Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 106 : Le motel
Vers dix-neuf heures, j’attends Kai dans une rue un peu plus loin de chez moi, parce que j’avais peur que Hunter ne me suive. Le connaissant, surtout son côté protecteur, j’estime qu’il y a de bonnes chances pour qu’il l’ait fait, alors je suis montée chez moi avant de filer par une autre porte pour gagner le campus, que j’ai traversé jusqu’à en arriver à une ruelle déserte de l’autre côté.
Ces mensonges me rendent dingues, toute la situation me rend dingue. Je suis inquiète à l’idée qu’il me suive et me voie monter en voiture avec un homme qu’il ne connait pas, alors que c’est tout de même moi qui lui mens et qui devrais me sentir coupable. En tout cas, impossible qu’il me voie sans être à l’autre bout de la ruelle déserte dans laquelle je suis, alors je respire un peu mieux lorsque Kai se gare et que je vérifie une dernière fois que la grande ombre d’Hunter ne m’a pas suivi. Dès que je m’enfile dans la voiture, les mensonges continuent.
- Qu’est-ce que tu fous dans cette ruelle ? demande Kai.
- La copine chez qui j’étais habite dans le coin, invente-je.
- Ok. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Tu m’invites à dormir chez toi malgré ta coloc ou bien on passe une dernière soirée tous les deux avant que je ne disparaisse ?
- On va chez toi, affirme-je.
- Bébé, je vais me faire buter et il est hors de question que tu sois dans les parages au moment où ça arrivera. J’ai bien trop peur qu’on ne t’exécute toi aussi.
- Le rendez-vous avec ton patron est à vingt heures ?
- Oui.
- Alors tais-toi et roule.
Il hausse les sourcils, surpris par mon autorité, mais il doit être drôlement perturbé parce qu’il ne m’envoie pas bouler.
Hu : « Tout va bien ? »
He : « Très bien, ne t’en fais pas. »
Hu : « Ton problème est réglé ? »
He : « Bientôt, je t’aime. »
Hu : « Je t’aime aussi… »
Le trajet se déroule dans un silence de mort et lorsque Kai se gare, il est encore plus sur le qui-vive que d’habitude. Nous gagnons son appartement en trottinant, aussi inquiets l’un que l’autre. Dès que nous sommes chez lui, il croise les bras pour me faire face :
- Tu peux me dire ce qu’on fout là cette fois ?
- Prépare-toi un sac, un gros sac, avec toutes tes affaires pour t’installer dans un motel.
- Je n’ai pas un rond bébé.
- J’ai de l’argent, je t’avais dit que je trouverais une solution et je l’ai fait. Inutile de me demander d’où cet argent vient, ça ne te regarde pas et je ne te dirai rien.
Il insiste évidemment pendant toute la durée de la préparation de son sac, ce qui est la raison pour laquelle je ne lui ai pas dit d’entrée de jeu que j’avais de l’argent. Lorsqu’il arrive enfin à entendre que je ne lui dirai pas, il change de disque et me demande plutôt quel est mon plan. Je m’assois à sa table, où il me rejoint.
- J’ai trouvé un motel, où je vais t’enfermer jusqu’à ce que tu te désintoxique, annonce-je.
- Ça ne marche pas comme ça bébé…, soupire-t-il déjà.
- Si, bien sûr que si. Tu me l’as expliqué et j’ai tout prévu. J’ai de quoi payer une semaine d’avance, ce qui suffira selon toi pour absorber le temps où tu seras le plus sur les nerfs… Je vais t’enfermer dans la chambre, j’ai tout prévu Kai, j’ai même une avance pour ton patron, pour le faire patienter pendant cette semaine où je m’occuperai de toi.
Ses sourcils se froncent au fur et à mesure de mon récit.
- T’es pas sérieuse là ?
- Bien sûr que si. J’ai de quoi payer une semaine, une semaine pour ton patron et une semaine de motel…
- Bébé… je… c’est adorable, adorable vraiment. Mais… une semaine sera trop court je… C’est dégueulasse de te dire ça après tout ce que tu as mis en place pour m’aider, ça me retourne les tripes de te dire ça… mais si tu m’en avais parlé, j’aurais pu te le dire. La première semaine est la plus difficile, mais je ne pourrai pas sauter sur mes pieds dès le septième jour pour me remettre à dealer sans toucher à la cam et finir de rembourser mon patron… Ton plan est… incroyable mais… Je ne suis pas… ce n’est pas…
- Je travaillerai alors ! m’enflamme-je. J’irai dès lundi faire de l’interim, travailler au supermarché du coin, partout où on voudra bien m’engager ! Je peux largement me faire de quoi payer le motel une semaine de plus en une semaine de boulot Kai !
