Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 108 : La lumière au bout du tunnel

3192 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/05/2026 15:17

Chapitre 108 : La lumière au bout du tunnel


Lorsque je me réveille pour de bon, il fait déjà nuit. Je sais que j’ai émergé plusieurs fois au cours de la journée mais j’ai si peu dormi cette semaine que je me suis rendormie systématiquement. J’ai littéralement passé ma journée entière à dormir pour récupérer et je me sens enfin en pleine forme.

Dès que j’ouvre des yeux groggy, je sens des caresses sur mon dos nu, jusqu’à la couette que Kai a visiblement passée sur mes jambes jusqu’au creux de mes reins. Je ne m’habitue définitivement pas à son nouveau comportement et je souris donc.

-         J’ai bien cru que tu avais cané à un moment, plaisante-t-il.

-         J’étais épuisée, soupire-je en riant un peu.

Je fronce les sourcils dès que mes yeux font la mise au point et que je constate qu’il est propre. Ses cheveux longs sont attachés comme toujours, mais ils sont soyeux, sa barbe est fraichement rasée et il porte uniquement un pantalon de jogging propre. Son visage est frais, et si l’on exclut son torse, ses bras, ses mains et son cou intégralement recouvert de tatouage brouillons de prisonnier, il fait très normal. Il a l’air plus en forme que depuis que j’ai l’ai retrouvé il y a quelques mois.

-         Et bien… tu brilles, commente-je.

-         Toi aussi, mais c’est parce que tu es encore pleine d’huile, m’embête-t-il.

Je glousse un peu en me redressant sur les avants bras et je réalise mon erreur à temps.

-         Retourne-toi, que je me rhabille ! couine-je.

Il rit mais il obéit et je remets rapidement mon soutien-gorge et mon pull.

-         Je vais rentrer chez moi me doucher, annonce-je.

-         La douche cinq étoiles ne te tente pas ? se moque-t-il.

-         Pas vraiment… Et puis j’aimerais me changer, acheter à manger, prendre de quoi nous occuper aussi…

Je me lève et il me raccompagne à la porte :

-         Tu veux bien me prendre des clopes tant que tu y es ? demande-t-il avec hésitation.

Je lui lance un regard plissé et il lève les mains :

-         J’estime que j’ai bien le droit à un paquet pour bon comportement ! se défend-il. Je suis en train de me sevrer pour toi Hestia ! Je mérite bien une clope !

-         On verra, marmonne-je.

Dix minutes plus tard, je suis chez moi et je suis soulagée de ne pas y trouver Julia. Je me lave avec application, me savonnant deux fois pour enlever l’odeur de l’huile piquante de mon dos et en sortant, j’enfile une tenue confortable puis j’attrape mon ordinateur. Sur le chemin pour retourner voir Kai, je prends à manger et je lui achète ses fichues cigarettes, puisque j’estime qu’il est plus prudent de combattre un seul démon à la fois.

Je lui cache cependant mon achat, pour voir sa réaction, et je suis étonnée de voir qu’il ne râle pas, il ne commente même pas en imaginant que je ne lui en ai pas pris, ce qui m’encourage à être clémente avec lui. Alors après notre repas, je sors le paquet :

-         Je te préviens, ta consommation sera surveillée ! Une seule par jour.

-         Trois ! négocie-t-il.

-         Deux, c’est à prendre ou à laisser, réplique-je.

-         Je prends.

Après quelques discussions, nous décrétons que ce sera l’occasion pour lui d’avoir le droit à une petite sortie, puisque je refuse catégoriquement qu’il fume à l’intérieur. Il est presque inquiet à l’idée de mettre un pied hors de la chambre et il exige que je lui tienne la main pour l’empêcher de se sauver en courant. Je sais bien qu’il ne le fera pas, mais je suppose que ça le rassurera quand même, alors je le laisse attraper ma main, qu’il serre fort dans la sienne, puis nous sortons devant la porte.

