Le Petit Max, Episode 1

Chapitre 6 : Miracle...?

3873 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/11/2016 03:30

 

 

(VI)

 

 

Central.

 

 

Les trois amis déambulaient toujours dans les ruelles avec le peu de monde qu'il y restait. Chacun s'était attribué un rôle sans même parlementer auparavant.

So' regardait dans tous les sens, s'attendant à tomber contre l'un des membres à tout moment. Ses sens étaient en alerte. Elle tournait la tête au moindre bruit. La peur s'était complètement emparée d'elle. Eddy, lui, veillait sur So' et restait derrière elle au cas ou il la perde de vue. Il valait mieux être sur qu'il ne lui arrive rien, car elle ne le pardonnerai jamais à Ben, et ça Eddy le savait très bien. Ben, en tant que leader, ouvrait la marche, sans trop compter sur les deux autres. Il savait ce qu'il faisait, et savait aussi ou il allait. Le chemin qu'il empruntait allait les mener vers le bus en direction de Mérignac, c'est pour cette même raison qu'il regardait souvent sa montre, ayant peur de le louper.

 

« T'es sur que c'est par la Ben ? » le questionnait sans cesse Eddy, ce qui le mettait de plus en plus en colère.

 

« Ouais. » répondait-il pour la sixième fois depuis leur départ du dépôt.

 

« Je veux pas être pessimiste, » avait commencée So' d'une voix faiblarde. « Mais on s'éloigne de la foule, et je suis pas convaincue que ce soit la meilleure des solutions ! »

 

« On est presque arrivé au terminal du bus qui part pour Mérignac. On va juste couper par la ruelle, on croisera... »

 

So' qui écoutait Ben sans trop prêter attention, n'avait même pas réalisée qu'il n'avait pas terminé sa phrase. Et regardant partout, elle n'avait pas constatée non plus qu'il s'était arrêté de bouger, elle finit donc par le percuter, dans un souffle qu'elle lâcha fortement. « Mais pourquoi tu t'arrêtes ? » lui demanda t-elle alors qu'il ne lui répondit même pas. Ses épaules cachant la vue devant elle, So' sorti de l'ombre de son ami, mais aurait bien voulu retourner s'y cacher lorsqu'elle comprit pourquoi Ben ne parlait plus...

 

« Alors, ce dernier verre... ? » faisait Naufrage, face à eux, un sourire béat sur le visage.

 

Il était heureux, et ça pouvait se voir. Il avait retrouvé des innocents, mais surtout un défouloir qui permettrait d'assouvir ses pulsions à défaut de se venger sur Alpha, et enfin laver son honneur. Si tenté que l'on retire quelconque honneur à tuer des jeunes gens pour avoir laissé filtré une info.

So' était pétrifiée. Cette dernière reculant à petits pas, Eddy l'avait quant à lui emboîté et la cachait dans son dos comme si elle allait miraculeusement disparaître dans une faille spatio-temporelle qui la conduirait en direction de Narnia... ou Gallifrey, au choix.

 

« Vous deviez pas aller signer un gros contrat ou quelque chose dans le genre ? » demanda Ben, qui avait reprit son calme suite à la rencontre du mercenaire. Il imaginait le pire et avait peur, mais So' aussi. Et ça, il devait le prendre en compte. Les amis avant tout.

 

Naufrage souriait toujours. Que la blague de Ben en soit la cause ou bien qu'il soit encore sous le coup de l'émotion, aucune différence. « Le rendez vous a été reporté donc je me suis dis que j'allais retrouver mes nouveaux potes pour la prochaine tournée. » le nargua t-il joyeusement.

 

« Et vous allez faire quoi... ? » riposta habilement Ben alors que le regard d'Eddy et So' qui était fixé sur Naufrage bifurqua sur leur ami. En effet Ben avait posé cette question d'une manière tellement nonchalante que ça supposait presque qu'il ne prenait pas Naufrage au sérieux. « Nous tuer ? »

 

« Lui donne pas des idées putain ! »grogna So', toujours bien cachée derrière Eddy.

 

Naufrage prit un air plus sérieux. Ben venait clairement de lui faire comprendre qu'il n'était pas impressionné. Autant il savait que ses amis n'en menaient pas large et c'était normal s'ils se savaient chassés, mais lui... ce pseudo chef de bande avait une idée en tête. « D'abord, je dois vous poser quelques questions... mais après, probablement ! » s'exclama t-il avec force.

 

So' soupira comme si elle ne s'était jamais attendue à ce dénouement. Après pour sa défense, elle s'était retrouvée traquée en moins de temps qu'il ne le fallait pour retirer des billets dans un guichet automatique de l'époque. Eddy dégluti, tentant de garder la tête froide et le poing serré. Vu le gabarit du mercenaire, il aurait presque voulu s'embrouiller avec un mur en crépis, il aurait eu plus de chance, mais si ça pouvait faire gagner du temps à son amie...

