Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 115 : Le calme après la tempête

3621 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 27/05/2026 12:39

Chapitre 115 : Le calme après la tempête


Ce sont des petites caresses sur ma joue qui me réveillent, des caresses douces, tendres, des caresses qu’un seul homme au monde peut me faire. Mes yeux papillonnent et je découvre Hunter, assis au bord du lit, tout habillé avec une tasse de café dans la main.

-         Bonjour, croasse-je de ma voix cassée par nos cris.

-         Bonjour…, répond-il en continuant de caresser ma joue.

De bon matin, mes yeux s’emplissent déjà de larmes et je me redresse pour me jeter autour de sa nuque, pour blottir mon nez au creux de sa gorge alors qu’il me serre contre lui d’un bras.

-         Bois un café, ça te fera du bien… il est déjà bientôt seize heures…, chuchote-t-il.

-         Quoi ?!

Je me détache de lui et j’attrape la tasse tandis qu’il hoche la tête :

-         Je t’ai rejoint dans le lit à huit heures ce matin… Je ne dormais personnellement pas avant ça…

-         Moi non plus, j’étais trop inquiète, avoue-je du bout des lèvres.

-         Inquiète de ?

-         Que tu me quittes…, murmure-je.

Il m’offre un petit sourire faible, visiblement épuisé par la situation et mon cœur s’agite à nouveau sous l’inquiétude. Il me rassure une petite minute après, lorsqu’il caresse mon visage en m’observant de ses yeux pensifs, jusqu’à glisser une mèche de mes cheveux derrière mon oreille :

-         Et si tu prenais une petite douche ? Je pense que ça te ferait du bien, la mienne m’en a fait, chuchote-t-il.

J’hoche la tête, plus que penaude, et je me lève pour le suivre à la salle de bain où il allume l’eau pour moi. Après un petit baiser sur ma tempe, qui me rassure énormément, il quitte la pièce. Je prends le temps de me réconforter sous l’eau chaude quelques minutes et je dois admettre que ça me fait un bien fou après la nuit affreuse que nous venons de passer. Nous avons beau avoir dormi huit heures, nous sommes si décalés que je me sens comme si j’en avais dormi trois, sans même parler de mes yeux bouffis qui me donnent l’impression de dormir debout.

J’enfile un pantalon de jogging, un débardeur, et je ne sais pas de quel droit je me permets une chose pareille vu le contexte, mais j’attrape un sweat à Hunter dans le panier à linge pour me lover dedans. Je crois que je n’en avais pas envie, mais besoin, et lorsque je le rejoins au salon, il détaille mon accoutrement sans commenter.

Il s’installe dans le canapé avant de me tendre une main, m’invitant clairement à venir près de lui, et je m’exécute sans piper mot pour me lover face à lui, appuyée contre le dossier avec les bras autour de mes jambes.

-         Est-ce qu’on peut reparler de tout ça calmement ? demande-t-il.

-         Bien sûr, je pense que c’est ce qu’il faut que nous fassions même, réponds-je.

-         J’ai l’impression que … ce sera plus facile pour toi aujourd’hui, dit-il d’une voix hésitante.

Je ne sais pas combien de fois je vais encore m’étonner de voir à quel point Hunter me cerne, à quel point on dirait qu’il est venu au monde avec mon manuel d’utilisation, mais une chose est sûre, il est impressionnant.

-         Je me sens bien plus en confiance depuis que tu m’as rejoint dans le lit…, avoue-je d’une petite voix honteuse. Je ne suis plus dans mon état de détresse d’hier soir et je sais qu’il sera beaucoup plus facile pour moi de discuter de tout ça maintenant que je suis plus calme… Tu peux tout me demander Hunter, je te dirais absolument tout, sans mensonge, la vérité absolue…

Il me fait enfin un beau sourire, car bien qu’il soit triste, il est remplit de confiance.

-         Je m’en doutais, je l’ai réalisé quand tu t’es mis à me sortir ces choses ahurissantes en fin de « soirée » … ça faisait déjà un moment qu’on se disputait et tu t’es mis à me sortir une liste longue comme le bras de tout ce que je ne savais pas… C’est là que j’ai percuté, un peu tard je m’en excuse, mais il faut dire que j’étais secoué.

