Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 102 : L’héritage des Dragonneau

1486 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/04/2026 22:10

Lysander Dragonneau avait grandi dans l’ombre lumineuse d’un nom qui, depuis des générations, portait en lui l’étrange mélange de douceur, de courage et d’excentricité propre aux naturalistes qui consacrent leur vie aux créatures magiques ; il avait hérité de cette passion comme d’autres héritent d’un domaine ou d’un titre, et il n’avait jamais songé à s’en détourner, pas plus que son jumeau Lorcan, avec qui il partageait depuis l’enfance cette fascination pour tout ce qui rampait, volait, sifflait, grondait ou se cachait dans les recoins du monde, leur père Rolf leur ayant transmis l’amour du terrain, des voyages, des observations minutieuses, tandis que leur arrière grand-père, Norbert Dragonneau, héros discret mais légendaire depuis la chute de Gellert Grindelwald, incarnait pour eux la preuve vivante qu’on pouvait changer le monde sans jamais lever sa baguette contre un autre sorcier, simplement en comprenant ce que les autres craignaient.


Ce matin-là, Lysander avait ouvert le journal sans se douter que quelques lignes anodines allaient suffire à faire vaciller son calme habituel. Une annonce, glissée entre deux articles sur les réformes du Ministère, indiquait que Poudlard recherchait une assistante de soin aux créatures magiques, le professeur actuel devant bientôt partir à la retraite. L’annonce était brève, presque sèche, mais un détail l’avait immédiatement frappé : assistante. Pas professeur. Pas remplaçante. Assistante. Et cela, pour Lysander, n’avait aucun sens.


Il connaissait l’école, il connaissait les usages, il connaissait surtout les Potter, et il savait qu’Albus, son ami de longue date, serait le mieux placé pour lui expliquer ce qui se cachait derrière cette formulation étrange. Il n’avait pas hésité longtemps avant d’envoyer un hibou, et la réponse d’Albus, rapide et chaleureuse, l’avait invité à passer l’après-midi même.

Lorsque Lysander frappa à la porte de la maison des Potter, il sentait déjà une tension sourde lui serrer la poitrine, comme si son instinct — ce même instinct affûté par des années d’observation des créatures — lui murmurait que quelque chose n’allait pas. Albus ouvrit quelques minutes plus tard, l’air fatigué mais sincèrement heureux de le voir.


— Albus, mon ami, merci de me recevoir, j’espère que je ne te dérange pas.


— Du tout, ne t’en fais pas, répondit Albus en s’effaçant pour le laisser entrer. Allons dans mon bureau, nous serons plus tranquilles pour discuter.


Ils traversèrent le couloir, et Lysander sentit une pointe de nostalgie en entrant dans le bureau d’Albus, une pièce qu’il avait façonnée à son image mais dont le mobilier, les étagères, les cadres, les tapis et même la disposition rappelaient étrangement le manoir familial où il avait grandi, car Albus avait récupéré chaque élément, chaque relique, chaque fragment de décor, comme pour transporter avec lui un morceau de son enfance et de son histoire, un espace où il pouvait réfléchir, décider, protéger, un espace qui n’appartenait qu’à lui et qui n’avait jamais été celui de son père. Albus s’installa derrière le bureau massif, Lysander en face de lui.


— Bien, dis-moi tout. Que puis-je faire pour toi ? Dans ta lettre, tu me disais que tu avais besoin de mes conseils.


— Oui, voilà… Je ne sais pas si tu as lu le journal de ce matin, mais j’ai vu une annonce étrange circuler.


— Ah non, je t’avoue que je n’ai pas encore ouvert le journal. Cela disait quoi exactement ?


— Eh bien… ils recherchent une assistante de soin aux créatures magiques, car le professeur actuel va partir à la retraite. Mais pourquoi assistante ?


Albus se figea. Une seconde. Deux. Puis son visage se ferma, comme si une douleur familière venait de remonter à la surface.


— Tu es sûr ?


— Oui, pourquoi ? Il y a un problème ?


Albus soupira longuement, un soupir lourd, presque résigné, et Lysander comprit immédiatement que ce qu’il allait entendre ne lui plairait pas.


