Le Petit Max, Episode 1
(IV)
Bordeaux, entrepôt désaffecté.
La même nuit, Garcia fumait tranquillement sa clope en regardant l'horizon près d'un bord qui donnait sur le fleuve. Il venait d'arriver dans le Sud, et son plan quel qu'il soit, était en marche. Jetant après une dernière bouffée son mégot dans l'eau, il se rendit à l'intérieur. C'était un ancien entrepôt destiné à la réparation automobile vu les nombreux moteurs encore présents ainsi qu'une horrible odeur d'essence qui refusait de s'en aller après toutes ses années. Le seul son audible à l'intérieur était celui des cliquetis d'armes qui provenaient d'une table de fortune ou étaient réunis cinq personnes habillées différemment mais toutes avec la même thématique : militaire.
Trois hommes, deux femmes.
Le premier était le plus imposant. Son allure de vieux baroudeur et son physique de gros mangeur du dimanche impliquait qu'il était comme ça depuis très longtemps, probablement avant même l'incident. Barbu et tatoué au visage, ce dernier griffé par une balafre qui lui parcourait le visage, il avait l'air très méchant et irascible.
Le, où plutôt la seconde, était une fille d’à peine 18 ans à en juger par son visage de fillette qui avait fait le mur pour venir ici, et ce malgré son air sinistre et dur. Elle était chétive, ce qui soulevait donc la question de savoir comment elle avait pu intégrer une équipe pareille avec ses cheveux en chignon et sa veste verte émeraude, qui faisait plus penser au magicien d'Oz qu'a une militaire. Mais elle n'était pas la pire. Juste à coté d'elle, un autre enfant. Regnier avait beau être un formidable homme public, il allait vraiment chercher ses talents à la sortie des écoles.
Ce gosse devait lui aussi à peine être majeur, même si la majorité était depuis presque dix ans affaire de perspective, et il en était la preuve. Si la fillette avait un air menaçant quand on s'y attardait, lui par contre venait clairement de finir son bol de céréales et jus d'orange avant de prendre le bus pour aller au lycée. Le look militaire, très peu pour lui apparemment en dehors de son sac à dos qui devait plus son coté armée aux magasins ou l'on achetait les gadgets G.I Joe qu'au service obligatoire. Ce gosse n'était pas un soldat, c'était sur, et ce n'était pas sa coiffure lissée de premier de la classe ou son visage de bambin qui allait induire qui que ce soit en erreur. Mais il devait être un atout essentiel pour être ici. Peut être la folie vu le nombre de montres qu'il portait à chaque poignet.
La deuxième femme, elle, était plus franche du collier, ça se voyait immédiatement. Des tatouages partout, une coupe de punk à la Keira Knightley dans Domino, la clope au bec, le fusil d'assaut au poing. Cette femme n'avait pas besoin d'être décrite, et vu son regard de mort, il ne valait mieux pas s'attarder à la fixer. Son surnom dans la profession était Slayer. Il ne valait mieux pas en savoir plus.
Mais c'était le dernier qui semblait le plus intéressant. Un visage simple et pas trop mal, si bien qu'on aurait pu le confondre avec Garcia. Une attitude désinvolte, sans coté rebelle, mais plus ordonné et sur de lui. Ce dernier membre dégageait une aura rassurante – si on était de son coté – et il ne portait qu'un simple colt à sa ceinture. Pas de tatouages, pas de piercing ou de pantalon déchiré, il était habillé comme un mercenaire propre et soucieux de son image. Il était aussi certainement en dehors du clone de Domino, le plus compétent physiquement. Ni trop musclé, ni trop chétif, ce type était un leader. Et ça tombait bien car il portant une plaque métallique d’identification autour du cou qui le surnommait Alpha.
Rejoignant cette bande pour énoncer son projet, Garcia savait à quoi il allait se heurter. « Bon écoutez moi. On est en zone hostile. Alors on évite les débordements au possible et surtout d'alerter les Patriotes. S'ils apprennent qu'on est ici, et surtout pourquoi, la mission est foutue. Sans compter vôtre espérance de vie qui je ne vous le cache pas en pâtira sérieusement.
