Lévannah Mackenzie : Après deux générations
Les agitations du début d’année commençaient à s’essouffler et Poudlard reprenait des allures routinières. Les élèves d’Uagadou s’étaient étonnement vite adaptés : c’étaient des personnes pleines d’énergie qui mettaient une curieuse originalité dans tout ce qu’ils faisaient. Ils s’entendaient le plus facilement avec les Poufsouffle. Ils aimaient tout deux, à la fois travailler avec une ardeur presque sainte et préparer toutes sortes d’événements amusants, de moments de répit et de calme. Pif était devenu proche de Sema Ele qui avait son âge. Elle était la plus jeune participante du tournoi mais ne le portait pas sur elle. Son allure était sévère. Elle détonnait aux côtés de Pif. Ce dernier était encore jeune pour ses quinze ans. Il portait sans cesse un pansement sur le bas de sa joue droite pour masquer une ancienne blessure et se baladait toujours en serrant un livre contre son cœur. Sa voix était fluette et présageait de ne jamais vraiment muer. Son corps était plus épais qu’on pouvait imaginer sous son ample cape noire mais il le noyait sans cesse sous des couches de vêtements trop larges pour lui. A côté de lui, Sema portait des vêtements moulants et colorés. Elle avait l’habitude de porter des colliers de métal ras le cou et des bottes noires. Le reste de son attirail était de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ce qui ne la rendait pas moins sérieuse.
Les élèves de Durmstrang ne s’intégraient pas aussi bien que ceux d’Uagadou. Excepté Théo qui avait retrouvé d’anciens camarades et partageaient une certaine familiarité avec les lieux, les autres élèves restaient en formation quasi militaire et ne participaient qu’à très peu de cours en commun avec les autres. On racontait qu’ils avaient un ancien secret et sacré et qu’ils ne devaient pas partagé leurs connaissances. L’attitude de Ronnie Krog n’améliorait pas les relations avec Poudlard. Elle ne parlait à personne et méprisait les professeurs de Poudlard. La directrice ignorait sans cesse ses attaques d’un air distrait mais Macha Weasley s’indignait et devenait rouge de colère presque à tous les dîners où Ronnie était obligée d’assister.
Elle avait l’impudence d’une adolescente. Elle s’appliquait à avoir une attitude désinvolte et vulgaire. Sans cesse elle mangeait le genou sur la table, avec les mains ou avec la pointe de son couteau. Elle mâchait bruyamment et la bouche ouverte. Ses élèves, si disciplinés, la regardaient avec des airs gênés et désolés.
Leur attitude avait empêché Lévannah de croiser de nouveau Théo. Morgane lui avait raconté qu’elle l’avait interrompu en grande conversation avec son frère mais elle n’avait rien révélé d’autres. Aussi Lévannah ne s’intéressait pas autant qu’elle aurait pensé au retour inespéré de son vieil amour. Sa blessure et sa nomination au Tournoi occupaient toutes ses pensées. Ce matin, elle s’activait à fourrer ses livres de magie dans son sac. Elle laissa sa longue cape noire et enfonça sa chemise verte et argentée dans son pantalon sombre. Ses cheveux s’étalaient dans son dos jusqu’au creux de celui-ci. Elle les maintenait fermement rangés derrière ses oreilles à l’aide de pinces plates. Son front était dégagé et pâle. Elle avait un visage plutôt inexpressif et ne s’inquiétait pas de la rendre plus avenant. Quand elle marchait ainsi seule dans les couloirs, le regard fixe, elle avait quelque chose de froid et d’intimidant.
Morgane l’avait rejoint. Elle portait la cape de sa maison et une robe noire évasée. Ses collants allongeaient la taille de ses jambes et finissaient de la rendre séduisante. Si ce n’est le dédain qu’elle affichait sans cesse, elle aurait eu autant de succès que son frère. Elle avait tiré ses cheveux presque blancs dans une queue de cheval qui caressait ses épaules quand elle marchait. Un stylo était posé sur son oreille et elle avait redressé ses lunettes sur sa tête quand elle devina Lévannah.
- Il ne faut pas tarder, déclara-t-elle, Madame MacLachlan déteste les retardaires. Je ne veux pas être le cobaye de son cours comme ce pauvre Gryffondor de la semaine dernière.
Rosemonde MacLachlan était une professeure tout ce qu’on pouvait trouver de plus sadique. Ses yeux noirs et minuscules glissaient sur les élèves avec une haine à peine dissimulée. Elle avait des tics nerveux qui lui secouaient le cou toutes les minutes et elle se frottait sans cesse les mains comme si elle venait de tomber sur un délicieux butin. Elle ressemblait au prédateur devant une proie faible et délicieux. Elle portait des cheveux très courts et noirs et parfois, son œil gauche partait dans une direction aléatoire, se figeait sur un élève et le dévorait d’un regard fou.