-         Percuté quoi ? demande-je.

-         Que si tu t’es pointée chez moi à quatre heures du matin, pour me sauter dans les bras, après trois semaines de silence radio… c’est que ça n’allait pas, pas du tout. Je n’aurais jamais dû te questionner hier soir, je sais comment tu fonctionnes, je voyais bien que tu n’étais pas dans ton état normal… Mais j’ai eu tellement peur, quand je t’ai vu tenir la main de ce type… quand j’ai cru que…, chuchote-t-il en fixant le vide.

-         Je t’aime Hunter, je t’aime de tout mon cœur, je n’aime que toi, pour toujours ! couine-je avec inquiétude en attrapant ses mains.

Il inverse nos mains, il prend les miennes dans les siennes pour les serrer et je vois ses yeux qui s’embuent malgré son sourire faiblard :

-         Je sais Hestia, et je t’aime aussi.

Je laisse tomber ma tête en avant sous le soulagement, alors que des petits sanglots me saisissent déjà de bon « matin » et il caresse mes mains :

-         Hestia… En tout sincérité, est-ce que tu peux me promettre que tu n’as rien fait avec ce type ? Que tu ne m’as pas trompé ? Peu importe ce qu’il s’est passé, j’ai besoin d’entendre que tu ne juges pas m’avoir trompé.

Je relève le nez pour planter mes yeux dans les siens, pour lui transmettre toute ma sincérité, toute ma vérité absolue :

-         Hunter, je te jure sur ma vie que je ne t’ai pas trompé. Je me rends compte maintenant qu’il y a sans doute des choses que tu n’apprécieras pas, peut-être même que ce sera de la tromperie pour toi, je n’en sais rien, et ça me terrifie. Mais je te promets que je n’ai pas vu le problème sur l’instant, parce que je t’aime toi, de tout mon cœur, et qu’il est tout simplement impensable pour moi d’aimer quelqu’un d’autre ou de désirer quelqu’un d’autre. Kai est un ami, mon frère de cœur, je ne ressens rien d’inapproprié pour lui, il faut absolument que tu me croies.

Ses sourcils se crispent sous l’émotion, ses larmes envahissent ses yeux alors que le soulagement le percute si fort que sa voix tremble :

-         Je te crois mon cœur, je te crois, murmure-t-il en hochant la tête.

Nous nous calons front contre front, les yeux fermés et les mains toujours serrées les unes dans les autres, à nous apaiser et à puiser de la force en l’autre comme nous l’avons toujours fait.

Lorsqu’il rompt notre câlin, il est enfin calme, je retrouve le roc inébranlable qu’il représente pour moi, je ressens qu’il est enfin en place, qu’il est prêt à tout entendre maintenant qu’il sait que je l’aime toujours de tout mon cœur.

-         Tu veux bien dormir ici ce soir… ? demande-t-il.

-         J’en rêve, chuchote-je d’une voix aiguë en posant mes doigts sur mes lèvres.

Je ne peux pas croire à ce qu’il se passe, qu’il soit vraiment en train de me pardonner ce que je lui ai fait et j’ai encore envie de fondre en larmes, simplement émue face à tant de perfection en un seul être.

-         J’aimerais tout savoir maintenant mon cœur…. Tout, de A à Z, tout ce que je ne sais pas, tout ce que tu m’as caché… J’ai besoin de comprendre la situation dans son ensemble, du moment où ce type est apparu devant toi pour la première fois jusqu’à hier soir.

Je suis tellement apaisée par son comportement, je me sens tellement en confiance, que je lui raconte tout. Je n’omets aucun détail, aucun message, rien. Il apprend tout, de notre relation à l’orphelinat, en passant par le fait qu’il me surnomme « bébé », jusqu’aux baisers qu’il a posé sur mon dos après son massage et qui m’ont perturbé. Je n’ai plus aucun filtre face à lui, dire la vérité me soulage, j’extériorise des mois de plus ou moins gros mensonges, des semaines d’angoisse. Je lui raconte même mes mensonges à Julia, Alma et Eden… mon travail à l’usine, ma radiation de l’université, mon téléphone que j’ai cassé en voyant qu’il ne m’avait pas envoyé de message.

