SS ou le mensonge des fondateurs - traduit de russe - Auteur Zaraza Takaja
« Je hais le premier jour à Poudlard ! », songea Severus Rogue avec amertume. « Et qui a imaginé cette idée "géniale" de procéder à la répartition dans les maisons dès l'arrivée ? Les premières années, après une journée entière de voyage en train, sont traînées dans l'obscurité sur un sentier boueux jusqu'aux barques. Puis, épuisés et affamés, ils doivent encore patienter que ce chapeau " intelligent" consente à donner son verdict ! Je dois en discuter avec le Maître Serpentard. Si l'on sollicitait mon opinion, tous les nés-moldus et la moitié des sang-mêlés devraient être regroupés et suivre un enseignement préparatoire durant deux semestres complets, pour n'être répartis qu'en deuxième année.
D'ailleurs, cette répartition est curieuse... Malgré toutes ces années d'enseignement à Poudlard, je n'en ai jamais saisi la logique. Pourquoi séparer les enfants par différentes maisons si tous suivent le même cursus ? Je comprendrais s'ils étaient groupés selon leurs aptitudes : préparateurs de potions, herboristes, enchanteurs ou spécialistes de la métamorphose, avec certaines matières enseignées plus en profondeur. Mais non. Partout le même programme, les mêmes exigences...
C'est étrange, Potter n'est pas visible. On m'a dit qu'il s'était senti mal pendant le trajet en train. Peut-être se trouve-t-il encore à l'infirmerie ? Ah ! Le voici, accompagné de Granger, heureusement pas de Weasley. Serait-il devenu plus sensé ? Son acceptation du titre est déjà révélatrice. Regardons : tenue correcte, cheveux coiffés, plus de lunettes, et il porte tous les attributs de l'héritier. Il n'a même pas hésité à afficher ouvertement son nouveau statut. Voyons ce que l'été lui a enseigné… »
Le directeur Dumbledore commença son discours.
— Salutations à tous ! Salutations et tous mes vœux pour le commencement de la nouvelle année scolaire à l'École de sorcellerie et de magie de Poudlard ! J'ai beaucoup de choses à vous dire. Commençons par la plus importante et la plus sérieuse, pour ne plus y revenir. Ce n'est pas une nouvelle des plus agréables, mais on pourra en passer le goût amer, par un excellent repas de fête qui nous attend.
Dumbledore s'éclaircit la gorge et continua :
— Comme vous le savez déjà, plusieurs gardes d'Azkaban, les Détraqueurs, ont été envoyés par le Ministère de la Magie dans notre école pour la sécurité de nous tous. Ils ont fouillé le Poudlard Express ce soir. Ils se placeront à toutes les sorties de l'enceinte de l'école, poursuivit le directeur. Et souvenez-vous, pendant qu'ils sont là, personne ne devrait essayer de quitter Poudlard sans autorisation. Les Détraqueurs ne peuvent pas être trompés par un déguisement ou par d’autres astuces ; même la cape de l’invisibilité ne vous aidera pas.
Le Directeur prononça les derniers mots avec désinvolture, mais en regardant Harry et Hermione.
— Ça ne sert à rien de supplier les Détraqueurs, ou de demander pardon. Par conséquent, je vous demande à tous de ne pas donner aux Gardes les raisons de vous faire du mal. J'ai déjà parlé avec les préfets, ils veilleront à ce que personne ne joue jamais aux jeux dangereux avec les Détraqueurs.
Directeur fut interrompu par une voix douce mais autoritaire :
— Un excellent conseil, mais parfaitement inutile ! Les Détraqueurs n'obéissent ni à la direction de l'école, ni au ministère de la Magie. Les Détraqueurs n'obéissent qu'à moi !
Toute la grande salle s'anima d'un bourdonnement semblable à un nid de guêpes à cette nouvelle, tandis que je réfléchissais avec fébrilité. Je nourrissais déjà quelques soupçons quant à l'impossibilité pour Salazar Serpentard de demeurer dans l'ombre, mais sa manifestation à la réception dès le premier jour me surprit considérablement et m'incita à prendre tous les risques nécessaires.
— Je vous demande pardon, pourriez-vous vous présenter ? Dumbledore haussa légèrement la voix.
— Salazar Serpentard ! Fondateur et propriétaire de l'école Poudlard. Garant de la Maison Serpentard !