Elle était aussi une très mauvaise enseignante ce qui amenait les élèves à s’interroger sur sa place à Poudlard. Tout le monde se contentait de dire que Gloria Gorath était un peu folle elle aussi et cela suffisait pour justifier sa présence.
Morgane et Lévannah partageait ce cours avec les Gryffondor, ce qui n’aidait pas à améliorer l’ambiance générale. Les Gryffondor de sixièmes années étaient, qui plus est, une très mauvaise promotion. Si la cinquième, celle d’Abelforth, semblait exceller et surpasser toutes les autres cinquièmes promotions, les Gryffondor de sixième années étaient simplement bruyants, tapageurs et moqueurs. Kristina Maheulde était le stéréotype de cette génération. Cette Gryffondor était une métamorphomage tout à fait détestable qui se baladait la plupart du temps avec le nez et les moustaches d’un félin. Elle s’approcha des deux filles dans un ronronnement grotesque :
- Morrrgane, ronronna-t-elle, quelle joie de t’avoirrr un courrs cette année, avec moi.
- Joie qui n’est guère partagée, lâcha-t-elle sans la regarder.
- J’ai entendu dirrre, reprit-elle sans s’inquiéter de sa remarque, Rrrrictus n’est plus avec Nadia ?
- Qu’est-ce que ça peut te faire ?
Mais la Gryffondor avait la capacité tout à fait énervante de fourrer son nez partout et d’utiliser les informations à son avantage.
- Je peux faire quelque chose pour un si gentil chaton ?
C’était la voix de Rictus. Lévannah s’étonna de le trouver ici, pourtant il se dirigeait en cours comme elles-mêmes. Kristina eut un ronronnement incontrôlé. Rictus fit signe à Morgane et Lévannah de disparaître dans la salle alors qu’il entamait la conversation avec la fille.
- J’ai hâte de ne plus être dans cette école, souffla Morgane, qu’on ne me parle plus de ma saleté de frère ! Quelque part où je serais celle qui compte.
- Tu sais très bien que tu comptes, répondit Lévannah alors que l’œil de Rosemonde Maclachlan se posait sur elle.
Elle eut un frisson malgré elle. Elle ne s’habituait pas à cette bizarrerie. Kristina rentra dans la salle au bras de Rictus et gloussa d’aise pour qu’on la remarque. Elle s’enfuit, faussement gênée devant le regard réprobateur de ses camarades Gryffondor mais au fond, elle se moquait d’eux. Et certainement de Rictus. Ce dernier s’assit près de Garry sans s’inquiéter des regards noirs de ses rivaux.
- Sortez votre livre, vous n’allez pas attendre que je vous dise quoi faire.
La voix de la professeure était sifflante. Lévannah sortit nonchalamment le livre de son sac et l’ouvrit au chapitre qui traitait de l’amnésie. C’était la partie qu’ils devaient étudier le début de l’année. La professeure Maclachlan l’avait annoncé avec une aigreur particulière la semaine précédente. Aucun élève étranger ne participait à ce cours, ils avaient tous fui, à raison.
- Peut-être qu’à la fin de ce cours, vous comprendrez le comportement imbécile de notre directrice, ça évitera de créer des situations stupides. Ne me regardez pas comme des tanches, lisez le bouquin. Je ne vais pas vous parler non plus. Je déteste vous parler.
Morgane tourna sans conviction les pages du Livre des sorts et enchantements, niveau 2. Le silence s’était installé dans la salle. Quelques soupirs agacés et des bâillements troublaient parfois le calme.
- Monsieur Cornelius, siffla la voix de la professeure, son œil s’était braqué sur lui. Vous venez ici.
Le Gryffondor fronça les sourcils et s’approcha d’elle. C’était un garçon plutôt idiot avec un air vide. Il était le fils d’une grande famille de sorcier de Sang-Pur ce qui lui avait valu une romance ridicule avec Patience Elliott qui cherchait n’importe quel moyen de s’émanciper de sa condition de Sang-Mêlé. Cette dernière lui lança un regard mauvais et se détourna.
Agravain Cornelius se tenait silencieux près du bureau de la professeure.
- Qui veut essayer ?
Des murmures inquiets circulèrent dans la salle.
- Je répète : qui veut travailler son sortilège ?
Winnie Londubat se dressa sur ses deux jambes et lâcha avec une ardeur fébrile :
- Vous ne pouvez pas nous demander de lui lancer un tel sortilège !
Rosemonde Maclachlan figea son regard malade sur la fille. Une lueur de folie le rendait tout à fait effrayant :
- J’imagine que c’est ce que vous direz quand un sorcier voudra vous lancer un sort mortel : « Oh non ! vous n’avez pas le droit ».