Prendre un peu d’air frais lui fait tellement de bien qu’il en oublie la raison de notre sortie. Il passe cinq bonne minutes à respirer l’air pur, à savourer le vent sur son torse nu et le frais de la nuit tandis que je le couve avec mes yeux les plus fiers en réalisant un peu mieux ce qu’il vient de traverser. Il fume ensuite sa cigarette, sans lâcher ma main, et lorsque nous rentrons dans la chambre, il me demande si nous pouvons ouvrir la fenêtre pour qu’il respire encore un peu l’air.

J’accepte, et alors qu’il reste torse nu allongé sur la couette, je m’emmitoufle dedans pour survivre au froid glacial de cette fin janvier tandis qu’il lance un film sur mon ordinateur portable.

Cette soirée me rappelle vraiment l’orphelinat. Être avec lui, regarder un film, écouter ses remarques toutes les cinq minutes alors qu’il commente chaque scène… Rire quand il dit n’importe quoi, soupirer quand il critique… Tout ça était mon quotidien et c’est un bonheur de passer un temps aussi serein avec lui.

Nous passons notre weekend comme ça, le même emploi du temps répétitif et rassurant. Nous mangeons des fast-food, nous regardons des films, je l’accompagne fumer deux fois par jour sur le pas de notre porte sans qu’il n’exagère et nous discutons beaucoup, majoritairement de moi et de mes études. 

*

Je rallume mon téléphone le lundi peu avant midi, alors que Kai dort encore puisque nous nous couchons plutôt très tard. Je prends le boulot dans une heure, et je viens de me doucher dans la petite salle de bain que j’ai nettoyé de fond en comble hier.

Je suis assise devant la porte de la chambre, sur l’espèce de petit trottoir qui délimite les accès aux portes, je prends le soleil hivernal du jour en me préparant mentalement à reprendre le travail.

Dès que mon portable s’allume, les notifications envahissent l’écran. J’ai des messages de tous mes amis et je lis leurs derniers envois. Alma s’inquiète de n’avoir aucune nouvelle, Eden est mort d’inquiétude, puisque ni Alma, ni Hunter n’a de mes nouvelles et Julia me demande si tout est reparti avec chouchounet puisqu’elle ne m’a pas vu depuis des jours.

Je rassure rapidement Alma et Eden, en leur disant que tout va bien, que j’ai des petits problèmes personnels à gérer dont je ne veux pas parler, puis je confirme à Julia que tout roule avec « chouchounet » et que je passe tout mon temps chez lui.

Je garde Hunter pour la fin, et ma gorge se noue lorsque j’ouvre notre conversation pour y lire ses messages.

Vendredi

22h02 : « Je peux espérer te voir ce weekend ? »

23h50 : « Passe une bonne nuit… »

Samedi

9h36 : « Tu me manques… Tu me manques tellement bordel… Je t’aime mon amour. »

03 appels manqués.

20h12 : « Je deviens fou Hestia, je t’en prie, si tu m’aimes, envoie-moi quelque chose, n’importe quoi… J’attends de tes nouvelles… Je t’en PRIE. »

05 appels manqués.

Dimanche

02h24 : « Tu me manques… »

Il a visiblement abandonné lorsqu’il n’a pas reçu de réponse après m’avoir supplié, puisque je n’ai rien reçu depuis la nuit de samedi à dimanche. Je tape plusieurs messages, que j’efface systématiquement, puisque je ne sais pas quoi lui dire. Je sais que peu importe ce que je lui enverrai, il risque de m’appeler dans la seconde et je ne pourrai pas répondre, je ne pourrai pas justifier mon comportement ni mon absence… je ne me sens pas de dire à Kai que je le laisse, encore moins en sachant que c’est pour voir Hunter… Tout ça est trop compliqué à gérer pour moi, ça me panique, ça me ronge littéralement alors je préfère tout simplement fermer la porte, replonger dans le déni les deux pieds en avant.

J’éteins mon téléphone et je rentre chercher les clés de voiture de Kai.

*

La deuxième semaine de sevrage n’a rien à voir avec la première.

