Le Petit Max, Episode 1

Chapitre 7 : Santé mentale

7655 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/05/2015 16:43

 

 

 

(VII)

 

 

« ALLEZ-Y ! »

 

Slayer le vit faire et se préparait à le recevoir, mais bizarrement elle remarqua que le jeune homme n'en avait pas après elle. Se baissant une fois arrivé à niveau, il ramassa l'intercom de la mercenaire, avant de courir à toute vitesse en direction du bar. So' et Eddy mirent un certain temps à réaliser que Ben était parti...

 

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Chamade.

Ben et les mots qui servent à rien, c'était toute une histoire. Mais là, il ne savait pas vraiment comment expliquer ces battements irréguliers de son cœur. Donc ce serait chamade. Il avait chaud. Des gouttes de sueur lui perlaient sur le front et coulaient jusqu'à ses joues. Le rythme qu'il tenait en course depuis cinq minutes était sans aucun doute un exploit depuis le temps qu'il n'avait pas vraiment couru comme un fou. Il n'avait le choix. Il savait qu'inéluctablement, les deux mercenaires allaient se séparer pour couvrir plus de terrain. Mais il avait minutieusement écouté ce qu'avait dit Slayer : Mac était seul au bar et apparemment il était le plus faible d'entre eux, donc à neutraliser en premier. Il espérait du fond du cœur que les deux s'en sortiraient, il s'en voulait d'avoir couru sans explications, mais plus ils en savaient, plus ils seraient en danger.

 

Le coursier ne voulait pas négocier. S'il mettait la main sur l'arme, il appuierait sur la détente.

 

C'est pourquoi il approchait à grande vitesse du bar de So'. Et comme il n'était pas complètement débile, il avait remarqué que si personne ne le suivait dans la rue à la course, surtout un mercenaire de haut niveau, il avait imaginé que celui qui le suivait n'était autre que la femme, Slayer. Si elle était arrivée par la ruelle en marchant un peu plu tôt, Naufrage l'aurait vu arriver de loin. Donc il en avait déduit en levant la tête et confirmant par la même qu'elle le pistait d'assez près, passant par les toits. Et pour ne rien arranger, avec une vélocité et habilité déconcertante. Cette dernière enjambait et sautait par dessus les obstacles et les toits comme une championne d'athlétisme – ou une experte en free running – le ferait.

 

Mais il était enfin arrivé. La porte du bar entrouverte, il n'avait pas à s'arrêter pour rentrer ou chercher un autre accès. Soufflant abondamment, il couru jusqu'à la porte en fer qu'il poussa d'un revers pour ensuite la refermer derrière lui à la volée. Inutile. A peine la porte avait touchée l'encadrement qu'elle se voyait de nouveau ouverte avec une force incroyable. Avant de la prendre en pleine tête et dévaler les escaliers, Ben pu entrevoir les jambes en hauteur de Slayer qui avait défoncée l'entrée. Sautant du toit du bar agilement, elle s'était agrippée à une barre en fonte qui formait l'enseigne pour fracasser la porte avec ses jambes. Ben avait donc valdingué avec puissance dans les escaliers qu'il aurait préféré en mousse à ce moment la, mais pour une raison qui lui échappait, s'estimait heureux que le vomi de la veille fut nettoyé par le serveur. Arrivé en bas de l'escalier, il cogna la barre métallique qui formait l'angle de la dernière marche sur la droite, avant de chuter au sol juste à coté du bar. Sacrée chute.

 

Ses muscles lui faisaient mal. La course, plus la descente, ça l'avait sonné. Il essayait de se relever mais pour l'instant souffrait trop. Slayer, elle, aurait pu descendre tranquillement les marches, mais dans un élan intrépide de film d'action Américain, enjamba la barrière d'en haut pour sauter directement sur le comptoir en contrebas, se poser, puis effectuant une roulade aérienne, retomba directement devant le visage de Ben, seule partie de son corps qui fonctionnait encore, avant de pousser un souffle de contentement.

 

« Pfffou ! Un peu de sport, ça fait pas de mal ! » s'exclama t-elle joyeusement en s'étirant. « Pas vrai ? »

 

« Dur » pensa Ben, hurlant intérieurement à son corps de se relever comme un chevalier à la solde – ou la rescousse, tout dépendait du point de vue – d’Athéna l'aurait fait. Gémissant en forçant sur ses bras, il trouva la force de se relever lentement, posant par sécurité un genou à terre. Puis fixant la femme d'un œil aussi noir que possible vu le sang qui s'écoulait sur son visage, il reprenait son souffle.