Elle l’imitait avec un ton de moquerie aigre.
- J’imagine que je dois le faire moi-même, pesta-t-elle.
Winnie lançait des regards effrayés aux autres Gryffondor mais tous affichaient un air gêné. La professeure se hissa derrière son bureau. Elle attrapa sa fine baguette et tordue et avant même qu’elle ne se place en face d’Agravain, une voix retentit dans la salle :
- Expelliarmus.
La voix était calme. La baguette s’arracha des mains de la professeure et vint se poser dans les mains de Lévannah. Elle s’était levée en silence et les regards se braquèrent sur elle.
- Je crois que mademoiselle Londubat a raison. Continuons de lire nos manuels.
Le sort de débutant avait demandé tellement d’énergie à Lévannah qu’elle sentit des gouttes perler sur son front. Elle avait le cœur qui battait terriblement vite. Sa main la lançait mais elle ne la crispa pas pour garder sa contenance.
- Peste, cracha la professeure.
Mais elle ne chercha pas à récupérer sa baguette. Elle retourna s’asseoir derrière son bureau et sortit une autre baguette d’un tiroir.
- Vous me prenez pour une imbécile. Imbéciles, siffla-t-elle. C’est ça, retournez à votre lecture.
Lévannah s’assit en repoussant la duplique de la baguette. Elle avait la nausée. Morgane lui tendit une fiole contenant un liquide rouge.
- Bois, dit-elle simplement.
- Qu’est-ce que c’est ? s’étonna son amie.
- Bois.
Lévannah saisit la petite fiole et l’avala d’une traite.
- Du sang de souris, répondit alors Morgane.
Lévannah fit volte-face sur elle, les yeux ronds, le cœur au bord des lèvres. Morgane eut un fin sourire et masqua son sourire :
- Qu’est-ce que tu es crédule, ma pauvre, se moqua-t-elle.
Le cœur de Lévannah se calma rapidement. Sa nausée tomba. Le silence était revenu dans la salle. Morgane battait les pages du manuel, la joue enfoncée dans la paume de sa main. Les Gryffondor étaient fébriles. Ils discutaient à voix basses, indignées.
- Partez, déclara la voix de la professeure Maclachlan au bout d’une heure.
Les élèves se précipitèrent.
- Elle est complètement folle, déclara Morgane une fois sortie, cela dit, je ne serais pas intervenue. Agravain Cornelius est quelqu’un qui mérite qu’on lui lave la cervelle. Mais c’est toujours pareil avec toi, tu te mêles de tout.
- Je déteste la voir s’amuser avec nous, dit simplement Lévannah, je me demande vraiment pourquoi elle enseigne ici.
Morgane haussa les épaules :
- On n’a pas vraiment besoin de ses conseils, ce n’est pas sorcier de lire dans un bouquin la formule. Elle sait qu’elle est inutile en somme. Le sort d’amnésie, ce n’est pas le plus intéressant, tu t’es renseignée sur le sort des faux souvenirs ? ça te permet d’altérer les souvenirs d’une personne concernant son passé. Quand j’apprends des sorts, je me dis vraiment qu’il n’y a qu’un Serpentard pour inventer un truc pareil. C’est pour ça qu’on est bons dans cette matière, rien de plus vicieux que de dérober le passé de quelqu’un et de le remplacer par autre chose. C’est vraiment un art contre les moldus, on passe notre temps à leur siphonner le cerveau. Je n’aime pas cet aspect de la magie.
- Il faudrait quoi, selon toi, qu’ils se souviennent de nous ? s’étonna Lévannah.
- Et pourquoi pas ? renchérit-elle. Qu’est-ce que cela peut bien faire qu’ils connaissent notre existence ou non ? je te dis, on se crée des problèmes et on se terre comme des souris. Je n’aime pas ça.
Lévannah voulut répliquer mais le regard de Morgane tomba sur Hélène. Elles venaient d’arriver devant la salle des potions :
- Je t’adore, tu sais, s’écria alors Morgane, mais tu es beaucoup trop nulle en potions ! Tu m’excuses !
Elle alla s’installer près de Hélène, la félicitant d’être arrivée sans se perdre.
- Tu es seule ? demanda Nadia Banchinsky, je ne suis pas très forte mais j’ai fait les devoirs pour la séance.
Lévannah s’installa près de Nadia. Le professeur Dandelion dormait, les jambes étendues sur son bureau, un livre déplié sur le visage. Il émettait de petits ronflements. Dans un bâillement prononcé, il ôta le livre de son visage et posa les jambes à terre.