Mon récit est si long que la nuit tombe, mais je crois que je suis aussi heureuse que lui de tout lui dire et il n’ouvre pas la bouche, pas une fois, il me laisse tout lui déballer en caressant mes mains avec tendresse.

*

J’ai terminé mon récit, il m’a immédiatement prise dans ses bras, parce que j’ai fondu en larme à la fin en lui promettant qu’il savait désormais absolument tout et que je ne le méritais clairement pas. Il m’a câliné jusqu’à ce que mes larmes sèchent, puis il m’a proposé de manger pendant qu’il réfléchissait à tout ce qu’il vient d’apprendre, ce que j’ai accepté. Nous sommes donc à l’ilot de la cuisine, il découpe pensivement des olives pour me faire un « poulet à l’olive » tandis que je me charge de les dénoyauter avant de lui donner.

J’ai la tâche simple, j’ai même un petit outil pour le faire, et heureusement, parce que je passe mon temps à regarder son visage avec inquiétude plutôt que ce que je suis en train de faire. Il est très rassurant de savoir que c’est lui qui tient le couteau, car j’aurais déjà perdu deux doigts.

Mais son mutisme m’inquiète trop et je craque :

-         Dis quelque chose ! couine-je.

Il hausse les sourcils en secouant doucement la tête, sans quitter sa découpe des yeux :

-         Que dire…, soupire-t-il.

-         Je t’en prie, gémis-je.

En entendant l’angoisse plus que présente dans ma voix, il pose son couteau pour se tourner vers moi en attrapant ma mâchoire délicatement :

-         Arrête de paniquer mon cœur. Je t’aime, et je te pardonne, tu peux respirer, affirme-t-il en me fixant droit dans les yeux. Pardonne-moi de ne pas avoir été clair mais encore une fois, je suis un peu secoué depuis hier soir…

Il se penche ensuite pour m’embrasser et j’attrape ses joues pour le garder contre moi alors que la vague de soulagement me déferle enfin dessus une bonne fois pour toutes. Nous reprenons notre repas quelques minutes plus tard, quand mon corps est enfin apaisé des pieds à la tête et que je me blottis contre lui pour terminer.

Ce n’est que lorsque nous passons à table que je réaborde le sujet :

-         Et qu’est-ce que tu penses de tout ce que je viens de te dire ? demande-je.

-         Je pense que ce type est complétement fou de toi Hestia…, commente-t-il simplement.

-         Non, je t’assure que tu te trompes, il n’y a que de l’amitié entre lui et moi.

-         Oui, de ton côté … mais pas du sien.

-         Non vraiment, j’en suis sûre ! le rassure-je vivement en hochant la tête.

Il lève les yeux au ciel et je me fige un peu, ce qu’il remarque puisqu’il me rassure :

-         Arrête de t’inquiéter Hestia, je t’en prie… Je t’assure que je te fais confiance, que je ne t’en veux plus. Maintenant que je sais tout, et que je te connais comme je te connais, je comprends sincèrement tout ce qui t’a poussé à agir comme tu l’as fait. Tu ne m’enlèveras pas de la tête que ce gars est amoureux de toi mais tu n’es visiblement pas prête à l’entendre ou à y croire, ce qui ne m’étonne pas non plus… Alors peu importe, tout ce qui compte pour moi est que tu ne ressentes rien pour lui et je suis même heureux d’être sûr que tu n’as pas conscience de ses sentiments… Ça enlève tout le côté très limite de la chose, tu pensais sincèrement aider ton « frère de cœur », sans arrière-pensées, sans ambiguïté…

J’ouvre la bouche pour le contredire mais il m’arrête d’un geste pour reprendre :

-         C’est ce que j’en pense, il ne sert à rien d’essayer de me convaincre tout comme je ne te convaincrai pas que j’ai raison. Mais je sais maintenant à quoi m’en tenir, je constate simplement que tu es plongée jusqu’au cou dans une relation plus que toxique et ça ne m’enchante pas, mais c’est comme ça… et je serai là pour toi Hestia, quand ce dingue te fera une crise, quand il essaiera par un moyen ou un autre de te faire revenir vers lui ou de t’éloigner de moi… Je ne bougerai pas, tu pourras toujours compter sur moi, venir toquer à ma porte à n’importe quelle heure, venir chercher mon aide même si tu me snobes depuis des semaines… Je serai toujours là pour toi mon cœur, comme je te l’ai promis… Je ne m’attendais simplement pas à cet élément perturbateur entre nous.

