La prophétie des deux coeurs atlantes

Chapitre 5 : Le coeur entre deux mondes

3211 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/04/2026 19:46

CHAPITRE 5 


Le coeur entre deux mondes


Dès qu’Eliza fut en âge de comprendre, sa grand-mère Grace lui avait confié que sa mère, Violet, avait autrefois été une sorcière humble, animée d’une profonde tolérance envers les Moldus et les sorciers nés de familles non magiques. C’est sa rencontre avec Alaric Miller qui l’avait transformé radicalement.


Alaric clamait avec arrogance être l’unique héritier d’une illustre lignée de sang pur. Nourrissant un mépris viscéral pour tout ce qui touchait au monde non magique, il avait exigé de Violet, avant leurs noces, qu’elle tourne définitivement le dos à cet univers qu’il jugeait impur. Son obsession était absolue. Ses deux filles devaient aussi lui ressembler et perpétuer l’intégrité de la lignée.


Constatant qu’elle ne pourrait ramener Violet dans le droit chemin, celui dans lequel elle et son défunt mari l’avaient élevé, Grace s’était insurgée contre l’éducation austère imposée à sa petite-fille aînée. Eliza ayant manifesté ses premiers signes de magie dès l’âge de dix-huit mois, sa grand-mère avait su que l’enfant était hors du commun. Sans toutefois en dévoiler l’origine exacte, Grace avait affirmé auprès d’Alaric et Violet qu’Eliza était investie d’une puissance magique rare.


Pour Grace, la force magique de sa petite-fille, alliée à une intelligence émotionnelle fine et une curiosité intellectuelle débordante, promettait à Eliza un destin grandiose. À condition qu’elle reçoive la meilleure éducation possible, bien sûr. Mais Alaric restait sourd aux arguments de sa belle-mère. Il craignait par-dessus tout de voir sa propre fille le surpasser, redoutant qu’une telle puissance l’empêche, à terme, de la soumettre à ses idéaux de pureté du sang.


Très jeune, Eliza avait manifesté un caractère rebelle face à l’éducation stricte de ses parents. Fidèle à elle-même, elle avait toujours affirmé un profond désir de liberté, aspirant à suivre son propre chemin. Son opposition à l’idéologie grotesque de ses parents lui avait valu beaucoup de violence, tant psychologique que physique. Les abus ne se limitaient cependant pas au cadre familial. Lorsque sa petite sœur, Sophia, avait rejoint l’école d’Ilvermorny, les sévices infligés à Eliza s’étaient mués en harcèlement scolaire, étendant ainsi son calvaire au-delà des murs de la maison.


Alertée par la détresse d’Eliza à Ilvermorny, ainsi que par la lutte acharnée que l’adolescente menait pour purger son école d’une vague de maléfices, Grace avait suggéré à Alaric et Violet d’envoyer la jeune fille à Poudlard. Sans surprise, les parents d’Eliza s’étaient farouchement opposés à ce projet. Alaric avait affirmé avec véhémence qu’il refusait de voir sa fille intégrer l’établissement du célèbre Albus Dumbledore, prétextant que Poudlard offrait moins de sécurité qu’Ilvermorny face à la menace grandissante du Seigneur des Ténèbres.


Loin de se laisser décourager, Grace n’avait pas perdu son temps à parlementer avec son beau-fils et sa fille. Après que des médicomages lui eurent diagnostiqué une maladie dégénérative rare, la grand-mère avait sollicité une entrevue avec Dumbledore. Elle s’était entretenue avec le directeur au sujet d’une prophétie atlante, en plus de lui confier un objet précieux, destiné à Eliza lors de son arrivée au château. Enfin, Grace avait pris soin de rédiger un testament aux clauses contraignantes, verrouillant ainsi toutes les possibilités d’opposition, de la part d’Alaric et de Violet, au départ de sa petite-fille.


Une ombre de tristesse obscurcit le visage d’Eliza. Dumbledore s’interrompt un instant, puis énonce d’une voix douce :


— Je suis sincèrement désolé pour la perte de votre grand-mère. Elle était une femme d’une grande sagesse.


— Merci, Monsieur, répond l’adolescente avec émotion, avant de lui confier ce qui la préoccupe vraiment.


Ses parents ne cessent de lui envoyer des Beuglantes, depuis son départ. Ils prennent un malin plaisir à lui hurler toutes sortes de bêtises insignifiantes. Elle avoue d’ailleurs en avoir reçu une, ce matin même, alors qu’elle se trouvait seule dans son dortoir. Elle a réussi à la détruire, bien sûr, avant que celle-ci libère son contenu. 


— Cependant, j’ai peur qu’un jour l’une d’elles explose au beau milieu de la salle commune, ajoute Eliza, les larmes aux yeux. Je ne veux pas qu’on sache la vérité sur ma relation toxique avec mes parents et ma sœur.


