Secrets de Serpentard : La noble famille Black

Chapitre 21 : Au Chat qui souris

3611 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/09/2022 20:41

– Tu t’appelles Ted, c’est bien ça ?

– Edward. Mes amis m’appellent Ted.

– Oh... D'accord. Edward. Bon, très bien. Et tu... Tu travailles ici depuis longtemps ?

– Oui.

– Et ça te plaît ?

– Oui.

Dans l'atelier du Chat qui souris, Andromeda essayait désespérément d'engager la conversation avec Ted Tonks, son nouveau collègue, occupé à graver des runes sur une couverture de cuir ; mais celui-ci s’obstinait à lui répondre par des monosyllabes, et elle commençait à être en panne d'inspiration.

Autour d'eux, les paysages des quatre coins du monde affichés sur les murs donnaient une impression d'immensité ; les souvenirs imaginaires créés par Ted et Mrs Painswick tournoyaient et crépitaient dans les bassines, imprégnant peu à peu les pages des futurs Livres Voyageurs qui y trempaient ; les Plumes Interprètes grattaient en chœur les grimoires aux couvertures de cuir, dont les pages parcheminées se tournaient de temps à autre, projetant quelques volutes de poussière dans la lumière chaleureuse qui éclairait l'atelier.

– Cet endroit est vraiment fantastique, dit Andromeda en regardant autour d'elle pour se donner une contenance.

– Oui, tu l'as déjà dit, fit sèchement remarquer Ted.

Andromeda pinça les lèvres, et se sentit affreusement mal à l'aise. Ted sembla le remarquer, car il lui jeta un regard sévère, et déclara :

– Tu sais, tu n'es pas obligée faire semblant... Je sais parfaitement que tu me méprises. Épargne-moi toute ta petite comédie, c'est complètement hypocrite.

Ses doigts étaient crispés autour de la pointe en métal qui lui permettait de graver les runes sur la couverture de son Livre Voyageur. À vrai dire, il était un peu effrayant.

– Pardon ? répéta Andromeda, désarçonnée. Mais... nous allons passer nos journées ensemble, c'est normal que je m'intéresse à toi !

Ted secoua la tête en haussant les sourcils, comme s'il était estomaqué par son outrecuidance.

– Bien sûr, railla-t-il. Comme si les gens comme toi s'intéressaient aux gens de mon espèce... Vraiment, c'est pathétique.

– Que veux-tu dire ?

Ted lui lança un long regard noir.

– Ne me dis pas que tu n'es pas au courant... Tu ne t'es pas renseignée sur moi, avant de t'engager ici ?

Andromeda fronça les sourcils, de plus en plus confuse.

– Je ne comprends pas, avoua-t-elle.

– Je veux dire que nous ne sommes pas du même monde, tous les deux. C’est comme ça.

Alors qu'Andromeda attendait davantage d'explications, Ted finit par lui demander :

– Tu étais à Serpentard, n'est-ce pas ?

Les épaules d’Andromeda s’affaissèrent. Le Choixpeau voulait l'envoyer à Poufsouffle, mais en arrivant à Poudlard, sa mère venait de tomber malade, et sa famille était au bord de l'explosion : elle ne voulait donc surtout pas faire de vagues, et avait tant supplié le Choixpeau qu'il avait fini par l'envoyer dans la même maison que le reste de sa famille. Et heureusement, à ce moment-là, Bellatrix était trop occupée à semer le désordre pour remarquer la longue hésitation du Choixpeau...

– Oui, j’étais à Serpentard, en effet, soupira Andromeda.

Ted eut un regard qui voulait dire quelque chose comme « et voilà, c'est exactement ce que je pensais », et ajouta :

– En tout cas, si tu racontais à ta petite famille avec qui tu travaillais, je peux t'assurer qu'ils viendraient tous me jeter dehors... Si ce n'est pire.

Andromeda mit une fraction de seconde à comprendre le sens de ces sous-entendus.

– Ça y est, tu as compris ? lança hargneusement Ted. Je suis un Né-Moldu... Enfin, un Sang-de-Bourbe, si tu préfères. C'est comme ça que vous les appelez, non, les gens comme moi ?

– Arrête ça immédiatement, répliqua Andromeda. Je me fiche complètement de ce que pense ma famille. Je trouve toutes ces idées absolument insensées, je t'assure.

– Ah oui ? Pourquoi est-ce que tu veux absolument me prendre ma place, alors ? Ça vous titille, qu'un Sang-de-Bourbe travaille dans une des boutiques du Chemin de Traverse ? Peut-être que c'est eux qui t'ont envoyée ici pour me chasser ?

