Le Petit Max, Episode 1
(VIII)
Le Zone-Art (Central)
Personne n'osait bouger.
Même Mac s'était figé lorsqu'il avait vu son supérieur entrer dans l'arrière salle. La jeune femme lui faisait face, tournant le dos à Ben, ce dernier dévisageant également cet homme de grande taille. Enfin il voyait qui était selon lui derrière toute cette histoire de traque non justifiée.
Alpha quant à lui restait stoïque, son colt dans la main gauche mais baissée vers le sol. Il ne menaçait personne, il n'attaquait personne par surprise. Il avait simplement fait son entrée. « Vous avez l'art et la manière de raconter une bonne histoire, les Sudistes. » lança t-il en regardant le coursier. « Et bien sur, vous avez aussi toujours le monopole de la tristesse. Personne n'est plus miséreux que vous, pas vrai ? »
Ben serra les dents. Encore une attaque personnelle. Et il commençait à en avoir un peu marre de tous ces gens qui croyaient pouvoir lui parler comme s'il était le dernier des demeurés. Malgré tout, il allait se contenter de bouillir intérieurement sans prendre la parole en premier, laissant ce soin à la jolie brune qui bougeait ses doigts comme si son arme lui manquait. Manque de pot, elle était entre les mains de Ben, et pas sur qu'Alpha le laisse s'approcher.
« Félicitations pour la promotion, Alpha. » fit cyniquement la jeune femme, attirant le regard d'Alpha. « Tu diriges cette équipe d'une main de maître à ce que j'ai vu. »
Alpha la toisa d'un regard noir une fois ses yeux posés sur elle. Il ne l'appréciait pas, c'était certain. La tension qui existait entre ces deux personnages était à couper au couteau. Ben avait un peu l'impression de se retrouver à une réunion familiale. « Héléna, » la nomma le mercenaire, mettant enfin un visage sur nom. Il était vrai qu'elle ne l'avait même pas donné à Ben, mais ce dernier s'en fichait royalement. Une identité ne donnait aucune information sur une personne, en tout cas plus aujourd'hui. « Moi qui te croyais morte... tu es pleine de ressources dis moi. »
Ben porta son regard sur Héléna, toujours de dos à lui, et voyait que cet homme la mettait mal à l'aise. Elle respirait fort, elle tremblait... « J'imagine que tu es là pour la même raison que nous. » ajouta Alpha d'un air convaincu.
Le coursier tiqua sur cette information. Héléna lui avouée être là pour Boomer. De toute évidence, Alpha n'était pas ici pour arrêter Boomer. Alors quel rapport cette raison avait à voir avec le reste ? Sa sauveuse lui avait-elle menti...
S'approchant pas à pas, surveillé par Alpha, Ben ne décolla pas ses yeux d'Héléna, finissant par arriver à son niveau, cette dernière croisant son regard en tournant la tête, surprise qu'il ne fasse pas fi de la présence d'un ennemi commun. Surtout lui.
« Ben... » chuchota t-elle, croyant qu'il s'était approché pour lui rendre son arme. Tendant la main vers lui, lui laissant la chance de faire un choix.
Choix auquel Ben décida de répondre de manière directe. « Mais certainement. » fit-il froidement, pointant son arme vers Héléna, la jeune femme reculant d'un pas vers Mac alors qu'Alpha regardait la scène attentivement.
« Qu'est-ce que tu fais ? » s'écria Héléna, en jetant quelques coups d’œils vers Alpha pour confirmer qu'il ne bougeait toujours pas.
« Tu es ici pour le colis ? » demanda aussitôt Ben.
« Je t'ai expliquée pourquoi j'étais là ! Ben ! » essayait de le raisonner la jeune femme, apeurée. « Il faut que... »
« Que je te fasse confiance, c'est ça ? » la coupa Ben, las. « Parce que tu m'a sauvé la vie ? T'es pas la première à le faire. Dis moi pourquoi tu es là. »
« Pour arrêter Boomer ! »
Alpha ricana. « Je peux le faire en dix secondes. Répond plutôt à la question de... Ben, c'est ça ? »
Héléna était coincée, elle ne savait plus quoi faire et ne s'était certainement jamais imaginée en telle position de faiblesse. Mais Ben n'en avait pas fini.
« Tu veux arrêter Boomer, très bien. » admit-il. « Comment tu pouvais savoir que leur mission allait prendre cette tournure ? Parce que si j'ai bien compris, c'est le seul cas de figure ou elle doit agir, pas vrai ? Alors explique moi : l'arrêter te servirait à quoi ? Pourquoi tu es là en premier lieu, Héléna ? » ponctuant le nom d'un ton le plus provocateur possible.
