Le Petit Max, Episode 1

Chapitre 5 : Le Samouraï

5147 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/05/2015 20:53

 

 

(V)

 

Central, ruelles.

 

Après avoir quitté le bar, Naufrage déambulait dans la rue, au milieu d'autres personnes qui ne semblaient pas notifier sa présence. Le camouflage Sudiste – ou plutôt sans abri – fonctionnait à merveille. Il en était très content, mais ça n'allait pas durer. Voyant arriver le reste de l'équipe, elle aussi camouflée pour l'occasion, son sourire s'effaça.

 

« On peut pas être tranquille cinq minutes... » soupira l'homme en regardant Alpha. « Désolé pour le retard ! »

 

« On est en retard quand on se pointe de rendez vous. » lui fit comprendre Alpha d'un ton froid.

 

Naufrage n'avait pas l'habitude de fonctionner en équipe et ça se voyait clairement. Il était certes le plus âgé mais également la tête brûlée du groupe ce qui n'était vraiment normal. Il n'aimait les ordres, même venant de ses employeurs. Il gérait ses affaires comme il l'entendait et si quelqu'un n'était pas content, il finissait dans une benne à ordures, avec un peu de chance. Donc Alpha était de base son rival. La seule chose qui le retenait de le frapper et d'éclater le reste du groupe était l’idée d'avoir à affronter tout seul les Patriotes si il était repéré. Et encore...

 

« Tu sens, » reprit Alpha, sous le regard étonné de Naufrage. « Tu a bu ? »

 

Il se mit à sourire bêtement. « Ouais ! Au nom de l'amitié ! Mais pas de problème, j'avais fini ma ronde. »

 

Le petit ingénieur informatique désespéra, soupirant sans se cacher cette fois. « On était vraiment obligé de s'entourer d'un boulet pareil ?! » demanda t-il alors que Naufrage serrait les dents.

 

« Toi gamin tu va apprendre à fermer ta grande gueu... » commença le baroudeur en le pointant du doigt avant d'être intercepté par Alpha qui lui attrapa la main pour la serrer si fort et sans forcer apparemment vu son visage. Naufrage couina un petit moment. « Aaaaah mais c'est quoi le problème putain ! »

 

« Il est ou, ce bar ? » demanda Slayer sans même prendre la peine de regarder le vieil homme.

 

« Au coin de la rue ! » couina à nouveau Naufrage quand Alpha relâcha la pression sur sa main.

 

« On y va, maintenant. »

 

 

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Quelques instants plus tard, la porte du bar s'ouvrit à la volée avec Slayer en tête de file, dévalant les escaliers, flingue au poing pour fouiller l'endroit. Mac, à la main un boîtier électronique, passa ensuite la porte accompagné par Boomer. « Ce sont de vieilles serrures. » déclara t-il avec fierté à coté d'une Boomer qui ne l'écoutait même pas. « Facile à craquer ! »

 

« Dispersez vous. » fit autoritairement Alpha qui passait l'entrée en dernier avec Naufrage.

 

L'équipe s'exécuta.

Slayer avait filé dans l'arrière salle, alors que Boomer visitait la réserve derrière le comptoir. Mac, lui, s'était installé sur le comptoir – littéralement – appréciant certainement la hauteur, avant de s'asseoir en tailleur pour ensuite sortir de son sac un ordinateur portable, sur lequel il brancha une clé USB clignotante. Alpha se dirigea au centre de la pièce, toujours suivi par Naufrage, tel un chien répondant à l'appel de son maître.

