Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 109 : Premières sorties pour Kai
3907 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 15/05/2026 12:39
Chapitre 109 : Premières sorties pour Kai
Lorsque je passe la porte de notre chambre vers vingt-deux heures, je m’arrête sur le seuil en voyant qu’elle brille comme un sou neuf. Kai sort de la salle de bain avec un sourire radieux, torse nu comme toujours, mais avec un jeans. C’est un jeans noir, déchiré, mais c’est tout de même la tenue la plus habillée qu’il ait mise depuis que nous sommes ici.
- La femme de chambre est passée ? m’étonne-je.
- Non, c’est moi.
Je fronce les sourcils, me demandant où il a bien pu trouver de quoi nettoyer et il s’explique :
- Elle est venue toquer, précise-t-il. Je lui ai demandé si je pouvais nettoyer à sa place, que j’en avais envie, que ça me ferait du bien de m’activer un peu…
- Vraiment ?
- Ouai, et c’est le cas… J’ai tout ouvert pour aérer, tout frotté comme tu le fais… ça m’a fait un bien de dingue.
Mes sourcils se perchent jusqu’au-dessus de ma tête et j’ouvre les bras automatiquement. Il trottine joyeusement jusqu’à moi pour m’enlacer, visiblement très fier de lui et je me laisse serrer contre son torse en observant encore la chambre, qui est drôlement propre pour dire que c’est lui qui l’a fait.
- Je n’en reviens pas, souffle-je.
- Arrête de te foutre de moi bébé ! rit-il en me serrant un peu plus fort.
- Je ne me fiche pas de toi, je suis sincèrement surprise. Tu te rends compte de l’état dans lequel j’ai trouvé ton appartement la première fois que j’y ai mis les pieds ?
Je recule ma tête de son torse pour lui lancer des yeux plissés et il affiche une petite moue hésitante :
- Ne me juge pas pour ça… Pour être franc avec toi, je ne m’en souviens même pas… Je planais constamment bébé, maintenant que j’ai l’esprit complétement clair, tout ça m’apparait comme un drôle de rêve…
- Il ne vaut mieux pas que tu t’en souviennes. Ce qui compte, c’est ta nouvelle vie, affirme-je en lui souriant.
Il attrape ma tête d’une main pour embrasser ma joue férocement et je me laisse faire en souriant jusqu’aux oreilles. Comme d’habitude, il m’embrasse plusieurs fois, jusqu’à en descendre vers ma gorge où je l’arrête en me tortillant et en gloussant à cause des petits guilis que ça me fait, ce qui le fait toujours rire.
- Tu t’es douché, remarque-je en passant mes doigts sur ses cheveux encore humide.
- Ouai… je… je suis allé dans une salle de sport ce soir.
- Quoi ?! Tu es sorti ?!
- Je suis passé par la fenêtre, ça m’a fait tellement de bien de me bouger le cul en nettoyant que j’ai eu envie de plus. J’avais repéré une salle de sport quand nous sommes venus, elle est genre à cinquante mètre… Je me sentais de sortir alors j’y suis allé… On m’a laissé m’entrainer gratuitement en tant que séance d’essai.
- Et ?? le presse-je.
- Et rien, putain ça m’a fait du bien et je n’ai pas eu la moindre envie de merder ! Je ne pense pratiquement plus à la came, enfin ça me traverse l’esprit souvent mais je mets ça dans un coin de ma tête et basta.
- Oh mon dieu Kai ! couine-je comme une petite souris.
Il pose ses doigts sur ses oreilles en fronçant le nez pour m’embêter et je ris comme une bécasse, complétement euphorique à l’idée qu’il soit sorti d’ici sans faire de bêtises.
- Je suis tellement fière de toi ! piaille-je encore.
- Je t’en prie bébé, pense à mes oreilles ! se moque-t-il.
Ça ne l’empêche pourtant pas d’attraper ma tête à deux mains lorsque je me hisse sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue en continuant de piailler tous les compliments que je connaisse, alors qu’il rit avec des yeux heureux.
J’étais triste, au fond du trou, et il vient de me remonter le moral avec la plus grande efficacité. C’est exactement ce dont j’avais besoin aujourd’hui : une foutue bonne nouvelle.
