Lévannah Mackenzie : Après deux générations

Chapitre 7 : Comment guérir

4959 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/08/2026 19:14

-       Je peux savoir où tu m’emmènes.

Lévannah ne put s’empêcher de sourire. La dernière fois qu’on lui avait posé la question alors qu’elle se rendait dans la tour d’astronomie, elle y entraînait Théo. Cette époque lui paraissait si loin maintenant. Elle se demandait ce qu’elle ressentirait si Théo la suivait plutôt que Blaise. Ils ne s’étaient vus que rapidement. Les élèves de Durmstrang aidaient activement les Serpentard et les Serdaigle a confectionné la grande salle pour le bal d’hiver. Parfois Théo s’approchait d’elle et lui parlait. Il était léger et solaire. Il parvenait toujours à faire rire ses camarades Serpentard qui n’étaient guère bon public. Mais il lui disait avec un certain aplomb : « Si je peux faire rire les élèves de Durmstrang, les Serpentard sont des enfants pour moi ». Et il y avait une certaine vérité dans ses paroles. Les élèves de son école étaient froids et fermés. Ils ne s’étaient pas confondus avec les élèves de Poudlard et formaient une sorte de milice mystérieuse et silencieuse. Ils voyaient d’un mauvais œil l’attitude de Théo et pourtant, personne ne lui faisait de remarques. Au fur et à mesure des jours, Lévannah devina un respect tacite à l’endroit de Théo. Il avait quelque chose du capitaine qui se fait respecter à l’aide de gestes doux et de regards insistants. Aussi parfois, quelques élèves de Durmstrang se risquaient à parler avec des Serdaigle ou des Serpentard. Des histoires d’amour naissaient à l’horizon du bal. Les Serdaigle notamment, étaient un public très conciliant pour ces élèves austères. Leur folie animait leur façade glacée. Nombreux étaient ceux et celles qui avaient proposé à Hélène de les accompagner au bal. Mais Hélène continuait de secouer la tête en prétextant qu’il était encore trop tôt pour choisir. Sa grâce et son excentricité lui valaient aussi les regards de nombreux élèves d’Uagadou. Lévannah s’étonnait quant à elle que Théo ne lui ait toujours pas proposé de l’accompagner. Il privilégiait un retour plus prudent. Il s’intéressait beaucoup à sa vie et ses réponses lacunaires semblaient le frustrer.

Lévannah se tourna vers Blaise qui affichait un air agacé :

-       Je te parle, répliqua-t-il.

Lévannah poussa la lourde porte de la salle d’astronomie et découvrit la silhouette sévère d’Ikram Igbinedion. Il était irradié par la lumière de la lune. Lévannah n’avait pas vu la nuit tomber. Tous les élèves devaient déjà être confortablement couchés dans leur lit. Qu’est-ce qu’elle espérait trouver au sommet de Poudlard à une heure si avancée ?

-       M. Igbinedion ? s’étonna Blaise en entrant dans la salle.

Le professeur fit glisser ses yeux sur Lévannah. Une mince fente laissait voir la profondeur de son regard noir. Il ne posa pas de questions et déclara :

-       Le garçon est cassé également.

-       Je voulais vous prévenir, professeur Igbinedion, déclara Lévannah, mais je n’avais pas de moyen de vous contacter. Blaise souffre du même mal que moi. Je l’ai amené pour qu’il apprenne aussi.

-       Lévannah, souffla Blaise.

Mais le professeur lui avait déjà attrapé le bras. Il tira sur la manche de Blaise et découvrit son bras meurtri. Il l’examina comme un docteur mécontent. Sa bouche était tordue dans une moue peu encourageante. Il lâcha le garçon et remit la manche en place. Il avait l’air pensif.

-       Le garçon a été torturé plus longtemps que vous, souffla-t-il.

-       Lévannah ! s’écria Blaise en faisant volte-face sur elle.

-       Vous travaillez beaucoup, mon garçon, n’est-ce pas ? demanda l’homme.

-       Je suis en dernière année, lâcha Blaise, je dois travailler pour valider mes ASPICS. Je ne compte pas rester en arrière.

-       Impossible.

