La prophétie des deux coeurs atlantes
CHAPITRE 3
La promesse de l’aube
La première journée de cours à Poudlard s’est déroulée bien au-delà des attentes d’Eliza. Comparativement à son départ d’Ilvermorny, qui fut une véritable catastrophe, la jeune sorcière eut l’impression de vivre un beau rêve éveillé.
En cours de Potions, le professeur Slughorn avait annoncé avec fierté qu’Eliza avait concocté la meilleure Potion de Mémoire d’Éphémère. Il l’avait ensuite félicitée, attribuant dix points à Gryffondor, sous les applaudissements nourris de ses camarades rouge et or. Du côté des Serpentard, quelques élèves avaient applaudi, sans doute pour bien paraître face au professeur. Les autres, dont Parkinson, qui s’était fait coller une retenue par Slughorn pour avoir tenté de saboter le travail d’Eliza en lançant un sort discret, lui avaient lancé des regards haineux.
Eliza sort de sa rêverie. Assise en tailleur sur son lit, elle tourne le regard vers son bureau d’études, sur lequel elle a déposé la petite fiole de Felix Felicis. En plus de la lui remettre, Slughorn lui avait annoncé qu’il voulait la recruter dans son prestigieux club Slug. Eliza n’est pas obligé d’accepter, bien sûr. Mais il lui laisse le temps d’y réfléchir.
Au moment où Eliza reprend en main le document sur la légilimencie du professeur McGonagall, Lavande et Parvati font une entrée remarquée dans le dortoir. Lavande, l’air énamouré, confie à sa complice s’éprendre follement de Ron Weasley.
— Qu’est-ce que tu en penses? demande Lavande.
— Eh bien, je crois que… répond Parvati, en remarquant la présence silencieuse d’Eliza.
Un sourire amusé éclaire le visage de Lavande.
— Encore en train de travailler, toi? s’exclame-t-elle. Non, mais prends le temps de t’amuser un peu! Ce n’était que le premier jour d’école.
— J’ai l’habitude d’inclure des activités d’apprentissage dans mes périodes de détentes, répond Eliza sérieusement.
En s’approchant d’elle, Lavande et Parvati voient ce qu’elle lit. Roxy, qui est couchée en position sphinx à côté de sa maitresse, adresse un miaule enthousiaste aux deux filles. Parvati caresse la tête de la chatte, puis prend fièrement la parole :
— Ça explique entre autres pourquoi tu récoltes tous les honneurs en classe. J’ai entendu la professeure McGonagall dire au professeur Rogue que tu es encore plus brillante qu’Hermione.
Eliza rougit légèrement et sourit.
— Je ne cherche pas à être la chouchou de l’école, rectifie-t-elle doucement, mais j’espère qu’Hermione ne sera pas jalouse de moi.
— Au contraire, elle en est très fière! rassure Lavande en posant une main amicale sur son épaule. En plus, tu nous as fait gagner quarante points, aujourd’hui. Avec toi, on va remporter la coupe des quatre maisons, c’est certain. Peut-être même avec une large avance!
Eliza réfléchit un moment, puis referme sa lecture. Elle adresse un sourire déterminé à ses amies.
— Si on gagne, on célèbrera ça dans une fête grandiose, promet-elle.
— Plus encore, ce sera le party du siècle! renchérit Lavande, excitée.
— Avec de la musique rythmée, et plein de breuvages et sucreries qu’on adore! ajoute de même Parvati.
Avant qu’Hermione n’arrive dans le dortoir pour se mettre au lit, Lavande et Parvati reprennent leur discussion passionnée à propos de Ron. De son côté, Eliza se glisse sous la couette. Elle les écoute pendant quelques minutes, amusée, puis dirige ses pensées vers Drago Malefoy.
Suite à son départ prématuré au cours de potion, le Serpentard aux cheveux blonds n’avait pas été vu de la journée. Des rumeurs allaient bon train, en après-midi, affirmant qu’une violente dispute aurait éclaté entre lui et Parkinson. Malefoy l’aurait accusée d’avoir saboté son travail pour se venger de leur engueulade de la veille. Crabbe et Goyle s’amusaient également à mimer la scène avec des gestes exagérés, représentant Parkinson giflant Malefoy et ce dernier se sauvant en larmes par la suite. Dans les classes et les couloirs, les autres élèves de l’école se réjouissaient de savoir que Malefoy commençait à goûter à sa propre médecine.