La tête de la jeune femme ne lui semblait de toute évidence pas assez honnête, car au moment même ou elle allait ouvrir la bouche pour parler à nouveau en essayant de se disculper, il enleva la sécurité de l'arme et lui fit faire un cliquetis de charge. La balle était prête à partir, et son doigt était sur la gâchette. Si elle avait quelque chose à confesser, c'était le moment.
Quelques secondes passèrent, durant lesquelles Alpha avait tout de même resserré son emprise sur son propre colt, juste au cas ou Ben se fichait de lui et tentait au dernier moment de dévier de sa cible pour lui tirer dessus. Sa main était par contre toujours vers le sol, attendant le moment propice de bouger. Mac retenait sa respiration, croyant dur comme fer que personne ne remarquerait sa présence. Et enfin, après une longue hésitation, Héléna soupira avant de reprendre une bouffée d'air, utile pour la suite de cette conversation. Fixant le coursier, elle allait enfin jouer franc jeu.
« Je suis au Red-Eye pour trouver le colis. » finit-elle par avouer. « Sauf que contrairement à eux, je sais ce qu'il contient. »
Ben resta impassible. « Donc tu ne vaux pas mieux que ce type. Le pognon, c'est tout ce qui te motive. »
« Libre à toi de croire ce qui te chante. » trancha t-elle d'un air plus dur qu'auparavant. Son esprit de guerrière était de retour. « Mais je peux te jurer une chose : aussi sur que tu veux sauver tes amis et être prêt à n'importe quoi pour ça, je ferais exactement la même chose pour mettre la main sur le colis. Si ça implique de te prendre cette arme des mains et te frapper jusqu'à ce que mort s'en suive, je n'hésiterai pas une seconde. »
« Et tu crois plaider ta cause avec un discours pareil ? » l'interrogea Alpha, un peu perdu.
Ben n'avait pas bougé. Il n'avait pas peur d'elle, et lui non plus comme elle venait de si bien le dire, ne renoncerai à rien pour protéger So' et Eddy. « Tu crois que j'appuierai pas sur la détente ? »
« Je suis sûre que tu le ferais. » le corrigea Héléna. « Et malgré tout ce que tu peux croire, je le respecte. Mais ça ne change rien à ce que j'ai promis il y a cinq minutes. Si je peux sauver tes amis, avec toi, j'essaierai de toutes mes forces. »
« Pourquoi je devrais te faire confiance ? » demanda enfin Ben.
Héléna ne prit pas la peine de réfléchir. « Parce que je t'ai sauvé, te voila en train de me menacer avec ma propre arme... et pourtant, je ne peux pas m’empêcher d'avoir confiance en toi. »
L'instant était fugace, mais chargé d'émotion. Ben et Héléna, ces deux illustres inconnus l'un pour l'autre partageaient quelque chose d'intangible, impossible à expliquer. Une blessure commune à tous les habitants de la ville, certes, mais chaque histoire était différente. Leurs regards entrèrent en contact durant lequel plus rien ne semblait exister. Ils ne s'inquiétaient pas d'Alpha. Ils avaient littéralement oublié Mac qui peinait à tenir son souffle en laisse... ce moment n'était qu'a eux.
« Aide moi. »
Désespérée, elle avait lancée cette suggestion. Et dans une autre situation, elle aurait été plus que ravie d'exprimer sa reconnaissance, mais maintenant que Ben avait fait un choix, le service reprenait. En effet Ben s'était tourné, arme au poing face à Alpha. Le chef des mercenaires l'avait vu venir, et donc lui aussi levé son arme vers le coursier. L'heure était au duel de force.
« Encore une fois très émouvant, même si je dois avouer que je te croyais plus intelligent que ça. » lui confia Alpha, un peu déçu.
« Encore un trait de caractère inhérent aux Sudistes, j'imagine. »
« Tu réalises que tu signes ton arrêt de mort, petit ? »
« L’apocalypse a échouée. Si vous croyez pouvoir faire mieux... »
L'instant était décisif. Héléna était désarmée, mais avec Ben ils avaient un avantage numérique certain sur le chef. C'est pourquoi la jeune femme se tenait prête.
« Vous croyez pouvoir m’arrêter à deux ? » se vanta Alpha.
Mais voyant ce que fit Ben après cette question, il ne put qu'exprimer son étonnement par le biais d'un froncement de sourcils, aussi bien qu'Héléna le faisait en voyant que le jeune homme baissa son arme.
