La prophétie des deux coeurs atlantes

Chapitre 6 : L'appel du dragon

3278 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/05/2026 15:32

CHAPITRE 6 


L’appel du dragon


La Grande Salle baigne dans une lumière dorée, en ce jeudi matin de la première semaine de septembre. Bien que l’atmosphère de Poudlard soit radicalement différente de celle d’Ilvermony, Eliza parvient à s’adapter. Elle apprécie particulièrement le poids de l’histoire qui imprègne les murs du château, ainsi que la rigueur des cours. La seule chose qui l’agace, cependant, est la rivalité anxiogène entre les Serpentard et les Gryffondor. Un antagonisme binaire et épuisant, bien puéril par rapport à l’esprit de cohésion qu’elle avait connu aux États-Unis.


Malgré le brouhaha ambiant, ainsi que ses amis qui bavardent et rient près d’elle, Eliza a l’esprit ailleurs. En mangeant son petit-déjeuner, elle ouvre l’un de ses anciens cahiers de notes qu’elle avait précieusement conservés. Elle cherche à analyser avec précision la signification du prénom « Drago ». Une nécessité suite à son rêve de la nuit dernière et à sa mission urgente de retrouver le Dragon d’Émeraude, l’autre élu de la prophétie atlante.


À Ilvermony, Eliza s’était passionnée pour l’étude des animaux totems et de l’onomancie. Ses doigts glissent sur ses notes calligraphiées, s’attardant d’abord sur l’étymologie du prénom.


« Draco », dérivé du grec « drakon » signifie « celui qui voit clair ». En onomancie, le prénom « Drago » n’est pas destiné à être un prédateur, mais un veilleur capable de percer les illusions et les mensonges.


En levant les yeux de son cahier, Eliza balaie la pièce du regard et s’arrête sur la table des Serpentard. Elle ressent une grande tristesse intérieure en ne voyant pas Drago. Cependant, elle comprend instinctivement qu’il cherche très certainement à fuir les moqueries cruelles des élèves. Le cœur lourd, elle se replonge dans sa lecture pour y puiser d’autres réponses, cette fois en abordant la section sur les forces spirituelles. 


Dans les cosmologies anciennes, le Dragon d’Émeraude est le gardien du Cœur Vert du monde. Contrairement aux dragons de feu dévastateurs, il est une créature de guérison, de vérité et de renaissance. Porter ce totem signifie être destiné à briser les chaînes du passé pour reconstruire sur des bases pures. Ses écailles vertes symbolisent le renouveau du printemps après un hiver de mensonges.


Eliza comprend maintenant son rêve de la nuit dernière. Elle avait non seulement aidé Drago à sortir de sa prison en échange de confidences secrètes. La tigresse de son pendentif saphir avait répondu à sa requête, durant son sommeil. Il est donc plus que certain, pour Eliza, que Drago soit l’autre élu atlante. Cependant, pour en avoir la confirmation, elle devait trouver un moyen de lui parler.


Elle referme son cahier d’un coup sec. Le choc de la couverture sur le bois de la table produit un claquement sonore qui fait sursauter Ginny. 


— Est-ce que ça va? Tu as l’air d’avoir vu un spectre, s’inquiète la rouquine.


— Oh, excuse-moi, répond Eliza en rangeant précipitamment ses notes dans son sac. Tout va bien. Je viens de me rendre compte que j’ai oublié mon manuel de Métamorphose.


Elle se lève d’un bond, tandis que Hermione, Ron et Harry la regardent, surpris. Eliza les rassure qu’elle court immédiatement chercher son livre au dortoir. Ensuite, elle filera à son cours de Runes Anciennes. Ils se retrouveront plus tard en cours de Métamorphose. 


Eliza quitte la Grande Salle d’un pas rapide. Cependant, au lieu de monter vers la tour de Gryffondor comme elle l’avait prétendu, elle bifurque vers les couloirs menant à la classe de Runes Anciennes.


Comme la salle d’Arithmancie, celle de Runes baigne dans une tranquillité studieuse. En franchissant le seuil, Eliza voit le professeur Malphas déjà installé à sa table. Cet homme aux traits fins et aux cheveux bruns avait été récemment embauché par Dumbledore pour son expertise singulière. Occupé à examiner des documents anciens, jaunis par le temps et usés sur les bords, Malphas ne remarque pas l’arrivée d’Eliza.


Le cœur de la Gryffondor bondit de soulagement et d’un bonheur inattendu, alors qu’elle voit Drago assis au deuxième pupitre de l’allée centrale. Le Serpentard, également absorbé par une lecture, n’est pas le seul élève présent. Deux filles de Serdaigles discutent sérieusement, assises aux derniers pupitres à gauche. Lorsqu’elles tournent les yeux sur Eliza, celle-ci leur adresse un léger signe de tête poli, puis elle se dirige vers l’allée de droite pour s’assoir juste devant Drago.