Harry reste cependant prudent. Pendant le dîner, il avait rappelé à ses camarades Gryffondor que Malefoy déteste se faire humilier. Tôt ou tard, il pourrait se venger et Harry peine à imaginer ce que Malefoy ferait dans son rôle de mangemort.
Eliza secoue la tête en soupirant de découragement. Sa pensée diverge de celle de Harry, mais elle s’est abstenue d’en parler, compte tenu de l’ampleur de la rivalité toxique opposant sa maison à celle de Malefoy. Au fond d’elle-même, elle ressent une intuition profonde. Malefoy cache quelque chose de plus grave et lourd qu’une simple allégeance au camp obscur.
Avant de s’endormir, Eliza pense à sa grand-mère et à une formule magique mystérieuse que cette dernière lui avait transmise. Les yeux clos, la jeune sorcière porte son attention sur son chakra du cœur, visualisant une lumière apaisante en sortir et entourée son corps. Puis, elle récite dans un murmure inaudible :
— Esprit nocturne, tisse ta toile d’oubli sur les détails sans importance. Mais que chaque parcelle de vérité onirique demeure, limpide et gravée dans ma mémoire au réveil. Que mon repos soit une forteresse inexpugnable, à l’abri des ombres et des réveils brusques. Ainsi soit-il.
Une paix profonde envahit alors Eliza, tandis qu’elle se voit téléportée dans un paysage onirique étrange. Elle se retrouve devant une construction carrée d’une noirceur absolue. Les murs de béton, impénétrables, doivent mesurer trois mètres de haut.
Soudain, Eliza entend des pleurs qui proviennent de l’intérieur. Le cœur serrée, elle saisit sa baguette et court autour du mur. Bientôt, elle aperçoit une petite ouverture aux contours inégaux, par laquelle elle peut regarder. Elle distingue dans l’obscurité une silhouette assise par terre et tremblante. Elle allume sa baguette, puis la pointe sur la personne. À sa grande surprise, elle reconnait immédiatement Malefoy, recroquevillé et le visage enfoui dans ses mains.
Eliza prend une grande inspiration pour contrôler sa nervosité montante. Puis, elle appelle doucement :
– Malefoy?
Le Serpentard sursaute et regarde dans sa direction, les yeux écarquillés de surprise et de désespoir. Eliza reprend la parole, toujours avec douceur.
— C’est moi, Eliza Miller. Est-ce que je peux t’aider?
Malefoy se lève et s’approche d’elle à pas décidé. Ses mains agrippant le bord de l’ouverture du mur, il regarde Eliza avec ses yeux gris-bleu tristes et suppliants.
— Tu n’as pas idée à quel point j’aimerais sortir de là, lâche-t-il d’une voix tremblante, mais je ne sais pas quoi faire.
Bouleversée par sa détresse, Eliza examine un moment la structure de béton.
— Il y a un moyen, assure-t-elle.
— C’est plus facile à dire qu’à faire, affirme Malefoy dans un soupir.
Eliza le regarde droit dans les yeux avec détermination.
— Je t’aiderai, Malefoy. Je te le promets, énonce-t-elle, sa voix chargée de sincérité.
— Je t’en pris, Eliza! Appelle-moi juste par mon prénom, murmure-t-il sur une pointe d’insistance.
Surprise, elle sourit, le coeur battant un peu plus vite.
— D’accord, Drago, répond-elle doucement.
Ces mots résonnent encore lorsqu’elle s’éveille à l’aube, l'esprit embrumé par l'intensité de sa vision onirique. Ce n'était qu'un rêve, mais la scène partagée avec Drago baignait dans un réalisme saisissant. Le visage du jeune homme s’impose à sa mémoire, persistant, moins par son charme singulier que par l’éclat obsédant de ses yeux. Une intuition étrange, dénuée de logique, donne à Eliza le sentiment de connaître Drago depuis toujours. « Mystère », songe l’adolescente en se levant.
***
Le professeur Binns, un fantôme monochrome que la plupart des élèves trouvent ennuyeux, récite d’une voix monotone et soporifique les détails de la Guerre des Éléments. Le conflit aurait eu lieu en Mésopotamie, de 2000 à 1500 avant notre ère. À cette époque, les sorciers étaient vus comme des prêtres-rois et des dieux. Mais un jour, des rois moldus assoiffés de pouvoir ont cherché à renverser les sorciers qui pratiquaient une puissante magie capable de contrôler les forces de la nature.