Basil Dandelion était l’idole d’Abelforth. Ancien Gryffondor et poursuiveur dans l’équipe locale de Godric’s Hollow, il était nonchalant et charmant. Avant l’arrivée de Sévin Millepertuis, il était le plus jeune des professeurs. Maintenant, il s’approchait des trente-cinq ans et l’âge lui donnait un charme nouveau. Il avait des cheveux mi-longs qui bouclaient avec désinvolture sur sa tête, la mine d’un enfant roublard et le corps élancé et athlétique d’un sportif. Il n’avait besoin de fournir aucun effort pour un bon au Quidditch ou en potions. Aussi, Basil Dandelion était de ces personnes qui, si elles avaient à fournir un effort, se détournaient de la tâche. Cela était heureux que des choses lui viennent facilement.
- Septième année ? demanda-t-il en bâillant une nouvelle fois.
- Sixième ! répondit Hélène, pleine d’entrain.
- Olala, je n’aime pas les sixièmes années, souffla-t-il, de la théorie jusqu’à la moitié de l’année. Bah, j’imagine qu’il faut passer par là. On fait quoi, un quizz ?
Il regardait sans grande conviction le manuel puis son visage s’illumina :
- J’ai une super idée, déclara-t-il. Attention, normalement c’est plus au moins interdit. Je dis plus ou moins, vous en faites ce que vous voulez. Je vous vois, tous petits adolescents que vous êtes ! Les hormones, les nouveaux élèves. Inutile de ne connaître que la pratique. Vous connaissez la potion d’Amortentia. C’est le philtre d’amour. Moi, je vous propose d’apprendre la théorie, ensuite je pique un roupillon… Vous en faites ce que vous voulez, bien sûr. Y’a un bal en hiver, n’est-ce pas ? Page 213, non, 231. Mais chut ! Mme Gorath finit toujours par me taper sur les doigts, pas que ça me déplaise…
Il continuait son monologue comme pour justifier son choix. Il mimait toujours la réprimande de la directrice et inventait un plaidoyer à crever le cœur.
Nadia trépignait sur sa chaise :
- Ça me plait comme idée, chuchota-t-elle.
- Manipuler les sentiments de quelqu’un, ça te plaît ? s’étonna Lévannah.
- Pas tant les manipuler mais faire naître l’amour. Je ne sais pas, avoir ce genre de pouvoirs. C’est plus intéressant que faire léviter une plume, non ?
Lévannah haussa les épaules en tournant les pages du manuel. Déjà, le professeur Dandelion s’activait à préparer la potion en expliquant :
- Ce que j’adore dans cette potion, c’est sa puissance. Elle ne crée pas l’amour, vous imaginez bien ! La magie ne crée pas ce genre de choses, jamais. Ce que le philtre crée, c’est une sorte d’obsession. Les effets de l’amour, plutôt que l’amour. Je vais vous préparer un échantillon ! Où j’ai mis ma racine de gingembre, moi.
Il fouillait frénétiquement tout autour de lui tandis que Lévannah prenait connaissance des ingrédients : des racines de gingembre, de la bave de grenouille dendrobate fraise (prendre une dendrobate bleue transforme la potion en chagrin d’amour), des griffes de chat, des racines de taro, des feuilles de menthe, trois pétales de chrysanthèmes et de la poudre d’améthyste.
- Le secret, ce sont les feuilles de menthe, raconta le professeur Dandelion, avant, la potion créait simplement une attraction physique mais ce n’était pas une forme d’obsession. Vous pouvez sentir l’odeur enivrante de la menthe, sa fraîcheur, sa douceur, c’est un peu ça, l’amour, n’est-ce pas ?
Il mélangea avec une absence de délicatesse certaine la potion qui fumait. Il avait un air joueur et malicieux.
- Approchez, approchez, s’écria-t-il. Déjà, vous devez sentir. Ce que vous sentez, c’est ce qui vous attire le plus. Ma petite Patience, qu’est-ce que vous sentez ?
Elle renifla attentivement et fronça les sourcils :
- Du café et il y a une odeur, comme de la suie, je crois.
- Bien, bien, encouragea le professeur, vous, Rictus, qu’est-ce que vous sentez ?
- Rien, trancha-t-il.
- Rictus doit sentir beaucoup trop d’odeurs, souffla Nadia.
- Faites un effort, s’écria le professeur, approchez-vous.
Rictus s’approcha de mauvaise foi et renifla sans conviction :
- Alors ? insista l’homme.
- Le cuir, répondit-il, un vieux canapé en cuir. Je sens…
Il sembla hésiter :
- Je ne sais pas trop, les vestiaires du Quidditch ? une odeur diffuse, un peu partout : elle est partout, dans les vestiaires, dans les salles de cours, dans le Poudlard Express, c’est une odeur que je sens, une odeur ambiante.