 

Slayer sorti alors en réponse à cette baston de regard un pistolet, qu'elle pointa sur Ben. « Personnellement j'ai aucune question à te poser. » lança t-elle.

 

Il avait échoué. Vaillamment, mais échoué quand même. Peut-être que So' et Eddy avaient eu plus de chance. « Ça tombe bien, j'ai aucune réponse pour toi. » tenta t-il, croyant qu'au fond cette phrase ressemblait à une fin triviale.

 

« Un de moins... » commença Slayer.

 

Quand un sifflement strident obligea Ben à bouger ses mains pour boucher ses oreilles tandis qu'il plissait les yeux, juste le temps de voir la mercenaire s'envoler comme une feuille poussée par une tempête derrière le comptoir, si fort qu'elle s'écrasa contre les étagères ou trônaient les bouteilles d'alcool. Lui aussi perdit l'équilibre, glissant et se cognant contre le bas du même comptoir que Slayer avait survolée.

 

Le silence revenant petit à petit, il rouvrit les yeux et enleva les mains des oreilles. Dieu lui avait filé un coup de main ? Parce que si c'était le cas, c'était très sympa, même si il aurait pu intervenir avant qu'il ne dévale les escaliers... ou avant l'apocalypse en 2013. Mais alors que ses yeux s'habituaient à nouveau à la lumière et aux couleurs, il vit une ombre noire s'afficher devant lui, alors qu'une douce odeur de fraise venait lui chatouiller les narines. « Plus que trois. » fit la voix alors que ses yeux lui rendaient enfin la vue. « Ça va ? » demanda cette fois la voix, qu'il identifia comme celle d'une fille une fois ses oreilles rétablies.

 

« Euh.. je crois oui. » dit-il avec hésitation alors qu'il dévisageait la femme qui se tenait accroupie devant lui.

 

Une femme très belle. Des yeux verts, une chevelure sombre mais qui s'alliait parfaitement avec le reste de son visage un tantinet fermé. En l'aidant à se relever, Ben se fit la remarque qu'il venait d'être sauvé par un mannequin. Une sœur crumble cachée ? Pas possible. Cette femme portait des vêtements semblables aux Sudistes, un pantalon cargo noir, avec une vieille veste en cuir débraillée marron, ouverte sur un débardeur gris. Un pendentif tombait sur sa poitrine, que Ben évita de regarder trop longtemps parce que si cette femme lui avait sauvé la vie d'une folle de mercenaire, il préférait éviter l’œil pervers de suite. En relevant les yeux vers ses yeux, il vit qu'elle fixait le comptoir, ou plutôt Slayer qui gisait derrière. Regardant à son tour, il vu la femme complètement recouverte de sirops et alcools en tous genres. Une perte tragique pour les foies de la ville.

 

« Mais... » ne s'expliquait pas Ben. « Comment ? »

 

La jeune femme marcha en direction de l'arrière salle, découvrant par terre un gigantesque fusil qui fumait et grésillait d'une lumière blanche. « Il est cassé. C'est pas le meilleur que j'ai eu entre les mains. Une fois, j'en ai vu un déraciner un arbre, celui la doit vraiment mettre cher. » fit-elle en se retournant juste avant l'entrée de la salle de billard.

 

Ben titubait quelque peu mais commença à la suivre, toujours méfiant et sonné en même temps. « Comment vous avez fait ça ?! Elle est... morte ? » demanda t-il au cas ou.

 

« Elle en a vu d'autre. Et pour le jouet, c'est simple : cartouche comprimée de Co2 mélangée avec un brin de nitroglycérine. Le reste c'est du bricolage et j'y connais pas grand chose, je me contente de tirer. En général on peut concentrer l'impulsion sur un endroit précis mais c'est un vieux modèle donc j'ai fais ce que j'ai pu.

 

« Effectivement, c'est très simple. » ironisa Ben en marchant, encore un brin dans les vapes.

 

La femme fit une grimace en observant le tableau de plus loin. « Désolée pour le bordel par contre. Je rangerai. » annonça t-elle avant de s'engouffrer dans l'arrière salle, en dehors du champ de vision de Ben qui de toute manière s'était retourné pour observer le bordel.

 

« Ooooooh putain elle va me tuer. » fit-il en se prenant la tête, pensant à So'.