Hermione et Eliza, les seules étudiantes attentives de la classe, prennent des notes frénétiques. Mais, contrairement à Hermione qui écoute la matière avec un sérieux profond, Eliza suit le récit avec une passion ardente. Le professeur Binns, dans sa manière de raconter une histoire sans omettre le moindre détail, rappelle à Eliza sa grand-mère.
Soudain, une sonnerie claire et assourdissante retentit dans le château. C’est la cloche massive en bronze qui annonce la fin des premiers cours de la journée. Dans le local d’histoire de la magie, les élèves somnolents sursautent. Un mouvement d’excitation envahit aussitôt la pièce. Les parchemins sont roulés à la hâte, les sacs se referment avec des claquements, et la cohue générale se précipite vers la porte.
Ron et Harry attendent Hermione et Eliza dans le couloir. Elles sortent de la classe du professeur Binns en queue de peloton.
— On retourne en cours de sortilèges, annonce Ron avec enthousiasme. Ça devrait nous réveiller, contrairement à ces histoires antiques ennuyeuses.
— Nous allons en Arithmancie, répond Hermione.
Les yeux des deux garçons s’écarquillèrent de surprise.
— Oh ! Tu as finalement décidé de garder ce cours optionnel ? énonce Harry à Hermione.
— Oui, je n’ai que celui-là, précise-t-elle en hochant la tête. J’ai remplacé Runes anciennes par Potions,
— Moi j’ai pris Runes. J’aime trop ce cours, affirme Eliza en souriant.
Harry et Ron la regardent avec curiosité.
— Tu n’es donc pas encore certaine de ce que tu veux faire après tes ASPIC, conclut Harry.
— En effet, acquiesce Eliza. La professeur McGonagall m’a assuré qu’il n’y avait pas de souci. Après Poudlard, j’aurai sûrement une meilleure idée et je pourrai alors m’inscrire dans une école spécialisée selon mon choix de carrière, explique Eliza confiante.
— Très bien, interrompt Hermione en consultant sa montre. On se retrouvera plus tard. Le prochain cours commence dans sept minutes.
Les quatre amis Gryffondor se saluent, puis partent dans deux directions opposées.
Pour Hermione et Eliza, le cours d’Arithmancie se tient dans un recoin paisible du château, non loin de la Tour d’Astronomie. La salle de classe est un vaste havre de paix studieux, baigné par la lumière douce et tamisée des chandelles. Les murs de pierres grises sont recouverts d’étagères massives, gorgées d’instruments de mesure et de calcul, d’épais livres et grimoires anciens, ainsi que de parchemins jaunis. Vingt-cinq pupitres en chêne, marqués par les années, sont alignés avec précision devant la table du professeur et le gigantesque tableau noir. Enfin, un parfum de papier ancien, d’encre de chine et d’encens d’oliban embaume délicatement l’atmosphère.
Hermione et Eliza choisissent de s’assoir au centre de la première rangée, juste devant la table du professeur. Tandis qu’elles bavardent joyeusement de leurs vacances, la salle se remplit progressivement d’élèves des maisons Gryffondor et Serdaigle.
La lourde porte massive grince à nouveau, captant l’attention de tous. Drago Malefoy entre. Le silence tombe immédiatement. Dans cette classe où dominent les couleurs bleu et bronze, ainsi que rouge et or, la silhouette du Serpentard crée un contraste saisissant.
Apparemment indifférent au choc qu’il a provoqué, Malefoy avance d’un pas mesuré, le visage parfaitement neutre. Il choisit le pupitre situé tout à gauche de la dernière rangée. L’endroit le plus discret qui soit. Il s’installe, retire son manuel d’Arithmancie de son sac, puis le pose fermement sur le pupitre.
Hermione fixe Malefoy avec stupéfaction, avant de plisser les yeux d’un air soupçonneux.
— C’est vraiment louche, lâche-t-elle à voix basse.
— Pourquoi ? s’étonne Eliza en haussant un sourcil.
— Ce n’est pas dans les habitudes de Malefoy de suivre un cours aussi rigoureux, explique Hermione en se penchant vers son amie. Je crois comme Harry qu’il manigance quelque chose.