 

« Et nous laisser ici. » le fustigea Ben, dédaigneux. « Avec les rumeurs qui courent sur vous, je sais pas si c'est intelligent... »

 

La réaction attendue fut instantanée.

 

« Quoi ? » l’interrogea Naufrage.

 

« Ben, qu'est-ce que tu fais ? » réagit Eddy aussitôt pour le raisonner.

 

Mais il avait déjà été trop loin. Autant poursuivre. « On a entendu dire que vous cherchiez quelque chose dans le coin, pas vrai ? »

 

« Ben, arrête ça de suite. » le supplia So' qui commençait humainement à manquer d'air, respirant de plus en plus fort.

 

Naufrage fit une moue, défiant toujours du regard un Ben impassible. L'équipe avait apparemment eu raison sur ce coup la. « Alors, vous êtes bien des Patriotes. Putain c'est bien ma veine. »

 

Aucune idée d’où voulait en venir Ben, mais pour le moment c'était très mal parti. Eddy aurait bien voulu intervenir, mais le faux aveu de Ben avait déjà été reçu, comprit et interprété tel une Inception par le cerveau du mercenaire, qui pensait avoir choppé le gros lot. « Et tuer un Patriote un jour comme aujourd’hui... vous pensez que c'est intelligent ? Que vous allez vous en sortir comme ça ? » lança sèchement Ben, ayant clairement son plan en marche, quel qu'il pu être.

 

« On improvisera. »

 

Cette réplique tranchante, lâchée d'un ton glacial fit sursauter So' qui poussa un petit cri en se retournant et pivotant Eddy par la même occasion, se retrouvant comprimée entre lui et Ben, ce dernier n'ayant bougé que pour se mettre de profil. Il ne perdrait pas Naufrage de vue. Mais son œil droit pouvait apercevoir une femme fumant une cigarette, les bras ornés de tatouages, et le visage balafré, des armes de la tête aux pieds.

 

« Qu'est-ce que tu fous la Slayer !? » s'emporta Naufrage qui lui non plus ne l'avait pas vu arriver.

 

« C'est qui celle la ? » fit Eddy, perdant un peu ses moyens. « ...elle est pas mal... aaaiiieuh ! » avait t-il étouffé ensuite après avoir reçu un coup de coude de So'.

 

« Toi tu la fermes. » déclara Slayer en s'adressant au mercenaire. « Pour le moment, j'appelle le boss, on verra plus tard ce qu'on fait de toi. »

 

« J'en ai une vague idée. » répliqua Naufrage, son regard toujours plus sombre à mesure qu'il fixait sa partenaire.

 

Sur ce, Slayer leva à peine sa main que So se recroquevilla derrière Eddy en pensant entendre un bruit de balle fuser à coté d'elle. Mais il n'en fut rien. La mercenaire avait sorti son intercom afin de communiquer avec son interlocuteur. « Mac, préviens Boomer et Alpha... »

 

« Trois autres... » murmura Ben. Si cette Slayer avait mentionné tout le monde, l'équipe était au complet. Mais Ben était ridiculement sous armé et en sous effectif.

 

Mais parfois, la chance frappait à la bonne porte.

 

« Mac... ? » répéta la mercenaire, incertaine d'avoir entendu le jeune hacker lui répondre. « Est-ce que tu me reçois ? »

 

« J'ai assommé le gosse. » assuma Naufrage avec nonchalance. « Normal qu'il réponde pas. »

 

Mais Slayer ne fut pas surprise, contrairement à Eddy qui fit une tête étrange en apprenant que les membres d'une même équipe se mettaient joyeusement sur la gueule. « Je sais oui. » affirma la femme. « T'a pas frappé assez fort, terreur. Il m'a appelée dès que t'a franchi la sortie du bar. »

 

Naufrage leva la tête au ciel, mécontent d'avoir loupé un simple mioche. La prochaine fois, il ne le raterai pas s'il en avait l'occasion. « Alors c'est quoi le problème ? » demanda du coup l'homme qui posa à nouveau ses yeux sur Ben, ce dernier ne l'ayant pas oublié.

 

Et parfois... la chance frappait deux fois à la bonne porte.

 

Ben croyait à un mirage, mais il avait bien aperçu un point rouge circuler sur le corps de Slayer depuis quelques secondes qu'elle essayait de joindre Mac, cette dernière n'ayant pas fait attention. Lui et ses amis allaient-ils enfin pouvoir souffler un moment ? Par certain. Tout dépendait de la personne qui tenait le fusil.