Face à des accusations aussi invraisemblables, Andromeda resta initialement sans voix.

– Ce travail, c'est toute ma vie, d'accord ? poursuivit Ted. J'ai eu un mal fou à trouver un endroit qui veuille bien de moi. Le patron de Fleury & Bott m'aimait bien, mais il avait peur d'entacher la réputation de sa librairie en me prenant comme employé, ou de se faire attaquer par ces fous furieux qui assassinent des Moldus en pleine rue...

– Mais je n'ai aucune envie de te remplacer, enfin ! protesta Andromeda. Tu te fais des idées ! C'est Mrs Painswick qui m'a dit qu'elle recherchait un deuxième employé !

– Eh bien, je ne sais pas pourquoi elle a dit ça. Je me débrouille très bien tout seul.

– Très bien ? Tu as vu toutes les commandes qui s'accumulent ? s'indigna Andromeda en désignant la quantité astronomique de parchemins accumulés sur le bureau destiné aux commandes. C'est un travail monstre, même pour deux !

Mais Ted refusait d'admettre ses torts.

– Si c'est un travail monstre, pourquoi est-ce que tu es venue travailler ici ? J'imagine que ta famille si parfaite aurait pu t'obtenir un poste plus gratifiant et plus rémunérateur, au Ministère, ou à Gringott's...

– Ne me parle pas de famille parfaite ! cria Andromeda.

Ted écarquilla les yeux, surpris par cette agressivité soudaine. Face à lui, Andromeda était tout aussi surprise de s'entendre crier. Dans ses oreilles, les battements de son cœur avaient fait taire le bruissement des Plumes Interprètes et les crépitements de leurs souvenirs imaginaires qui tournoyaient dans les bassines.

– Tu sais quoi ? poursuivit-elle, incapable de se contrôler. Ma mère est gravement malade, nous vivons entassés chez nos cousins car nous sommes ruinés, ma grande sœur ne vient à la maison que pour dormir toute la journée et refuse de me dire ce qu'elle fait de ses nuits... Et mon père est tellement obsédé par le poste de Ministre de la Magie qu'il ne remarque même pas que notre famille est en train de voler en éclats ! Tu trouves que c'est une famille parfaite, toi ?

Les joues de Ted rosirent légèrement, et, l'espace d'un instant, il parut regretter ses paroles ; puis il secoua la tête, haussa les épaules, et il se replongea dans son travail. Hors d'elle, Andromeda se leva brutalement et sortit de l'atelier pour se calmer un peu.

Dans la boutique, elle se plaça face à une étagère et fit mine de ranger les livres, mais sa vue brouillée l'empêchait de déchiffrer les inscriptions gravées sur les tranches des grimoires. Elle ne parvint qu’à prendre brusquement un livre et à le remettre à sa place d'origine, déboussolée. Près de la porte d'entrée, Mrs Painswick conseillait un client qui hésitait entre plusieurs ouvrages :

– Si vous aimez les interprétations précises, celle-ci est très réussie... Oui, le lecteur que j'ai engagé a un vrai sens du détail, il maîtrise parfaitement la littérature voyageuse ! Il a donné un visage très convaincant à l'héroïne, ce qui la rend d'autant plus attachante...

En l'entendant vanter les mérites de Ted, Andromeda se remit à bouillonner. Elle resta debout, les yeux fixés sur les étagères, incapable de se débarrasser de la colère qui l'habitait. Elle ne se reconnaissait pas. Habituellement, elle était un modèle de patience et de douceur. Elle faisait toujours le dos rond, même face aux idées scandaleuses de Bellatrix, ou à la tyrannie de sa tante Walburga ; mais cette fois-ci, elle n'avait pas pu s'empêcher d'exploser. Elle avait mis tant d'espoir dans cette librairie, dans ce Ted... Elle désirait si ardemment découvrir le plaisir des amitiés sincères, dans un monde où la réputation et le nom de famille n'avaient pas d'importance... L'hostilité de Ted lui donnait l'impression de se cogner à un mur de glace alors qu'elle s'engageait sur un chemin qu'elle désirait emprunter depuis longtemps, et cela lui causait une immense déception, encore plus douloureuse que toutes celles qu'elle avait déjà subies au cours de sa vie.

– Sois patiente, ma petite, dit la voix de Mrs Painswick, toute proche.

Andromeda sursauta. Le client à qui Mrs Painswick était parti, emportant le livre que Ted avait fait, et la petite dame s'était approchée d'elle sans qu'Andromeda ne s'en aperçoive.