« J'ai jamais compté dessus. » avoua t-il en lâchant l'arme à terre, seule défense apparente contre Alpha. « Mais un jour comme aujourd'hui, je pouvais pas manquer les infos. »
C'est à ce moment qu'Alpha réalisa ce qu'il n'avait pas vu jusqu'à présent, en même temps qu'Héléna lorsque Ben pointa du doigt son oreille droite ou était apposée l'oreille de Slayer. Mais avant qu'il ne comprenne l'utilité de l'objet, un bruit distant et qui rappela des souvenirs non lointains au coursier fit irruption, attirant le regard du mercenaire vers l'embouchure qui menait vers le bar. Trop tard, car à peine Alpha eut bougé de place pour pointer son arme vers le son, il fut soufflé de la même manière que Slayer l'avait été, s'éclatant avec force les jambes contre le billard sur sa gauche, non loin de Mac. Virevoltant, son corps s'envola en vrille vers le mur du fond pour s'écraser contre une lucarne qui explosant fit pas mal d'étincelles au passage.
Héléna s'était reculée, ses mains protégeant son visage et ses yeux de l'impulsion alors que Ben se délectait d'un tel spectacle jusqu'au moment ou retombant au sol, Alpha sortit de son champ de vision.
« OUAH MAIS C'ETAIT QUOI !? » hurla presque aussitôt Mac, cherchant dans tous les sens une réponse à sa question.
Un écran de fumée s'était élevé près du trou qui servait d'entrée, laissant passer une silhouette avec le fusil d'Héléna entre les mains. C'est ce moment que choisit Ben pour esquisser un large sourire.
« Salut les bouseux ! » s'écria alors Julia, tout sourire, ses cheveux auburn virevoltant encore sous le coup du souffle qui reprenait sa place d'air dans l'espace. « C'était moins une hein ? »
Héléna baissa les mains et regarda sa sauveuse, ainsi que son fusil, qui il fallait l'avouer, lui allait bien mieux qu'à elle, quand bien même quelque chose l'intriguait.
« Merci pour le coup de main. » la remercia le plus simplement du monde Ben comme si elle venait de lui apporter un pichet de bière, ce qui brisa un brin son moment de gloire.
« Mais... » intervint Héléna. « Il était foutu, non ? »
« C'est ce que je croyais au début, mais en fait il avait juste besoin d'un temps de recharge ! » expliqua Julia en souriant à la jeune brune. « Pratique pour déblayer en tout cas. Je garde ! »
Héléna lui rendit son sourire en levant ses mains pour lui faire signe qu'elle était la bienvenue pour conserver l'objet si elle le voulait.
« Héléna/Julia, Julia/Héléna. » se permit d'intervenir Ben en pointant ses doigts dans diverses directions pour les présentations rapides. « Le gosse, c'est Mac. »
Julia leva la tête et vit Mac apparaître derrière une grosse couche de poussière qui retombait au sol. « Enchantée ! Euh, enfin je crois. » grimaça t-elle.
« Mais comment elle a su pour... » demanda à moitié Héléna à Ben en la montrant nonchalamment du doigt.
Mais ce fut Julia qui allait répondre. « Canal 2.4 ! » s'exclama t-elle en ôtant son oreillette. « Au début je comprenais pas grand chose, surtout qu'il y avait des interférences. Mais ensuite j'ai entendu ta voix et j'ai compris qu'il se passait un truc louche. »
Ben croisa le regard de la brune. « C'est pour ça que tu a volé l'oreillette à Slayer ? »
« Je devais tenter le tout pour le tout. » se justifia Ben. « Si on était capturé ou pire, au moins elle aurait pu prévenir la Salve. »
Héléna esquissa un sourire. « Bien joué ! »
Ben fut surprit de sa réaction, mais il valait mieux ça qu'autre chose, comme se sentir trahie. « Bon, maintenant on va chercher Boomer. »
Héléna acquiesça. « Et on sauve tes amis. »
Enfin, ces deux là avaient trouvé un terrain d'entente. « Julia, tu peux surveiller ces deux la ? » demanda Ben.
« Carrément, ouais. » accepta Julia sans sourciller, devant une Héléna inquiète.
« T'es sûre de ton coup ? Autant Mac n'est pas dangereux, mais... »
La jeune brune s'interrompit lorsque Julia ralluma et rechargea l'arme à impulsion comme un fusil à pompe, une expression badass illuminant son visage.
« … je savais pas que ce fusil pouvait faire ça... » murmura Héléna avant de récupérer son arme au sol pour ensuite passer par la sortie, laissant seul Ben avec Julia.
