète. Ses amis patientaient dans le couloir, morts d’inquiétude. Face à l’inconnu, il crut bon de faire appel aux lumières de Shin et de Laurine. Rose les convia à entrer dans le dortoir de l’infirmerie. Elle demanda à Eugénie d’aller chercher la valise du garçon. La vision de leur ami ragaillardi réconforta les devins. Ils eurent droit à la douche froide lorsqu’il leur expliqua qu’il était condamné et qu’il espérait une prédiction miraculeuse de leur part. Il les laissa digérer les informations et se concentrer à l’écart.

Hercule se traîna avec sa potence à roulettes, passa devant Rosier qui ricana et se rendit dans le bureau d’Alfred. Il salua poliment Raoul, le squelette. Eugénie déposa la valise et l’aida à déballer tout le matériel nécessaire pour confirmer son diagnostic. Elle effleura une de ses mains pour le réconforter et il s’efforça de lui sourire. Après le prélèvement d’une goutte de sang, le placement sur la lame de verre et l’application des colorants et réactifs adéquats, il observa. Le champignon s’était reproduit à un rythme effroyable. Il n’y avait plus un seul globule blanc et ses globules rouges étaient endommagés, incapable d’oxygéner ses tissus musculaires. Seule la minuscule hémoglobine du ver arénicole, en tous points différente des cellules sanguines humaines, était insensible à l’intrus. Tant qu’il s’en injecterait, il vivrait. Une solution transitoire.

Les voyants entrèrent dans le bureau. Le Japonais prit la parole, un brin perturbé par son interprétation :

— Hercule, écoutez… C’est… curieux. Mes pétales n’ont rien à révéler, mais j’ai entendu un prénom. Laurine n’a pas eu de vision mais a aussi perçu ce prénom.

— Lequel ?

— Claire, répondirent les devins.

— La professeure Obscur ?

— Nous avons imaginé qu’elle possédait une prophétie donnant une solution, éclaira Laurine.

— Elles sont rarement limpides, ronchonna Hercule. Le temps me manque pour jouer à l’interprète.

— Désolé de ne pouvoir faire mieux, mon ami. Je suis sûr que vous allez vous remettre.

Le Japonais se pressa pour sortir et masquer son émotion. Il ne croyait pas un mot de ses assertions. Rose entra et posa les flacons voués à recharger la perfusion. Hercule la remercia. Elle lui dit :

— La directrice est prévenue.

— Merci, Madame.

— Elle insiste pour t’envoyer à l’hôpital. D’autant plus que si j’ai tout compris, hier, tu as sauvé la vie de sa grand-mère.

— Exactement ! s’exclama la directrice, entrée dans le bureau. Il n’est pas question que tu meures, déclama-t-elle. Prends tes affaires et suis-moi jusqu’à ma cheminée.

— Madame…

— Sans discuter.

Hercule rangea tout son attirail de laborantin et donna un flacon de 30 centilitres de sang de ver à Laurine.

— Pour qui vous savez. En espérant qu’elle tienne avec ça…

— D’accord.

La jeune fille passa ses bras autour de sa nuque et le serra fort, comme s’il s’agissait d’un adieu. C’en était un. Il salua ses camarades rassemblés dans le couloir et lut le désespoir dans les yeux d’Eugénie. Il chemina ensuite avec lenteur, car ses muscles étaient à la peine. Quand il pénétra dans l’antre directorial, il stoppa et pria Agathe de consulter son recueil de poèmes favori.

— Pourquoi, Hercule ?

— Parce que votre voyance est immédiate. Je vous en prie, Madame.

— Comme tu voudras.

Elle s’empara de son livre fétiche et frémit. Elle murmura, l’air incrédule :

— Claire ?

— Shin et Laurine ont eu la même information. J’ignore pourquoi mais la professeure Obscur est la solution à mon problème. C’est une excellente potionniste, Madame.

— Tu as raison. Allons la consulter.

