VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 12 : L’équipe absente

879 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/04/2026 19:32

Deux jours sont passés depuis le départ en mission... Un vent sec souffle sur les hauteurs du Temple de Kael'Mar, balayant les restes de neige fondue entre les pavés du grand parvis. La matinée est claire, mais l'air a cette densité étrange, un mélange de frissons, de soupirs et de nerfs tendus. Deux équipes sont revenues de leurs propres missions. La troisième ? Toujours absente.


Dans la grande salle commune, les flammes du foyer central dansent mollement, projetant des reflets tremblants sur les murs de pierre blanche. Des tasses vides traînent sur les tables basses, des manteaux humides sèchent sur les grilles près du feu. L'odeur de laine mouillée et d'infusion flotte encore, mêlée à celle du bois brûlé.


Lynara Velsen, debout près d’une baie vitrée, fixe l’horizon enneigé, les bras croisés, les mâchoires serrées. Elle ne cligne presque pas des yeux, elle attend, et elle déteste ça. Kaelis Thenara, assise en tailleur sur un coussin, sirote une infusion avec son calme habituel. Ses gestes sont lents, méthodiques. Une forme de rituel qu’aucune tension ne semble troubler.


— Toujours rien, souffle Lynara.


— Ils ont deux jours de marche. C’est le troisième, pas le quatrième.... Patience Lynara.


— Il aurait pu les envoyer par portail, comme nous !


— Vaelran a ses méthodes et il les accompagne.


— Vaelran est un sadique, corrige Lynara en serrant les bras un peu plus fort. Il fait ça juste pour les voir galérer. Il appelle ça “pédagogie par le givre”. Moi j’appelle ça “hypothermie organisée”.


Kaelis esquisse un sourire sans relever les yeux de sa tasse.


— Peut-être... Mais ils galèrent ensemble. C’est déjà ça.


— Ce n’est pas sûr qu’ils survivent ensemble Kaelis.


Des pas résonnent dans le hall. Kaelren entre, la chevelure rousse en bataille et les bottes encore crottées. Elle passe une main dans ses boucles avant de se laisser tomber sur un banc dans un soupir sonore.


— On est rentrés hier soir... J’avais oublié ce que ça faisait, une vraie couche, et une couverture qui gratte pas.


— Même remarque pour la nourriture, ajoute Kelvar, en entrant à son tour, agitant un morceau de biscuit sec comme s’il tenait une relique maudite.


— C’était pas si terrible, commente Yhessa, sereine, en passant près du feu. Ça forge la discipline.


— Oui. Et les carences, ajoute Kaelren sans même sourire.


Un autre groupe entre. C'est le groupe de Lynara. Nerion, droit comme un tronc de chêne, dépose calmement ses affaires sans un mot de trop. Nilwen, silencieuse, les yeux dans le vide, semble encore ailleurs. Eshan, lui, retire lentement ses gants, l’air un peu flou, les tempes encore rouges du froid.


Lynara pivote, mains sur les hanches.


— Vous avez terminé votre rapport ?


— Livré au Temple ce matin, répond Nerion.


— Trois spectres-mémoire, deux faëls-sangsues, une anomalie d’autel corrompu, détaille Eshan d’un ton mécanique. Tous neutralisés, Nilwen a été efficace.


Nilwen hoche simplement la tête. Pas un mot, pas besoin. Lynara les détaille du regard, un à un.


— Bien. Repos. Mais restez disponibles, les séances croisées commencent bientôt. Entrainements inter-écoles. Vous savez ce que ça veut dire.


Kaelis lève la main, paisible, tasse encore fumante entre les doigts.


— Si l’autre équipe revient vivante. Evidement.


— Ne m’oblige pas à aller le chercher moi-même, grince Lynara.


Kelvar lève un sourcil.


— Vous parlez de Vaelran ? Il serait capable de vous tendre un miroir d’ombre juste pour vous perdre dans les toilettes du Temple.


— Et je le briserais, avec lui. Tranche Lynara.


Un silence. Puis des éclats de rire. Quelques-uns étouffés, d'autres sincères. Même Nilwen sourit... à peine, mais assez pour que ça se remarque.


Kaelren étire ses bras, dos à la cheminée.


— Franchement, je leur souhaite pas d’avoir eu un campement improvisé dans les hauteurs. Les Faëls là-haut sont… disons… pas très sociaux.


— Vous n’avez rien croisé de suspect ? demande Kaelis, toujours sans changer de position.


— Juste des stigmates résiduels. Et une voix que Kelvar jure avoir entendue dans la neige, ajoute Kaelren.


— J’ai pas rêvé, rétorque Kelvar. Quelque-chose regardait, même si on ne voyait rien.


Yhessa, penchée vers les flammes, murmure :


— C’est la saison. Les vieilles choses se réveillent toujours quand le givre s’attarde...


Lynara, bras toujours croisés, détourne les yeux vers les montagnes. Sa voix se fait plus sèche.


— Et pendant ce temps, monsieur cape noire fait du camping pédagogique avec trois élèves et une tempête de neige sur la gueule.


Personne ne répond, mais personne ne contredit non plus. Ils savent tous ce que ça veut dire, ce ton-là. Ce n’est pas du mépris, ce n’est pas même une critique. C’est une inquiétude qu’elle ne dira jamais à voix haute, pas tant qu’ils ne sont pas revenus.


Kaelis repose sa tasse vide.


— Ils reviendront... Avec ou sans la tempête.




La suite vendredi entre 19h30 et 21h....

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