- Et tes études ?! s’écrie-t-il.
- Je me fiche de mes études ! On parle de toi ! hurle-je en sautant sur mes pieds.
- Il est hors de question que tu merdes dans tes études à cause de moi bébé ! Hors de question ! s’énerve-t-il en se levant si violemment qu’il en renverse sa chaise.
- Je ne raterai pas mes études parce que je manque les cours une semaine Kai ! Je suis première de ma promotion, je me débrouillerai !
Il m’observe quelques secondes en silence, comme pour sonder si je suis bien sérieuse, et j’affiche mon air le plus convaincant. Il est vrai que je me débrouillerai, je perdrai ma place de major, ça me brisera le cœur, mais il y a des choses bien plus grave dans la vie, et l’une d’elles est en face de moi.
- Ok…, cède-t-il finalement.
- Très bien. Alors voilà, nous aurons une semaine de délai auprès de ton patron, une semaine au motel pendant laquelle je me débrouillerai pour payer la deuxième… peut-être que ton boss acceptera de nous donner du temps en voyant que tu as donné deux grosses avances en deux semaines… S’il pouvait attendre la fin de la deuxième semaine, je suppose que tu serais suffisamment sevré pour travailler toi aussi… ?
- Un travail normal ? Loin de la cam ? Sans doute. Mais personne ne m’engagera bébé.
- Bien sûr que si. Nous irons aux entretiens ensemble, je dirai que je me porte garante de toi, je n’en sais rien ! Nous trouverons une solution, même si tu dois laver des toilettes avec ta langue, je préfère te prévenir. Je te connais par cœur, et je suis certaine que tu n’as pas cherché bien longtemps avant d’abandonner… Et puis tu étais à la rue, je ne te juge pas, je peux comprendre que tu aies sauté là-dessus. Mais cette fois, tu seras logé dans un motel, tu n’auras pas d’excuse pour ne pas te pointer à cinquante entretiens d’embauche jusqu’à ce que l’un d’eux fonctionne !
Il reste encore muet et je suis un peu surprise. Je le trouve drôlement docile ce soir, rien à voir avec son agressivité habituelle.
- Tu n’as rien repris depuis hier matin ? demande-je.
- Rien, confirme-t-il avec assurance.
- Ça te réussit Kai, vraiment…, commente-je avec douceur.
Il m’offre un sourire absolument resplendissant, il est tellement heureux de me faire plaisir qu’il m’offre ses yeux d’enfant, du petit Kai de l’orphelinat, avant que tout ne parte en vrille. Ce regard serre mon cœur d’amour, et j’arrive enfin à mettre de côté l’angoisse qui me ronge à l’idée de faire autant de secrets et de mensonges. Ça en vaut la peine, Kai en vaut la peine.
Je le regarde en le visualisant dans quelques semaines, lorsqu’il sera clean et je rêve déjà qu’il reste comme ça, voire qu’il améliore encore son caractère… Je ne sais pas quelle quantité de drogue il pouvait consommer, mais sa diminution est déjà tellement bénéfique…
Cette dernière pensée connecte enfin deux de mes neurones :
- Kai… tu m’avais dit que tu ne pouvais pas rembourser ton patron comme il faut parce que tu perdais son « matériel » … qu’il prenait l’humidité ou ce genre de bêtise…, commence-je.
- Je la consommais, avoue-t-il tout de suite, toujours dans sa lancée de ne plus me mentir il faut croire.
- Sauf que tu en vendais cette semaine… Tu en as… Et tu ne l’as pas consommé puisque tu n’as pris que quelques doses…, réalise-je.
- Oui … ?
- Où est le reste ? Où est la drogue que tu n’as pas consommée ni vendue ?!
- Bébé… je ne veux pas me tenter… je ne vais pas aller chercher la dope pour me la mettre sous le nez simplement parce que tu es curieuse… tu te rends compte de ce que tu me demandes là ?
Ses yeux sont pratiquement inquiets et je me sens stupide d’en avoir parlé. Ça ne doit déjà pas être facile, lui souligner qu’il en a quelque part dans cette appartement doit être une torture. En revanche, il faut que je le sache.
- Je suis désolée d’en parler, pardon si c’est difficile, mais il n’y a pas le choix… Nous allons la laisser à ton patron. Nous allons lui laisser l’avance sur ta table, et ce qu’il te reste comme « matériel » avec… Ça lui prouvera notre bonne volonté, il pourra constater que ce n’est pas parce que tu l’as consommé Kai, il pourra la faire revendre à je ne sais qui, ou en faire ce qu’il a bien envie d’en faire, mais c’est une façon de le rembourser aussi.