- Quand je te disais qu’il y aurait beaucoup d’odeurs, s’esclaffa Nadia.
- Etrange, s’étonna Basil Dandelion.
- Je peux, je peux !
La voix scintillante de Hélène s’était levée. Elle s’approcha quand le professeur lui fit signe et fit bouger son nez à la manière d’un chat :
- Oh ! ça sent les toilettes des filles du premier étage de Poudlard, ceux à côté de la bibliothèque. Aussi, la bibliothèque, l’encre, les pages des livres. Ah oui ! Et l’odeur de mon pot-pourri. Celui que j’ai mis dans ma boussole portable !
Elle l’avait sorti comme pour illustrer son explication mais le professeur interrogeait d’autres élèves du regard :
- Mademoiselle Malefoy ? demanda-t-il.
Morgane était restée assise à son bureau et effectuait elle-même la potion dans l’indifférence générale :
- Je vous dirais quand j’aurais moi-même effectué le mélange, lâcha-t-elle.
Le professeur Dandelion l’ignora et revint sur le petit groupe :
- Mademoiselle Mackenzie ? demanda-t-il.
Lévannah s’approcha avec une légère appréhension. C’était comme si elle n’avait pas envie de sentir certaines choses. Quand la fumée lui caressa les narines, elle fronça les sourcils :
- Le sapin, déclara-t-elle. Noël, le sapin, le chocolat, les clémentines aussi.
- Super ! s’écria-t-il. Le temps passe si vite quand on s’amuse ! On passera les prochains cours à « étudier la théorie », déclara-t-il en mimant des guillemets avec ses doigts. Mais rappelez-vous, c’est un secret !
Le dernier cours de la journée était celui de Sévin Millepertuis. Il n’avait pas quitté cette attitude ambiguë, à la fois méprisante et séduisante. Des bruits couraient entre certaines élèves et lui, mais personne n’en avait réellement la preuve et les accusées niaient tout en bloc. Une fois, Lévannah l’avait vu donné des cours de soutien à une Serdaigle, seuls dans un coin reculé de la bibliothèque. La concernant, il n’avait jamais refait mention de ce qui s’était à Pré-au-Lard. Il la regardait pourtant avec une certaine insistance, surtout depuis qu’elle avait refusé à deux reprises de faire les duels en cours. La première fois, Morgane avait simplement déclaré qu’elle voulait le faire à sa place et la seconde fois, Rictus l’avait provoqué de telle sorte que le professeur l’avait fait combattre pour le punir.
Les Serpentard partageaient ce cours de défense contre les forces du mal avec les Gryffondor. C’était une mauvaise de Mme Gorath. Elle avait sans cesse mélanger les maisons avec leur grande rivale dans les différentes matières. « Il n’y a rien de telle que la rivalité pour exciter la magie », avait-elle dit quand le préfet des Serpentard s’était plaint : « Elberich, avait insisté la directrice, la colère que tu me montres me donne raison ».
C’est ainsi que la tête féline de Kristina apparut devant Lévannah, suivi du désagréable visage d’Agravain. Il semblait remis de la peur que lui avait inspiré la professeure MacLachlan et s’amusait à tourmenter Patience et Garry. Ce fut l’arrivée de Rictus qui le fit reculer. Il l’attrapa par la manche et le repoussa à quelques pas de son meilleur ami. Patience ne parut pas deviner qu’il s’intéressait avant tout à Garry car son visage rosi de plaisir.
- Peut-être que Mackenzie trouve ça pertinent de te défendre d’un lavage de cerveau mais ne nous croit pas tous aussi sensibles. Je te siphonnerai moi-même le crâne avec ma baguette si je te vois tourner ici de nouveau.
Agravain eut un air brave qui se voulait rassurant :
- Effectivement, on ne peut imaginer que des bassesses d’une maison comme la vôtre.
- Inutile de préciser que tu l’avais cherché, souffla Rictus en sortant sa baguette.
C’était une longue baguette noire et rigide. Elle était lisse et on ne devinait pas les marques du bois. Elle avait l’air en plastique et luisait à la lumière. Seule un anneau blanc l’embrassait au niveau du maintien. C’était une très jeune baguette selon les dires de Rictus, elle était née en même temps que lui et attendait sa venue jusqu’à maintenant. Il ressentait une certaine fierté à être le premier à la manier et à être celui qui lui donnerait une histoire.
Il allait jeter un sort d’un geste ample du bras quand le professeur apparut. Il affichait un air contrarié, froid et fermé. Ses mots tranchèrent la tension :
- Les duels sont interdits en dehors de mon cours. Peut-être monsieur Malefoy veut-il nous faire une démonstration une fois en classe ?