Hercule soupira. Il lorgna du côté de la perche à sérum. La moitié du liquide avait déjà coulé dans ses veines. Il prit la flasque graduée de Demitofebrem et avala une bonne gorgée.

Claire était apparue à la porte de son appartement, l’air endormie. Agathe avait tout fait pour la tirer de cette léthargie. Après l’exposition du problème, la voyante était à la fois navrée et perplexe. Navrée, car elle ne connaissait aucune potion capable de guérir la maladie contractée et perplexe parce qu’elle n’avait pas eu la moindre prophétie concernant l’enfant à ce sujet.

— Hercule, il faut appliquer les larmes de Phénix sur la plaie purulente de ton genou, affirma Agathe. Le miracle viendra de ces gouttes et de nulle autre chose.

— Agathe a raison. Mon prénom est apparu dans la voyance de trois devins parce que je t’ai offert ces larmes.

— Non… il y a votre prophétie.

— De quelle prophétie parle-t-on ? demanda la directrice.

— Puis-je… ?

— Sans révéler le contenu exact, Hercule.

— Bien. Il s’agit d’une prophétie qui énonce clairement ce que je dois faire d’une des deux larmes. Elle est très explicite. Elle ne peut pas être sujette à interprétation.

— J’entends ta réponse mais l’autre larme ? Il y en a bien deux, dans la fiole ? Une seule suffira à sauver ta vie.

— C’est vrai. Mais la seconde larme a déjà hérité d’une mission. Sauver une vie. Pas la mienne. Désolé.

— Tu es une vraie tête de mule ! tempêta Agathe. Tu crois que je vais laisser faire ça ? Adeline te doit la vie ! Non, je refuse…

Les larmes envahirent les yeux de la directrice. Elle sanglota :

— Je ne veux pas te perdre, tu entends ? Je refuse. Applique cette larme, s’il te plaît !

— Madame, il y a une autre solution. Mais je dois rester seul avec la professeure Obscur. Cela concerne la prophétie.

La femme soupira et proclama :

— Je reviens dans trente minutes. Soit tu me suis à l’hôpital, soit tu mets cette larme sur ta plaie. Tu n’auras pas le choix. Je préviens le docteur Dadé.

— Il faut aussi donner des explications au commandant. J’ai lancé plusieurs sortilèges, hier soir et ce matin. Pour me défendre et pour fabriquer mon remède temporaire. Il va poser des questions. C’est normal. C’est la procédure.

— Je lui expliquerai. Trente minutes. Pas plus ! dit-elle en reniflant, ferme mais émue.

Elle transplana en émettant un craquement sec. Claire se retrouva seule avec l’élève. Elle tenta de discipliner sa tignasse rousse, en bataille et resserra sa robe de chambre enfilée à la va-vite.

— La prophétie…

Le Belge lui exposa les conclusions auxquelles il était parvenu. Selon lui, la baguette suprême ne pouvait être que taillée dans le bois de saule, l’essence favorite des guérisseurs. Le problème consistait à déterminer quelle variété, parmi les 360 existantes, emporterait son adhésion. De plus, il fallait que l’arbre donateur ait été habité par un Botruc.

— Ou bien alors, dit-il, il faudrait qu’il s’agisse d’un arbre légendaire, sacré. Voulez-vous ouvrir ma valise, s’il vous plaît ?

— Oui. Que te faut-il ?

— Dépliez tout. Voilà. Sur le rayonnage, à gauche, avec les livres. La couverture verte avec des hiéroglyphes. Parfait !

— Eh bien ?

— Ouvrez-le, page 67. Il y a la photographie d’une coiffe pyramidale d’un obélisque censé être à l’origine de tout. Lisez l’article, je vous prie.

La femme prit connaissance du texte illustrant la photographie. Lorsqu’elle eut terminé la lecture, elle résuma :

— Si j’ai compris, c’est à la fois une pierre originelle, le début de l’émergence des terres de la vie, l’abri d’un oiseau renaissant de ses cendres et un saule sacré.