– Tu sais, Ted n'a pas eu une vie facile, poursuivit Mrs Painswick. Dès que quelqu'un est aimable avec lui, il ne peut pas s'empêcher de trouver ça louche.

Andromeda hocha faiblement la tête.

– Je voulais simplement...

Elle ne parvint pas à aller jusqu'au bout de sa phrase. Sa voix se bloqua dans sa gorge, et elle sentit ses yeux se remplir de larmes.

– Laisse-lui un peu de temps, dit Mrs Painswick en lui tendant un mouchoir brodé de motifs multicolores. Rentre donc chez toi, et repose-toi un peu, d'accord ? Demain est un autre jour.

Andromeda acquiesça, prit le mouchoir en reniflant, et quitta la librairie à petits pas, le cœur serré. Dès qu'elle eut claqué la porte, Mrs Painswick soupira, remonta les manches de son chemisier bariolé, et alla droit vers l'atelier, bien décidée à remettre Ted à sa place.

Le lendemain, lorsqu'Andromeda revint au Chat qui souris, la boule au ventre, Ted faisait les cent pas au milieu de la bibliothèque en se rongeant les ongles. Ses cheveux blonds étaient encore plus ébouriffés que la veille, et il portait un col roulé trop grand, en laine verte et rouge.

– Ah... Tu es là, dit Ted en la voyant arriver.

– Tu es très observateur, dit Andromeda.

Elle sourit discrètement en pensant que c'était un des sarcasmes préférés de Bellatrix : celle-ci le lançait dès que quelqu'un disait quelque chose d'évident.

– Tu aurais sûrement préféré que je ne revienne pas, mais malheureusement pour toi, je compte bien rester travailler ici, continua Andromeda. Je ne compte pas te chasser, mais tu vas devoir me supporter.

Et elle s'avança vers lui pour le contourner.

– Attends ! l'arrêta Ted.

Et Andromeda s'arrêta, à quelques mètres de lui.

– Je voulais... Enfin...

Il se tordait les mains dans tous les sens, et se tournait un peu sur le côté, comme s'il s'adressait aux étagères plus qu'à Andromeda.

– Désolé pour hier, Andromeda, dit-il enfin. Je ne voulais pas être méchant. En fait, je suis content d'avoir de la compagnie. J'espère que nous allons bien nous entendre.

Andromeda trouva qu'il parlait étonnamment vite, et de façon peu spontanée.

– Finalement, je ne suis qu'un imbécile, totalement ridicule, qui n'est même pas capable de te parler honnêtement, et... Mais ? Attends un peu !

Ted se retourna, l'air furieux, et Andromeda vit la tête de Mrs Painswick surgir de derrière un rayonnage, radieuse.

– Mrs Painswick !

– Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée, Ted ! rit cette dernière.

Elle s'approcha de lui, reprit un parchemin que Ted avait caché sur l'étagère à côté de lui et s'en alla vers l'atelier avec un petit gloussement réjoui. Ted la regarda s'éloigner, et quand il se retourna vers Andromeda, il était rouge écarlate jusqu'à la racine de ses cheveux.

– Tu as demandé à Mrs Painswick d'écrire un mot d'excuse à ta place ? Et tu ne l'as même pas relu avant de me le déclamer ?

– C'est de l'Encre Inconstante ! protesta Ted, comme si cela justifiait tout. Je l'ai relu avant que tu arrives, mais la fin s'est métamorphosée entre temps !

Andromeda haussa un sourcil, et Ted poussa un long soupir résigné.

– C'est...

– Consternant, compléta Andromeda.

– Euh... Je n'irais peut-être pas jusque-là...

– Si, si, je t'assure.

Auparavant, Andromeda ne se serait jamais permise de qualifier quelque chose ou quelqu'un de consternant, mais Ted avait été tellement odieux avec elle qu'elle n'éprouva aucun remords. Elle se surprit même à savourer le fait de pouvoir dire les choses de façon aussi directe.

– Je ne suis pas doué pour ce genre de trucs, marmonna Ted en passant une main dans ses cheveux, toujours sans regarder Andromeda.

Andromeda resta silencieuse quelques instants, curieuse de savoir comme il allait se tirer de cette situation embarrassante. Mais comme il ne disait rien, et que son teint commençait à devenir cramoisi, elle se résigna à lui lancer une question banale.

– Sur ton pull...

Ted baissa les yeux. Les fils de laine verte, rouge et blanche s'entremêlaient, étirés et déformés, tant et si bien que le motif ainsi formé était quasiment impossible à distinguer.