- Pour fêter ça, je te propose que nous commandions des pizzas ce soir ! Je sais que tu adores ça ! roucoule-je.
- Tu sais comment me séduire, réplique-t-il avec des yeux conquis.
- Bien sûr que oui ! glousse-je en attrapant la carte de la pizzeria sur notre petit bureau.
- Et si on mangeait sur place ? propose-t-il.
- Tu te sens prêt ?
- Bien sûr, après tout, je viens d’aller me heurter à la liberté à la salle de sport...
Je suis plus que rayonnante et il attrape un tee-shirt noir pour l’enfiler tandis que je me change pour mettre une robe dans la salle de bain. Quelques minutes plus tard, il attrape les clé de sa voiture et j’ai un mouvement d’arrêt mais il secoue la tête en me souriant :
- Si tu imagines que je vais te laisser conduire ma caisse maintenant que je suis clean… Je devais vraiment être au fond du trou pour t’avoir laissé prendre le volant.
*
C’est un sentiment étrange que de rentrer dans une pizzeria avec lui après ces drôles de semaines. Il me tient par la taille, serrée contre son torse, le visage légèrement hostile et pourtant, il ne m’a jamais semblé aussi apaisé. Je ne me lasse pas de son visage plein de couleur et frais, de ses mains qui ne tremblent pas, de sa démarche calme… Il est tellement différent, c’est à peine croyable.
Nous patientons devant le petit comptoir avec quelques personnes, le temps qu’un serveur viennent nous placer. Je me détache de lui pour aller observer les plats, puisque le restaurant ne propose pas que des pizzas et je suis en pleine hésitation entre deux plats de pâtes lorsqu’un homme me rentre dedans en reculant, alors qu’il faisait l’idiot avec ses amis. Il me lance un regard hilare et je lui souris poliment en me décalant sur le côté.
Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il se passe qu’un bras tatoué attrape le col de l’homme qui vient de me percuter pour le tirer violemment.
- Bordel tu peux pas faire attention ?! s’énerve Kai.
- Quoi… ? balbutie le pauvre homme qui ne comprend pas ce qui lui arrive.
- Tu viens de lui rentrer dedans, tu t’excuses putain ! aboie-t-il.
- Kai ! Ce n’est rien ! interviens-je.
- Je ne l’ai même pas vue…, répond l’homme en ouvrant de grands yeux inquiets alors qu’il est pratiquement suspendu par le col.
- Et bien ouvre tes putain d’yeux ! Parce que si tu la bouscules encore une fois, si tu l’effleures même, j’arrache ta foutue tête ! crie-t-il en le secouant.
Tout le restaurant a évidemment les yeux braqués sur nous, Kai le tient tout près de lui avec un regard absolument terrifiant et l’intégralité des clients sont complétement inquiets face à cet homme à l’allure inquiétante qui crie avec férocité.
- Excusez-moi ! braille le pauvre homme en me lançant un regard de détresse.
- Mieux que ça !
- Kai ! Non mais ça ne va pas la tête ?! m’exclame-je en sautant sur son bras.
J’essaie de le détacher du col de sa victime mais il n’y a rien à faire, il a une poigne de fer, il ne me lance même pas un regard alors qu’il le fusille de ses yeux les plus assassins. Son visage est transformé, comme je ne l’ai pas vu depuis des semaines et je dois bien admettre que lorsqu’il affiche cette tête… il est effrayant bon sang.
- Kai ça suffit je t’en prie ! supplie-je.
Mon ton le ramène sur terre parce qu’il tourne enfin le visage vers moi :
- Ce connard vient de te bousculer sans même s’excuser ! Putain ce n’est pas comme ça qu’on traite les femmes, encore moins la mienne ! aboie-t-il.
- Je suis désolé mec ! Désolé d’accord ?! Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas fait attention, je riais et elle m’a souri ! se défend l’inconnu.
- Qu’est-ce que tu lui as souris toi aussi ?! s’agace-t-il en relâchant enfin sa poigne.
J’en profite pour détacher sa main et le groupe d’amis déguerpi le plancher à toute vitesse du restaurant. Pour l’apaiser, je garde la main de Kai dans la mienne, j’enlace même mes doigts aux siens pour les serrer puisque je sais que c’est le moyen le plus rapide pour le faire redescendre en pression.