— Oui. C’est Benben. Il est tout cela en même temps.

— Benben.

À la seconde où elle prononça « Benben », le grenat de sa bague se mit à étinceler et à projeter des rayons rouges dans tout l’appartement.

— Mais…

— Votre bague !

Le garçon approcha la main de la professeure près de la photographie du livre et admit la réalité :

— Le grenat… est un fragment de la coiffe.

— Benben ?

La bague resplendit de plus belle, comme animée par des pulsations, comme si elle attendait un ordre. L’enfant attrapa la fiole contenant les larmes de Phénix et fut tenté d’en verser une goutte directement sur le bijou. Mais il se ravisa : une inclusion devait toujours être appliquée à la baguette. Où se trouvait le saule sacré ?

— Il faut peut-être… je ne sais pas… écrire les hiéroglyphes visibles sur la photographie ?

— Les écrire ? Mais sur quoi ? Sur un papyrus ? Non… Votre bague a réagi aux mots. Des termes ancestraux. Quelle langue utilisaient les Égyptiens ?

Il fouilla dans son livre tandis que Claire se laissait envoûter par les rayons écarlates.

— L’égyptien ancien est assimilé au copte. Le problème, c’est que les Moldus n’ont pas fait d’immenses découvertes sur la langue copte. Fellouk Farouk a dressé un inventaire exhaustif. Alors…

Le garçon comprit très vite qu’il devrait composer quelques adaptations, avec les rares connaissances disponibles. Pour l’obélisque, pointant vers le ciel ou le soleil, il associa les mots maison-soleil, ce qui donna ⲎⲈⲒ ⲢⲎ. Ensuite, le terme ϢⲎⲚ correspondant à l’arbre fut utilisé tel quel. Après cela, il traduisit au mieux la notion de temple. Il associa donc maison-dieu et obtint ⲎⲈⲒ ⲐⲈⲞ. Il reprit ⲢⲎ pour le soleil en quatrième position. Il eut du mal à traduire le dernier, le sceptre. Il imagina qu’il s’agissait de l’arbre que l’on brandissait au bout du poing. Cela lui donna ϦⲞⲢⲠⲤ ϢⲎⲚ. La première tentative fut un échec. Il rectifia le premier terme en maison-étoile, car l’obélisque des Égyptiens pouvait être encore plus universel.

Lorsque le garçon prononça, en s’appuyant avec la baguette de cèdre, la phrase complète ⲎⲈⲒ ⲤⲒⲞⲨ ϢⲎⲚ ⲎⲈⲒ ⲐⲈⲞ ⲢⲎ ϦⲞⲢⲠⲤ ϢⲎⲚ, le grenat éjecta une branche droite d’une vingtaine de centimètres. Deux autres tiges, plus fines, en forme de S, furent produites par la bague. Elles rampèrent jusqu’à la section rectiligne autour de laquelle elles s’enroulèrent. Leurs extrémités, figurant des têtes de serpent, se firent face et se mordirent en s’embrassant. À la seconde où les gueules commirent la morsure fatale, des ailes apparurent au point de jonction et se déployèrent. Benben cessa de scintiller.

Claire n’osa pas toucher la création mais Hercule s’agenouilla en grimaçant et s’en empara. Il tenta un sortilège de lévitation sur le livre d’égyptologie mais rien ne se passa. Le saule sacré était inerte. Il chercha le meilleur emplacement pour pratiquer un trou afin d’inclure la larme de Phénix mais renonça à percer une telle perfection magique. Il ouvrit la fiole et versa une larme sur les têtes de serpent. Elles se désolidarisèrent et se firent face. Il s’extasia devant le résultat.

— Le caducée d’Hermès.

— De quoi s’agit-il ?

— C’est le symbole que les médecins moldus ont choisi pour représenter leur profession. C’est issu de la mythologie grecque. Une baguette enroulée dans deux serpents représentant le poison et la connaissance. Les ailes sont celles du dieu des messagers.