Il n’avait pas attendu sa réponse et faisait rentrer les élèves. Kristina pouffait avec une camarade aux cheveux rosés et Agravain dépassa Rictus en posant une main insolente sur son épaule :
- Sans rancune, mon vieux ? lança-t-il.
Rictus grinça des dents et finit par entrer dans la salle. Il découvrit qu’on avait repoussé les tables contre les murs et que le professeur trônait au milieu de la pièce, les élèves en demi-cercle devant. Il avait commencé à parler mais les oreilles du garçon bourdonnaient. Patience lui lançait des regards affligés, essayant de le réconforter à distance tandis qu’Agravain affichait un air passablement satisfait.
- …l’année dernière, non ? continuait le professeur, votre professeur a dû vous en parler. Quand on enseigne les sortilèges de défense, on fait mentionner de celui contre les Détraqueurs. Est-ce que quelqu’un saurait…
- Un patronus, lâcha la voix froide de Morgane.
- Je n’avais pas fini la question, protesta le professeur avec une moue faussement affectée, mais exactement mademoiselle Malefoy. Il n’y a pas à dire, vous mettez une distance infranchissable entre vous et votre frère.
Le dur visage de Morgane cilla. Elle avait desserré l’étreinte de ses bras sur sa poitrine. Lévannah braqua son regard sur Rictus. Bien sûr, il avait entendu. Morgane reprit sa contenance et répliqua froidement :
- Je mets une distance infranchissable entre moi et tous les autres élèves.
Le professeur saisit sa réplique comme une blague et lui demanda de s’avancer :
- Venez, venez, dit-il en faisant un signe amical de la main, j’imagine que vous savez lancer le sortilège, aussi ? Peut-être pourriez-vous l’enseigner à vos camarades ?
- J’enseigne mal, si on peut appeler « mal », le fait que certains ne comprennent pas des choses qui me sont élémentaires.
- Essayez donc.
- Je n’essaie pas, monsieur, trancha-t-elle.
On ne l’entendit même pas parler et pourtant du bout de sa baguette, un filet de poussière bleutée s’échappait avec une grâce certaine. On pouvait suivre la traînée jusqu’à la figure magique. Il s’agissait d’un aigle magnifique qui s’éleva comme mû par sa propre volonté au-dessus des élèves et s’envola avec habileté dans la pièce. Il fit plusieurs fois le tour et vint se poser sur l’épaule de son invocatrice. Des yeux pétillants la fixaient. Même les Gryffondor montraient un certain intérêt :
- Aucunement besoin d’être un génie, lâcha-t-elle comme si les regards l’irritaient, il ne s’agit de rien d’autre que de se connaître. Le Patronus n’est pas autre chose que nous-même, que notre magie, la forme qu’on lui donne. Il suffit d’y penser comme on pense à un « j’ai faim » ou « j’aime cette personne », comme un sentiment, un ressenti. Il n’y a presque rien de magique, si ce n’est l’apparition en elle-même. Le Patronus, il a toujours été en nous. Donnez la forme que vous voulez à votre magie.
Elle voulut rejoindre les rangs mais le professeur la retint par les épaules :
- Voici les explications de mademoiselle Malefoy, qui sont, on ne peut plus, abstraites. La science du patronus est peut-être plus précise, n’est-ce pas ? dit-il à son adresse. Le patronus est un esprit protecteur : il est à la fois un bouclier précieux et un messager efficace. Il peut guider dans l’obscurité et protéger dans le cœur d’un combat. Quoi qu’on dise mademoiselle Malefoy, il n’est guère simple. C’est un des sorts de protection les plus difficiles, on ne l’apprend donc pas en cinquième année et il n’est pas nécessaire de le maîtriser pour avoir ses ASPICS.
- C’est un sort difficile pour ceux qui se menteux à eux-mêmes, répliqua-t-elle.
Le professeur ne parut pas étonné ou il ne le montra pas et le repoussa doucement au milieu de ses camarades :
- J’aimerais tout de même vous voir essayer, s’exclama-t-il. Il suffit de faire appel à des forces positives, l’amour, la joie, le bonheur, la tendresse. Si le patronus prend la forme d’un animal, elle ne fait pas sa force. La plupart des patronus sont des animaux que nous avons l’habitude de côtoyer, des chiens, des chats, des oiseaux. N’allez pas imaginer qu’il représente qui vous êtes non plus et n’espérez pas faire apparaître un dragon. Bien que pour l’anecdote, quand j’ai fait un séjour en Roumanie, les jeunes sorcières…
Il commença à raconter une longue épopée qui tenait les jeunes filles en haleine, contant les dangers qu’il avait rencontré, le souffle court comme s’il les vivait à nouveau.