- Putain… mais oui, souffle-t-il en ouvrant des yeux ronds. J’ai tellement l’habitude qu’elle soit juste… consommée… je n’y avais pas pensé…
- Je m’en occuperai ne t’en fais pas, tu me diras où elle se trouve et je la mettrai sur la table quand tu seras dans la voiture.
- Hors de question qu’on trouve tes empreintes sur cette merde, ni même que tu la touches avec des gants bébé. Je vais la chercher, tu es là, je peux le faire, je sais que j’arriverai à tenir si tu es là.
Il disparait dans sa salle de bain où je l’entends mener un petit cirque, sans doute pour ouvrir l’endroit où elle est cachée. En attendant, je sors la liasse de billets d’Hunter pour en tirer le loyer du motel, mais je suis interpellée par la quantité de billets qu’il reste.
Je suis un peu surprise et je fais les compte par acquis de conscience.
Lorsque je découvre qu’Hunter ne m’a pas donné mille cinq cent euros mais deux mille, mon cœur se serre beaucoup plus violemment encore qu’il y a une minute. C’est une vague qui me déferle dessus, une vague d’amour, de gratitude et de tristesse. De la tristesse parce que je ne peux pas croire que j’ai laissé Hunter en plan pour venir gérer ce cirque, alors qu’il est l’homme le plus généreux et confiant de toute cette fichue planète. Je ne peux pas croire qu’il ait arrondi la somme au cas où, pour essayer de me tirer de mes affaires, sans même savoir de quoi il en retourne, alors même que je lui mens et refuse de lui dire les choses…
Je suis complétement sidérée lorsque Kai revient et dépose devant moi un gros sachet. Il est opaque et je suis bien contente de ne pas voir le contenu. Dès qu’il le lâche, il s’en éloigne au maximum, il se terre pratiquement à l’autre bout de la pièce en faisant mine d’aller gratter le bord d’un de ses meubles miteux. Je sais qu’il essaie de me cacher à quel point il a besoin de se distraire alors que son addiction viscérale est posée sur la table, et je ne perds pas une minute :
- Va m’attendre dans la voiture Kai…, chuchote-je.
Il ne râle pas, ne me contredit pas non plus, il prend simplement son gros sac d’affaires avant de filer à toute vitesse par la porte. Je glisse dans ma poche l’argent pour le motel, je pose les mille sept cents euros à côté du gros sachet et je file à mon tour sans me retourner.
Dès que je m’assois dans la mustang, Kai démarre en trombe, comme pour se sauver le plus loin possible de ce foutu sachet et j’ai encore plus de peine. On dirait que mon cœur tombe sans cesse dans le vide quand je suis avec lui, toujours plus bas dans la peine et la douleur…
Sur la route du motel, je convaincs Kai d’appeler son patron pour lui dire les choses plutôt que de lui poser un lapin. J’estime que ça jouerait largement en sa faveur, mais il refuse vivement, sans m’avouer qu’il a bien trop peur de l’avoir au téléphone, mais je le sais bien… ça se voit d’ailleurs comme le nez au milieu de la figure.
Avec du tact et de la malice, j’arrive finalement à le convaincre lorsque nous nous garons devant le motel. Il tremble comme une feuille lorsqu’il appelle son fameux Hatcher et dès que ce dernier répond, Kai devient blanc comme un linge.
- Allô patron ? demande-t-il d’une voix fluette en sortant de l’habitacle.
Je ne le suis pas, mais j’observe son visage au fur et à mesure de l’appel et je jurerais qu’il est de moins en moins livide. L’appel s’éternise un peu, alors pour m’occuper, je file à a la réception réserver une chambre.
Lorsque je ressors quelques minutes plus tard, Kai est appuyé sur sa voiture, une main plaquée sur le bas de son visage et les yeux ahuris.
- Alors ? demande-je.
Il tourne la tête vers moi lentement, pour me dévisager avec une mine plus choquée que je ne lui ai jamais vu.
- Alors tu l’as fait bébé…, murmure-t-il. Putain… tu as réussi à me sortir temporairement de ma merde…
- Quoi ?! souffle-je en plaquant mes mains sur mes lèvres à mon tour.
- Tu l’as fait… bordel tu l’as fait bébé !! se met-il à hurler.