 

« C'est peut-être un problème de liaison ? » tenta sans trop y croire le mercenaire.

 

« Pas possible. Mac a dérouté un satellite pour l'opération. » contrecarra Slayer. « Je vais essa... » se coupa t-elle volontairement après avoir capté le regard furtif de Ben qui ne visait pas ses yeux. Et étant donné qu'elle n'avait pas opté pour le décolleté plongeant aujourd'hui, le jeune fixait autre chose.

 

« Elle a comprit. » murmura Ben, entendu par Eddy et So' qui se tournèrent vers lui après avoir eux aussi remarqué l'attitude de Slayer. « BAISSEZ VOUS ! »

 

Au moment même ou il hurla ces mots, Ben poussa So' qui tira Eddy avec lui sur la droite les cognant presque contre un mur – en crépis, parfait pour Eddy – et à l'abri provisoirement derrière un conteneur de poubelle, laissant le champ totalement libre au point rouge de viser à sa guise, en priant intérieurement pour un miracle. Naufrage, qui était le seul à ne pas avoir suivi ce qu'il se déroulait, sorti son arme, croyant que les trois compères avaient soudainement eut un éclair de génie. Slayer se déporta aussi vite qu'elle le pouvait, avant qu'un son presque sourd ne vienne chambouler le cours des événements, heureusement en la faveur de Ben.

 

Seul le bruit de l'intercom au sol confirma à Eddy et So' qu'il y avait eu un tir. Initialement cela dit, car en levant les yeux vers la femme, le hippie vit du sang couler de son bras gauche tandis qu'elle sortait rapidement une arme avec sa main droite pour chercher l'origine du tir, tout en se mettant à couvert. Naufrage vit la situation de sa collègue, et il fit enfin le rapprochement avec le bruit étouffé quelques secondes auparavant. Hurlant en se tournant, il tira dans les airs pour attirer l'attention sur lui. Slayer suivi son exemple en tirant vers le toit au dessus de la ruelle, mais sans crier.

 

Ben allait pouvoir agir. « Prenez à gauche dans la ruelle et foncez ! » cria t-il, sa voix quasiment couverte par le bruit des balles qui fusaient.

 

Eddy et So' sursautaient à chaque coup de feu et avaient les yeux plissés en essayant de se concentrer sur les lèvres du leader de fortune. « Et toi ? » s'écria So'. «  Tu va faire quoi ? »

 

« Allez y ! » cria à nouveau Ben sans répondre, pour ensuite courir dans l'autre sens.

 

Slayer le vit faire et se préparait à le recevoir, mais bizarrement elle remarqua que le jeune homme n'en avait pas après elle. Se baissant une fois arrivé à niveau, il ramassa l'intercom de la mercenaire, avant de courir à toute vitesse en direction du bar. So' et Eddy mirent un certain temps à réaliser que Ben était parti. Mais le hippie vit ensuite le regard effaré de son amie, et la tira avec lui vers Naufrage, ce dernier trop préoccupé à tirer dans tous les sens pour remarquer que Ben avait filé ainsi que les deux autres qui lui passait dans le dos.

 

Il fallu que son chargeur soit vide pour que Naufrage ne se retourne vers Slayer qui lui hurlait déjà dessus. Regardant rapidement autour de lui, il constata que sa bêtise l'avait poussé à oublier l'objectif. Ils avaient fuis. Encore.

 

« C'était juste une diversion ! » beugla Slayer avec force. « Rattrape les deux, ils ont prit à gauche ! Je m'occupe du dernier ! »

 

Slayer se mit ensuite à courir pour rattraper Ben, alors que Naufrage, de nature très lente, mit du temps à comprendre que les trois s'étaient séparés. Il couru vers son objectif une fois que l'information fut traitée par son cerveau.

 

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« Dépêche toi !  Allez ! »

 

Eddy haletait de plus en plus pour presser So', le dépassant d'une courte tête uniquement parce que le jeune homme prenait la peine de voir s'ils étaient suivis. Mais comme il ne voyait personne, il avait encore plus peur de le voir débarquer de n'importe ou. C'est pourquoi les deux couraient comme des dératés pour arriver jusqu'à la station de bus.

 

La pauvre So' avait la vision brouillée. Impossible de savoir si c'était des larmes alliées à de la peur ou bien simplement le vent frais qui venait lui craqueler l'iris, tandis que les clignements de paupières humectaient ses yeux avec insistance pour qu'ils ne sèche pas trop. La situation était critique. Son cœur battait la chamade. Ils avaient des armes, et ils savaient s'en servir. Un coup de feu n'avait effrayé personne en dehors d'elle, et peut-être Eddy.