Le vieux baroudeur costaud allait l'ouvrir, et probablement pas pour dire quelque chose d'intelligent. « J'en ai vu d'autres. C'est pas des amateurs qui vont m'effrayer. »
Garcia prit donc position devant lui et leva légèrement la tête pour lui faire face, les yeux dans les yeux. « Naufrage, c'est ça ? » demanda Garcia en attendant que l'homme lui fasse signe que oui. « Tu es payé TRES gracieusement pour suivre mon plan à la lettre, alors je te conseille de faire ce que je te dis si tu veux éviter de connaître la vue qu'on a depuis l'intérieur d'un sac mortuaire. Toi comprendre moi ? »
L'homme n'en menait pas large, mais refusait de se débiner. Gonflant le torse, il s’apprêtait à répondre quand Alpha le poussa pour prendre sa place face à Garcia. « L'objectif, patron ? »
Garcia esquissa un sourire. « Pour faire court ( il pointa du doigt le dossier sur l'établi ), un colis très précieux pour les Citoyens s'est retrouvé dans les environs du Central, et on espère que les Patriotes ne sont pas au courant. Maintenant j'en ai besoin de toute urgence. »
« Il a quoi de spécial, ce colis ? » demanda Slayer, sans bouger et continuant de faire briller ses armes.
Garcia ne voulait pas forcément répondre, après tout ce n'est pas pour ça qu'il payait cette équipe. Mais soit. « En gros il peut renverser la tendance et détruire tout ce que les Citoyens ont mit tant d'années à établir. »
Le gros balourd eut un sursaut de rire, ce qui déplût fortement au petit jeune. « Pas de problème de mon coté. »
Garcia allait une fois de plus lui répondre, et peut-être même lui en coller une tellement ses dents en grinçaient d'envie, mais le petit jeune le devança. « Bien sur que si, imbécile. Réfléchi un peu, si le restant du pays s'écroule, on ferme boutique. » avait-il dit de sa petite voix fluette de pré-pubère.
Naufrage se tourna vers le gamin qui prit peur, se cachant furtivement derrière son ordinateur portable, faisant mine de s'occuper d'un problème technique. « Je suis mercenaire, gamin. Je travaille pour le plus offrant. Pas le pays ! »
« Et dans un pays sans économie stable, tu le trouves ou ton plus offrant ? » riposta Garcia avec dédain. « Sur le marché ? »
Naufrage grogna quelque chose qui devait ressembler à une insulte au même moment ou il décida de partir un peu plus loin s'isoler, laissant les gens sérieux avec le patron. Alpha en profita pour prendre la parole. « De combien de temps on dispose pour récupérer le paquet ? »
Garcia regarda sa montre, et comprit que justement, le temps était ce qu'il manquait. « On est déjà en retard sur l'horaire, vous remercierez vôtre patron si vous n'êtes pas payé. Ma source m'a indiqué que vous aviez une fenêtre d'action de seize heures il y a environ deux heures donc si vous savez toujours compter... »
Alpha siffla et entama sa marche en direction de la sortie. Rapidement, les autres membres de l'équipe lui emboîtèrent le pas après avoir respectivement récupéré leurs affaires. Seule la jeune fille s'approcha de Garcia. « Toi c'est Boomer si je me trompe pas. Cool comme nom ! » fit Garcia. « C'est le génie de l'informatique qui t'a recruté il paraît, euh... Mac, c'est ça ? Trop de noms à retenir... »
« Alpha est seul maître à bord, c'est lui seul qui m'a demandée de rejoindre cette équipe. Mais cela n'a aucun rapport. Si le groupe est capturé, j'interviens en urgence. C'est prévu pour chaque contrat. » fit allègrement Boomer d'une voix veloutée.
« Ouais, Regnier m'a vaguement briefé la dessus au téléphone, mais j'ai rien compris. Il se passe quoi en gros avec cette clause ? » Il voyait la suite venir, connaissant le nom de la gamine avec une clause inconnue...
« On ne laisse personne derrière. Si l'un de nous est capturé, on va le chercher. Si nôtre couverture saute ou si nôtre objectif est découvert, on limite les dégâts en faisant sauter la zone avant propagation des informations. » annonça t-elle avec une voix qui ne sauta même pas au moment ou elle parlait de tuer des centaines de personnes pour éviter de se faire remarquer. C'était terrifiant venant d'une fille aussi jeune.