En quelques enjambées, il me fonce dessus pour m’attraper et la seconde suivante, il me fait tourner dans les airs en riant à gorge déployée avant de me coller contre son torse pour me serrer de toutes ses forces. Il me couvre le visage de baisers, durs et appuyés, sous toutes les coutures et je glousse sans interruption en le sommant d’arrêter. Il ne le fait évidemment pas et continue de m’embrasser alors qu’un sourire immense fend son visage en deux.
Lorsqu’il arrête finalement, il attrape mes joues et me regarde en secouant la tête, ses yeux gris brillant de milliers d’étoiles, comme si j’étais sa déesse sur terre.
- Raconte-moi ! piaille-je.
- Je lui ai expliqué que j’étais vraiment dans la merde, que je n’étais pas en mesure de me pointer à notre rendez-vous, que je n’avais de toute façon pas de quoi le rembourser. Je lui ai dit qu’en gage de ma bonne volonté, je lui laissais pratiquement deux mille balles et le reste de mon stock… que je me démerderais pour le rembourser le plus vite possible…
- Et il a accepté ? couine-je.
- Il a d’abord dit qu’il me tuerait, mais c’était plus pour les formes, parce qu’il a dit que s’il y avait argent, il y avait délai, que c’est comme ça que ça marche. Pour ce que je lui laisse, il a accepté de me donner deux semaines bébé…
- Deux semaines ?! m’enthousiasme-je.
Nous célébrons encore, je me jette à son cou et il me fait encore tourner, trop heureux d’avoir enfin le délai que nous espérions. Deux semaines, deux semaines où je bosserai, deux semaines pour que Kai sorte de cet enfer avant de me rejoindre dans le boulot… En travaillant tous les deux, nous aurons de quoi rembourser peu à peu son patron, au compte-goutte, en gagnant du délai au jour le jour à mesure que nous lui verserons nos salaires d’intérimaires… Nous n’aurons plus qu’à rembourser Hunter, et tout sera réglé, Kai pourra continuer sur sa lancée, peut-être même se trouver un travail stable et prendre un nouvel appartement…
C’est pleine d’espoir que je le suis en direction de notre chambre, dont la porte se situe au rez-de-chaussée, tout à gauche du bâtiment, le plus éloigné possible des autres portes tout en restant accessible depuis le parking, comme je l’ai demandé.
*
La chambre est minuscule, il y a simplement un lit, un tout petit bureau avec une chaise et une salle de bain grande comme un mouchoir de poche sans fenêtre. C’est loin d’être le grand luxe, mais Kai a au moins un toit au-dessus de la tête.
Je ferme les volets électriques avant de fourrer la télécommande dans ma poche, mais Kai m’arrête d’un geste en secouant la tête.
- C’est pour que tu ne te sauves pas par une fenêtre…, explique-je innocemment.
- Je sais mon petit bébé… je sais, chuchote-t-il. Mais… c’est… la partie où il ne faut pas trop que tu flippes.
- Quoi ?
- Tu peux laisser les volets ouverts, je ne serai pas dans la chambre…, annonce-t-il.
Je fronce les sourcils et mon cœur accélère, alors que j’imagine déjà qu’il est en train de me dire clairement qu’il va foutre en l’air mes projets. Mais visiblement, pas du tout :
- Je ne vais pas rester dans la partie chambre… je vais… Tu vas m’enfermer dans la salle de bain.
- Quoi… ? murmure-je en me décomposant. La pièce doit faire deux mètres carrés maximum… tu n’auras même pas la place d’y mettre le matelas … je … quoi… ?
Il hoche la tête, les sourcils crispés, sans doute inquiet à l’idée de l’enfer qui s’annonce pour lui.
- C’est le plus simple bébé, tu ne vas pas pouvoir être avec moi vingt-quatre heure sur vingt-quatre… Et si tu ne veux pas que j’essaie de me sauver par les volets électriques en les cassant, il faudrait m’attacher au pieu, je ne déconne pas. Il est hors de question que tu gères ma pisse ou pire encore, ni que tu sois constamment ici pour vérifier que je ne m’étouffe pas dans mon vomi ou m’hydrater à la bouteille… La salle de bain n’a pas de fenêtre et la porte est une vraie porte, solide… Je n’arriverai pas à la défoncer, je ne pourrai pas me sauver de cette pièce et j’aurais des toilettes, une douche et de l’eau courante… C’est vraiment le plus simple bébé.
- Kai… tu ne vas pas dormir à même le sol…, souffle-je.
- Mais non, je vais prendre la couette et les oreillers…
- Tu vas avoir mal au dos ! m’inquiète-je.