Nous avons notre rythme depuis ce weekend, nous sommes rôdés et tout va mieux. Je rentre du travail vers vingt-deux heures, nous mangeons en discutant de ma journée, nous sortons prendre l’air, puis nous regardons des films jusqu’à pas d’heure avant de nous lever le lendemain en fin de matinée, peu de temps avant que je ne parte travailler. Quand je travaille, Kai a des livres pour s’occuper, puisque les films ne sont autorisés que le soir quand je rentre.

Je n’allume mon téléphone que rarement, mais c’est toujours le matin, quand Kai dort et que je prends ma petite dose d’Hunter, qui me laisse encore des messages. Je ne lui réponds pas mais j’aime plus que tout lire ses mots, où il me dit qu’il m’aime et que je lui manque. Ses sms sont de plus en plus concis, ses appels s’espacent, mais ça reste un bonheur d’avoir ces petits signaux de lui.

Mon salaire hebdomadaire nous paye nos repas, une semaine de plus au motel et je mets le reste de côté pour son patron. Le weekend suivant arrive, et je me force à ne pas allumer mon téléphone, puisque j’imagine bien qu’Hunter risque de doubler voire tripler ses messages et ses appels pour espérer me voir, savoir si je me rends au cours d’auto-défense ou ce genre de choses.

Je laisse donc les jours passer, je me repose de ma semaine de travail dans cette fichue usine que je ne peux plus voir en peinture et le lundi arrive. Kai ne se sent pas encore d’aller chercher du travail, il préfère rester quelques jours de plus en isolement et je ne dis rien, puisque même si j’avais prévu qu’il travaille dès la troisième semaine, je ne suis pas dans son corps et je ne peux donc pas juger de comment il se sent.

Je rallume mon téléphone le jeudi matin, et je me prends deux claques d’une violence phénoménale.

La première est lorsque j’ouvre pour la première fois le site de l’université depuis mes absences. Je découvre que puisque j’ai raté des examens, j’ai obtenu des zéro, et même si je m’y attendais, les voir dans mes notes en ligne me bouleverse. En revanche, le point terriblement inquiétant est le mail du secrétariat, qui m’annonce que je suis virée de l’université pour avoir raté mes TD où la présence est obligatoire, contrairement aux cours magistraux. Je n’avais pas pensé une seconde à l’assiduité et je sais déjà qu’il faut que je fonce au secrétariat dans l’heure pour récupérer ma place à tout prix. 

Je ne peux même pas décrire la quantité de stress que ça déverse dans mes veines, j’en suis comme figée, je ne peux pas intégrer que je sois rayée de l’université alors que j’ai organisé toute ma vie pour ce moment. J’ai un pic d’angoisse si fort qu’il me terrasse, et que je fais donc la seule chose qui pourra me calmer suffisamment pour tenir le coup et aller plaider ma cause au campus : j’ouvre la conversation d’Hunter.

C’est alors que la deuxième claque me percute, quand je découvre que je n’ai pas de nouvelles de lui.

J’ai du mal à réaliser qu’il ne m’a pas envoyé de message de tout le weekend, alors que j’imaginais qu’il me harcèlerait presque. Non, son dernier message date du jeudi, soit il y a une semaine, où il m’a simplement envoyé qu’il espérait que j’aille bien. Je l’avais vu et ça m’avait réchauffé le cœur sur le moment, mais maintenant que je sais que c’était son dernier message pour moi, je le perçois complétement différemment et je réalise que ce message n’est pas un « je t’aime » ni un « tu me manques » … C’est un message gentil, prévenant, mais potentiellement très amical, comme pour me souhaiter une bonne continuation alors que je l’ignore depuis bientôt trois semaines.

Dès que mon esprit ouvre à peine la porte de la possibilité qu’il soit passé à autre chose, la terreur qui me saisit est si forte que des paillettes dansent devant mes yeux et qu’une envie de vomir me retourne l’estomac.

Mon angoisse atteint des sommets, moi qui pensais qu’ouvrir sa conversation me rassurerait après avoir été virée de l’université, je me suis fourré le doigt dans l’œil.