 

« Sans déconner il est ou le problème ? » demanda le vieil homme, énervé. « J'ai bu une bière ! On nous a jamais dit qu'il fallait éliminer tous les témoins ! »

 

« Je pense être le seul ici à comprendre ta démarche, » commença de manière très irritable Mac. « Étant donné que je peux presque entrevoir ton cerveau s'enfuir par tes oreilles, mais comme ton sens de la déduction n'arrange rien, tu a payée cette bière avec des crédits nordiques alors qu'ils utilisent tous l'ancienne ancienne monnaie. Si le propriétaire s'en est rendu compte et qu'il est de mèche avec les Patriotes, on est bons pour rentrer maintenant. En admettant qu'on puisse échapper aux ennemis à venir. »

 

Naufrage dégluti. Ce genre de remarque à son encontre n'avait eu dans le passé que des conséquences néfastes comme des traînées de cadavres, mais là, il devait se rendre à l'évidence : il avait merdé. « Merde... » se contenta t-il d'exprimer alors que Slayer et Boomer revenaient de leur visite.

 

« Rien. » fit Slayer en regardant Alpha qui par la suite bifurqua son regard sur Boomer pour qu'elle fasse un simple signe négatif de la tête, son visage toujours aussi impassible.

 

Alpha prit une grande inspiration, avant de se tourner vers Naufrage pour expirer, le toisant d'un regard livide. « Tu a sûrement du entendre parler de ce qui est arrivé au port de Marseille en 2014. » entama tel un narrateur Alpha alors qui marchait lentement vers le comptoir.

 

Naufrage semblait paniqué. Il suait à grosses gouttes, et ce n'était pas dans son genre de paniquer. « Ou...oui. » bégaya t-il. « On l’appelait le Samouraï dans l'ancienne caserne ou je vivais. Il... on m'a dit qu'il avait tué une centaine de gosses... »

 

« 104 gosse de moins de 15 ans et 230 hommes et femmes qui ont essayé de protéger leur enfant. » précisa Alpha, arrivé au comptoir ou trônaient encore les trois bouteilles de bières. « Le tout réalisé en moins d'une semaine, et avec une arme blanche. Tu sais pourquoi ? »

 

Naufrage dégluti. Il essayait tant bien que mal de calmer les battements de son cœur, croyant que tout le monde pouvait les entendre. « Parce que... parce qu'il avait retrouvé son fils mort lapidé dans un parc attaché à une balançoire... par d'autres gosses. »

 

Alpha se retourna vers Naufrage, ce dernier lui faisant face également avec le peu de courage qu'il lui restait, comprenant petit à petit ou il voulait en venir. « A ton avis, qu'est-ce qui est le plus effrayant dans cette histoire ? » demanda le chef d'équipe.

 

Naufrage hésita. « … tuer des enfants ? »

 

Slayer ricana.

 

« Si les enfants étaient coupables, ils méritaient ce qui leur est arrivé. » affirma Alpha.

 

« Alors c'est quoi ? » demanda Naufrage sans prendre garde à la bouteille de verre qui vint s'écraser sur son visage.

 

Il fut propulsé au sol par un coup de pied d'Alpha dans le torse. Le souffle court, il s'écrasa aux pieds de Slayer, le dos percé par les bouts de verres qui étaient tombés avant lui. Le sang chaud ruisselait sur son visage, et coulait même jusque dans son œil droit. L'air alerte, il vit arriver Alpha à petits pas vers lui, sa main gauche ensanglantée par les bouts de verres. « Mettre en colère celui qui l'a tué. »

 

Cet homme... Alpha, un homme calme, froid, et calculateur était venu à bout d'une légende comme le Samouraï, ce tueur de masse. Comment s'y était-il prit, était-il seul, avait-il seulement eu des difficultés à le tuer... Aucune idée. Mais il se trouvait en face d'un homme dont il n'était pas bon de le contrarier. Et il l'avait payé. C'est pourquoi Alpha se baissa vers lui pour qu'il entende bien la suite.