 

Mais sa distraction fut de courte durée, quand il entendit une voix d'homme brièvement crier dans l'arrière salle, ou il se rendit rapidement. C'est à ce moment que Ben voyait enfin celui qu'il souhaitait neutraliser à la base. Mac était ligoté à une chaise inconfortable avait la joue gauche rouge. Il venait donc de prendre une claque maison provenant de la fille qui était appuyée contre une table de bar sur un grand pied en métal et bidouillait l'ordinateur de son otage, juste dans son dos.

 

« Euh... lui c'est... » commença Ben, ne comprenant pas tout.

 

« Le plus facile à neutraliser, c'est pour ça que je m'en suis occupée en premier. » fit posément la femme. « Dis bonjour Mac. »

 

« Si tu crois t'en sortir comme ça... » grogna le gosse, remplit de rage.

 

« Fermes la sinon je te fais l'autre joue. »

 

« Peuh ! Comme si j'avais... »

 

« Ou alors je casse un de tes jouets. »

 

Mac allait la fermer.

 

« Mac. Donc la fille K.O... » commença Ben en pointant du doigt l'autre salle.

 

« Slayer. » le coupa la femme sans même se retourner.

 

Il avait encore une chance. Ben pouvait, avec cette femme, sauver ses amis. Le combat s'équilibrait. « Donc si j'ai bien compris, il reste Boomer, Alpha et Naufrage. Il faut que j'y retourne. »

 

Dans un mouvement des plus sexy possible, ses cheveux virevoltants, mais restant professionnelle et impassible, la femme se retourna. « Oui j'ai tout suivi depuis l'écran. Pourquoi être revenu ici d'ailleurs ? »

 

Bonne question. Ben ne savait pas si il devait jouer carte sur table, mais vu qu'elle l'avait sauvé d'une mort certaine, il lui devait bien ça. « Euh... disons que je pensais trouver quelque chose qui aurait incriminé ces gens. Comme... l'argent qu'a laissé Naufrage ici par exemple. »

 

La brune le regarda subitement des pieds à la tête. « Bonne idée. » lui concéda t-elle. « Pourquoi l'intercom ? »

 

Cette fois, il n'allait pas jouer franc jeu, en espérant qu'elle ne remarque rien. Mode théâtral avec Victor activé. « M'en servir contre eux ? Éviter qu'ils communiquent ensemble... j'ai pas trop réfléchi. »

 

La femme fixa son regard pendant quelques secondes – exquises d'ailleurs, mais Ben ne l'aurait jamais avoué – avant de passer rapidement sa langue sur ses lèvres comme un tic d'expression – très mignon d'ailleurs, mais ça non plus il ne l'aurait jamais avoué – puis acquiesça d'un air entendu.

 

« Ce mec est un génie dit moi ! » s'exclama cyniquement Mac en riant. « Je vais partir à la retrai...hé ! »

 

La femme lui mit une gentille claque d'un revers de la main pour égaliser l'autre joue, de ce fait coupant la parole et faisant sursauter Mac qui ne l'avait pas vue venir. « La ferme. »

 

« Vous êtes une Patriote ? » s'essaya à demander Ben, sur la réserve. « Vous pouvez m'aider ? »

 

Il ne demandait que ça, de l'aide. Si quelqu'un pouvait l'aider maintenait, il ne restait qu'elle. Cette femme vigoureuse aux formes de top model et au tempérament de feu qui semblait n'avoir peur de rien. Elle avait tout d'une guerrière, et si Ben pouvait s'en servir pour plaider sa cause face à cinq – ou plutôt trois – mercenaires restants, il le ferait sans réfléchir. Mais contrairement à ce qu'il aurait pensé, la femme sembla prise au dépourvu.

 

« Alors... » fit-elle en s'approchant de Ben la tête basse et regardant le sol, si bien qu'on aurait pu croire qu'il allait se passer quelque chose de cool, pour lui.

 

Il pouvait sentir son parfum lui caresser les narines tandis qu'il la dévisageait, parce qu'elle l'impressionnait mais aussi parce qu'il ne voulait pas baisser les yeux afin d'éviter de passer pour un gars impressionné. Un vrai casse tête. Mais quand elle releva son regard vers lui, il fut désarçonné.