Blaise se figea. Lévannah fronça les sourcils :

-       Vous m’avez dit que la malédiction n’était rien, murmura-t-elle sans comprendre, qu’il suffisait de réapprendre.

-       Pour vous, dit-il en la montrant du doigt, le garçon est cassé, définitivement.

Blaise manqua de s’étouffer. Son visage se tordit dans un rictus moqueur. Il tourna sur lui-même et plongea son visage dans ses mains. On ne distinguait pas s’il riait ou pleurait.

-       C’est pour ça que tu me fais monter dans cette tour pourrie en plein milieu de la nuit. Pour m’entendre dire par un vieux fou que je suis brisé à jamais ? Comme si je ne l’avais pas deviné moi-même ! Pourquoi tu me fais ça…

-       Je…

Ikram Igbinedion avait levé la main pour les faire taire.

-       Je ne veux pas écouter vos disputes. J’ai proposé mon aide. Je me retire si vous ne voulez pas, jeune fille.

-       Faites pour lui ce que vous faites pour moi, demanda Lévannah.

-       Impossible, siffla l’homme.

-       Essayez !

L’homme plissa de nouveau ses yeux. Les deux fentes lui lançaient des éclairs.

-       Salazar Serpentard était un homme qui voulait toujours plus, lâcha-t-il. Il était avide et orgueilleux. Quel paradoxe pour un homme. Se croire au-dessus de ses semblables et être aussi jaloux du bien des autres.

Les deux amis se regardaient sans comprendre.

-       Pourquoi êtes-vous dans cette maison démoniaque ?

-       Pourquoi pas ? s’étonna Lévannah.

-       Vous vous êtes blessé en l’aidant, n’est-ce pas ? Salazar Serpentard n’était pas un homme à se blesser pour les autres.

-       Je ne me blesse pas pour les autres, trancha-t-elle. Blaise n’est pas « les autres ». Il m’a semblé impossible de ne pas l’aider. De ne pas aider un ami.

-       Tu parles comme une Poufsouffle, se moqua Blaise.

L’atmosphère se détendit à sa remarque. Il avait souri et lui donna un coup dans l’épaule :

-       Bien sûr que j’ai pensé à le laisser, continua Lévannah, comme j’ai pensé à toutes les choses que j’aurai pu faire, comme je fais tout le temps. J’ai juste pensé que si Blaise venait à ne jamais revenir…

-       Tu me flattes.

-       Vous pouvez le faire pour nous ? demanda-t-elle au professeur.

-       Aidez-moi, reprit Blaise. Aidez Lévannah aussi. Quand je vois sa main, je me sens coupable. Je me sens coupable et j’ai l’impression de mériter mon sort. Mais elle ?

-       Les choses changent vites maintenant, souffla le professeur.

Les deux amis s’échangèrent un regard victorieux. Ikram Igbinedion fouilla dans la large poche de sa robe et sortit une boule de pâte à modeler. Il la dupliqua sans effort et sans baguette et la laissa dans la direction des deux jeunes gens.

Blaise l’attrapa d’un geste précis tandis que Lévannah s’éloigna pour la récupérer au sol.

-       Modelez-la.

Ils s’exécutèrent, confus. Blaise s’appliqua à donner une forme rectangulaire à sa pâte tandis que Lévannah œuvrait pour faire des oreilles de lapin. Ils finirent leur œuvre et se regardèrent.

-       La pâte, c’est la magie, déclara le professeur. Ce que vous avez fait avec vos mains sur elle, vous devez faire la même chose avec la magie. Vous devez la saisir comme de la matière. La modeler comme telle. Recommencez.

La soirée s’étendit sur de longues heures silencieuses durant lesquelles Blaise et Lévannah modelaient la pâte. Le professeur parlait très peu. Son regard s’arrêtait sans cesse sur Blaise puis il semblait sombrer dans une profonde réflexion.

-       Ce sera tout, déclara-t-il au bout de trois longues heures à modeler la pâte.

-       C’est tout, s’étonna Blaise.

Lévannah lui fit signe de ne pas insister et s’inclina pour remercier l’homme. Ikram Igbinedion fit signe à Blaise de rester :

-       Vous allez devoir être au moins aussi heureux que vous avez été malheureux, dit-il.