— Soyez tranquille, mademoiselle Miller, assura Dumbledore, avec douceur. J’en informerai la professeure McGonagall, après notre entretien. Nous nous chargerons personnellement d’intercepter toute future Beuglante avant qu’elle ne puisse vous atteindre.


Eliza hoche la tête, le regard empreint de reconnaissance. Dumbledore ouvre ensuite un tiroir, à sa droite. Il en sort un petit coffret d’ébène qu’il dépose devant la jeune fille, avec la précaution que l’on réserve aux reliques.


— Votre grand-mère m’avait confié ceci avec une instruction précise, explique le directeur. Vous le remettre lorsque le moment serait venu. C’est votre héritage.


D’une main hésitante, Eliza soulève le couvercle. Sur un coussin de velours noir repose une fine chaîne d’argent soutenant un pendentif en forme de tigre, taillé dans un saphir d’une pureté absolue. La pierre semble contenir sa propre lumière.


— Un talisman? souffle Eliza en le prenant délicatement.


— C’est un artefact atlante, précise Dumbledore. Son histoire est liée à une prophétie que j’ai entendue par accident dans ma jeunesse. Une époque où j’étais imprudent. 


La Gryffondor regarde le directeur avec stupéfaction.


— Ça vient de l’Atlantide! s’exclame-t-elle à voix basse.


Dumbledore confirme d’un hochement de tête. Il reprend sérieusement :


— La prophétie parle de deux porteurs de pendentifs capables de terrasser un Mage Noir et d’empêcher une guerre totale. Lorsque votre grand-mère m’a remis ce tigre de saphir, elle m’a affirmé que vous étiez l’une des deux élues.


Un frisson glacial parcourt l’échine d’Eliza. L’émerveillement de la renaissance de Fumseck s’efface devant le poids de cette révélation.


— Et quel est l’autre pendentif? Qui le porte? s’enquit l’adolescente, intriguée. 


— Le Dragon d’Émeraude, répond Dumbledore. J’ignore son identité. Mais selon votre grand-mère, son porteur serait également un élève de Poudlard.


Le directeur pose les mains sur son bureau, le regard perçant.


— Je vous aiderai à accomplir votre mission, Eliza, poursuit-il. Il existe une prophétie liant Harry Potter à Voldemort. Cependant, je place de grands espoirs en celle de l’Atlantide. La puissante combinée du Dragon Émeraude et du Tigre Saphir pourra épargner de nombreuses vies. En particulier celle de Harry, qui est porteur d’un horcruxe.


— Qu’est-ce qu’un horcruxe? s’inquiète Eliza.


— Un objet ou un être vivant dans lesquels un sorcier cache un fragment de son âme pour atteindre l’immortalité, explique Dumbledore. C’est un acte de magie noir extrêmement sombre qui nécessite de commettre un meurtre pour déchirer son âme.


Eliza tressaille d’horreur. Le directeur ajoute que Voldemort a créé sept horcruxes pour défier la mort. Pour le vaincre, les deux élus atlantes devront détruire les fragments restants. L’un d’eux, un journal intime, a déjà été anéanti par Harry, environ quatre ans plus tôt.


— Cependant, avant de revenir au cœur de votre mission, je vous demanderai de trouver l’autre élu, énonce Dumbledore avec sérieux. Cette personne pourrait être effrayée par ses propres pouvoirs, ou même devenir dangereuse si elle était mal guidée. Vous devez la trouver le plus rapidement possible.


Habitée par une détermination soudaine, Eliza relève la tête.


— Je la trouverai, Monsieur, promet l’adolescente.


Elle passe la chaîne autour de son cou et glisse le Saphir sous son uniforme. Dumbledore se lève, signifiant que l’audience touche à sa fin.


— Une dernière chose, ajoute-t-il d’un ton solennel. La prophétie atlante n’a jamais été écrite. Elle s’est transmise entre les descendants qui s’étaient échappés de la cité, avant sa destruction. Surtout, n’en parlez à personne, à l’exception de l’autre élu. Si Voldemort ou ses Mangemorts venaient à l’apprendre, tout sera perdu.


Eliza promet de garder le secret, puis elle quitte le bureau. Alors qu’elle marche en direction de sa salle commune, elle sent le contact froid du saphir sur sa peau. Le cœur battant la chamade, elle se déclare mentalement : « Ma vie d’étudiante ordinaire arrive à sa fin. Une mission incroyable m’attend avec le Dragon d’Émeraude à mes côtés ».


***


Cette nuit-là, la lune s’invite à travers les fenêtres du dortoir des filles de sixième année. Elle jette des voiles d’argent sur les lits à baldaquin. Eliza, enfouie sous sa couette, prête l’oreille au souffle régulier de ses amies pour s’assurer que leur sommeil les a toutes emportées.