 

« Pour commencer je pense qu'on a à peu près le même age, donc on va se tutoyer si tu veux bien. Ensuite, non, loin de moi l'idée de rejoindre les Patriotes, je travaille mieux toute seule, et si tes amis sont entre leurs mains, il n'y a rien que je puisse faire pour eux. Crois moi, tu veux pas de mon aide pour aller les aider. »

 

Déçu. Le jeune coursier s'était déjà fait le schéma dans sa tête ou il arrivait en héros pour sauver ses amis. Quel était le problème de cette fille qui quelques secondes plus tôt lui semblait si confiante ? Fermant son regard, devenant maintenant le plus impressionnant des deux, il décida que les pensées détournées étaient finies. Si elle ne l'aidait pas, elle ne servait plus à rien.

 

« Alors pourquoi me sauver la vie en premier lieu ? » demanda t-il fermement. « Si Naufrage les a rattrapés ils sont en danger. T'a l'air de pouvoir faire quelque chose contre lui, et justement d'être la pour ça. Alors c'est quoi le problème ? »

 

La femme soupira. « Je suis désolée, vraiment. Mais j'ai mes propres problèmes à régler. Et puis Naufrage est un abruti, tu devrais pas avoir de mal à le retrouver. »

 

« Au moins sur ça on est d'accord ! » s'exprima avec joie Mac, avant de se taire à nouveau avant d'en prendre une.

 

Ben devait au moins lui accorder ça, ce gros balourd était un abruti fini. Mais tout de même, il insista. « Si tu traques les mercenaires on a exactement le même objectif. Alors pourquoi ne pas commencer par celui qui menace directement la vie de mes meilleurs amis ? » reprit-il avec le même ton, en étant limite condescendant cette fois.

 

« Parce que leur couverture a sauté et qu'ils ont un protocole précis dans ce cas la, c'est restreindre au possible toute information sur eux. En général ils tentent quand même de sauver leur peau, mais depuis qu'ils ont embauchés une psychopathe dans l'équipe, c'est différent. C'est uniquement pour elle que je suis la. » déclara t-elle avec un ton réprobateur.

On pouvait difficilement faire plus psychopathe que Naufrage, mais soit. « Comment ça, restreindre ? » demanda Ben en tournant la tête vers le petit génie.

Mac capta son regard, puis avec un air imbécile, ce mit à fanfaronner. « Tu crois vraiment que je vais te... non non ok c'est bon ! » avait-il flanché quand la fille se tourna vers lui avec un œil noir. « Si l'objectif ne peut pas être rempli, il est hors de question que le Nord soit mit en cause si un problème survenait. Donc la psychopa..., euh, Boomer utilise la force létale. En gros elle va raser une bonne partie du coin. »

C'était difficile à croire, encore plus à imaginer. « D'accord... » finit par admettre Ben comprenant que la majorité l'emportait sur le reste. Mais le reste, c'était ses amis. Et ça, ça pesait lourd, très lourd dans la balance. « Admettons : comment vous voulez qu'un truc comme ça passe inaperçu ? Le Nord sera accusé à tous les coups, non ? »

« C'est justement le travail de Boomer. Il faut qu'elle s'occupe de maintenir la couverture intacte. » déclara avec insistance la femme. « Mac ? »

Mac soupira à nouveau. « En gros, elle choisit le point le plus stratégique de la ville, et elle le fait sauter avec tout ce qu'il y a autour. Après, l'incident sera expliqué aux Citoyens par la Corporation. Ils diront certainement que c'était un attentat qui visait le Nord mais qui au final a été déjoué, emportant au passage un des leaders sépara... hum, des Patriotes. »

Ben n'arrivait pas à comprendre comment il en était arrivé jusqu'ici. Il buvait un verre tranquillement le jour de la commémoration, et puis... « Elle va tout faire sauter, uniquement parce que Naufrage a laissé filtrer des infos ? » demandait-il avec un air de fous, tellement cette phrase paraissait invraisemblable.

La femme aux cheveux noirs retourna vers le pc pour reprendre son travail, peu importe ce qu'il représentait, laissant Ben à sa divagation.

« Et tu fais quoi d'Alpha au fait ? » demanda subitement Mac en essayant tant bien que mal de tourner la tête vers elle.