- Kai ce n’est rien bon sang ! chuchote-je avec animation. Tu ne peux pas attraper le col de tous les hommes qui me bousculent sans s’excuser ! C’est du délire, il n’était pas méchant, simplement inattentif !
- Je me fous qu’il t’ait bousculé bordel, ça arrive ! Je ne supporte pas qu’il ne se soit pas excusé ! râle Kai en se calmant enfin.
Un serveur nous approche à tout petit pas, en dévisageant Kai avec des yeux craintifs :
- Vous souhaitez manger sur place ? demande-t-il d’une petite voix.
- Ouai, répond Kai avec mauvaise humeur.
- Oui s’il vous plait, glisse-je avec toute ma politesse et mon sourire le plus contrit.
Il s’incline avant de nous emmener à une petite table, bizarrement située à un bout de la salle où il n’y a aucun client. Kai s’assoit en respirant bruyamment, tentant toujours de calmer ses nerfs et je m’installe en le dévisageant avec inquiétude.
- Quoi ? Je t’ai fait peur ?! s’exclame-t-il avec des yeux ronds lorsqu’il voit ma tête.
- Tu ne m’as pas fait peur… tu me… je suis…, murmure-je d’une petite voix.
Il se penche immédiatement en avant pour se rapprocher de moi en prenant ma main sur la table, les yeux redevenus tout doux et soucieux.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il à voix basse.
- Tu … n’as rien … pris ? Tu me le promets ? Quand tu es sorti tout à l’heure ?
- Quoi ?! Mais pourquoi tu me demandes ça bébé ? Tu ne me fais pas confiance ? demande-t-il en reculant jusque dans son dossier sous le choc.
- J’aimerais… et j’avais confiance mais… je ne sais pas, je ne t’ai pas vu t’énerver ni faire cette tête depuis… avant, admets-je d’une petite voix. Si tu as rechuté ce n’est pas de ta faute, mais il faut me le dire…
Il croise les mains devant sa bouche alors qu’il est secoué d’un petit rire en observant par la fenêtre sur sa droite. Il rit encore un peu en suivant les voitures qui roulent dans la rue tandis que je l’observe, tendue au maximum dans l’attente de sa réponse. Lorsqu’il repose les yeux sur moi, ils sont loin d’être coupables, ils sont aussi rieurs que blasés :
- Bien sûr que non bébé, je n’ai rien pris du tout.
- Alors pourquoi tu ricanes ?
- Parce que ça me bute de me dire que tu t’es imaginé que je serais devenu un gentil petit gars en arrêtant de me droguer… Il n’y a que toi pour croire à ce genre de bêtises de conte de fée… Le monstre qui rompt la malédiction et qui se transforme en beau prince…
Il rit encore et je me déride, parce que je sais qu’il me dit la vérité. Je glousse un peu et il pose ses yeux les plus doux sur moi :
- Je ne suis un gentil qu’avec toi bébé, tu devrais le savoir depuis le temps. Si je ne me suis pas énervé depuis trois semaines, c’est probablement parce que je n’étais qu’avec toi… sûrement pas parce que j’ai décroché.
- Alors quoi ? Tu vas me faire des scandales à chaque fois qu’un homme me bousculera ?
- A chaque fois qu’un homme t’effleurera tu veux dire, lâche-t-il avec son sourire le plus insolent et malicieux.
Je secoue la tête doucement malgré un sourire sur mes lèvres :
- Tu es complétement givré Kai, tu le sais ?
- Ça fait des années que je te dis que tu me rends fou. Arrête de croire que je ne dis que des conneries, réplique-t-il.
- Je ferais bien de m’éloigner alors, siffle-je avec humour.
- Je ne suis pas givré quand tu t’éloignes, je suis complétement taré, c’est bien comme ça que je suis tombé pour de bon dans toutes ces conneries.
- Alors quelle est la solution ?
- Ne t’éloigne plus.
Nous nous sourions avant de porter nos attentions sur les menus.