 

« C'est la ! » hurla t-elle, son cœur s'emportant de plus en plus, comme si dix mètres avant la fin d'une course un adversaire venu de nulle part l'avait doublée.

 

Eddy voyait un peu de monde près du bus, il savait qu'il était presque sauvé. C'est pourquoi il accéléra le pas et arrêtait progressivement les coups d’œils en arrière. Grand bien lui fasse, comme ça, lors de son dernier coup d’œil, il n'avait pas vu qui se tenait en face d'eux.

 

« EDDY » hurla automatiquement So'. Mais trop tard.

 

Eddy n'avait pas encore tourné la tête qu'il senti un poids énorme entourer sa gorge, écrasant sa respiration qui avait bien besoin d'air en ce moment critique. D'abord chancelant, ses yeux eux aussi humides comme ceux de son amie, il ne vit pas de suite le danger. Croyant de prime abord que son corps s'engourdissait et qu'il ne sentait plus ses jambes, il vérifia sa théorie rapidement lorsqu'une d'entre elles toucha quelque chose de solide en face. Non, ses pieds ne touchaient plus le sol, voilà pourquoi il ne comprenait pas tout. Ses oreilles sifflaient à cause du choc, mais une voix passa par dessus.

 

« Je suis entraîné pour la traque depuis que je suis gosse, tu croyais aller ou ? » fit la voix brouillé par un acouphène de Naufrage, qu'Eddy pouvait distinguer de plus en plus au fil du temps qui passait. « Toi et ta pétasse, c'est mieux que rien. »

 

Tournant les yeux aussi fortement que possible dans son angle gauche, il vit So' étendue au sol comme une poupée de chiffon, inconsciente, sa joue droite maculée de sang.

 

« S... SoooOOOo ! » se débattait Eddy, s'étranglant avec sa propre salive alors que le mercenaire resserrait sa prise sur sa gorge.

 

L'instant miracle était fini. So' allait se vider de son sang, et lui passer à trépas entre les mains d'un abruti de première à qui il avait gentiment proposé un verre au nom de l'amitié. S'en vouloir d'être aussi naïf était un euphémisme à coté de ce que le pauvre garçon ressentait. Une larme coula le long sa joue gauche tandis qu'il n'écoutait plus aucun mot du pauvre débile qui pouvait bien faire ce qu'il souhaitait de lui à présent. Alors qu'a présent il pouvait entendre son battement de cœur rugir à travers sa poitrine ainsi que son pouls dans sa gorge, ses yeux se fermaient sur le corps de sa meilleure amie. Si en s'éteignant elle avait la moindre chance de s'en sortir indemne, alors il ne mourrait pas pour rien...

 

« … vous faites peur à tous le monde, monsieur. Vous devriez vous calmer. »

 

« Hein ? »

 

Naufrage, qui avait assommé et allait probablement tuer le pauvre Eddy, venait d'être interpellé par une voix derrière lui. Se tournant avec le hippie toujours en main comme il aurait porté un sac de provision, il vit une vieille dame avec un sourire qui réchaufferait le cœur de n'importe qui, tenant son petit sac à main de ses deux bras délicatement posé contre son buste.

 

« Mêle toi de ce qui te regarde mamie » lâcha effrontément le mercenaire en portant son regard sur Eddy, inanimé. « Si tu veux pas que je m'amuse avec tes gosses comme avec lui. »

 

Soudainement, plusieurs point rouges, comme ceux qui visaient Slayer auparavant apparurent sur le corps de Naufrage, qui ne pouvait que le remarquer, et lâcha Eddy qui s'écroula au sol sur son épaule, craquant à cause du choc. Et celles ci vu le nombre, impossible de les éviter. Mauvaise réponse à donner à la mamie, apparemment. Mamie qui s'approcha à petits pas en premier d'Eddy, pour ensuite aller voir So' et prendre son pouls, comme elle l'avait évidemment fait avec le jeune homme juste avant, tout cela pendant que Naufrage restait immobile.

 

« Vous savez, mon petit bonhomme aussi adorait jouer les gros durs parfois, un peu comme vous. » disait-elle d'une voix douce alors qu'elle se renseignait toujours sur l'état de So'. « Jonathan Esteve. Vous connaissez peut-être ? »

 

Oui. Naufrage avait déjà entendu ce nom quelque part. Il dégluti.

 

La dame, entendant presque le sursaut qu'il avait ressenti en entendant le nom, sourit de plus belle, et se relevant doucement pour éviter de faire craquer ses vieux os, et marchant lentement vers le mercenaire en croisant son regard pétrifié.

 

Et dans une voix presque aérienne, elle demanda : « ...alors, on est calmé ? »

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