— Oui… et un gros même. À vrai dire, ma petite sœur s’est fait humilier par la directrice. Au départ, elle était professeur de potions, jusqu’à ce que Lavinia Malefoy lui prenne son poste lors d’un défi de potion, et qu’elle devienne assistante de soin aux créatures magiques. La directrice, ainsi que Lavinia et la professeur actuelle, n’ont eu de cesse de l’humilier. Ma sœur a voulu démissionner, et ça a été pire. La directrice lui a reproché toutes ses absences… On a essayé de faire avancer les choses lors d’une audience, mais ça n’a rien donné. Pire encore, elle a insinué qu’elle était souvent absente à cause de ses grossesses.


Lysander sentit un choc brutal lui traverser la poitrine. Lily Potter, douce, brillante, passionnée, humiliée ainsi ? Par une directrice de Poudlard ? Par Lavinia Malefoy, dont la réputation d’ambition froide n’était plus à faire ? Il resta un instant silencieux, cherchant à comprendre comment une telle injustice avait pu passer.


— Oh… je n’aurais jamais cru cela venant d’une directrice de Poudlard, dit-il enfin, la voix plus grave qu’à l’accoutumée. Et il y a eu des conséquences ?


— Malheureusement oui. Lily est obligée de trouver un autre poste dans une autre école. Il n’y a que son fils aîné, ma fille aînée et la fille unique de mon frère qui pourront étudier à Poudlard. Les autres enfants doivent étudier ailleurs.


Lysander resta un instant immobile, mais ce silence n’avait rien d’un vide ; il réfléchissait, pesait, évaluait, et soudain une idée s’imposa à lui avec une évidence presque brutale, comme si elle avait toujours été là, tapie dans un coin de sa mémoire.


— Albus… Je connais très bien la directrice d’Ilvermorny, tu le sais. Elle a travaillé avec moi sur plusieurs projets de préservation, et elle a toujours eu une immense admiration pour Lily, pour son talent, pour sa rigueur, pour sa manière d’enseigner. Si Lily cherche un poste… je peux intervenir. Je peux lui obtenir un entretien, peut-être même plus.


Albus releva la tête, surpris, presque déstabilisé par cette possibilité qu’il n’avait pas osé envisager.


— Tu crois vraiment que ce serait possible ?


— Pas seulement possible. Réaliste. Et juste. Lily mérite mieux que ce qu’on lui a fait subir ici. Elle mérite une école qui la respecte, qui la soutient, qui reconnaît sa valeur. Et Ilvermorny… ils seraient ravis de l’avoir.


Albus inspira profondément, comme si un poids venait de se déplacer en lui, non pas disparu, mais enfin partagé.


— Je… merci, Lysander. Vraiment.


Lysander hocha simplement la tête, mais son regard disait tout : il ne laisserait pas Lily tomber.


— Mais du coup… qui va protéger les trois enfants si Lily n’est plus en poste pour le faire ? demanda-t-il ensuite, conscient que la question restait entière.


— Nous n’avons pas encore trouvé de solution pour le moment, malheureusement.

Il y eut un silence. Un silence dense, lourd, presque électrique. Lysander sentit quelque chose se mettre en place en lui, une résolution nette, instinctive, irrévocable.

— Alors… je me propose de les protéger de la directrice, de Lavinia Malefoy, ainsi que de tous ceux qui voudraient s’en prendre à eux. Je vais prendre le poste d’assistant de soin aux créatures magiques.


Albus releva brusquement la tête, les yeux écarquillés.


— Tu es sûr ?


— Oui. Je les protégerai. Et je suis fils, petit-fils et arrière petit-fils d’experts en créatures magiques. Je suis qualifié, et je ne laisserai personne s’en prendre à des enfants, encore moins aux vôtres.


Albus sembla chercher ses mots, ému, surpris, soulagé.


— Oh… eh bien, je te remercie sincèrement pour ce que tu vas faire.


— Rien de plus normal, mon ami. Je fais ça pour vous, et pour les enfants. Je te laisse, je vais postuler pour le poste. Je te tiendrai au courant de comment cela s’est passé.


Il se leva, Albus aussi. Ils échangèrent une poignée de main ferme, lourde de sens, puis Lysander quitta la maison, traversa le jardin, et une fois dehors, inspira profondément. Le vent était froid, mais il ne le sentait presque pas. Il avait une mission. Une direction. Une certitude.


Il prend la route de Poudlard, le pas rapide, le cœur battant d’une détermination nouvelle. Et quelque part, dans un coin de son esprit, il se dit que son arrière-grand-père aurait approuvé.

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