 

« Si tu me causes encore le moindre problème durant cette opération... tu finiras comme lui. »

 

Il avait une allure d'homme honnête. Il semblait être quelqu'un de cultivé, d’appréciable, même. Et sous la coquille que chaque être avait tendance à se construire pour éviter de montrer sa véritable nature, se cachait en général une blessure. Naufrage connaissait la sienne, mais aurait donné n'importe quoi en cet instant pour connaître celle d'Alpha si cette dernière aurait pu le rendre aussi froid et mauvais que lui. Ce chef d'équipe n'avait pas été nommé par hasard. En une seconde, un infime instant, le vieux mercenaire en oublia les autres membres présents qui se moquaient allègrement de sa personne, et ne vit que la noirceur qui se dégageait du visage de son supérieur. Et intérieurement, sans même en avoir conscience, il priait pour qu'aucun d'entre eux n'ai affaire à lui. Avoir été rabaissé à un tel niveau par un homme de la moitié de son age lui avait certainement rappelé des souvenirs de sa vie d'avant. Sa femme, ses enfants, ses erreurs... et ravivé une émotion qu'il croyait avoir perdu. Cette peur, intense, qu'il avait enfouie profondément. Revenant, elle lui rappela que deux enfants faisaient parti de cette équipe de folie...

 

Se relevant, Alpha posa ses yeux sur Mac. « Ils devaient être trois, en plus de lui. » lui dit-il en regardant les bières restantes sur le comptoir. « Le tenancier et deux autres personnes. Tu confirmes, Naufrage ? »

 

Naufrage eut un sursaut de peur en se recroquevillant sur lui même. « Ou... oui. Deux hommes, plus la serveuse. Ils ont du partir il y a moins de cinq minutes »

 

« Donc ils ont comprit. » annonça Slayer. « Un véhicule ? »

 

« Impossible. » intervint Mac en tapotant sur son ordinateur. « Les approvisionnements en matière de transport, essence ou autres vers le Sud ont été coupés depuis le Blackout. »

 

Alpha soupira. « Fais moi un topo. » dit-il à son ingénieur.

 

Mac se craqua les doigts avec un large sourire. Enfin un travail dans ses cordes. « S'ils sont partis récemment, même en véhicule non motorisé, ils ne peuvent se trouver que dans un rayon de moins de dix kilomètres, et ça s'ils courent ou pédalent très vite. Impossible pour eux de contacter qui que ce soit par téléphone depuis la déviation de tous les satellites vers le Nord. Seul un hacker de haut niveau pourrait pirater les connexions, et ça en imaginant qu'il ait le matériel requit pour. »

 

« Ils peuvent avoir des points de ralliements ? En admettant qu'ils fassent parti des Patriotes ? »

 

« Les bars, les restaurants, les hôtels, et toutes les entreprises de livraisons. Je suis en train de réactiver les vieilles caméras de la ville pour avoir toutes les chances de nôtre coté. »

Alpha s'était tourné vers Boomer et Slayer, toujours debout derrière Naufrage qui saignait abondamment. « Voila le plan : Slayer, tu passes par les toits. Reste en contact permanent avec Mac, il te guidera pour les retrouver. Interdiction d'attaquer sans mon autorisation et pour les locaux, t'es un fantôme. Mac, tu restes ici et tu te sers de Naufrage pour les identifier. Inutile d'essayer de les ralentir avec le piratage à distance, on ne ferait qu'attirer l'attention des Patriotes, surtout s'ils en font parti. Boomer, tu te places sur le plus haut point de la ville. De là, tu aura une zone dégagée et tu pourra intervenir au besoin. Je m'occupe du terrain. Exécution. »

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Fast Mail, au même moment.

Aucune idée logique d'endroit ou aller. Ils avaient donc tous trois naturellement finis dans l'entrepôt ou travaillait Ben.

« Sympa la planque ! » s'emportait So' alors qu'ils entraient à l'intérieur. « T'a pas plus voyant ? »

Ben était essoufflé et exaspéré par le comportement de son amie. Lui aussi avait peur, il n'en faisait des tonnes pour autant. « T'a une meilleure idée ? Excuse moi de n'avoir jamais été en cavale ! »

Il s'appuyèrent au comptoir histoire de souffler un instant. Tout le monde était parti, certainement chez eux ou en ville pour chopper la moindre télévision retranscrivant l'anniversaire.