L’élue atlante cherche du bout des doigts le pendentif de saphir dissimulé sous son pyjama. Le contact du métal est glacial, presque brûlant de cette froideur magique. Le poids du destin qu’elle vient d’accepter semble soudain écrasant. Mais dans l’obscurité, son regard brille avec détermination.


Eliza ferme les yeux et se concentre. Elle commence par réciter une incantation silencieuse, telle que sa grand-mère lui avait enseignée. Les mots s’entrelacent à sa propre volonté. Une onde de chaleur irradie aussitôt du pendentif, se diffusant dans sa poitrine comme un cœur battant.


L’air devant elle se met à vibrer. Une forme commence à prendre corps, tissée de rayons lunaires et d’éther pur. Dans le silence absolu, la silhouette d’une tigresse majestueuse se matérialise au pied du lit. Ses rayures semblent tracées dans l’ombre et la lumière, et ses yeux, d’un bleu saphir identique à la pierre d’Eliza, scrutent l’âme de la jeune sorcière. L’animal trône là, puissant et serein, incarnation vivante du bijou atlante.


La tigresse soutient le regard d’Eliza. Sa présence dégage une sagesse millénaire, une compréhension qui se passe de mots. Eliza, se sentant intensément connectée à ce guide spirituel, laisse échapper un murmure chargé d’espoir :


— S’il te plait, guide-moi. Aide-moi à retrouver l’autre élu de la prophétie. Le ou la porteuse du Dragon d’Émeraude.


L’esprit incline la tête en signe d’acquiescement. Puis, dans un mouvement fluide, la tigresse se mue en une traînée de poussière d’étoiles qui vient se réabsorber dans le pendentif. Une vague de calme et de certitude submerge Eliza. Elle ne sait pas encore comment, mais elle sait que la tigresse veillera sur sa quête.


Apaisée par cette promesse silencieuse, Eliza finit par sombrer dans le sommeil. Sous son vêtement, le saphir émet une lueur presque imperceptible, comme une veilleuse protégeant ses rêves.


L’élue atlante quitte l’enceinte de Poudlard en courant, le cœur battant à tout rompre. Elle s’élance sur un sentier escarpé, serpentant dangereusement entre les eaux sombres et immobiles du Lac Noir et les lisières oppressantes de la Forêt Interdite. Le paysage paraît se distordre sous ses pas jusqu’à ce que le château disparaisse, remplacé par un univers d’une austérité glaçante.


Au bout de ce chemin désolé, Eliza se retrouve face à la prison dans laquelle Drago est enfermé. Les quatre murs de béton noir d’encre s’élèvent sur environ trois mètres de haut. Il ne semble pas y avoir de toit. À l’intérieur, des bruits de pas précipités rompent le silence. Drago cherche éperdument une faille dans les blocs craquelés.


N’écoutant que son instinct, Eliza brandit sa baguette. Une lumière saphir, aussi vibrante que l’éclat de son pendentif, jaillit pour percer l’obscurité. Tandis qu’elle longe les parois, Drago l’aperçoit à travers une ouverture. Un sourire illumine son visage marqué par la fatigue. Il est profondément soulagé et heureux de la revoir enfin.


— Tu es revenue? souffle-t-il, sa voix vibrant d’espoir.


— Je t’ai promis que je t’aiderai, répond Eliza avec douceur. Et je tiens vraiment à toi.


Elle continue de balayer le mur du regard.


— Pourquoi tu n’as pas ta baguette? lâche-t-elle perplexe.


Le Serpentard s’approche aussi près que possible d’une brèche, baissant la voix jusqu’à un murmure.


— Ils me l’ont prise, explique Drago. Ils veulent me rendre le plus vulnérable possible.


— Je vois, énonce Eliza, le cœur serré par cette confirmation.


Elle continue de balayer les parois sombres de sa lumière saphir, révélant des blocs endommagés par le temps. Soudain, Drago s’arrête net, les yeux fixés sur une section du mur où les joints s’effritent.


— Là! s’exclame-t-il. Je crois que je peux escalader par ici.


Eliza éclaire intensément la surface. Voyant les blocs vaciller au moindre souffle d’air et les fissures béantes qui zèbrent la paroi, elle sent une vague d’inquiétude l’envahir.


— C’est trop instable, affirme l’élue atlante. Laisse-moi utiliser un sort pour briser le mur. Je pourrai créer une ouverture en une seconde.


Drago revient vers elle et secoue la tête d’un air grave.


— Ne fais pas ça! lui déconseille-t-il avec insistance. Le bruit de l’explosion pourrait faire échouer mon évasion. Je n’ai pas d’autre choix que de monter.