Ben quant à lui se rendit lui aussi près de l'embouchure, près à partir, avant que Julia ne lui montre le colt laissé par Alpha au sol. « Non. J'ai pas l'intention d'en arriver la. Fais attention à toi, on reste en contact. »
« Toi aussi, et ramène moi les deux autres en forme. Surtout So', j'ai besoin d'un verre »
« Tu peux pas te servir ? »
« Ok, alors, pour être claire : je peux me défendre contre qui tu veux ici, mais si elle s'aperçoit que je lui ai tirée une bouteille, je quitte le pays. »
Sur ces belles paroles, c'est un Ben souriant qui finit lui aussi par prendre la sortie. Julia, posant le fusil près de l'entrée, se tourna vers Mac, d'un air innocent.
« Bon... t'a des cartes ? »
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Pendant ce temps, toujours dans la chambre du fils adoptif de la Hyène, Eddy et So' s'étaient levés pour discuter d'une manière plus houleuse avec la dame, cette dernière n'ayant pas bougée d'un pouce.
« Si nôtre pote est en danger, vous devez l'aider ! » s'écriait Eddy avec rage. « C'est vous qui l'avez mis dans cette merde ! »
« Je ne peux rien pour lui, il a décidé de son sort quand il s'est enfuit. » se défendait la Hyène, sans complaisance. « C'est ce qu'on appelle un dommage collatéral. Il y en a dans toutes les guerres. »
So' s'était prise la tête entre les mains, remuant ses cheveux en signe d'énervement. « Mais putain, de queeeeeelle guerre vous parlez ? »
La voix de So' portait, ce qui eut pour conséquence immiscer dans la conversation un des soldats muni d'un casque recouvrant l'intégralité de son visage, au service de la Hyène, qui s'était introduit dans la pièce, un fusil d'assaut en main, qui pétrifia les deux amis. « Un problème ? » demanda t-il alors d'une voix robotique, qui provenait du casque.
La Hyène lui fit signe que non sans même se tourner pour le regarder. « Venez avec moi. » proposa t-elle à Eddy et So' en quittant la pièce.
Après un bref échange de regards prudents, le hippie commença par s'avancer, suivi de près par la serveuse. Une fois à l'extérieur de la pièce, ils traversèrent un couloir sombre, leurs nez prit par la naphtaline qui régnait, avant d'arriver dans la pièce principale là ou la dame et Ben avaient brièvement discuté lors de la remise du paquet. Sauf que la table et les tasses de thé avaient été remplacées par une simple chaise, sur laquelle était ligoté Naufrage, le visage fixant le sol, le souffle court, et le visage tuméfiée, du sang goûtant sur le sol. So' retint une violente envie de vomir. Eddy quant à lui se contente de fixer son agresseur, mais sous un autre œil que ce qu'il avait imaginé. Il compatissait pour lui. Et devant ce spectacle d'horreur, face aux jeunes, la Hyène. Voila l'étendue de son aversion pour l'humanité.
« Qu'est-ce que vous avez fait ? » murmura à peine Eddy, les yeux fixés sur le mercenaire qui toussait difficilement.
« Nous essayons de lui extirper des informations sur les diverses composantes de sa mission ici. »
« Littéralement extirper ? » fit remarquer So' en montrant l'évidente condition inhumaine du mercenaire.
La Hyène paru vexée par cette provocation. « Vous vous insurgez contre moi, pourtant vous lui témoignez de la pitié, de la compassion ? Quand bien même cet homme a essayé de vous tuer... ? »
Elle avait visiblement perdu cet air si enjoué qui la caractérisait, pour laisser la place à une femme froide et calculatrice, comme la petite vieille et sénile du quartier résidentiel de l'époque qui garde le ballon tombé dans son jardin. Sauf qu'elle l'aurait crevé sous les yeux des enfants et renvoyé par la poste.
« Parce que vous pensez qu'il n'en mérite pas ? » rétorqua avec facilité la serveuse.
« Il serait prêt à tuer quiconque ici présent pour un hamburger et une bière ! » incisa férocement la dame, perdant son sang froid.
« Et vous le passez à tabac pour obtenir un scoop, » fit calmement Eddy face à la situation. « Elle est où la différence ? »
La Hyène allait mordre, mais inspira une bonne fois avant de reprendre son air stoïque, se refusant à laisser des enfants l'emporter sur sa bonne humeur. « Nous nous battons pour la bonne cause. »
Eddy et So' étouffèrent un rire jaune à l'unisson. « Alors c'est ça, la bonne cause ? » lâcha subitement cette dernière en levant les bras pour montrer l'assemblée de gardes qui se tenaient autour de Naufrage.