« Si c'était des mercenaires, on va tous y passer. » lâcha sans prévenir Eddy, recevant juste après ça un coup de poing dans l'épaule par So'. « Aieuh bordel ! »

« Si t'a rien d'utile à dire, tu la fermes ! » répliqua t-elle avec force. « Je rêve... »

« Mais putain ! C'est vous la qui avez commencé avec vos allusions à la con ! » riposta Eddy, en colère.

Ben avait l'impression d'assister à une bagarre entre deux enfants en bas age pour un jouet trouvé sous un placard à la crèche. « C'est pas la peine d'en rajouter, abruti ! » avait presque hurlé So'.

« Mais vous allez la FERMER OUAIS ?! » beugla Ben en tapant sur le comptoir. « Sans déconner ! Bon, j'ai une idée... mais vous allez pas aimer. »

Les tensions semblèrent disparaître pendant un moment. Les deux amis étaient pendues aux lèvres de Ben et son idée de génie... ?

« Il faut qu'on trouve des Patriotes pour leur raconter ce qu'on a vu. »

La réaction fut presque instantanée. So' explosa d'un rire imbécile et forcé alors qu'Eddy se mit à l'applaudir, un air plus que cynique sur le visage. « Alors toi t'es un champion, hein... » ponctua ce dernier en cessant son activité absurde. « Comment éviter les problèmes avec les Citoyens ? Prévenir ceux contre qui ils sont en guerre. Un génie est parmi nous ! »

Ben leva les yeux au ciel. « Vous avez une meilleure idée ? »

So' stoppa de rire bêtement en comprenant qu'il était sérieux. « Mais attends tu veux nous faire tuer ? T'es un grand malade ! »

« Si on se fait attraper par ce type vous croyez qu'il va vouloir re-trinquer au nom de l'amitié ?! Soyez pas con ! »

« Et si on va voir les Patriotes pour leur dire ce qu'on a vu on prend le risque d'être considérés comme des espions ! Tu crois que c'est mieux ? » demanda So', virulente. « Pourquoi ne pas aller voir la Hyène tant qu'on y est... »

So' était évidemment en train de plaisanter. Côtoyer des Citoyens de pure souche, c'était être une espèce de Néo-Nazi. Fréquenter les Patriotes, c'était devenir un résistant prêt à mourir dans une guerre secrète que personne n'avait demandé dans le Sud. Essayer de trouver la Hyène, c'était simplement signer son arrêt de mort. C'est pourquoi So' avait envie de gifler fortement Ben quand il ne sourcilla pas après qu'elle eut mentionnée cette idée farfelue.

« T'es vraiment pas sérieux... » murmura t-elle, lasse de commenter les idées de Ben qui attendait une réponse. « Vous avez tous été terminé à la pisse, sinon c'est pas possible. »

Cette dernière s'écarta des deux hommes qui se regardèrent un moment. Eddy n'avait rien répondu. Non pas parce qu'il cherchait le bon terme pour qualifier l'attitude irrationnelle de son ami, mais plutôt parce qu'il commençait à croire en cette idée pour une raison qui lui échappait.

« Si on trouve la Hyène, on trouve les Patriotes. » assura Ben en tentant du mieux qu'il le pouvait d'apaiser les esprits. « Je sais que ça paraît... »

« Totalement con. » termina Eddy en le regardant durement. « Que tu veuilles mettre ta vie en danger, sa te regarde au final si on peut rien faire pour te changer d'avis, mais la nôtre... ? »

Quelques instants plus tôt, la tendance était inversée et Eddy subissait le sermon de Ben, mais à présent le hippie faisait clairement une remontrance à son ami, oubliant Julia et toute possible bénédiction que ce dernier avait pu lui donner.