– Ce dessin, c'est...

– Le père Noël, dit précipitamment Ted, ravi de changer de sujet. Je sais, il est complètement asymétrique, mais bon... Je l'ai depuis que j'ai cinq ans, mais je l'ai agrandi au fur et à mesure... J'espère que tu ne le trouves pas trop moche, car je le mets quasiment tous les jours.

Andromeda ne put s'empêcher de sourire en regardant plus en détail le pull-over hideux de Ted.

– Ma famille ne fête jamais Noël, dit-elle. Je serai ravie de rattraper le temps perdu.

Ted sourit furtivement, puis cette remarque dut lui rappeler leur conversation d'hier, car il prit de nouveau un air coupable.

– Désolé pour hier, répéta-t-il avec plus de sincérité. Je n'aime pas trop qu'on me bouscule dans mes habitudes. Depuis que Mrs Painswick m'avait prévenu de ton arrivée, je n'arrêtais pas de ruminer. J'avais peur qu'elle te préfère à moi. Elle n'a pas totalement tort, quand elle dit que je suis un imbécile.

Il arrêta enfin de fixer l'étagère à côté de lui.

– Si je t'apprends quelques astuces pour faire de meilleurs Livres Voyageurs, tu crois que j'ai une chance de me rattraper ?

– Il n'y a qu'une seule façon de le savoir, dit Andromeda en le contournant pour poursuivre sa route vers l'atelier.

Ted lui emboîta le pas, un peu rasséréné, et referma la porte de l'atelier derrière eux. Peu après, Mrs Painswick s'approcha de la porte, se hissa sur la pointe de ses minuscules pieds pour voir à travers la vitre, et repartit accueillir les clients en se frottant les mains, absolument ravie.

Les jours suivants, Ted expliqua à Andromeda tout ce qu'il fallait savoir sur la littérature voyageuse, les astuces pour rendre un livre plus saisissant, comme écouter une musique adéquate en imaginant un passage, ou se servir d'objets de la vie réelle pour mieux leurs donner corps dans les Livres Voyageurs.

Un jour, Andromeda raconta la journée désastreuse où sa tante l'avait emmenée acheter sa baguette sur le Chemin de Traverse, et Ted en fut très surpris :

– Attends, Walburga Black est ta tante ?

– Oui. Tu la connais ?

En voyant la grimace irrépressible de Ted, Andromeda ajouta :

– Tu peux la critiquer autant que tu le souhaites, je suis probablement la personne qui la déteste le plus au monde.

– J'étais persuadé que tu étais sa fille, quand tu es rentrée. Tu sais, vous avez les mêmes yeux, les mêmes cheveux...

– Oui, je sais.

– Mais, ne t'en fais pas, tu es bien plus belle ! Enfin, je veux dire... Tu n'es pas... Mais...

– Tu as déjà rencontré ma tante ? coupa Andromeda pour éviter à Ted de s'enliser dans ses propres bafouillages.

– Oui, soupira Ted, reconnaissant. Elle est déjà entrée dans cette boutique. Enfin, son fils est rentré, un petit garçon très maniéré, habillé comme un petit roi…

– Ce devait être mon cousin Regulus. Tout à fait adorable, même s’il est bien trop influençable par ceux qui l’entourent.

– Oui, ce doit être ça… Il s'est faufilé ici en pensant qu'il était chez Mr Ollivanders, et elle est venu le chercher ici par la peau du cou ! Mrs Painswick et moi avons eu le droit à une flopée d’injures !

– Ça ne m'étonne pas d'elle, soupira Andromeda. Tiens, ça me fait penser, il y a un personnage assez détestable dans le livre que je suis en train de faire. Je vais lui donner son visage, ce sera parfait.

– Oui, bonne idée, approuva Ted. Les personnages inspirés de la vie réelle sont toujours plus saisissants dans les Livres Voyageurs.

Ils échangèrent un sourire, et se replongèrent quelques instants dans leurs lectures respectives.

– Tu as jeté un œil à mon premier livre ? demanda Andromeda au bout de quelques minutes.

– Bien sûr, répondit précipitamment Ted. Et... j'ai été impressionné. On est tout de suite happé par l'atmosphère que tu as créée ! Tu as réussi à imaginer les odeurs, les textures, les couleurs avec une précision extraordinaire. C'est très réussi, vraiment.

Andromeda rosit de plaisir, et regarda pensivement le livre qu'elle avait entre les mains, sans savoir que répondre

– En revanche... J'ai vu que tu avais sauté un chapitre...  Celui qui se passe dans un pub, reprit Ted.