Puis elle planta Garcia sur place qui n'avait eut le temps de répondre qu'elle était déjà en dehors de l’entrepôt. « Limiter les dégâts... ? » répéta t-il sans trop y croire.
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Central (Entreprise « Fast Mail »), le lendemain
La nuit portait conseil. C'était cette phrase que Ben se répétait sans cesse avant d'aller se coucher le soir, essayant d'oublier les problèmes du quotidien. Le souci était qu'il ne s'inquiétait pas des problèmes du passé, mais ceux à venir. Ça rendait le phrase un brin dénuée de sens. Mais toujours valide.
Il savait qu'il pédalait tous les matins dans une ville malfamée, débordant de grisâtre et de tags en tous genres. Le bruits des sirènes de la Salve ne faisaient que sonner partout ou il passait. Les gens couraient dans tous les sens pour obtenir les vivres de la journée, surtout les plus démunis qui avaient passés une semaine à économiser les tickets de rationnements pour obtenir par chance un sac de pâtes. Les autres se contenteraient de conserves, si les marchands véreux ne les avaient pas déjà données aux chiens. Mais il devait se rendre au travail, même s'il savait sa journée compromise par « l'anniversaire ». Une fois par an au moins, il savait exactement quel jour il vivait. Un Jeudi, un lundi, un dimanche... pas comme si ça avait la moindre importance aujourd'hui, mais ça faisait du bien de s'en rappeler. Ensuite il compterait les jours durant quelques semaines avant d'oublier à nouveau lequel il vivrait. Le train train quotidien.
Rangeant son vélo dans le garage prévu à cet effet, il allait pouvoir entrer dans son entreprise, le Fast Mail. Il avait jamais comprit pourquoi ça s’appelait comme ça. Le but était de vite délivrer les paquets mais ça ne changeait rien à la paye et la plupart des paquets étaient traités par la Salve avant d'être envoyés au dépôt. Alors dans tous les cas, ils arriveraient en retard à destination. Mais après tout, c'était pas lui le patron. Ou plutôt la patronne. En rentrant dans le dépôt par une grille de sécurité surélevée, il descendit une courte pente métallique qui le mêlait directement aux autres coursiers qui contrairement à la folie générale qui devrait régner, étaient fixés sur le poste de télévision qui grésillait, l'un d'entre eux cherchant la bonne fréquence. La seule personne qui arrivait vers lui, la patronne justement.
Cette blonde aux cheveux longs et bouclés ainsi que son visage de bombe atomique avait tout d'une femme qui aurait pu se frayer un chemin vers le mannequinat si cela existait encore. Au lieu de ça, elle était habillée comme la plupart des sans abris à l'extérieur. « T'es en retard blacko ! » s'empressa t-elle de lui dire en le voyant, s'arrêtant à son niveau et l’empêchant d'aller plus loin.
« Euh... salut Mallory ? » hésita un instant Ben. « En retard pour faire quoi ? Tu sais très bien qu'on va pas avoir de livraison aujourd'hui. Personne n'ouvre sa porte pour l'anniversaire ! »
« Je m'en tape ! J'ai des archives à classer ça tombe bien ! » répliqua la jeune femme en lui refilant des dossiers.