Gardes qui répondirent par un regard furieux à l'encontre de la jeune femme. La Hyène suivit le mouvement.
« Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez. Pour vous c'est un être humain comme les autres. Mais ne vous leurrez pas, il reste un primate sans foi ni loi. Le monde ou chacun des hommes naissaient libres et égaux n'existe plus. »
« Donc c'est la loi de la jungle, et l'animal le plus fort est celui qui s'en tire à bon compte. » en conclu So'. « En gros on a emmené cet homme à l'abattoir. »
Ni une ni deux, les hommes de la Hyène pointèrent leurs armes vers la serveuse, qui contre toute attente laissa échapper un rictus qui prouvait que si elle avait eu peur auparavant, ces types ne l'impressionnait en aucun cas. Quand bien même, Eddy s'interposa en se mettant devant elle pour la protéger.
« Essayez seulement. Montrez nous de quoi les héros sont capables. » les menaça le jeune homme, en colère lui aussi.
Mais les soldats furent coupés dans leur élan par la vieille dame, qui fit signe de baisser les armes. « J'ai perdu trop de choses dans ce conflit inutile. Vous ne pourrez jamais comprendre ce que je vis au quotidien. »
« Mais bien sur... » se permit de contredire So', ce qui eut pour effet de pousser Eddy pour avoir le champ libre, affrontant désormais la Hyène dans ce qui pouvait être appelé dans le Central une véritable baston de regards.
« Vous me répétez ça, je vous prie ? » envoya méchamment la dame.
« Vous vous cachez derrière cette excuse et bien d'autres j'imagine, toutes aussi minables si vous voulez mon avis.
« Je vous conseille de... »
« Je !... vous conseille d'écouter : ... on a tous perdu quelque chose dans ce conflit, ok ? Tous. Et pendant des années, on voyait le mouvement Patriote comme une sorte de... bouée de sauvetage. C'était quelque chose à quoi ce raccrocher. On y a vu l'espoir d'un monde nouveau. »
La Hyène n'y comprenait plus rien. « Et vous croyez que nous essayons de faire quoi exactement ? »
« De détruire le leur ! Ce con vient du Nord, la belle affaire ! C'est quoi le problème ? Il mérite de mourir pour ça ? Parce qu'il vient de la bas ? »
« Parce que le Nord a été tellement tendre avec nous ces dernières années... » fit remarquer la dame, avant qu'Eddy ne soupire.
C'était un dialogue de sourd. Et le hippie allait y mettre un terme une bonne fois pour toute.
« C'est pas ce qu'elle dit, vous écoutez rien... » intervint le jeune homme, l'air fatigué. « On sait qu'on vit dans une société de merde, d'insécurité, un monde triste à mourir alors qu'il y en a qui se dorent la pilule au soleil et que malgré tout ils prennent un malin plaisir à nous prendre pour quantité négligeable. On est au courant de ça. Mais... le fait est que quand le mouvement Patriote a été créé, on s'imaginait que vous rendriez nôtre vie meilleure, pas que vous partiriez en guerre pour enlever le bonheur des gens qui vivent la haut, avec parmi eux des enfants en plus. On pensait que vous alliez agir pour nous, dans nôtre intérêt...
« Et non pas en devenant une figure terroriste emblématique dont tous le monde à peur, même ceux sous vôtre protection. » conclu la serveuse.
Des larmes semblaient vouloir quitter les yeux de cette pauvre dame, au cœur brisé, qui comprenait ce que ces deux enfants avaient essayé de lui faire comprendre à la manière douce. Elle était conquise par tant de sagesse, et tant de pardon, alors que son vieil age l'avait forcé à perdre la foi.
« Il... il fallait que quelqu'un fasse quelque chose, non ? » bégaya t-elle, sanglotant.
So', qui lui faisait face s'approcha doucement d'elle, les bras ouverts, pour les lui poser sur les épaules afin de lui remonter le moral. « Et vous l'avez fait du mieux que vous le pouviez. » lui concéda la jeune femme. « Mais si continuez dans cette voie, les seules personnes que vous appellerez Patriotes à l'avenir, seront les personnes comme moi et Eddy. Parce que vous, encore une fois avec tout mon respect, vous êtes le général d'une vaste armée. Une armée très organisée. »
Répondant à cette déclaration avec un sourire, cette fois un vrai et non le factice qu'elle proposait à tout bout de champ, elle posa elle aussi une main sur son épaule, recouvrant celle de So' qui avait réussie à la toucher, au cœur.
La Hyène avait quittée sa colère, sa vengeance, et abandonnée ses cicatrices appartenant au passé.