Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 103 : Sous le masque de l’infiltré

1568 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/04/2026 22:19

Lysander Dragonneau avançait d’un pas mesuré sur le chemin menant à Poudlard, et pourtant, sous cette apparente tranquillité, son esprit bouillonnait d’une agitation qu’il ne parvenait pas à contenir. Depuis plusieurs années, il exerçait comme naturaliste, parcourant le monde, étudiant les créatures magiques, vivant au rythme des migrations, des saisons, des découvertes, des dangers parfois, et il avait toujours aimé cette vie faite d’imprévus, de liberté, de passion pure. Mais ce matin-là, alors qu’il approchait de l’école la plus célèbre du monde sorcier, il se demandait s’il avait réellement envie de renoncer à cette existence pour devenir assistant de soin aux créatures magiques.

La réponse, au fond, était simple : non. Pas vraiment. Pas pour lui-même. Pas pour sa carrière. Pas pour le prestige.


Mais Lysander n’était pas homme à détourner les yeux devant une injustice, et ce qu’il avait appris de la bouche d’Albus Potter l’avait profondément révolté. Lily Potter, brillante, douce, dévouée, humiliée, rabaissée, poussée dehors par une directrice qui semblait confondre autorité et cruauté, soutenue par une Lavinia Malefoy dont l’ambition glacée n’avait rien d’une surprise. Et au milieu de tout cela, trois enfants vulnérables, exposés, sans protection.

Alors oui, il le faisait pour deux raisons essentielles : d’abord parce qu’il avait toujours eu envie d’enseigner, même si cela signifiait commencer comme assistant pendant quelques mois ; ensuite — et surtout — parce qu’il voulait protéger ces trois enfants, parce qu’il pressentait, avec cette intuition presque animale héritée de son père et de son grand-père, que quelque chose de terrible se préparait à Poudlard, quelque chose de sourd, de dangereux, de dissimulé derrière les murs de pierre et les sourires de façade.


Il avait envoyé un hibou à la directrice pour l’informer qu’un candidat se présenterait au poste. Elle ne pouvait pas faire le lien avec les Potter : ils n’étaient pas de la même famille, et rien dans son nom n’éveillerait la moindre suspicion. C’était parfait.


Bien sûr, il avait prévenu son épouse. Elle avait été surprise, presque déstabilisée, mais lorsqu’il lui avait expliqué la véritable raison de cette décision, elle l’avait soutenu sans hésiter, avec cette force tranquille qui l’avait toujours caractérisée. Leurs enfants — du moins les plus grands — avaient approuvé eux aussi, fiers, enthousiastes, convaincus que leur père allait accomplir quelque chose d’important.

Et maintenant, il était là. Devant Poudlard.


Il n’y avait jamais mis les pieds, et il fut frappé par la majesté du château, par son aura ancienne, par cette impression étrange qu’il dégageait, mélange de grandeur, de mystère et de menace. C’était une grande école, oui, mais pour lui, rien ne pouvait égaler Ilvermorny, où il avait étudié, où il avait grandi, où il avait trouvé sa place. Poudlard avait quelque chose de plus sombre, de plus lourd, comme si les murs eux-mêmes retenaient des secrets qu’ils n’avaient jamais voulu partager.


Il traversa les couloirs, guidé par les indications qu’on lui avait données, et arriva rapidement devant la porte du bureau de la directrice. Il inspira profondément, puis frappa.


— Entrez.


La voix était sèche, autoritaire, presque mécanique. Lysander poussa la porte et entra.


La directrice était penchée sur une pile de documents, et lorsqu’elle leva les yeux vers lui, il sentit immédiatement qu’elle l’évaluait, qu’elle le jugeait, qu’elle tentait de le classer dans une catégorie précise. Elle ne savait pas pourquoi, mais quelque chose chez lui la dérangeait, la déstabilisait. Peut-être son calme. Peut-être son regard. Peut-être le fait qu’il ne ressemblait pas aux autres candidats qu’elle avait reçus.


Elle observa ses vêtements, simples, pratiques, un peu usés par les voyages, et il vit dans son regard une lueur de jugement, presque de mépris.


— Monsieur Dragonneau, dit-elle avec un sourire froid. Je vous attendais.


— Merci de me recevoir, Madame la Directrice.


— J’ai reçu votre demande. Vous souhaitez rejoindre notre corps professoral.


— Oui. En tant qu’assistant de soin aux créatures magiques.


Elle plissa légèrement les yeux, comme si quelque chose la chiffonnait.


— Avant de commencer… permettez-moi une remarque. Vos vêtements… ils sont… particuliers. Peu conventionnels pour un entretien. Vous n’aviez rien de plus… présentable ?


Lysander ne broncha pas.