Après ses paroles, un silence de mort s'installa. Je perçus presque physiquement les regards déconcertés de mes serpenteaux. Eh bien, « les jeux sont faits ». La légilimancie avait pour fonction principale, quoique non exclusive, de sonder les pensées d'autrui. Étant maître en cette discipline, je fermai les yeux, déployai mon esprit pour capturer l'empreinte mentale de tous les étudiants de ma faculté et projetai une pensée limpide : DEBOUT, TOUT LE MONDE !
Même les amulettes protectrices ne pouvaient contrer une telle impulsion. En rouvrant les yeux, j'observai, avec un discret sourire, les élèves de la maison Serpentard qui se dressèrent d'un mouvement parfaitement synchronisé. Même les premières années, tout juste réparties, s'exécutèrent.
Salazar se dirigea vers la table des professeurs, tout en saluant d’un geste de tête favorable mes élèves.
— Si j’ai bien compris, vous êtes le directeur Dumbledore. Et c’est vous, que je dois remercier pour l’état déplorable de mon château ancestral, qui est sur le point de s'effondrer.
— Comment osez-vous.., commença Albus avec indignation, mais il fut interrompu par un geste négligent de la main de Serpentard.
— Silence ! Vous donnerez votre avis, quand je vous le demanderai.
Dès cet instant, le Sorcier Suprême du Magenmagot, Président de la Confédération Internationale des Magiciens, le sorcier le plus puissant de son temps, resta sans voix. Au sens le plus littéral du terme, Dumbledore ouvrit la bouche avec indignation, mais ne put émettre un son.
— Bien, je vois que sur les quatre facultés, une seule connaît l'étiquette. Et qu'en est-il des autres ? Où est passé le respect, ou du moins la politesse élémentaire ? Les élèves de cette tablée peuvent s'asseoir, dit Serpentard, pointant sa main vers la table de ma Maison. Les autres, levez-vous !
Mes serpenteaux n'eurent pas besoin qu'on le leur dise deux fois, tout aussi harmonieusement ils reprirent place.
Les étudiants des autres facultés furent, littéralement, soulevés des bancs par une force inconnue. Et si les élèves de Serdaigle et de Poufsouffle se tinrent tranquilles, ceux de Gryffondor commencèrent à s'indigner, à voix basse, heureusement.
— Et là, c'est l'équipe pédagogique. Magnifique. Veuillez vous présenter, Honorables magiciens !
Minerva se leva :
— Je vous demande pardon, de quel droit exigez-vous une réponse de notre part ?
— De droit du propriétaire de cette école !
Dès que Serpentard prononça ces mots, les dalles du sol sur lesquelles il se tenait se soulevèrent, formant une plate-forme circulaire. Et dessus, juste derrière lui, apparut une chaise haute avec un dossier et des accoudoirs simples et plats. Sans regarder, il recula d'un pas et s'assit majestueusement sur le siège. Les portes de la Grande Salle se refermèrent et des lampes magiques clignotèrent au-dessus de la table des professeurs, enfermant tout le monde dans un cercle de lumière. Seulement, ce n'était la lumière ordinaire. Je ressentais physiquement la pression de la magie.
— Eh bien, puisque l’honorable dame a été la première à intervenir, nous allons commencer par elle. Vous êtes … ?
— Minerva McGonagall ! Directeur adjoint de Poudlard et doyen de la maison Gryffondor.
— Spécialisation ?
— Métamorphose, animagus.
— Titre ?
— Professeur.
— Eh bien, en étant le directeur adjoint et le doyen, vous n’avez même pas de titre académique !
Le regard de Serpentard se fixa sur moi et la pression de la magie augmenta. Quelque chose me dit, qu’il ne fallait pas tenter le destin en se taisant, ça pouvait être extrêmement dangereux.
— Severus Rogue. Doyen de la Maison Serpentard, Maître des Potions, apprenti en combat magique (hum, jamais eu le temps pour obtenir le titre de Maître), Dueling, Défense contre les Forces du Mal.
— Les Potions et le Combat magique ? Une combinaison inhabituelle, mais intéressante. Suivant !
— Filius Flitwick, doyen de la Maison Serdaigle. Maître des sortilèges, Maître de combat magique, demi-gobelin.
Flitwick prononça « demi-gobelin » avec un sourire modeste. Parce que très peu de gens furent au courant que les gobelins n'abandonnaient jamais les leurs. Ces êtres magiques étaient peu nombreux et ils vivaient selon la règle : « venge ton voisin de la même façon que tu aurais vengé ton frère ».