-       Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? répliqua le Serpentard.

-       Le mal est encore sur vous. Je le vois tout autour de vous. Il doit partir, et pour cela, vous devez le laisser partir.

-       Le laisser partir ?

-       Votre cœur. Vous devez l’épancher. C’est vous que vous devez soigner, s’il est possible de vous soigner. Allez là où votre cœur est en paix.

-       Merci professeur Igbinedion, dit doucement Lévannah en attrapant le bras de Blaise.

Il ne bougeait plus. Sous son crâne, les souvenirs se bousculaient tous plus douloureux les uns que les autres. Il souffrait encore. Plus il souffrait, plus son bras le lacérait.


*

Le professeur Dandelion avait suspendu le cours de potion après le succès de Morgane. Au milieu du cours, alors qu’ils étudiaient la potion Felix felicis et que le professeur rappelait son interdiction lors des examens scolaires, Morgane avait écrasé un philtre sur le bureau du professeur. Une légère fumée rouge sans échappait et vint caresser les narines du professeur.

-       Je n’aime pas me tromper mais je suis sûre que vous sentez en ce moment une odeur de mauvaises bières et peut-être même le parfum de Mme Gorath. C’est seulement une supposition.

La provocation avait été si insolente que le professeur avait renvoyé tous les élèves. Morgane se contenta de hausser les épaules et quitta la salle la première d’un pas fier. Lévannah la suivait de près alors qu’elles remontaient le couloir.

-       Comment tu as réussi la potion ?

-       Ce n’est pas du gingembre.

Et elle n’ajouta rien.

Les deux filles se rendirent dans la grande salle où quelques Serdaigle s’activaient pour la décoration. Morgane abandonna ses manuels sur une des tables et s’approcha de Hélène. Les autres Serdaigle s’étaient reculés comme si elle avait été contagieuse.

-       Vous avez avancé ? demanda-t-elle sans s’en soucier.

-       Couci-couça, répondit la Serdaigle en glissant une longue mèche derrière son oreille. Florimond aimerait quelque chose d’explosif, un peu à l’image de feu d’artifices, mais ça ne fait pas un peu trop pour un bal ? Imagine un costume s’enflamme… Alice pense qu’on devrait imaginer un décor naturel, comme si on était à l’extérieur et non pas à l’intérieur, une grande pelouse, des arbres, des nuages, le ciel…

-       Je peux voir les projections ?

Les projections étaient de grands parchemins magiques sur lesquelles les jeunes sorciers avaient étalé leur pensée. Celle de Florimond avait le défaut d’être absolument illisible. Tout était explosion dans son esprit, il n’avait pas mis les choses au clair.

Hélène se pencha par-dessus l’épaule de Morgane et souffla :

-       C’est un peu confus, on ne lit pas grand-chose…

Elle essayait de clarifier la projection avec sa propre projection mais le brouillon n’en devenait que plus illisible.

-       Je suis une pestiférée ? chuchota Morgane en voyant que tous les Serdaigle s’étaient écartés.

-       Ne dis pas ça, lui murmura Hélène par-dessus son épaule, simplement, tu les impressionnes.

-       Je dois voir ça comme de l’admiration ?

-       Ou de la crainte.

Morgane crut sentir les lèvres de Hélène dans son coin mais déjà elle avait repris la projection d’entre ses mains et la repliait.

-       Depuis quand ce que les Serdaigle pensent de toi t’intéressent ? s’étonna Hélène.

-       Ça ne m’intéresse pas.

-       Dans ce cas, il n’y a pas de problème.

Morgane se mordit l’intérieur de la joue. Hélène lui montrait les autres projections d’un air affairé. En voyant l’air absent de son amie, elle sortit sa baguette et lui donna un petit coup sur le bout du nez. Une tâche rose s’étendit le long de sa joue.

-       Comment oses-tu ? s’écria Morgane dans un sourire carnassier.

-       Un peu de couleur ne te fera pas de mal, dit-elle en soufflant sur le bout de sa baguette comme si c’était une bougie. Un travail d’artistes.

Morgane sortit sa propre baguette et lança un jet de peinture sur la robe de la Serdaigle.

-       Comment ! hurla-t-elle dans un rire.