Au moment où elle passe à côté du jeune homme blond, une sensation familière, mais intense la traverse. De plus, son pendentif se met à vibrer frénétiquement sous son uniforme. Sentant sans doute cette même résonance magique, Drago lève la tête de son ouvrage.


Eliza sort ses affaires avec des gestes lents, puis fait semblant de jeter un regard distrait vers lui. Lorsqu’elle croise ses yeux, elle y voit une vulnérabilité qu’il n’avait pas encore montrée. À sa grande surprise, Drago lui adresse un sourire timide, mais sincèrement chaleureux.


Après avoir vérifié d’un coup d’œil rapide que les deux Serdaigles étaient occupées à leurs propres affaires et ne regardaient pas dans leur direction, Eliza répond à Drago par un sourire tout aussi chaleureux. Cet échange, protégé par l’indifférence du professeur Malphas, donne à Eliza la certitude que Drago est disposé à lui parler.


La cloche du château retentit, annonçant le début du cours. Malphas se lève, ses doigts effilés effleurant les bords de ses parchemins. Sa voix, bien que calme, résonne avec une autorité mystique dans le silence de la classe.


— La magie que nous pratiquons aujourd’hui avec nos baguettes n’est qu’un pâle reflet de la magie ancienne, commence-t-il. Avant l’usage du bois et du crin de licorne, il existait une puissance brute, sans intermédiaire, dont nul ne peut imaginer l’ampleur aujourd’hui. C’est cette force incontrôlée qui est très certainement responsable de la chute brutale de civilisations telles que l’Égypte antique, les Sumériens et la légendaire Atlantide. 


Un élève de Serdaigle, installé au fond, laisse échapper un ricanement méprisant.


— Professeur, tout le monde sait que l’Atlantide est un mythe pour enfants. Aucun vestige n’a été retrouvé, ni par les Moldus ni par nous. 


Avant que le professeur ne réponde, Drago intervient. Sa voix posée est empreinte d’une gravité qui surprend Eliza.


— Le cataclysme qui a détruit l’Atlantide est peut-être l’un des pires de l’humanité, affirme-t-il. Une telle puissance, entre les mains de personnes mal intentionnées, ne laisse pas de vestiges. Elle efface tout. 


Le Serdaigle ricane de plus belle, imité par d’autres élèves.


— On dirait que Malefoy a besoin de se consoler avec des contes de fées, depuis que son père est sous les verrous! 


Le rire se propage dans la salle, mais Malphas l’interrompt aussitôt d’un coup sec sur son bureau. À la surprise générale, le professeur prend la défense du Serpentard.


— Monsieur Malefoy a été respectueux et sa théorie est parfaitement envisageable. L’histoire est écrite par les survivants, pas par les victimes de la magie pure. Dix points pour Serpentard. 


Loin de se réjouir, Drago appuie la tête dans ses mains en soupirant. Eliza, qui l’observe, lit dans ce geste une détresse profonde. Il n’en peut plus des insultes et des moqueries incessantes. À cet instant, il jette un coup d’œil vers elle. Eliza ne détourne pas les yeux. Au contraire, elle hoche lentement la tête, signifiant sans ambiguïté qu’elle approuve sa théorie et qu’elle comprend ce qu’il ressent. Une lueur de curiosité apparait alors sur le visage de Drago.


La cloche sonne la fin du cours. La classe se vide rapidement dans un brouhaha de discussions animées et de rires joyeux. Drago, les épaules légèrement voûtées, se lève et marche vers la sortie d’un pas lent, comme s’il redoutait de retrouver le tumulte des couloirs. Eliza range ses affaires en un éclair et lui emboîte le pas, gardant une distance prudente jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans une portion déserte du corridor. 


S’assurant que les derniers élèves ont disparu au tournant, le Serpentard se retourne brusquement vers la Gryffondor. Il s’approche d’elle, réduisant l’espace entre eux pour pouvoir discuter à voix basse. Eliza sent son cœur s’accélérer face à cette proximité soudaine, mais elle s’efforce de rester détendue.


— Je voulais m’excuser de ne pas t’avoir répondu tout de suite, dans le cours de Rogue, commence Drago d’une voix feutrée. 


Il détourne brièvement les yeux, cherchant ses mots.


— C’est risqué pour nous de parler, avec cette rivalité stupide entre nos maisons. Et pour être honnête, je n’ai pas vraiment l’habitude de me confier à qui que ce soit. 