– Ah, oui... C'était précisément ce que je redoutais, en m'attaquant à un livre moldu, dit Andromeda.

– C'est-à-dire ?

– Je ne suis jamais allée dans un pub. Ni dans un restaurant, à vrai dire.

– Sans blague ?

– Pour ma famille, ce sont des endroits indignes de notre rang. Je n'ai même pas le droit de passer par le Chaudron Baveur pour entrer au Chemin de Traverse, je dois utiliser le réseau des cheminées ou bien faire un gigantesque détour... Il n'y a que la Lyre enchantée, à la limite, qui pourrait convenir à mon père... Mais les prix sont tellement exorbitants que je ne vois pas comment je pourrais y aller un jour, à moins d'épouser Lucius Malefoy à la place de ma sœur.

– Attends, attends... Tu étais à Poudlard, non ? Tu es au moins allée aux Trois Balais, à Pré-au-Lard ? Les pubs moldus ne sont pas si différents...

– Je n'y suis jamais allée, je n'en avais pas le droit. Mon père préférait que j'étudie... Il trouvait que ces escapades à Pré-au-Lard était un « divertissement futile et dégradant ».

Ted écarquilla les yeux. Il avait un visage très expressif, très mobile, qui faisait sourire Andromeda dès qu'il était animé par la moindre expression.

– Je n'arrive pas à le croire, dit-il, estomaqué. Tes sœurs n'y allaient pas non plus ? Je suis pourtant certain d'avoir déjà vu Bellatrix chiper des bonbons chez Honeydukes...

– Bellatrix s'était fabriqué une fausse autorisation pour y aller, rit Andromeda. Et Narcissa s'en fiche, elle profite du fait que le château soit désert pour passer des heures dans la salle de bains des préfets avec Lucius.

– Eh bien... Tu es peut-être encore plus malchanceuse que moi, finalement, sourit Ted.

– Ça, je ne sais pas, mais je donnerais cher pour pouvoir me promener où je le souhaite sans avoir peur que ma famille ne m'accuse de la déshonorer, soupira Andromeda. Parfois, j'aimerais avoir l'audace de Bellatrix, juste pour dire enfin à mon père à quel point je le trouve pathétique.

À nouveau, ils restèrent silencieux quelques instants. Andromeda, les yeux dans le vague, repensa à toutes ces après-midis de solitude à la bibliothèque, alors que ses rares amis étaient en train de boire des litres de Bièraubeurre. Ted en profita pour l'observer : elle avait les yeux gris et les cheveux noirs, comme sa tante, mais ses traits étaient infiniment plus doux et plus délicats.

– Je peux t'aider, si tu veux, dit Ted.

– Pardon ?

– Je peux t'aider. Pour la scène dans le bar, je veux dire. J'en connais un qui pourrait faire l'affaire.

– Un bar ?

– Oui... Un bar moldu, dit Ted. Mais ce serait juste pour te montrer comment c'est, juste pour regarder, ajouta-t-il précipitamment. Nous ne sommes pas obligés de commander quelque chose... Ni même de rentrer, en fait, on peut juste rester dehors, dans le froid, et regarder à travers la vitrine comment ça se passe... Mais comme ça, tu comprendras le principe, et tu pourras imaginer correctement la scène du livre...

Andromeda sourit à nouveau.

– Ce serait avec plaisir.

Au moment de partir, Ted lui tint la porte pour sortir, mais Andromeda resta à l'intérieur de la bibliothèque, au moins aussi embarrassée que Ted ne l'était lorsqu'il lui avait présenté ses excuses, quelques jours plus tôt.

– Ah... Ted, je voulais te dire...

Andromeda avait redouté ce moment toute la journée.

– Est-ce que tu penses que... Nous pourrions nous retrouver un peu plus loin ? Je veux dire... J'aimerais beaucoup marcher avec toi, mais tout le monde me connaît, ici, et on risque de le rapporter à mon père... Et je ne voudrais pas t'attirer d'ennuis.

Ted eut l'air initialement déconcerté, puis il se dérida rapidement.

– Bien sûr, dit-il avec un petit rire. Où avais-je la tête ? Eh bien, je n'ai qu'à partir devant... En sortant d'ici, tourne à droite, prends la deuxième à gauche, troisième à droite, et je t'attendrai là. Ça te va ?

– Oui... Merci, ajouta Andromeda, soulagée.

Ted sortit, et les quelques minutes qu'Andromeda passa dans la librairie en attendant qu'il se soit éloigné lui parurent étonnamment longues.


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