Elle répliqua une seconde fois, la couvrant d’une balafre jaune. Les élèves de Dumstrang s’étaient éloignés, voyant que l’atmosphère devenait joueuse. Quelques Serdaigle rigolaient sans oser se mêler au combat. Ce fut l’intervention du préfet des Serpentard, Elberich Macmillan qui donna un nouvel élan au duel : il aspergea quelques jeunes Serpentard pour le bizutage et des Serdaigle qui l’avaient agacé plus tôt.

Aussi, la grande salle devint un champ de bataille dans lequel était tiré des traits multicolores. Les tables étaient aspergées, les bancs renversés, les élèves couraient en s’attaquant, les rires s’envolaient. L’arrivée de Macha Weasley accompagnée d’Edmée Finivelle mit en terme à la lutte. En entrant, la directrice reçut un train dans la robe. Une tâche vert vomi dégoulina le long de son vêtement.

-       Mais qu’est-ce qu’il se passe ? hurla-t-elle.

Elle manqua de perdre la face quand elle devina Gloria Gorath attablée derrière la table des professeurs qui comptaient les points :

-       Dix points pour Serdaigle, criait-elle d’une voix enfantine.

Puis elle se mettait à dévorer de nouveau une glace qu’elle n’aurait pas du manger à cette heure. Macha se fit un passage au milieu du combat jusqu’à la table de la directrice à qui elle jeta un regard autoritaire :

-       Je sais ce que tu vas dire pour la glace, souffla-t-elle la bouche pleine.

-       Pour ça ! s’écria-t-elle en désignant le champ de bataille.

-       Oh ! ils s’amusent, répondit-elle comme si cela lui paraissait normal.

-       Ils sont en train de saccager la grande salle, corrigea Macha.

-       Oh.

Gloria se redressa et essuya ses mains tâchées dans sa longue robe noire. Son visage était couvert de glace au chocolat mais elle redressa le menton d’un air noble. Elle saisit sa baguette qui se trouvait au creux de sa manche et eut un geste sec et précis.

Le silence se fit. Tous les élèves semblaient figer. Les tables redevinrent propres ainsi que le sol, les bancs se rangèrent d’eux-mêmes, les élèves étaient de nouveau immaculés. Les élèves de Durmstrang jetèrent un regard ahuri à la directrice comme s’ils n’avaient jamais vu de magie jusqu’à ce jour.

-       Qui ça ?

Gloria se parlait à elle-même. Elle écouta la réponse imaginaire et d’un geste de la baguette, Hélène et Morgane sortirent du lot pour se diriger vers elle. Les autres élèves sortaient doucement de leur stupeur.

-       Mesdemoiselles Malefoy et Pembroke, s’écria Macha Weasley, indignée.

-       Je suis navrée, s’excusa Hélène, je voulais simplement remonter le moral de mon amie ! Je ne pensais pas créer un tel… désordre ?

-       Tu m’as aussi remonté le moral, ma petite, souffla la directrice mais le regard de Macha l’interdit d’aller plus loin. Mais bien sûr, il s’agit d’un acte irréfléchi qui mérite…

Elle regardait sa collègue pour connaître la fin de sa phrase :

-       Qui mérite quelques travaux d’intérêt général, conclut la professeure Weasley.

Morgane haussa les épaules alors que Hélène hochait la tête par politesse.

-       On peut dire que vous savez vous amuser à Poudlard !

Théo s’était approché de Lévannah. Pendant la bataille, elle s’était tenue à l’écart. Elle avait tenté d’attraper un jet de peinture à main nue et s’était finalement retrouvée couverte de rose.

-       Tu avais l’habitude de participer à ce genre d’événements par le passé, non ?

-       Je suis blessée.

Elle n’avait pas songé à lui annoncer sa blessure mais les mots étaient sortis d’eux-mêmes. Théo fronça les sourcils devant cette soudaine confession. Lévannah ne s’était guère montrée chaleureuse avec lui.

-       Blessée ?

-       J’ai dû mal à utiliser la magie, conclut-elle aussi rapidement qu’elle avait inauguré sa confession.

-       Il y a quelque chose qu’on peut faire ?

-       Moi, je crois que oui.