- Bébé, je te jure que ce sera le dernier de mes putains de soucis. Je crois que tu n’imagines pas très bien l’état dans lequel je vais être… Je vais trembler, grogner, crier, pleurer, vomir et j’en passe… je vais devenir complétement fou…
- Je serai là, tempère-je.
- Non, il est hors de question que tu sois là…
- Je veux te soutenir ! m’exclame-je.
- Tu le pourras ! Tu le peux jusqu’à lundi et tu pourras revenir… jeudi je suppose… le temps que j’atteigne le fond et que j’en remonte… Il est hors de question que tu viennes ici entre lundi et jeudi bébé. Je ne rigole pas… Sans même parler du fait que je refuse que tu me voies dans cet état, tu ne pourras pas passer la porte de la salle de bain… parce que si tu l’ouvres dans ces jours-ci… Je ne te laisserai sans doute pas la refermer… Je risque de me barrer, j’ai pratiquement peur de te faire du mal sans le vouloir, en te poussant pour t’empêcher de me barrer la route ou ce genre de chose…
- Vraiment ? souffle-je.
- Vraiment. Tu peux rester avec moi jusqu’à lundi matin je suppose… mais après… il faudra que tu tiennes sans craquer toi aussi.
- Tu m’enverras des messages… ? demande-je d’un ton plein d’espoir.
- Non, il faut que tu embarques mon téléphone, je serais capable d’appeler un mec du réseau pour qu’il vienne me sortir de là… Il faut que tu m’écoutes sans discuter, tant que j’ai encore toute ma tête, ou à peu près.
Ce n’est que maintenant que je remarque que ses mains tremblent toujours, qu’il est agité et nerveux… Alors que je croyais que c’était dû à son patron, je réalise qu’il est déjà en train de glisser sur la mauvaise pente et ça hérisse l’intégralité des poils de mon corps.
Je me dirige vers la porte l’air de rien, pour la verrouiller avant de glisser la clé dans ma poche et Kai a un petit rire :
- Je te le dirai quand je commencerai à vouloir te passer sur le corps pour sortir bébé… Mais tu peux rester avec moi tant que je te le dis… je sais que si tu es là, ta présence m’apaisera et les premiers jours seront plus faciles… Je vais aller préparer mon « lit ».
Sous mes yeux peinés, il attrape la couette, les oreillers et quelques-uns de ses habits avant de s’enfiler dans la salle de bain miteuse dans laquelle il va passer une semaine. Bon sang, ça me brise le cœur.
- Je reviens dans deux minutes ! annonce-je.
- Je ne bouge pas, réplique-t-il.
Je ressors sur le parking avec les jambes tremblantes, puisqu’il est désormais très clair que j’ai une chose importante à faire. Je prends plusieurs longues respirations, pour essayer de me calmer, d’avoir une voix rassurante et affirmée… Lorsque je suis prête, je sors mon téléphone.
- « Mon cœur ?? »
Seigneur, sa voix est pleine d’espoirs, je me déteste, je me hais.
- Hunter… je suis vraiment désolée mais…, commence-je.
- « Tu ne reviens pas. »
Ce n’est même pas une question, c’est une affirmation, comme s’il avait attendu que je l’appelle, comme s’il avait su que je ne rentrerais pas.
- Non…, avoue-je.
Un blanc accueille ma réponse, j’ai beau attendre, il ne parle pas, je sens presque la muraille qu’il érige pour se protéger de cette situation qui lui brise le cœur.
- Je vais très bien, le rassure-je. C’est juste, un peu plus compliqué que prévu… c’est… je ne serai pas là jusqu’à la fin du weekend… Je suis tellement désolée mon chaton…
- « Je te vois lundi ? »
Je pense au fait que je vais devoir travailler, lui mentir encore, lui cacher que je rate les cours…
- Je ne sais pas… écoute c’est vraiment une situation compliquée… le mieux est que tu attendes de mes nouvelles… je t’appellerai quand je serai disponible d’accord ?
- « D’accord… »
Kai ouvre la porte de la chambre pour scruter le parking à ma recherche et je me cache derrière une voiture :
- Je dois te laisser mon amour, je suis désolée… tu m’as sauvée la vie et je t’en remercie, je suis navrée de te planter comme ça. Je t’aime, n’oublie surtout pas que je t’aime de tout mon cœur ! chuchote-je à toute vitesse.
- « Je t’aime aussi Hestia… »
Je n’attends pas de savoir s’il allait ajouter quelque chose et je raccroche pour rejoindre Kai, qui beuglait déjà comme un putois à ma recherche.
Fin du tome 3.