Eliza tourne à nouveau le regard vers le Serpentard. En l’observant attentivement, elle ne discerne aucune hostilité dans son attitude. Il a toujours cette même mélancolie triste dans les yeux.
Chez les élèves Serdaigle, on se demande bien quel niveau de BUSE il a pu obtenir pour être admis ici. Quant aux Gryffondor, ceux assis le plus proche de Malefoy l’observent avec une hostilité glaciale. Ils sont même prêts à dégainer leurs baguettes au moindre mouvement suspect.
Malefoy, sentant tous les regards braqués sur lui, baisse immédiatement la tête sur son manuel. Il l’ouvre aussitôt à une page précise, puis commence à lire.
À cet instant, la cloche sonne le début du cours. La professeur Septima Vector entre, coupant court aux spéculations silencieuses.
L’enseignante d’Aritmancie est une grande dame élancée aux cheveux argentés coiffés d’un chignon serré. Elle a un regard sévère et porte une longue robe jaunâtre. Elle s’avance rapidement jusqu’à l’arrière de son bureau, puis fait face aux élèves.
— Bien, commençons ! lance-t-elle d’un ton autoritaire. Pour la majorité d’entre vous qui êtes de retour, bienvenue en Arithmancie niveau ASPIC. Vous savez déjà que ce cours exige une précision et une rigueur qui font souvent défaut, ailleurs dans le château.
Son regard balaie l’auditoire et s’arrête brièvement sur Malefoy, sans marquer d’émotion. Elle reprend :
— Pour les nouveaux, le principe est simple. Les nombres gouvernent la réalité magique. L’approximation n’est pas tolérée. Si vous n’avez pas suivi le cursus des trois dernières années, votre tâche sera ardue. Vous avez le nombre de BUSE requis, je l’admets. Mais vous devrez combler vos lacunes par vous-mêmes, et rapidement. Je n’adapterai pas mon rythme.
Elle poursuit en expliquant que, cette année, le programme d’Arithmancie ASPIC est entièrement tourné vers l’application et la prédiction avancée. Les élèves commenceront par la théorie de la Résonnance Numérique. D’ici la fin du trimestre, ils devraient être capables de calculer l’efficacité et la stabilité d’un sortilège complexe, avant même d’agiter leurs baguettes. La magie devient une science exacte !
— Pour les anciens élèves, ouvrez vos manuels à la page 30, demande Vector. Pour les nouveaux, rattrapez votre retard ce soir. Nous commencerons le premier calcul dans cinq minutes.
À mi-chemin dans la période de cours, la classe est plongée dans un silence studieux. Seuls les crissements des plumes d’oie sur les parchemins se font entendre.
Après avoir survolé les travaux d’Hermione et d’Eliza avec un léger hochement de tête approbateur, Vector remonte l’allée centrale. Elle se dirige ensuite vers Malefoy. Ce dernier, continue d’écrire, semblant totalement imperméable à la présence de l’enseignante à ses côtés.
Elle se penche légèrement pour examiner le parchemin du Serpentard. Les chiffres et symboles qu’il a tracés sont précis, avec une méticulosité surprenante. Elle prend quelques secondes pour analyser la méthode qu’il utilise pour résoudre l’algorithme complexe demandé. Contre toute attente, Vector redresse la tête. Sa voix claire et dénuée d’émotion résonne dans le silence de la classe.
— Travail propre, monsieur Malefoy. Votre approche du principe d’harmonie numérique est déjà solidement acquise.
Toute la classe, à l’exception d’Eliza, lève la tête, sous le choc.
— Ce n’est pas possible, chuchotent les élèves.
Malefoy, surpris lui-même par cette reconnaissance, s’arrête d’écrire. Il lève les yeux vers Vector. Un éclair de satisfaction fugace remplace la tension dans son regard.
— Merci, professeur, répond-il à voix basse, mais suffisamment fort pour être entendu de tous.
Pendant que la classe reste figée dans la surprise, Eliza ne peut s’empêcher de sourire discrètement. Elle ressent une admiration sincère pour l’intelligence et le talent dont Malefoy fait preuve. Pour quelqu’un qui n’aurait pas suivi de cours d’Aritmancie avant sa sixième année, voir cette compétence chez lui inspire un respect silencieux.