- Quel tour de passe-passe tu vas inventer pour te défiler cette fois ?
C’était la voix de Rictus. Lévannah regardait le professeur d’un air distant. Elle avait les bras croisés sur la poitrine et haussa les épaules :
- Je ne vois pas pourquoi je n’essaierais pas aussi.
- Tu as récupéré depuis tout à l’heure ?
- Nous verrons bien, dit-elle en faisant glisser le regard sur lui.
Morgane eut l’autorisation d’aller s’asseoir au fond de la classe, sur une des tables poussées pour étudier. Autour d’elle, c’était la débandade. Des fois, elle relevait son front contrarié et se moquait des Gryffondor qui envoyaient des feux d’artifices bleus dans le ciel. Elle pensait qu’il était impossible pour des gens toujours dans la représentation de sortir quelque chose d’eux-mêmes. Elle se renfrogna quand un Gryffondor blond et petit réussit à faire apparaître une forme indistincte mais qui se précisa et dessina un chat.
Par ailleurs, les Serpentard n’étaient guère plus forts que les autres. Nadia et Patience ne cessaient de s’envelopper dans le brouillard bleuté et finissaient par tousser fortement comme s’il s’agissait de fumée. Elles eurent les yeux embués et de grosses larmes coulèrent sur leur joie. Le professeur Millepertuis prit un soin tout particulier à les consoler comme s’il s’agissait d’un véritable chagrin. Holly lançait des éclairs rouges qui ciselaient l’air et frappait de petites décharges ceux qui se trouvaient près d’elle. De leur côté, Garry et Malefoy avaient formé des patronus tout à fait reconnaissables. Patience ne cessait d’envoyer des œillades d’admiration vers lui et vers la fin du cours, elle le supplia de lui apprendre.
Garry avait un patronus de chien. Cela lui allait plutôt bien car il était d’un caractère plutôt loyal et bien qu’il soit à Serpentard, il n’était ni frondeur, ni méprisant. Il avait une intelligence pratique et un esprit rusé qui lui permettait de toujours réussir grâce à l’effort ou à la ruse. Contrairement à certains autres de leur camarade, il ne prenait pas de plaisir particulier à tromper et à paraître. Il savait simplement utiliser son art quand cela devenait nécessaire. Aussi, il n’avait pas cet air supérieur caractéristique de beaucoup de Serpentard qui descendaient de lignée de Sang-Pur. Garry était d’une famille de Sang-Mêlée, mais d’une branche dissidente des Gaunt, les héritiers directs de Salazar Serpentard lui-même. On pensait donc qu’il était dans cette maison par génétique. Autrement, il s’entendait étonnement avec les Poufsouffle, près desquelles il allait souvent réviser ou même cuisiner quand Rictus ne le gardait pas près de lui. C’était le seul Serpentard à aller aux cours d’histoire des Moldus et il adorait recréer toutes les technologies. Il ne maniait pas beaucoup la baguette, se passionnant pour l’utilisation de ses mains et des outils moldus. Sa chambre ressemblait à un laboratoire où son intelligence fusait comme une potion sur le feu. Il avait inventé nombres d’instruments qui lui attiraient la moquerie de ses camarades mais qui l’émerveillait. Tout ce que les moldus faisaient si difficilement, il était extrêmement simple de le faire par magie mais Garry n’aimait pas la simplicité. Il avait un esprit dissident, dérangé qui le poussait sur d’autres sentiers. Il ne se contentait jamais d’une seule voie.
Son amitié avec Rictus attirait des moqueries sur ce dernier. Là où des fils de grandes familles lui avaient tendus la main, Rictus s’était simplement dirigé vers Garry. Il appréciait l’indépendance de l’autre, sa passion étonnante et son respect très rare chez les Serpentard. Ils passaient de longues après-midi simplement de leur chambre, l’un à trifouiller ses tubes à essai et l’autre à feuilleter des romans moldus que lui avait procuré son ami.
Le patronus de Rictus avait quelque chose de plus étonnant : c’était un hibou ou une chouette. Impossible de le déceler au milieu des filets de magie bleue. Au premier abord, rien d’étonnant puisque les chouettes faisaient partie du quotidien des sorciers mais ce fut le professeur qui montra son intérêt le premier :
- Un hibou ! s’écria-t-il. C’est plutôt rare, monsieur Malefoy, comme le fait de maîtriser un tel sort. Mademoiselle Koenig, relevez plus la baguette. Je n’ai jamais connu personne qui avait un tel patronus ! Vous êtes plus étonnant qu’on peut le croire. Mademoiselle Londubat ! Votre camarade enfin ! En réalité, le hibou est considéré comme un animal magique, c’est un peu comme une licorne ou le dragon dont je parlais tout à l’heure. Enfin, j’imagine que je ne dois pas m’étonner que quelqu’un qui a toujours vécu dans le monde magique prennent les hiboux pour des animaux quotidiens, lambdas.