Ben se mit subitement à rire. « Mais bien sur ! D'abord je me coltine les horaires de Julia qui je pense ne me serons même pas payées, et maintenant je dois classer des dossiers toute la journée pendant que les autres se matent les feux de l'amour ? Ça me manque les feux de l'amour... » ajouta t-il, y croyant presque, en levant les yeux au plafond, nostalgique. « Bref, tu payes pas assez pour ça Mal'. »
Lui repassant les dossiers, un sourire en coin, il s'en alla près du comptoir principal sur la droite ou une grille posée sur ce dernier distinguait l'espace coursier de l'espace patronne pour regarder les paquets à délivrer du jour. Mallory le suivit, une grimace sur le visage mais sachant parfaitement qu'elle ne gagnerait pas ce combat. « Alleeeeeeeez s'il te plaît ! Je vais m'emmerder ici toute seule toute la journée ! »
« Noooon c'est mort ! Sérieux je suis le seul à me casser le cul tout le temps et j'ai aucun retour ! »
Mallory fait une tête de pimbêche qui signifiait sans doute qu'elle avait mal comprit la dernière phrase. « Aucun retour ? Répète moi ça ? »
Levant les yeux des paquets pour croiser le regard de Mal', Ben vit de quoi elle voulait parler. Soupirant et reposant le paquet, il préparait sa réponse, distiller en murmure. « Coucher avec la patronne, ça compte pas. »
« Paaaaaaaardon ?! » fit Julia, qui se dégagea de la silhouette de Mallory qui la cachait il y a quelques secondes, faisant sursauter les deux adultes. « Depuis quand ?! »
« Timing parfait ! » s'exclama Ben en tapant dans ses mains, souriant. « T'a ta volontaire pour la journée ! » Puis il partit en direction du fond du dépôt ou les casiers s’amoncelaient, juste à coté des autres employés qui sur la gauche regardaient la télé. Ne pouvant s’empêcher d'écouter en récupérant des affaires, il allait enfin avoir son simple dû de l'année.
… en ce jeudi radieux, l'anniversaire...
Et c'était tout. Écouter ce discours sempiternel l'énervait au plus haut point depuis quelques temps, donc il n'en écoutait pas plus. Mais il gardait son autre coutume. Près d'une poutre en béton légèrement excentrée de la foule se tenait Victor, un vieil ami. Cet homme, rongé par les douleurs chroniques, les souvenirs de son vieil age – lui qui était déjà à la retraite avant même que l'incident n'arrive – et le sentiment de n'avoir rien mérité de tout ce qu'il lui arrivait... était l'homme que Ben allait toujours voir pour le mini discours annuel. La pièce était bien préparée, la machine bien huilée. Les pas lents de Ben étaient toujours les mêmes, de façon à ce que le vieil homme le voit arriver et prépare ce qu'il avait à dire, ou du moins fasse fonctionner sa mémoire défaillante pour s'en souvenir, et parle lorsque son jeune ami lui apposait une main compatissante sur l'épaule.
« D'un coté, ceux qui ont une belle vie, qui chantent les louanges d'un petit ange monté dans l'au delà. De l'autre, les misérables. Ceux qu'on a laissé derrière sans même un scrupule. » dirait le vieil homme d'une voix tremblante, ses yeux sanglotants.
« Un ange monté au paradis... » répondrait machinalement Ben d'un ton presque théâtral.
« Alors que beaucoup d'autres sont coincés ici, en enfer. » finirait Victor d'un ton assez sec, prenant ses affaires au sol et quittant le dépôt sous le même regard habituel attristé de Ben.
Julia s'approcha alors de ce dernier après avoir croisé Victor, sans comprendre. « Qu'est-ce qu'il a ? »
« Plus rien. C'est ça le problème. »
Julia acquiesça par compréhension sans vraiment savoir pourquoi mais ça n'était pas important. Quoi qu'il se soit passé, elle savait Ben avait ce qu'il fallait à l'égard de cet homme respectable. « Par contre j'ai pas compris, Mallory m'a parlée des archives, tu sais pourquoi ? »
Ben ne répondrait pas à cela. Il n'en avait pas l'envie. « Va voir l'émission, Julia. »
Après avoir quitté Julia et fait un signe à Mallory, il finit lui aussi par quitter l'entrepôt. Il savait que beaucoup se battaient en ce moment même pour voir ces images. Les seules par an ou la boite à image reprend sa place dans la société durant quelques minutes. Elles étaient les seules ou tous ces gens ne se sentaient plus oubliés.
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Le même jour, au Zone-Art.
Comme il travaillait pas, il s'était rendu plus tôt voir So' au bar et éventuellement l'aider pour ranger le bordel de la veille. Autant il se contentait de posséder des parts, autant il préférait s'investir pour les grosses soirées et ne prenait des services la bas que très rarement. Mais aujourd'hui le coursier savait que So' n'aurait pas masse de clients, donc si elle ouvrait pour la gloire, autant aller lui tenir compagnie. Surtout si ça lui évitait d'aller classer des dossiers avec Mallory.