 Ma peur panique triple, entre la fac et ma peur de perdre Hunter, je deviens tellement dingue que j’en jette mon téléphone à plusieurs mètres, comme si mon portable m’avait brûlé les mains, et il s’éclate dans un bruit sinistre alors que la terreur envahit chacun de mes pores.

C’est trop de mauvaises nouvelles, trop de peur, trop de claques, le sentiment que j’ai trop déconné ces dernières semaines et je ne supporte plus de rester plantée là alors que ma vie est en train de partir en fumée. En urgence absolue, je fonce prendre les clés de la voiture pour foncer à l’université avant le travail.

*

Le vendredi, alors que j’effectue mes tâches habituelles au travail, j’arrive à mettre mon cerveau sur pause puisque j’ai réussi à régler le plus important ce matin : ma place à l’université. Après avoir pleuré hier au secrétariat, on m’a simplement dit qu’il fallait que je justifie mes absences pour rester inscrite. Alors ce matin, je suis retournée au campus avec des duplicata de mes contrats de travail, et dieu merci, l’université est largement clémente avec les étudiants qui travaillent.

Il n’y a donc plus de soucis, mes absences pour ces trois dernières semaines sont justifiées et je n’ai pas à m’en faire, ma place est conservée. On m’a même proposé de repasser les deux examens que j’ai raté dans des séances de rattrapages ce lundi soir. J’ai accepté, mais je ne risque pas de briller, puisque je n’ai pu ouvrir un seul cours depuis des semaines… Enfin, j’imagine que j’aurai tout de même un peu plus que des zéro et que ça pourra remonter un peu ma moyenne, alors j’en suis tout de même très heureuse.

Pour Hunter, c’est plus compliqué mais j’ai réussi à me calmer un peu pour rester dans le déni. Je ne peux pas écarter le fait qu’il soit tout simplement en voyage d’affaires depuis jeudi et qu’il n’ait donc pas forcément le temps d’envoyer des messages qui resteront sans réponse…

Et même s’il ne travaillait pas, je ne peux pas lui en vouloir et je ne peux pas jouer les étonnées non plus… Hunter n’est pas un robot dont la seule utilité est de m’aimer moi, la reine Hestia. Il est normal qu’il ralentisse le rythme de ses messages, normal qu’il arrête d’appeler un numéro qui ne répond jamais. Je ne l’ai pas vu depuis trois semaines, je ne lui parle plus non plus pratiquement depuis ce moment-là, je l’ai juste abandonné du jour au lendemain sans une foutue explication.

Je suis la seule fautive dans cette histoire et je préfère me concentrer sur le fait que d’ici très peu de temps, Kai sera prêt, il pourra sortir de cette fichue chambre de motel pour reprendre une vie, pour travailler à ma place afin de rembourser ses dettes et que je pourrai reprendre ma vie. J’irai voir Hunter, je le supplierai de me pardonner pendant des heures et tout ira pour le mieux.

C’est en tout cas l’option que je préfère imaginer, mais ça ne m’empêche pas d’être plus malheureuse que les pierres. Je ne peux même pas vérifier s’il m’a renvoyé des petits messages depuis hier, puisque j’ai cassé mon téléphone comme une idiote… il est définitivement temps que j’arrête de foutre ma vie en l’air, de regarder ma moyenne se détériorer, d’ignorer les amis que je me suis faits, de briser le cœur d’Hunter… J’ai aidé Kai et je ne le regrette pas, mais je décide tout de même de reprendre ma vie en main dès lundi, parce que je suis au fond du trou.

L’après-midi est long, interminable, il est incontestablement le plus difficile de tous parce que même si je tiens la route physiquement désormais, mon moral est au plus bas. J’ai comme un contre-coup de tout ça, un poids énorme sur la poitrine, une tristesse qui ne me quitte pas et je suis plus qu’heureuse lorsque je termine ma journée et que je peux enfin retourner me terrer vers Kai, qui me réconfortera pour sûr, ce dont j’ai cruellement besoin.

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