« Perso, de moi, je m'en tape. Je te suivrai quoi qu'il arrive. Mais So'... t'es son ami, tu devrais pas la mettre en danger comme ça quand ça te chante sans lui demander son avis... pas après... »

« Je sais bien, merci. » le coupa Ben, en restant aussi courtois qu'il était possible de l'être. « Rappelle toi juste grâce à qui vous devez le fait d'être encore la pour pouvoir me le reprocher. »

Ben prit également la tangente, retournant à l'entrée pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivis, plantant Eddy, qui mit un certain moment à ce remettre des souvenirs que les deux hommes venaient d'aborder. Effectivement, dans un monde parfait, la moindre once de suspicion qu'ils auraient eus aurait terminée en déclaration dans un poste de police. Mais pas aujourd'hui. Cette époque avait transformé les gens, et ces trois la en particulier. Des décisions devaient être prises, et personne dotée d'une conscience et d'un cœur n'aurait eu la démence de le faire... hormis Ben. Et ça le suivrait jusqu'en enfer, si tenté qu'il ne s'y trouvait pas déjà. Rien n'est éternel, cela ne veut pas dire pour autant que la mortalité doit être enlevée à ceux qui peuvent l'apprécier. Ça, Ben, Eddy et So' ne l’oublieraient jamais.

Dehors, le coursier continuait d'observer en attendant que les deux autres ne se décident, positivement il espérait. Mais à trop penser, il devint négligent, c'est pourquoi il fut surprit par un vélo s'arrêtant furtivement à son niveau.

« Yo ! » riait Julia en descendant de bécane. « Bien ou bien ? »

Pas d'humeur pour rigoler. « T'étais pas supposée classer les archives avec Mal' ? »

« Ouais, mais elle m'a prévenue qu'elle avait reçue une notif d'un recommandé pour moi de Delly-Very ( une autre entreprise de coursier ) donc j'y suis allée. »

« Comment va Delly ? » demanda Ben pour éviter de discuter du paquet qu'elle avait reçu. Elle parlait tout le temps des paquets qu'elle recevait. C'était lourd, même pour la bande habituelle.

« On s'en fout ! » s'exclama t-elle en attrapant la boite en carton de son sac à dos. « J'ai reçu la dernière pièce pour mon oreillette ! »

Le grand projet de Julia. Mallory, la patronne du dépôt était la seule à posséder une oreillette qui lui servait essentiellement à communiquer avec ses coursiers envoyés au loin, dans des zones non contrôlées. Donc elle leurs fournissaient des oreillettes pour communiquer à distance en cas de problème. Mais comme Julia était cantonnée au réseau local de distribution, elle en était privée. Et cette dernière étant très têtue, elle s'était mise en tête d'en fabriquer une pour son usage personnel avec Mallory, surtout dans le but avoué de ne pas faire cinquante allers/retours jusqu'ici.

« Mallory te laissera jamais polluer son canal de transmission. » fit Eddy arrivant derrière Ben, accompagné de So'. « T'aura besoin d'un canal privé. »

« J'en ai ouvert un depuis deux semaines déjà, il est opérationnel mec ! Le 2.4 ! » riposta avec bonne humeur Julia en s'étonnant par la même de la présence d'Eddy ici. « Qu'est-ce que vous faites la ? Tu bosses pas toi ? »

« On est fermé. Du coup avec So' on voulait régler un problème et on a demandé un coup de main à Ben. D'ailleurs on devrait y aller. » fit-il simplement.

Julia mit un certain temps, mais finit par hocher la tête en guise de pourquoi pas. « Ok ! Par contre évitez de rester trop longtemps dehors, avec ces rumeurs de Citoyens dans les rues... » lacha t-elle en rentrant dans l’entrepôt, fixant son carton de marchandise.

« Citoyens ? » demanda machinalement et très calmement Ben alors que les deux autres semblaient tétanisés mais restaient dos à Julia pour éviter qu'elle ne s'en rende compte.

« Ouaip ! » confirma la coursière. « J'ai entendu ça quand j'étais la bas. Il parait que les Nordistes ont laissé traîner un objet important par ici qui vaudrait un sacré paquet de fric et qu'ils auraient envoyé une équipe le récupérer.