La patronne l'avait vu entrer et s'asseoir au comptoir alors qu'elle rangeait des bouteilles. « Tu finis plus tôt chaque année ma parole. »
Ben avait répondu en haussant les épaules, l'air toujours attristé par Victor qu'il savait de plus en plus proche du déclin mental. « Ils sont fixés sur leurs vieux postes de télés. Qui ouvrirait sa porte un jour comme aujourd'hui... si ça se passe comme pour la diffusion de l'année dernière, tu ferais mieux de fermer tôt. »
« Yo, » fit la voix d'Eddy qui arrivait juste derrière lui pour se poser juste à coté. « Toi aussi c'est mort au boulot ? »
Ben tourna légèrement la tête vers lui pour le regarder, et constater qu'il était encore habillé comme hier. « Salut. Ouais aucune livraison aujourd'hui. » répondit-il d'un ton sec qu'Eddy sembla interpréter pour lui.
« Le patron a eu des soucis l'an dernier avec l'anniversaire donc il préfère éviter cette année. » ajouta Eddy avant d'hésiter pour la suite. « Au fait, Ben... je voulais... »
« So' m'a déjà pris la tête avec ça hier soir, » le coupa net ce dernier. « Tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. Si Julia et moi on avait voulu se remettre ensemble, on l'aurait déjà fait. Ok ? »
Eddy fut surprit par cette virulence qu'il ne connaissait pas chez son ami de longue date. Ben était généralement calme et bon vivant. Mais il ne l'avait pas vu jouer sa piètre pièce de théâtre chaque année avec un homme qui lui brisait le cœur. « Ouais je sais ça, mais je voulais pas que tu le prennes mal... »
« Je suis un adulte, Eddy. Tu voulais être avec Julia avant même qu'elle et moi on s'imagine être plus que des amis, et je le savais déjà à l'époque alors si j'avais du mal le prendre, je pense que ça aurait été à pendant cette période. » Ben ne lui en voulait aucunement, si bien qu'il aurait d'ailleurs été très heureux de voir ses deux meilleurs amis être ensemble. Mais il ne le dirait à aucun des deux, ça aurait mâché le boulot et il se serait retrouvé à devoir approuver la relation, et ça il n'y tenait pas tellement. Comme il l'avait dit, Eddy et Julia étaient des adultes, donc ils n'avaient pas besoin d'obtenir quelconque approbation pour tenter d'être heureux. Surtout aujourd'hui.
Eddy ne put s’empêcher de sourire en ce remémorant ce bon vieux temps, ou jeunes, ces quatre la mettaient le boxon partout ou ils passaient. Et Julia avait toujours eut cet esprit fou qui les menaient loin. Avec tout ce qu'il s'était passé, ils étaient encore proches et vivants aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu'ils avaient vécu l'incident ensemble. « Je te paye un verre ? C'est ma tournée ! »
« Ah bon ? » fit une voix qui fit se retourner Eddy subitement. Naufrage, le mercenaire, se tenait non loin d'eux, lui aussi accoudé au bar, le sourire aux lèvres.
Eddy répondit par un sourire lui aussi. « Désolé mec, je parlais de mon pote et moi. » s'excusant poliment.
« Pas de soucis, jeune ! » s'exclama alors le gros balourd d'une voix forte en sortant une liasse de billets. « Je suis dans un bon jour, c'est moi qui offre ! Qu'est-ce qu'on célèbre ? »
Ben et So' se regardèrent furtivement, tandis qu'Eddy appréciait le geste sans sourciller. « C'est sympa merci ! On célèbre l'amitié ! »
So' sortit les bières qu'elle déposa chacun des hommes. Une fois prises, Naufrage leva sa bière vers le plafond, suivi rapidement par Eddy, puis lentement Ben. « Alors à l'amitié ! Santé ! » grogna en riant le mercenaire, faisant tinter les bouteilles entre elles.
Ben, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, avant une question qui lui brûlait les lèvres. « Et pour vous ? Qu'est-ce qu'on fête ? » demanda t-il alors qu'ils baissaient leurs mains pour boire.
L'homme bu une gorgée de sa bière goulûment, appréciant le houblon qu'il exhala fortement en tapant sa bière sur le comptoir comme un Viking. « Disons que je viens de signer un contrat juteux ! » fit-il joyeusement.