Notre intrépide serveur vient quelques minutes plus tard prend nos commandes et je me retiens de rire jaune lorsque je vois l’obséquiosité qu’il déploie en s’adressant à nous, sans doute pour éviter que Kai ne s’énerve encore. Nous discutons à peine dix minutes avant qu’on nous emmène nos plats et une fois de plus, je me demande s’ils ne nous ont pas fait passer en priorité pour que Kai déguerpisse au plus vite de l’établissement. Ça me rend un peu triste, mais je dois dire que je peux les comprendre quand je regarde avec objectivité mon accompagnateur. Il a vraiment une tête de mauvais garçon, de type louche même… Sans même parler de son coup de sang, il est vraiment impressionnant, dans le mauvais sens malheureusement… J’ai même bien l’impression que l’immense majorité des clients me dévisagent, comme s’ils se demandaient ce que je fiche avec un mec comme ça alors que Kai donnerait sa vie pour la mienne sans hésiter…
- Alors mon petit bébé ? Tes pâtes te plaisent ? demande-t-il gentiment.
- Oui, elles sont délicieuses. Je ne te retourne pas la question, tu as englouti tout rond trois fois cette même pizza ces dernières semaines…
- C’est clair, je te rembourserai tout ça quand je bosserai…
- Ça tombe bien que tu en parles, je voulais aborder le sujet avec toi… Je… Je ne t’en ai pas parlé avant de voir si je pouvais régler le problème parce que je sais que tu te serais senti trop coupable sinon mais… j’ai plus ou moins été virée de la fac avec mes absences. J’ai rectifié le tir ne t’inquiète pas, mais je… il serait temps que j’arrête de travailler et que je reprenne les cours… Je ne veux pas trop baisser ma moyenne, il me faut un excellent dossier pour avoir le master que je veux et je suis en train de perdre le fil c’est…
- Bébé, me coupe-t-il. Il n’y a aucun problème, tu peux reprendre les cours, je me sens bien je t’assure. Je sais que je peux le faire, que je peux aller me chercher du taff … Je me sens clean, motivé, et je t’ai avec moi… je sais que je vais y arriver cette fois.
- Tu en es sûr ? Vraiment sûr ? Je peux sans doute prendre une semaine de plus… J’ai des exam lundi soir mais à part ça…, continue-je.
- Non ! me coupe-t-il encore. Hors de question ! Tu retournes en cours lundi, c’est réglé ! Tu m’as déjà bien assez aidé, si j’arrive à sortir pour soulever de la fonte et bouffer une pizza, tu imagines bien qu’il est hors de question que tu retournes dans ce boulot de merde ! La seule question va être de savoir si quelqu’un voudra bien de moi…
- Et bien figure-toi que j’y ai réfléchis cette semaine, je voyais bien que tu allais mieux, que tu remontais la pente… alors je me suis permise de t’inscrire à l’agence intérim… et j’ai parlé de toi dans mon usine. C’est un travail très compliqué, personne n’accepte ces contrats, c’est bien comme ça que j’ai eu le poste… Je n’étais qu’avec des types baraqués qui ne rigolent pas… alors j’ai parlé de toi à mon patron, j’ai dit que tu avais fait de la prison et il a dit que tant que tu remplissais tes tâches, il n’en avait « rien à foutre ».
- Sérieusement ? souffle-t-il en laissant retomber sa main sur la table alors qu’il allait croquer dans sa pizza.
- Oui sérieusement, je ne t’en ai pas parlé parce que je ne voulais pas te mettre la pression et que tu sortes trop vite, mais puisque tu dis que tu es prêt…
- Putain… tu es ma sauveuse bébé…, murmure-t-il.
- Mais non, tempère-je. Nous ferons ton CV demain après-midi au cas où, mais je pense qu’il y a de très bonnes chances que tu sois pris dans mon usi…
Une fois de plus, il adopte un comportement des plus inappropriés pour un restaurant, puisqu’il se lève brusquement pour se pencher au-dessus de la table et attraper ma tête pour m’embrasser sous toutes les coutures en riant d’allégresse. Je glousse comme une dingue en me débattant, complétement contaminée par son euphorie et je dois bien admettre que je me fiche royalement de tous les regards choqués que nous devons être en train de recevoir, ça m’amuse presque en fait.
- Rassieds-toi ! m’amuse-je. Ils vont tous croire que tu es en train de m’étrangler !
Il éclate de rire encore plus fort, son beau rire résonne dans la salle alors qu’il se rassoit sans se presser, complétement détaché de ce que tous ces gens peuvent bien penser de lui.