« J'ai autre chose à faire, j'ai pas le temps de m'occuper de lui aujourd'hui. En plus si je me rate, il crève aussi. J'aurai pas tout perdu. » répondit-elle en se retournant vers Ben. « Je dois savoir ou elle compte frapper. Une idée ? »

Alors la... « Je savais même pas qu'on avait des points stratégiques ici... » fit bêtement le coursier alors que Mac se remit à rire. « Y aurai bien la Hyène, mais c'est pas à coté. »

« J'ai entendu parler de lui, ou elle, aucune précision la dessus. » le reprit la brune. «  C'est un des leaders les plus en vogue dans la résistance. »

« Ouais mais c'est à Mérignac que... » entama Ben avant de prendre conscience d'une erreur qu'il avait commise sans savoir. « Oooh putain, les deux ! J'ai envoyé mes amis la bas ! »

De colère, il tapa sur une chaise qui glissant passa à quelques centimètres de Mac qui s'était raidit juste au cas ou. La femme, compatissante, s'approcha de lui alors qu'il avait la tête baissée. Ce faisant, après une courte hésitation, elle apposa une main sur son épaule en guise de réconfort.

« Aide moi. » souffla t-elle avec affection alors que Ben relevait la tête pour contempler ses yeux d'un vert presque émeraude. « Et tu pourras sauver tes amis. »

Mac ricana lourdement. « S'ils sont pas déjà morts ! Boh, après tout, c'est juste des Sudistes, pas de quoi... »

Mac sentit brusquement un métal froid venir lui toucher le front alors qu'il se lançait en plein monologue. Cette sensation le poussant à relever son visage pour certainement encore une fois être menacé par la femme, il fut surprit de voir Ben, le visage livide, derrière le canon et le doigt sur la détente.

La jeune femme n'avait pas senti Ben prendre son arme qu'elle portait au niveau de sa jambe droite. Il était habile. Mais aussi rapide, ou du moins assez pour qu'elle n'ai pas eu le temps de la lui prendre des mains. En temps normal, n'importe quel adversaire serait déjà au tapis. A la différence de ces personnages, elle avait eu un moment de faiblesse quant à Ben. Et ça faisait longtemps.

« Qu..mais qu'est-ce que... » bégayait Mac, sentant une sueur froide lui parcourir la nuque.

« ... je vis dans ce monde depuis 12 ans. 12 longues années. » lança un Ben très froid à présent, si bien que Mac trembla aussitôt devant cette facette malsaine. « J'ai vu des gens s’entretuer pour un paquet de clopes ou pour une bouchée de pain, des malades agoniser, tousser à s'en péter les côtes et des gens, moi y compris, passer près d'eux sans réagir. Uniquement parce qu'on sait qu'on ne peut rien pour leur venir en aide. On vit ici parce qu'on a pas le choix, mais on a rien demandé.

La brune ne savait pas comment réagir. S'approchant à tâtons, elle jaugeait le moindre mouvement qui pourrait indiquer que Ben allait commettre un meurtre.

« Je ne blâme personne. Je me fous de ce qui est arrivé. Si des gens dans le Nord sont heureux, grand bien leur fasse, je me mettrais pas en travers. Mais avec tout... après tout ce qu'on a enduré pour construire... » continuait Ben, son cœur s'emballant et ses nerfs montant tellement que les larmes lui en coulaient des yeux. « … après ce que j'ai fais... »

« Ben... » tenta cette femme dans un dernier espoir d'arriver à raccrocher ce coursier en larmes à la lucidité. « Donne moi... »

« J'AI PAS FINI ! » cracha Ben comme un fou, faisant sursauter Mac sur sa chaise ainsi que la jeune femme qui recula d'un pas alors qu'elle avait vu sa main se resserrer autour de l'arme. « Mes... mes amis sont tout ce qui reste de ma santé mentale. Alors si ils disparaissent à cause de cette bombe... je peux te jurer que tu les rejoindra avant que le souffle n'ai eu la chance de te toucher. Vu ? »

C'est un jeune gosse terrifié, sanglotant à chaudes larmes, qui hocha la tête pour confirmer à Ben que cette fois, il se tairait pour de bon. Après une grande inspiration, et sans même la regarder il marcha en direction de l'ordinateur toujours l'arme à la main.

La jolie brune était elle aussi encore sous le choc. Seule elle savait ce par quoi elle était passée, quelle était son histoire. Mais imaginer celle des survivants... c'était au dessus de ses forces. Regardant pleurer le jeune hacker, elle ne pu s’empêcher d'aller le réconforter en apposant sa main sur sa tête, maintenant baissée vers le sol, car après tout il ne s'agissait que d'un gamin. Mais jetant toujours un œil vers Ben, elle paraissait inquiète.