-       Tu es toujours surprenante, Lévannah, lâcha-t-il. Quand on pense ne rien devoir attendre de toi, tu te découvres un petit peu, ça donne envie d’essayer encore. J’allais baisser les bras. C’est tout toi. A l’époque, quand je croyais que tu te fichais de moi, j’ai tenté le tout pour le tout. Je ne pensais pas être récompensé. Aujourd’hui c’est pareil, j’imagine. Je dois tenter. Alors je voudrais savoir si tu accepterais d’aller dîner avec moi. A Pré-au-lard, un week-end. Ça nous changerait un peu les idées. La première épreuve arrive, c’est le moment de décompresser.


*

L’annonce de la première épreuve devait se faire à la fin du dîner le vendredi soir. Elle se déroulerait la semaine suivante permettant aux élèves d’imaginer leur stratégie. Les candidats étaient exempts de cours enfin de pouvoir s’y consacrer pleinement.

Au cours du dîner, Nadia avait annoncé à ses camarades qu’un élève d’Uagadou lui avait demandé d’aller au bal. Elle avait raconté son histoire assez fortement pour que Rictus l’entende mais le garçon était silencieux et absorbé par sa soupe. Patience avait chuchoté à Morgane qu’elle espérait que son frère lui demande et lui avait demandé de lui parler dans ce sens. Morgane avait fait la grimace mais n’avait pas refusé. Garry et un de ses amis s’étaient moqués de quelques filles qu’ils jugeaient trop stupides pour qu’on veuille les invités mais quand Rictus avait prononcé le nom d’une jeune Serdaigle, Garry s’était tu à son tour.

-       Je suis surpris que Théophilius Léodin ne t’est pas encore demandé, lança sarcastiquement Rictus, ou alors peut-être que tu nous caches quelque chose, Mackenzie ?

Lévannah avait senti pendant tout le repas la tension de Rictus. Depuis quelques jours, les demandes pour le bal fusaient et l’aura effrayante de Rictus s’étendait sur elle. Elle le regarda sans sourciller et répondit calmement :

-       Il y a quelque chose que tu aimerais me demander ?

-       Jamais, vociféra-t-il.

Il s’était renfrogné plus sombrement que lors du début du repas. Garry l’ignorait et demandait à demi-mots des conseils à Nadia et Patience pour faire sa demande à une certaine personne. Holly se tourna vers les deux amies :

-       J’attends depuis une semaine que Blaise MacGraith daigne me demander, vous croyez que j’ai une chance ?

-       Laisse tomber.

La voix de Morgane était tranchante.

-       Je vois, Madame le garde pour elle, souffla Holly, déstabilisée.

-       Ouvre les yeux, reprit-elle. Il ne s’intéresse à aucune de nous.

-       Morgane a raison, appuya Lévannah, Blaise est encore un peu sous le choc de ce qu’il s’est produit l’année dernière. Je ne sais pas s’il aura la tête à aller au bal.

-       Je ne disais pas ça pour ça, répliqua Morgane en lançant un air évident à Lévannah.

-       Et vous ! s’écria Holly sans transition, on parle beaucoup mais quelqu’un vous fait envie ? Lévannah, tout le monde parle de ton garçon de Durmstrang mais quelqu’un d’autre t’intéresse ? Sinon, qu’est-ce que tu attends pour lui demander !

-       J’ai entendu dire que vous alliez en rencard demain, s’écria Nadia.

-       Comment tu as pu entendre ça ? s’étonna Lévannah.

-       Tu vas en rencard avec ce type ? vociféra Rictus.

Mais il n’eut pas le temps de poursuivre, un bruit de trompette vint interrompre leur festivité. Ce n’était pas le bruit magique de la baguette de la directrice, mais une authentique trompette guerrière que le professeur Igbinedion faisait retentir dans la grande salle. Le silence parcourut les différentes tables et les têtes se levèrent vers le professeur :

-       Comme vous le savez, la Coupe de feu a désigné trois candidates au tournoi cette année. Les professeurs et moi-même avons concoctés trois épreuves pour aguerrir et évaluer nos élèves. Sema Elé, Anastassia Marcovitch et Lévannah Mackenzie, veuillez me rejoindre.