Eliza retient un cri d’angoisse, comprenant le danger. Elle suit Drago du regard alors qu’il commence son ascension. Elle remarque son élégance, même dans cette épreuve. Il porte une chemise de soie émeraude et un pantalon noir ajusté.


Un bloc cède brusquement sous le pied du Serpentard. Ce dernier pousse un cri de stupeur, tandis que son corps bascule dans le vide. Eliza retient son souffle, horrifiée. Dans un réflexe désespéré, Drago réussit à s’agripper de justesse à une aspérité plus haute.


Après un instant d’immobilisation totale, le souffle court, Drago reprend sa progression avec une prudence redoublée. Au moment où il atteint enfin le sommet et qu’il enjambe le mur, Eliza pousse un immense soupir de soulagement.


— Ne saute pas! le supplie-t-elle, voyant qu’il s’apprête à se laisser tomber.


Elle lève sa baguette et l’enveloppe d’un sort de lévitation. Doucement, elle le dépose au sol en toute sécurité. Alors que Drago fait un pas vers elle, l’élue atlante remarque que son pantalon s’est déchiré au genou gauche. À travers le tissu lacéré, elle voit une égratignure profonde qui perle de sang.


— Tu es blessé, s’inquiète Eliza. Laisse-moi te soigner.


Elle s’agenouille délicatement devant son genou ensanglanté, ignorant la poussière du sentier. Ses mains, bien que tremblantes à cause de l’adrénaline, deviennent d’une précision chirurgicale en le touchant.


— Ne bouge pas, ajoute-t-elle d’une voix apaisante.


L’élue atlante lève sa baguette. Mais avant de prononcer l’incantation, elle utilise le bout de ses doigts pour écarter doucement les lambeaux de tissu noir déchiré. Son toucher est si léger qu’il ressemble à une caresse. Elle nettoie la paie d’un geste fluide, puis murmure le sortilège de guérison. Une lueur saphir, chaude et réconfortante enveloppe l’égratignure.


Pendant qu’Eliza souffle délicatement sur la peau pour calmer la sensation de picotement, elle lève les yeux vers Drago. Il lui adresse un sourire timide, mais sincère. La douceur extrême dont elle fait preuve le touche profondément. Alors qu’elle s’apprête à se relever, il lui prend les mains. Un frisson d’amour indéfinissable la parcourt aussitôt, telle une véritable connexion électrique liant leurs deux âmes. Drago parait également troublé, ses yeux plongeant dans ceux d’Eliza avec intensité. 


— Merci, de m’avoir aidé, Eliza, murmure-t-il la voix tremblante.


— Pourquoi étais-tu enfermé? demande-t-elle, incapable de détacher son regard du sien.


— Je te raconterai tout, promet Drago en resserrant ses doigts sur ceux de la jeune fille. Mais le danger rôde toujours. Allons dans un endroit sûr, où nous serons seuls.


Eliza acquiesce. Main dans la main, ils s’élancent d’un pas pressé vers ce qu’ils croient être le château de Poudlard. À mesure qu’ils progressent, le sentier sous leurs pieds semble se distordre et changer d’apparence, devenant rocailleux et sauvage.


Ils arrivent finalement au bord de ce qui aurait dû être le Lac Noir. Celui-ci s’étant métamorphosé en une mer sombre et glaciale, dont les vagues viennent mourir sur un rivage désolé. Drago et Eliza s’arrêtent net, le souffle coupé par une vision apocalyptique. Poudlard n’existe plus! À la place, il ne reste qu’une terre surélevée, qui s’est effritée et désintégrée au fil des millénaires.


Eliza se sent profondément perdue dans l’immensité de ce monde dévasté. Elle se tourne vers Drago et voit dans ses yeux le reflet exact de sa tristesse.


— Nous ne pouvons plus revenir en arrière, affirme-t-il d’une voix empreinte de gravité. Je présume que le destin nous prépare autre chose.


Cherchant désespérément à se réconforter, ils se serrent l’un contre l’autre. Eliza pose sa tête sur l’épaule de Drago. À cet instant précis, elle remarque une fine chaîne d’argent briller sous le col de la chemise du jeune homme. Elle relève alors la tête pour lui demander quel est ce bijou qu’il porte. Mais tout s’évapore dans une brume de saphir.


Eliza se réveille en sursaut dans son lit. La présence de Drago lui manque cruellement. Les larmes lui montent aux yeux tandis qu’un vide douloureux lui tenaille la poitrine. Elle comprend avec évidence qu’elle est amoureuse de ce garçon. Cependant, il s’agit d’un amour bien plus profond qu’un simple flirt d’adolescent.


L’élue atlante porte la main à son pendentif, tandis qu’une intuition brûlante s’impose à elle. « Es-tu le Dragon d’Émeraude, Drago? » pense-t-elle.


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