« Très émouvant. »

Ces mots furent comme un coup de marteau en pleine tête car Mac et la femme semblaient la reconnaître. Se tournant immédiatement, comparé à Ben qui avait l'air fatigué, triste et accablé, se tourna lentement, comme si il n'y avait pas vraiment de danger. Mais les yeux froncés de la brune indiquaient le contraire, tout comme ses poings serrés.

« Alpha. » fit-elle alors à voix basse.

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La chambre était bien rangée. Propre, chaque bille de collection posée là ou elle devait l'être, les canettes de soda également, les clips pour l'ouvrir soigneusement enlevés. Des posters d'Armageddon ornaient les murs juste à coté des lits, dont l'un d'entre eux affichant un Bruce Willis au top de sa forme apposé contre l'une des deux portes à battants que formait l'armoire. Le soleil entrait et illuminait l'intérieur. Mais ce fut l'un des chauds rayons qui vint perturber le sommeil d'Eddy.

Ce dernier était allongé de tout son long sur un grand lit avec ce qui semblait être en dessous une couette Buzz l’Éclair. Qui n'aimait pas ce personnage après tout. Le soleil était le premier facteur de son éveil, mais la douleur dans son crane remplaça vite la chaleur qui dans un sens le reposait. Ses petits yeux du matins avaient du mal à s'ouvrir. Du moins jusqu'à ce que ses souvenirs reviennent aussi rapidement qu'un lendemain de beuverie, ce à quoi ses yeux répondirent en s’exorbitant et cherchant So', balayant rapidement la pièce.

« Calme toi. » fit la voix de la jeune barmaid, assise sur une chaise non loin du lit alors qu'elle avait constaté qu'il s'était réveillé. Elle lisait un magasine de mode qui devait être sorti il y a plus de dix ans, mais c'était toujours bien de s’intéresser aux nouveautés. « Le seul point positif qu'on a à vivre ici aujourd'hui, c'est qu'on risque plus de tomber sur une gamine de moins de quinze ans en mini jupe et sac à main à la sortie des cours. Ça m'a toujours donnée envie de foutre une claque aux parents. »

Eddy était encore sous le choc, mais ravi de voir qu'elle allait bien. Malgré tout, il se rappelait des dernières infos entrées dans son cerveau, donc il allait quand même vérifier. « Tu va bien ? »

So' lâcha son magasine sur une table de chevet juste à coté avant de lui faire un sourire. « Ouais ! J'ai connu mieux, mais ça va. Toi ? »

Eddy n'eut pas besoin de répondre quand ses courbatures reprirent le dessus et le forcèrent à s'appuyer contre la tête du lit en gémissant un brin. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? On est ou ? »

« Étant donné que je me suis endormie avant toi, je ne peux pas répondre à la première question. »

« Ok... et la deuxième ? »

So' fit mine de réfléchir l'espace d'un moment. « Mmmh... non plus. »

Eddy contempla la décoration de la chambre avant de reprendre. « On est dans la chambre d'un gosse ? »

« J'imagine. Par contre c'est marrant j'aurai jamais imaginé qu'on puisse vouloir ce genre de déco quand on vit déjà dedans. » répliqua t-elle en regardant le poster de l’astéroïde d'Armageddon.

« Ça ce voit que t'a jamais vu le film. » se moqua t-il en s'installant plus confortablement.

« Mais si ! C'est pas celui avec Jessica Alba ? Les gosses échappés du complexe militaire qui détruisent le monde... »

Eddy était effaré d'une telle culture. « Quoi ? Alors la mais pas du tout. Armageddon c'est l'histoire de l’astéroïde qui est en direction de la Terre et qu'ils partent détruire ! »

« Ah ouais ? » demanda So' avec légèreté. « Mais alors c'est quoi le truc avec Jess ? J'suis presque sur que ça parle d'un astéroïde à un moment donné. »

« C'est Dark Angel putain ! Rien à voir ! Y a même pas d’astéroïde dedans ! »

« Alors la mon gars on va vérifier j'suis sure que si ! J'ai toujours trouvé ça marrant d'ailleurs parce qu'a peu de chose près, on vit exa... »

Elle fut coupée par l'arrivée impromptue de la vieille dame qu'avait livré Ben la veille. Tout sourire, elle portait un plateau avec des tasses de thé et des biscuits. Eddy lorgnait d'ailleurs plus sur ça que sur le reste, la dame y comprit. Le posant sur la table de chevet juste à coté du magasine, elle intriguait les deux amis. Reculant de quelques pas pour les avoir dans son champ de vision, elle pouvait commencer.