Eliza pose un regard apaisant sur lui.


— J’ai compris tout cela. Ne t’en fais pas, rassure-t-elle. Mais n’y aurait-il pas un endroit dans ce château où nous pourrions discuter, à l’abri des regards et des oreilles de tout le monde? 


Drago ouvre la bouche pour répondre, avec un éclat d’espoir dans le regard. Soudain, une ombre noire et menaçante se matérialise derrière lui.


— Monsieur Malefoy! tonne la voix glaciale de Rogue.


Le professeur de Défense contre les forces du mal est dans une humeur exécrable. Il fixe Eliza avec un mépris non dissimulé, avant de reporter son attention sur son élève.


— Suivez-moi immédiatement. J’ai quelque chose d’important à vous dire.


Drago se fige, une expression de pure frustration déformant ses traits. Eliza lit distinctement un juron inoffensif sur ses lèvres, tandis qu’il se détourne d’elle à contrecœur. Il suit Rogue sans un mot, mais jette un dernier regard par-dessus son épaule, qui en dit long sur sa détresse et son envie de poursuivre cette conversation.


***


Ce midi-là, la Grande Salle vibre d’une énergie joyeuse, presque euphorique. Une véritable communauté en fête! La nouvelle se répand comme une trainée de poudre. On raconte que Drago Malefoy aurait été évincé de son équipe de Quiddich. Sous la pression brutale des élèves de Serpentard, qui ne voulaient plus de ce « fils raté » dont le père « pourrit à Azkaban », Rogue avait fini par céder. Les rumeurs les plus folles racontent également que Drago aurait hurlé sa haine à Rogue, avant de s’enfuir on ne sait où.


À la table de Gryffondor, les commentaires fusent.


– C’est vraiment le retour du bâton pour lui, lâche Harry en regardant la place vide de son rival. Après des années à se croire au-dessus de tout grâce à l’argent de son père, il découvre ce que c’est d’être seul.


– C’est quand même cruel, tempère Hermione en fronçant les sourcils.


 Elle observe les Serpentard qui rient aux éclats et se tapent dans les mains en signe de victoire. Elle ajoute :


– Ses propres camarades sont d’une violence inouïe avec lui.


– Oh, s’il te plait, Hermione! s’exclame Lavande joyeusement. C’est Malefoy! Il a passé son temps à nous rabaisser. De toute façon, d’après ce qu’on dit, il a fait une crise de nerfs monumentale devant Rogue. Il parait qu’il est parti en pleurant comme un bébé. C’est pathétique.


De son côté, Eliza reste silencieuse, le cœur serré. Elle sent que derrière cette justice apparente se cache encore une fois une détresse insoutenable. Profitant de l’inattention de ses amis, elle ferme les yeux et, avec une prudence infinie, elle sonde mentalement l’esprit de Drago.


L’image apparaissant sur son écran mental est fulgurante. Elle voit Drago seul dans un recoin sombre, pleurant avec une agonie pure, comme si on lui avait enlevé son plus grand rêve. Pour Eliza, éteindre le rêve de quelqu’un, qui constitue souvent sa seule raison de vivre, est la pire injustice qui puisse exister. Voir cette lumière s’éteindre chez lui la révolte par-dessus tout.


Soudain, une chouette de l’école se pose devant elle. Eliza détache le parchemin d’une main tremblante. Son cœur s’arrête en lisant la lettre anonyme.


« Ma vie est une véritable descente aux enfers et je ne sais plus quoi faire. Tout s’écroule pour moi. Tu as été la seule à voir que je souffre, la seule à percevoir que je ne suis pas ce que tout le monde raconte. Viens me retrouver dès que tu le pourras, au septième étage, en face de la tapisserie de Barnabas le Follet. Marche trois fois devant le mur en pensant à un endroit où nous serons en sécurité. La porte apparaîtra. Je t’en supplie, ne me laisse pas seul. — Un ami qui se noie. »


Eliza, le visage fermé par la détermination, dégaine sa baguette d’un geste vif. D’un coup sec, elle prononce le sortilège « Incendio ». La lettre anonyme prend feu instantanément, se consumant en une poignée de secondes avant qu’Eliza n’éteigne les cendres d’un revers de main. Aucune preuve ne devait subsister.


En se levant d’un bond, ses mouvements trahissent une urgence qui n’échappe pas à ses amis. Hermione la regarde, inquiète.


– Est-ce que ça va? Tu es livide! s’exclame Harry.


Eliza prend une grande respiration. L’excuse parfaite se construisant dans son esprit.


– Le professeur Dumbledore veut me voir immédiatement, répond-elle d’une voix plus contrôlée qu’elle ne l’aurait cru possible.