Puis innocemment, elle poursuivit sa route jusqu'aux archives, laissant les trois compères en plein doute. « Un objet important qui vaut un paquet de fric ? » répéta So' en première.

« Au moins ils sont pas la pour nous, c'est toujours ça ! » essaya à son tour Eddy.

« Oui mais s'ils s'imaginent qu'on a grillé leur couverture, c'est d'autant plus sur nous qu'ils vont se focaliser. » réalisa Ben.

« Pourquoi commémorer la mort d'un gosse quand on peut aller le rejoindre... » rumina So', un peu plus triste que tout à l'heure. »

« Merci pour les encouragements... » rogna Eddy, sentant le stress monter à son tour.

Ben allait trancher net. « On y va. »

 

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« Tu sais ce que tu fais au moins ? »

Naufrage n'en pouvait plus de tourner en rond. Alors que les autres étaient déjà parti pour retrouver les échappés du bar suite à l'erreur du mercenaire, ce dernier qui n'avait pas pour habitude d'être le laissé pour compte, ruminait en faisant les cent pas. Alpha était prenable. C'était ce qu'il n'arrêtait pas de se répéter. Une balle entre les deux yeux, et à lui le commandement. Il commencerait par tuer Slayer, puis réfléchirait plus tard pour Mac et Boomer.

De biens grands fantasmes, qu'il ne pourrait certainement pas accomplir. Non pas qu'il n'en était pas capable, mais plutôt qu'il connaissait assez bien cette équipe pour savoir qu'aucun d'entre eux, pas même ce gamin inutile, ne se laisserait faire. C'est pourquoi il s'attelait à la seule tache qu'il pouvait accomplir à savoir l'identification des fuyards. Mais ne voyant aucun résultat probant depuis près d'un quart d'heure que Mac bidouillait les caméras de la ville, il avait fini par questionner ses compétences.

Mac ne put retenir un rire bref, mais incisif. « Plus que toi, ça c'est clair ! » s'était exclamé le jeune homme. « La résolution n'est pas terrible, mais vu les antiquités, c'est ce que je peux obtenir de mieux. Regarde si tu les vois. »

Naufrage fit la sourde oreille aux attaques de celui qu'il considérait comme un petit con. S'approchant de l'écran qui s'était divisé de manière à pouvoir jeter un œil a toutes les caméras, il s'exécuta, poussant de l'épaule le gamin au passage. Les ruelles étaient quasiment vides. La plupart des marchés commençaient à fermer leurs portes, l'allocution du mémorial de Max étant terminé, les gens rentraient chez eux. Mais pour cette fois, coup de chance.

Naufrage senti son cœur s'emballer. « Zoome sur celle la ?! » s'emporta t-il, croyant reconnaître les individus.

Ce à quoi Mac l'affligea d'un regard de débilité. « Zoomer ? Sérieusement ? C'est quoi que t'a pas compris dans le mot antiquités ? J'peux pas faire de zoom mec ! Tu penses que c'est eux ou pas ? »

Il en était sur, c'était eux. Mais encore une fois, son orgueil allait parler. « Non... c'est pas eux. »

Mac n'en croyait rien. Il pouvait voir la haine s'extirper de Naufrage et savait donc que le gros balourd lui mentait. C'est pourquoi il allait furtivement appuyer sur l'intercom qu'il avait posé sur l'oreille droite. Manque de chance pour lui, Naufrage n'eut pas à le regarder pour comprendre ce qu'il allait entreprendre et lui attrapa la main, ce à quoi Mac sursauta de peur, le regard en alerte.

« Tu va rien faire du tout, gamin. » fit calmement Naufrage sans même détourner le regard de l'écran. Puis il lâcha la main de Mac pour lui asséner un coup de poing au visage qui le fit tomber à la renverse du comptoir pour aller s'écraser à l'endroit ou So' posait les verres, et terminer sa course au sol. « Ils sont à moi... »

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