— Je viens du terrain, Madame. Je travaille avec des créatures, dans la boue, la forêt, les marais, les montagnes. Mes vêtements sont adaptés à mon métier. Mais si je suis engagé, je m’adapterai au cadre de l’école.


Elle hocha la tête, mais son regard resta acéré.


— Je vois. J’apprécie la franchise. Passons à votre parcours. J’ai reçu en entretien trente candidats pour ce poste, et je n’ai pas encore fait mon choix. Vous avez exercé en tant que naturaliste jusqu’à maintenant, mais pourquoi donc souhaitez-vous exercer une fonction de professeur… assistant de soin aux créatures magiques ?


— Parce que j’ai une famille, et que la vie que je mène n’est clairement pas bonne pour mes enfants. J’aime mon métier, mais j’ai envie d’une vie professionnelle stable.


— Une famille, oui… j’ai vu cela dans votre dossier. Mais je dois avouer que le nombre m’a surprise. Vous avez… combien d’enfants déjà ?


— Douze.


Elle cligna des yeux, comme si elle n’était pas certaine d’avoir bien entendu.


— Douze… enfants. Et vous pensez pouvoir assumer un poste à temps plein ici, toute la semaine ?


— Oui. Nous sommes organisés. Les plus grands aident les plus jeunes, et mon épouse gère parfaitement la maison.


— Et leur scolarité ? Où sont-ils inscrits ?


Lysander sentit la question comme une lame fine. Elle cherchait quelque chose. Elle testait. Elle voulait voir s’il mentirait, s’il hésiterait.


— Je dois vérifier certains documents administratifs, répondit-il calmement. Je vous tiendrai informée rapidement.


Elle tapota du doigt sur son bureau.


— Très bien. Mais je vous préviens : je ne veux pas d’un professeur qui disparaît sans prévenir. La précédente assistante m’a laissée tomber du jour au lendemain. Je ne tolérerai pas cela une seconde fois.


— Je comprends parfaitement. Et je vous assure que je vous préviendrai de chaque absence.


Elle le fixa longuement, comme si elle cherchait à lire en lui.


— Une dernière question, Monsieur Dragonneau. Vous dites vouloir une vie stable pour vos enfants… mais vous êtes prêt à les laisser toute la semaine ?


— Pour leur offrir un avenir meilleur, oui. Et je rentrerai chaque week-end, si cela est possible.


Elle sembla réfléchir, puis hocha la tête.


— Normalement, les professeurs restent toute l’année, hormis les vacances scolaires. Mais… au vu de votre situation familiale, je vous accorde cette exception. Vous pourrez rentrer chaque week-end. À condition de respecter vos engagements.


— Je le ferai.


Elle se redressa, l’air satisfaite.


— Eh bien, Monsieur Dragonneau… bienvenue dans le corps professoral. Vous commencez dans deux jours.


Elle ne se leva pas immédiatement. Au contraire, elle le détailla une dernière fois, de haut en bas, avec cette précision froide qui donnait l’impression qu’elle évaluait non pas un homme, mais un objet qu’elle s’apprêtait à ranger dans une catégorie bien définie.


— Une dernière chose, Monsieur Dragonneau. Votre tenue…


Elle fait un geste lent, presque élégant, mais chargé d’un jugement à peine voilé.


— Ici, à Poudlard, nous avons un certain standard. Les élèves observent tout, et la professeur actuelle de soin aux créatures magiques est… très sensible à l’apparence de ses collègues. Elle estime — et je partage son avis — qu’un professeur doit inspirer confiance, sérieux, stabilité. Votre style vestimentaire actuel reflète davantage la vie de terrain que l’enseignement. Ce n’est pas un reproche, mais cela pourrait compliquer votre intégration.


Elle marqua une pause, puis ajouta d’un ton plus appuyé :


— Si vous souhaitez qu’elle vous fasse confiance, qu’elle vous délègue des tâches, qu’elle vous considère comme un véritable soutien, il serait préférable que vous adoptiez un style plus… institutionnel. Cela facilitera votre intégration, et évitera tout malentendu.


Lysander resta parfaitement immobile, parfaitement calme.


— Je comprends, Madame la Directrice. Je m’adapterai.


— Parfait. Je vous ferai parvenir une liste de recommandations vestimentaires. Rien d’excessif, simplement ce qui est nécessaire pour que vous soyez correctement intégré. Je tiens à ce que mes professeurs donnent une image irréprochable. Vous verrez, tout se passera beaucoup mieux si vous correspondez aux attentes de l’équipe.


— Je suivrai vos recommandations.


Elle hocha la tête, satisfaite, comme si elle venait de remettre une pièce à sa place dans un échiquier qu’elle seule voyait.


Lysander s’inclina légèrement, la remercia, puis sortit du bureau.


Ça y est.

Il était infiltré.

Il allait pouvoir tout raconter à Albus.

Et il tiendrait sa promesse.

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