Elle feint un air grave et triste. Elle poursuit :


– L’amie de ma grand-mère, chez qui j’ai habité avant la rentrée scolaire, serait malade et à l’hôpital. Dumbledore veut m’expliquer la situation.


L’inquiétude sincère remplace la curiosité sur le visage de ses amis.


– Oh, Eliza, je suis désolée, énonce Hermione compatissante. Ne t’en fais pas pour les cours de cet après-midi. Je te promets de prendre en note tous les devoirs et de t’expliquer ce qu’on aura fait.


– Courage, ça va aller, rassure Ginny en lui tapotant le bras.


– Elle va s’en sortir, renchérit Ron.


Eliza remercie ses amis d’un signe de tête, n’osant plus parler de peur que sa voix la trahisse. Elle quitte la Grande Salle d’un pas rapide. Une fois à l’intersection des couloirs elle scrute les alentours. S’assurant que personne ne la suit, elle bifurque avec détermination vers l’escalier en colimaçon menant au septième étage.


« Courage, Drago, j’arrive! » lance-t-elle mentalement, espérant que sa force spirituelle puisse l’atteindre à travers les murs du château.


Alors qu’elle tourne l’angle du couloir menant à sa destination, elle se cache derrière une statue massive. À quelques mètres d’elle, Rusard et Miss Teigne inspectent les lieux avec une attention inhabituelle. Eliza réagit au quart de tour. Elle murmure une série d’incantations complexes pour se dissimuler. Elle superpose un sortilège d’invisibilité, une bulle d’insonorisation et un masque d’odeur et d’empreinte. Une technique avancée apprise à Ilvermony.


Pourtant, le concierge et la chatte ne bougent pas. Ils reniflent l’air, tournant en rond comme s’ils détectaient une présence invisible, mais tangible. Voyant que le temps presse, Eliza décide d’intervenir plus directement. Elle pointe sa baguette vers eux. Au même instant, son pendentif s’active, pulsant contre sa poitrine. Un jet de lumière saphir, une énergie atlante et imperceptible pour les sens de Rusard, les frappe doucement. Aussitôt, le concierge est pris d’une soudaine urgence ailleurs et quitte les lieux, suivi de près par Miss Teigne.


Libérée, Eliza arrive enfin devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Elle fait face au mur de pierre opposé et, suivant les indications de la lettre, elle fait trois allers-retours, en se concentrant de toutes ses forces sur l’image d’un sanctuaire, un endroit où personne ne peut les voir ensemble, elle et Drago.


Sous ses yeux, les contours d’une porte magique finement sculptée se matérialisent dans la pierre. Le cœur battant à tout rompre, elle pose la main sur la poignée et franchit le seuil. Enfin, d’un geste fluide, elle annule tous les sorts qui la dissimulaient.


En relevant la tête, Eliza reste surprise devant le décor qui s’offre à elle. La Salle sur Demande s’était transformée en un chalet en bois rond d’une sérénité absolue. L’espace baigne dans une lumière d’été, infusé d’une chaleur réconfortante balayant la froideur des couloirs de Poudlard.


L’air sent un mélange de parfum apaisant de bois de construction, de livres qui garnissent la grande bibliothèque, à droite du foyer en pierre naturelle. Une pointe surprenante de sel marin aussi.


Eliza avance silencieusement derrière le canapé moelleux. Elle aperçoit la cuisine nichée sous un élégant escalier en colimaçon menant à une chambre ouverte en mezzanine. En jetant un regard sur la chaise berçante en bois, à droite du canapé, elle reconnait immédiatement l’uniforme de Serpentard et le sac de Drago. Il s’était donc réfugié ici, loin de tout, juste après sa violente dispute avec Rogue.


Sentant la chaleur monter dans cette atmosphère estivale, la Gryffondor enlève sa robe de sorcier, son pull sans manches et sa cravate qu’elle dépose sur le haut du canapé. En simple chemise et jupe, elle se dirige vers la porte ouverte à gauche, menant à une vaste terrasse.


Elle s’arrête sur le seuil de la porte et regarde d’abord devant elle. Le chalet est en hauteur, construit dans un arbre géant. En tournant les yeux à droite, son cœur bondit violemment dans sa poitrine. Elle voit Drago, assis sur le bord du balcon, les jambes pendantes dans le vide. Il fixe l’horizon, là où s’étend une mer turquoise magnifique. Mais c’est sa tenue qui frappe le plus Eliza. Le jeune homme porte la même chemise émeraude et le même pantalon noir ajusté que dans son rêve de la nuit dernière. La réponse de la Tigresse se tient là, vivante, face à l’immensité de l’océan.


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