« Comment vous sentez vous ? » demanda t-elle d'un air concernée en les regardant tour à tour.

So' et Eddy firent de même avant de répondre. « Euh... bien, merci. » se lança la jeune femme. « Mais, vous êtes qui ? Sans vouloir vous manquer de respect bien sur. »

« Personne d'important, croyez moi. » répondit gentiment la dame.

« Je voudrais pas euh, » tenta à son tour Eddy. « vous manquer de respect non plus hein, mais on est ici parce que vous nous avez sauvé, où on est des prisonniers ? »

Il est vrai que cette question était plus que légitime. Après tout, ils étaient quelques temps plus tôt poursuivis par une fou furieux donc il est d'autant plus judicieux de se demander comment une dame avait pu les aider, à moins qu'elle ne soit son acolyte.

« Vous n'êtes en aucun cas nos prisonniers, voyons ! » fit la dame avec déférence.

« Nos ? » demanda aussitôt So'. « Comment ça, vos ? »

« Écoutez, pour tout vous dire, je vous ai trouvés alors que cet effroyable homme attentait à vos vies, alors j'ai décidé d'intervenir. »

« En le frappant avec vôtre sac à main... toujours sans vous manquer de respect ! » ajouta Eddy après que So' lui jeta un regard alerte, ce à quoi la dame lâcha un petit rire.

« Je regrette, mais je ne pense pas avoir encore l'age pour ce genre de pirouettes. » dit-elle avec humour. « Mes amis en revanche, ont fait du mieux qu'ils le pouvaient. »

Un sentiment terrible parcourra So' tout à coup. Mais ce n'était pas possible...

Eddy quant à lui, continuait son interrogatoire. « Mais quand vous dites vos amis vous... »

« Vous êtes la Hyène. » lâcha sans y croire So', coupant au passage son ami, qui après avoir fixé la serveuse un moment, décrypta la dame du regard.

Le sourire de la dame s'estompa, même si son visage exprimait toujours son coté chaleureux et festif, ce qui au vu des circonstances, était quelque peu flippant. « Oh, c'est vraiment comme ça qu'on m'appelle alors ? Je croyais que c'était une rumeur. » confessa t-elle.

Eddy ne pouvait s’empêcher de paniquer. « Quoi ? Attendez ? Quoi ? Comment ? C'est une blague !? Mais c'est... »

« Je croyais que c'était des conneries... j'ai plusieurs clients qui m'avaient dit que la Hyène était en fait une femme redoutable qui avait poussée les Patriotes à se regrouper autour d'elle parce qu'elle était devenue sans pitié après la mort de son mari. Mais j'ai toujours cru que c'était des ragots de viande soûle... »

« Le téléphone arabe est passé par la. » rectifia la Hyène avec politesse. « C'est mon fils que j'ai perdu. Après ça... »

Impossible. Comment une vieille dame, avec tout le respect dû à sa personne et son grand age, avait-elle pu unifier les clans Patriotes de la ville sous le même joug, et obtenir cette réputation de général des armées impitoyable ? Elle était si chétive, si inoffensive qu'Eddy et So' auraient pu la blesser rien qu'en la bousculant sans faire gaffe...

« Mais comment c'est possible ? » demanda Eddy. « Vôtre réputation est... vous avez tellement fait parler de vous qu'on croyait que Facebook était revenu ! »

« Aaaaah ça. Vous savez, je n'ai jamais tellement compris cette mania de l'électronique. Durant mon époque, même si je n'étais encore qu'une enfant, on communiquait avec d'autres techniques pendant la guerre. »

Enfant, guerre... cette femme parlait de la seconde guerre mondiale. Eddy clignait de l’œil à force de faire le calcul dans sa tête. A juste titre, car cette femme avait au bas mot une centaine d'années !

« J'avais à peine treize ans quand elle prit fin... » reprit la dame alors qu'Eddy calcula finalement qu'elle devait avoir environ 93 ans et être née en 1930 et des poussières s'il avait bon. Mais du coup il se demandait quel age devait avoir son fils... « Et au fond de moi j'ai toujours su qu'un autre problème du genre surviendrait. Jonathan, lui, était d'un optimisme incroyable, et ça lui a coûté la vie. Il avait 45 ans, si c'est ça que vous cherchez à comprendre. »

Eddy sursauta dans sa réflexion quand elle s’aperçut que ce dernier fouillait dans sa mémoire d'algèbre pour résoudre le problème d'un élève de sixième. « Je l'ai adopté en 1984, quand il avait onze ans. Il est décédé en 2018 à Angoulême. »

« Et après ça vous avez décidée de devenir la terreur des Citoyens ? » demanda So' avec un air de défi.