— Est-ce qu’elle fonctionne ?

Il l’agita devant le livre qui s’envola et se rangea avec précision.

— Elle est fonctionnelle.

Il scruta l’extrémité de la baguette et découvrit un minéral rouge foncé. Du côté du manche, sous les têtes de serpent, il y avait un autre grenat.

« Si je lance le Lumus Solem, j’obtiendrai… Bon sang ! Comment ai-je pu imaginer cela ? Non… C’est le Sondeur qui a suggéré… »

Il ferma les yeux, submergé par les flots d’émotion. Il fouilla dans sa mémoire, dans les ouvrages de médicomagie. Il trouva une formule adéquate. Elle était réputée pour n’avoir jamais fonctionné.

— Que vas-tu faire ?

Il rouvrit les yeux.

— Une expérience.

Il se redressa et pointa le sommet de son crâne avec la nouvelle baguette. Il balaya l’intégralité de sa personne sans cesser de psalmodier, les dents serrées :

— Mundare Sanguinem. Mundare Sanguinem. Mundare Sanguinem…

Parvenu à ses orteils, Benben lui échappa des mains. Il tomba à la renverse sur le canapé du salon de la voyante. Elle tenta de le ranimer, en vain. Elle quitta son appartement à vive allure et se précipita à l’infirmerie. La soignante l’accompagna. Elle se fit répéter les actions de l’élève. Claire omit de mentionner l’épisode de Benben, la création surréaliste de la baguette par sa bague et embraya sur l’épisode final : Hercule s’était lancé un sortilège médical dont elle ignorait tout.

— Mundare Sanguinem ? Vous êtes sûre ?

— Oui. Il l’a répété en balayant toute son anatomie. Quel est le problème ?

— Le souci, c’est que ce sort ne purifie le sang que lorsqu’il est hors du corps humain. Lancé sur un patient, il le tue.

— Par Flamel ! Il est… ?

Rose vérifia la respiration de l’étudiant. Elle était régulière. Son cœur battait à 70 pulsations par minute. Le sort analysant la pression sanguine donna une aura verte, signe que la tension artérielle était correcte.

— Il dort.

— Il dort ? Ce n’est pas un coma, comme ce pauvre Alfred ?

— Non. Il récupère. Je vais retirer l’ampoule de liquide rouge et placer la seconde. Le mieux est de ne pas le déplacer. Cela ne vous gêne pas de… ?

— Du tout, du tout. Je vais le veiller. Je vous alerte si quelque chose change ou s’il se réveille, proposa Claire.

— Merci. Ce gamin est vraiment…

— Pas comme les autres, n’est-ce pas ?

Agathe entra dans l’appartement, la porte d’entrée étant ouverte. La demi-heure était écoulée. Sur le point de l’embarquer, la directrice fut rassurée par les propos de l’infirmière. Elle manifesta le désir de veiller le garçon. La voyante n’y vit aucun inconvénient et alla préparer du thé. Puis, elle ramassa les affaires de l’élève pour les ranger dans la valise. Elle replaça le livre d’égyptologie, rangea la baguette près des inclusions et ajouta la fiole contenant l’ultime larme de Phénix.

Une fois que tout fut remis en place, elle referma le couvercle lorsqu’elle fut prise d’un doute. Elle rouvrit et vérifia la baguette rangée : c’était une production jaune, avec des taches marron. Elle était rectiligne, lisse, sans fioritures, hormis quelques runes gravées. Elle n’avait rien à voir avec ce que sa bague avait engendré. Avait-elle eu la berlue ? Elle chercha sur le canapé, sous le garçon, autour de la table basse sur laquelle il avait posé sa valisette. En vain.

— Que cherchez-vous, Claire ? demanda Agathe.

— Sa baguette.

— Oh, elle est bien cachée !

La directrice lui montra l’astucieuse invention fixée à l’avant-bras droit du garçon. Benben était liée à son maître.

— Mais quand… ? s’interrogea-t-elle.


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