-         Il n’est pas toxique…, réponds-je mollement.

Il me lance un regard appuyé et je baisse le nez en rougissant, puisque je sais bien qu’il l’est sur quelques aspects.

-         Il est mon frère…, murmure-je piteusement.

-         Oui, j’ai bien compris, et ça m’emmerde.

Je relève des yeux penauds sur lui, mais il soupire simplement en nous resservant du vin, l’air profondément contrarié par l’existence de Kai.

-         Merci d’être si compréhensif, glisse-je.

Il a un petit rire et j’ai enfin le bonheur de revoir ses beaux yeux malicieux que j’aime tant, ce qui me donne un sourire resplendissant.

-         Comment pourrais-je ne pas l’être ? Je t’aime de tout mon cœur Hestia, je compte bien t’épouser un jour et passer toute ma vie avec toi… J’ai bien compris qu’il allait falloir que je compose avec cet enfoiré et toutes les folies qu’il risque bien de nous faire vivre. Parce qu’il n’acceptera pas notre relation, ça, je te le garantis.

-         Je sais bien…, soupire-je. Il a toujours été si protecteur avec moi, il ne supportait pas qu’un garçon m’approche à moins de cinq mètres…

-         Je suis protecteur avec toi, il est possessif…, nuance-t-il.

-         Sans doute, admets-je en triturant mon poulet pourtant délicieux.

-         Ce n’est pas grave, nous composerons avec, déclare-t-il d’un ton ferme en hochant la tête.

-         Merci… Peut-être que vous vous entendrez un jour…, dis-je avec espoir.

-         Ne compte pas trop là-dessus si tu veux mon avis ! rit-il.

-         Tu n’en sais rien… Il se calmera peut-être avec le temps, il acceptera que nous nous aimons… et tu es parfait, tu feras des efforts s’il en fait, je le sais ! affirme-je en souriant.

-         Sans doute, j’ai toujours été trop gentil… Winston avait pratiquement peur que ce défaut n’entrave mon boulot…

-         Et c’est le cas ?

-         Tu imagines bien que non puisque j’excelle dans ce que je fais, réplique-t-il avec un sourire de sale gosse. J’ai fait la part des choses, il y a moi, Hunter dans ma vie privée… et mon alter ego lorsque je travaille… Où je dois mettre de côté ma gentillesse pour être efficace et surtout agir avec justesse.

-         Agir avec justesse ?

-         Agir en prenant en compte les faits, la logique, prendre les bonnes décisions… sans me faire influencer par ma gentillesse débordante ! rit-il.

-         Ta gentillesse débordante… surtout lorsque tu es à deux doigts de frapper Kai ! glousse-je.

-         Ça se voyait tant que ça ? s’amuse-t-il.

-         Je te connais par cœur mon amour, j’ai vraiment cru que tu allais le tuer !

-         Il est rare que je reste si calme face à quelqu’un d’aussi agressif… c’est sans doute parce que tu étais au milieu… et puis je ne voulais pas être celui qui tabasserais l’autre, j’imaginais déjà que tu m’avais quitté pour lui, inutile de passer pour le méchant pour te prouver que tu avais fait le bon choix.

-         Tu n’es quand même pas si agressif, je ne peux pas t’imaginer tabasser quelqu’un ! pouffe-je.

-         Tu serais étonnée mon cœur…, répond-il simplement en se levant pour débarrasser nos assiettes.

J’hausse un sourcil en le dévisageant, plutôt étonnée par ce qu’il vient de dire mais pas inquiète pour deux sous. Je trouve ça même plutôt séduisant, imaginer qu’il se soit déjà battu, qu’il n’ait pas peur de se jeter dans la mêlée et que ses compétences ne s’arrêtent pas simplement au gymnase…

 

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