Les trois élèves se levèrent, se toisant du regard comme des animaux prêts à se battre. Ronnie Krog se tenait aux côtés du professeur d’Uagadou.

-       Chaque professeur crée et imagine son épreuve, déclara-t-elle d’une voix désinvolte. La première épreuve a été imaginé par le professeur Igbinedion, il s’agit d’une épreuve de course d’obstacles.

Morgane échangea un regard rapide avec Blaise, lui-même avec Abelforth, jusqu’à Pif et Hélène. Ils affichaient tous un sourire confiant. Lévannah était une spécialiste de la course d’obstacles. Elle avait l’habitude de courir à pieds, de sauter sur son balai, de s’envoler, de se jeter dans le vide pour repartir de nouveau. Elle avait mis tout son talent au service de l’équipe de Quidditch, faisant promotion d’un jeu très près du sol.

Si Lévannah était soulagée, elle n’en fit rien paraître. Ronnie Krog continuait son explication :

-       Les candidats partiront tous du même point et l’une devra arriver la première. Ils pourront s’affronter entre eux pendant leur course mais le terrain sera également accidenté et animé par la magie. Le sorcier devra affronter des adversaires humains et naturels. Nous allons travailler sur ce terrain pendant la semaine qui arrive.

-       Nous autorisons, reprit Ikram Igbinedion, tous les moyens de transport magiques ou moldus : balais magiques, tapis volants, vélos, rollers ou encore marche à pied. Les objets devront être inventoriés avant l’épreuve. Les candidats disposent d’une semaine pour faire leur choix. Des objets magiques peuvent être sélectionnés : différentes potions, boussoles magiques, bottes magiques etc.

-       Nulle aide ne sera autorisée venant de la part des élèves à l’extérieur du terrain, conclut la voix sans timbre de Ronnie. Les élèves peuvent soutenir leur candidat avant l’épreuve, jamais pendant.

Macha donna un coup de coude discret à Mme Goriath qui se leva d’un bon en applaudissant. Les élèves et l’ensemble de la salle l’imitèrent. L’enthousiasme s’éleva chez les élèves à mesure qu’ils pouvaient parler entre eux et échanger leur impression.

De nouveaux desserts apparurent sur les tables et ouvrirent de nouveau l’appétit aux enfants. La bonne humeur planait dans la salle.

-       Je n’avais pas fini, dit Ronnie à l’attention de Mme Goriath.

-       Laisse-les ! s’écria-t-elle. Il faut qu’ils fêtent ça. Le début de la coupe de feu. Alors pour le blaba.

-       Je n’ai pas parlé des interdits : les sortilèges interdits, les gestes volontairement dangereux…

-       Olala, qu’est-ce tu peux être sombre parfois, coupa Gloria Goriath. Ton père avait l’habitude d’être plus joyeux.

Ronnie sembla se rembrunir davantage au nom de son père. Elle se rassit, droite comme un piquet derrière la table des professeurs. Ses élèves n’osaient même pas bavarder entre eux pour mettre au point une stratégie. Ils étaient coincés dans leur discipline, dans leur corps. Ronnie grinça. Elle détestait voir leur servile obéissance. Seul l’ancien élève de Poudlard osait parfois tirer sur la manche d’un camarade ou afficher un sourire. Les autres n’étaient que des murs de glace. Ronnie se demandait pourquoi la coupe de feu avait choisi Anastassia Marcovitch au lieu de Théophilius Léodin. Anastassia n'avait rien de la participante idéale, c’était plutôt une élève médiocre qui palliait sa médiocrité par un mépris non dissimulée. Elle se pensait plus forte que ses camarades mais ne l’était guère. Ronnie ne lui connaissait ni bravoure ni quelconque intelligence. Elle était, tout au plus, de la chair à canon assez résistante.

Tous ses élèves avaient espéré qu’Olaf Karkaroff soit désigné, elle, avait espéré que ce serait Théophilius. Elle voulait montrer à ses élèves que leur crispation et leur stupide obéissance ne leur mènerait nulle part. Seul l’ancien Gryffondor montrait une forme d’individualité et de désinvolture que les autres ne pouvaient plus imaginé. Ronnie soupira. Il perdrait cette année encore.


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