Le sourire de la Hyène s'estompa définitivement. Enfin, elle était sérieuse.

« Vous savez, pendant la guerre, j'ai appris une leçon que je n'ai jamais oubliée : la peur est plus importante que tout. Vous pouvez avoir des soldats par milliers qui répondent à vos ordres pour aller au front, si vous n'inspirez aucune crainte dans le cœur de vôtre ennemi, vous n'avez rien gagné. Affronter un soldat, c'est simple. Affronter un idéaliste, c'est autre chose. Personne n'a retenu de la seconde guerre le nom des généraux ou des lieutenants. Mais tous se souviennent encore de celui qui a réussi à se frayer un chemin jusque dans leur cœur pour lui faire ressentir une peur primale.

Eddy dégluti. Cette vieille lui foutait la trouille. Et à nouveau il ne savait pas s'il avait affaire à une alliée ou une ennemie. So' quant à elle semblait avoir retrouvée son assurance car son regard s'était durci et elle n'avait pas l'air d'avoir envie de lâcher prise.

« Alors vous vous êtes construit une identité que tous le monde redoute. Même ceux qui n'ont pas à avoir peur de vous. Les gens comme nous. »

Il y avait une tension palpable entre les deux femmes. Tension qu'Eddy n'exacerberait en aucune façon, aussi sur qu'il n'interviendrait que si son amie mettait sa vie en danger.

« Tout ce que j'ai fais, c'est donner un nom, et croyez moi quand je vous dis que ce n'était pas mince affaire de mettre de l'ordre parmi les Patriotes. » répliqua la Hyène avec assurance. « Et je préfère y voir de l'espoir, personnellement. Mais si la peur est ce qu'il nous faut pour sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons, alors je pense que ça en vaut la chandelle. »

Soudain, Eddy réalisa quelque chose d'important.

« Qui a lancé la rumeur sur les mercenaires ? »

So' tourna son regard vers lui. Il était vrai qu'aucun des trois compères n'avait vendu la mèche, ou même eu le temps nécessaire de prévenir qui que ce soit de la présence de mercenaire au Central. Le fait est que la Hyène les avaient trouvés la bas au moment ou la situation était critique.

Et sans même parler, cette dernière leur fit comprendre qu'elle était responsable de cette rumeur.

« Elle était nécessaire pour faire sortir ces pitoyables personnages de leur cachette. » se justifia t-elle. « Mais il faut bien admettre qu'au final ça a prit plus vite que prévu, n'est-ce pas ? »

So' était complètement outrée par cette femme qui paraissait si aimable au départ. « Vous rigolez la ? Vôtre rumeur n'a servie a rien ! Si on était poursuivit c'est uniquement parce que le gars qui voulait nous tuer avait commis une erreur ! »

« Ah oui ? » fut surprise la Hyène. « Vous voyez, ça ne m'étonne pas trop. Nous connaissons cette équipe, et nous savions que si quelqu'un devait venir récupérer le colis en terrain hostile, ce serait certainement eux. Maintenant, Naufrage n'est pas le plus dangereux. »

« Je me dois de vous contredire sur ce coup la. » corrigea Eddy en se touchant la gorge, encore douloureuse et portant la marque des stigmates que la brute lui avait causé.

« Alors qui l'est ? » demanda So' machinalement, inquiète.

Prenant le temps de la réflexion, la Hyène croisa ses petits bras pour y penser plus posément. « … j'ai entendu dire qu'ils avaient récemment changé de recrue, mais je dirai Slayer. Il paraît que cette femme a survécu à une semaine complète de torture pour au final perdre ce qu'elle protégeait à cause de quelqu'un d'autre. De plus je l'ai déjà vue à l’œuvre, elle est impressionnante. Quel dommage qu'elle ne fasse pas partie des nôtres... »

Ne sachant pas ce qui était arrivé à Ben, les deux amis prirent peur. Ils se savaient à l'abri pour le moment, mais ignoraient tout de la situation du coursier.

Slayer était à terre, et ça ils ne le savaient pas. Mais Alpha était toujours la et ça, ils ne s'en doutaient pas...

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