— Vous, Madame ?
— Pomona Chourave, doyen de Poufsouffle : herbologie, herboristerie, plantes magiques.
— Acceptable. Au suivant !
— Rubeus Hagrid, je suis le professeur, eh bien, celui-là, je m'occupe des bêtes, pour sûr.
— Les bêtes, alors... Si j'ai bien compris, vous êtes venu avec votre pupille ? Oui, je parle de vous, monsieur à moitié loup-garou !
Les têtes de tous les professeurs et d’étudiants se tournèrent dans la direction indiquée.
— Rémus Lupin. Je suis invité à enseigner DCFM à partir de cette année.
— DCFM ? Déchiffrez !
— Défense contre les forces du mal.
— Contre quelles forces, en particulier allez-vous enseigner la défense ? Nécromancie ? Magie du sang ? Des malédictions ancestrales ?
— Non, non, non ! Des Épouvantards, des Lutins, des Doxies.
— Impensable ! Alors, vous allez apprendre aux enfants comment virer les parasites des vieux coffres ?! Mais je n’arrive pas, tout simplement, à comprendre, qu’est-ce que les forces du mal ont à voir là-dedans ?
La présentation des professeurs m'amusa beaucoup. Si j’avais bien compris, la magie dans le cercle de lumière ne permettait pas de mentir. Et chacun, involontairement, dut révéler la vérité sur lui-même, sans fioriture. Seul le directeur Dumbledore fut pour l’instant laissé sans attention. Oui, sans attention et sans voix. Le pauvre Albus pouvait seulement ouvrir silencieusement la bouche.
— Est-ce que TOUS les professeurs sont présents ?
Salazar se tourna vers Minerva.
— Cuthbert Binns et Sybil Trelawney manquent à l'appel.
— Pour quelle raison ?
— Cela relève de leur vie privée !
— Répondez avec plus de précision ! ordonna Serpentard.
Minerva fit la moue et baissa les yeux.
— Maître Rogue, pouvez-vous m’éclairer ?
— Le premier est un fantôme, la seconde est une alcoolique !
— Court, mais précis, rigola Serpentard. Merci, j'ai vu tout ce que je voulais. Laissons les enfants dîner. Moi, je vais parler avec le directeur. Suivez-moi, Monsieur Dumbledore !
Serpentard se leva de la chaise et la plate-forme fusionna à nouveau avec le sol. Sans se retourner, il quitta la salle, Albus sur ses talons. Pour un observateur extérieur, le sorcier semblait marcher volontairement. Mais en y regardant attentivement, on distinguait que le directeur était en réalité entraîné par une force invisible, tel un ballon retenu par une ficelle, incapable de s'arrêter ou de modifier sa trajectoire.
Minerva prit la parole :
— Eh bien, puisque le directeur Dumbledore est occupé et vous êtes tous affamés et fatigués, je suggère que nous commencions le repas !
Je regardai Lupin de l'autre côté de la table avec dégoût. Je n'avais pas pitié de lui. C’était un homme faible et veule ! La lycanthropie ce n’était pas la fin du monde, quand même ! Fenrir Greyback était un monstre bien sûr, mais personne ne pouvait le qualifier de pathétique ! Et Lupin était pathétique, comme un chien galeux et rempli de puces. Il n’arrivait même pas à se réconcilier avec son loup.
Le dîner se termina plus rapidement que d’habitude. Les préfets emmenèrent les étudiants dans leurs chambres et moi, je me dépêchai vers la salle commune de ma Maison. Aujourd’hui je n’avais pas de temps à consacrer à Potter.
Les étudiants de première année regagneront leurs dortoirs, trop épuisés par leur journée pour soulever des interrogations, tandis que les élèves seniors ne manqueront pas de le faire. Il semblait préférable de les réunir afin de fournir des éclaircissements, plutôt que de les laisser se perdre en conjectures, car dans le cas contraire, dès le lendemain, les correspondances prendraient la direction des Manoirs.
Dans le salon des Serpentards je me tournai pour observer toutes les personnes rassemblées autour de moi.
— Préfets, venez dans mon bureau. Les autres s'assoient tranquillement et attendent ! Ne traînez pas dans les couloirs, ne faites pas de suppositions stupides ! Et oui ! Je confirme, c'était vraiment Salazar Serpentard !