« Félicitations alors. » le congratula Ben avec un air inquiet et un visage fermé.
Naufrage regarda sa montre, et d'une longue gorgée, s'empressa de vider la bouteille de verre du liquide qu'elle contenait. « Merci bien ! Justement je dois retourner à la filoche ! »
« Bah ! Même pas le temps pour un verre ? » demanda innocemment Eddy, tout sourire alors que So' soupira doucement en le regardant.
Naufrage fit une grimace d'hésitation. « Aaaah c'est pas l'envie qui m'en manque... »
« Désolée de casser l'ambiance, mais vu le monde, je vais fermer ! » s'interposa So' avec autant de nonchalance que possible en essuyant des verres, sans regarder qui que ce soit.
Eddy et l'homme se regardèrent avec une expression qui disait « tant pis » alors que ce dernier rassemblait ses affaires. « Une autre fois peut-être ! Salut la jeunesse ! » fit-il alors se dirigeant vers la sortie, d'un pas chancelant. La bière devait faire son effet.
« Prenez un taxi si vous avez trop bu. » lui conseilla Ben alors que l'homme le remercia d'un signe de tête en quittant l'établissement.
Eddy tourna la tête vers son ami, le regardant étrangement alors que So' se précipitait pour fermer toutes les portes. « Un taxi ? On est dans le Sud, mec ! Tu sais bien que ça existe plus ici. »
« Il vérifiait un truc. » fit So' en descendant à toute hâte les marches en fer qui donnaient sur la porte principale. « Bien joué d'ailleurs. »
Ben se rendit à la place ou se tenait l'homme du moment pour regarder de plus près l'argent qu'il avait déposé pendant que la jeune femme retournait derrière le comptoir pour chercher dans les tiroirs un objet précis. Eddy n'avait aucune idée de ce qu'il se passait, mais il allait vite le savoir.
« Comment ça bien joué ? » demanda le hippie. « C'est quoi vôt' problème ?
« C'est bon, je l'ai ! » s'exclama So' en sortant un feutre d'un tiroir, le passant à Ben pour qu'il l'utilise sur les billets.
Ce dernier s'exécuta sous les yeux vides de sens d'Eddy avant de se rendre à l'évidence. « C'est des vrai. » déclara t-il alors que So' devenait blême.
« Et alors ? Vous avez un problème avec les gens cleans ? » rétorqua Eddy, qui perdait patience.
Ben tendit alors les billets à Eddy pour qu'il puisse les observer de plus près. « Tellement clean qu'il utilise des Crédits Nordiques. »
L'expression harassée sur le visage d'Eddy changea d'un seul coup, alors qu'il arracha presque les billets des mains de Ben. « QUOI ? Mais... il a eu ça ou ? »
« Au seul endroit ou tu peux encore trouver un taxi... » répondit machinalement So' d'une voix inquiétante.
Eddy était effaré. « T'es sérieuse ? Ce mec est un Citoyen ? »
Ben n'y croyait pas. Oui ce type avait tout d'un Nordiste vu ses habitudes et son argent l'incriminant immédiatement par ici, mais il lui manquait quelque chose. « Pas tout à fait, mais vu le gabarit du gars, il est certainement pas agent immobilier si tu veux mon avis. »
« Il a dit qu'il venait de signer un gros contrat. » signala So'.
« C'est peut-être un commercial ! Ça leur arrive de se déplacer, non ? » tenta Eddy sans trop y croire.
« En pleine zone hostile, sans escorte, un jour pareil ? » riposta Ben, faisant réfléchir les deux autres l'espace d'un moment.
« Donc il reste une option... c'est un mercenaire. Merde. Tu crois qu'il s'est rendu compte de sa connerie ? » essaya à son tour So'.
Comment savoir. Après tout il n'avait pas l'air très fin, et il avait prouvé qu'il ne l'était pas, mais il pouvait tout aussi bien avoir fait exprès... « J'en sais rien. Et j'ai pas vraiment envie de m’éterniser pour le savoir. »
« Ok, rassurant ! » s'exclama So'. « On fait quoi ? »
« T'a fermée ? » demanda aussitôt Ben, pour que So' le lui confirme d'un hochement de tête pressé. « Alors on se tire... vite. »