Il haussa les épaules et son intérêt retomba aussitôt. Rictus lança un regard amusé à Garry et regarda Lévannah. Elle serrait le poing avec vigueur, le secouant longuement comme pour chasser une douleur. Il s’approcha d’elle et croisa les bras devant lui :
- Je te regarde, montre-moi.
Il n’avait pas l’air moqueur alors Lévannah se prêta au jeu. Elle releva sa baguette. Il eut un choc, comme une décharge au niveau de sa main blessée et un filet bleu mourut sur le bord de sa baguette. Sévin Millepertuis s’approchait aussi :
- Un faux contact ? lança-t-il en rigolant.
Le regard de Rictus se rembrunit mais il ne bougea pas.
- Je m’y prends mal, répondit simplement Lévannah.
- Montrez-moi.
Sa voix se voulait langoureuse et Lévannah ne put masquer sa grimace. Elle leva la main gauche à nouveau. Elle n’aimait pas voir cette baguette qui n’était pas la sienne. Elle avait fini par développer une animosité envers elle, comme si elle était à l’origine de ses maux. Elle pensa à sa mère. Aux différents moments où elle l’avait vu utilisé sa baguette. Les gestes souples, si doux et si élégants propres aux Serdaigle. Elle imagina les danses qu’elle voyait parfois aussi chez Mme Gorath. Elle pensa aussi à son père, vieux barbu Serdaigle qui avait l’habitude d’être plus sec et bourrin avec le gros bâton qui lui servait de baguette. Elle pensa à Alexanne, sa sœur d’à peine trois ans. Comment serait sa baguette ? Aurait-elle un cœur en ventricule de dragon comme avait été la sienne ? Elle se souvenait du bois foncé de sa propre baguette : l’ébène. Comme son bois lui manquait maintenant !
Emportée par ses pensées, elle devina à peine le filet bleuté qui s’échappa du bout de la vieille baguette. Une spirale lente se dessina dans l’air et donna naissance à une forme minuscule. Lévannah fronça les sourcils. Elle avait toujours pensé que la baguette n’avait pas oublié sa mère et qu’elle ferait apparaître la petite marmotte qu’elle avait pour patronus. Au contraire, sous ses yeux voletaient un tout petit oiseau. Une sorte d’hirondelle qui volait en spirale et qu’on pouvait presque entendre chanter.
Lévannah était tellement absorbée dans sa contemplation qu’elle ne sentit pas le sang coulé le long de sa main. Le professeur regardait le petit animal d’un air ravi et amusé. Rictus s’approcha de Lévannah sans même réfléchir et lui attrapa la main sanglante.
Elle fit volte-face sur lui et quand son regard tomba sur lui, il afficha l’air entendu de quelqu’un qui vous aide. Elle regarda sa main dans celle de Rictus et devina la tâche ensanglantée qui était en train de s’étendre. Elle voulut retirer sa main, maintenant brûlante, pour la plonger dans sa poche mais le professeur se tourna sur eux à ce moment. Il eut l’air amusé et choqué du professeur qui surprend deux élèves :
- Tous les deux ? Ensembles ! s’écria-t-il, je suis étonnée ! Quoi que… Peut-être que j’aurais pu le deviner !
Il partit de lui-même dans des conjectures pour rassurer son intelligente. Mais déjà, les élèves se dispersaient et quittaient le cours. Patience lança un regard glacé sur Rictus, comme s’il l’avait trahi et sortie d’un pas théâtral. Une fois à l’extérieur, Lévannah lâcha la main de Rictus. Il lui sembla que la main du garçon avait cherché à la suivre mais il s’était ravisé et essuyait sa propre main tâchée dans un mouchoir de tissu. Il tendit sa main vers elle :
- Laisse-moi essuyer.
- Je peux essuyer toute seule, lâcha-t-elle.
Il la regarda, haussa les sourcils et rangea son tissu. D’un air moqueur, il répliqua :
- Je te laisse t’essuyer dans ton pantalon.
Lévannah lâcha un regard abasourdi alors que Rictus se détournait. Morgane sortit en furie de la salle à ce moment :
- Qu’est-ce que c’était que ça ? s’écria-t-elle. Pourquoi ce taré dit que tu es avec Rictus ? Quoi ? Je dois devenir ta belle-sœur ? En vrai, ça ne me dérange pas… quoi ? mais rictus, sérieusement, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Lévannah la regarda en silence et leva sa main ensanglantée. Le visage de Morgane reprit son expression résolue :
- Oh je vois, dit-elle, je ne sais pas si je préfère ça.