Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 105 : La demande indécente

3316 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 03/05/2026 16:04

Chapitre 105 : La demande indécente


Après manger, Hunter reçoit un appel de Winston et sort sur le balcon alors j’attrape mon téléphone. Lorsque je vois les quelques messages de Kai et surtout, l’heure, je me décompose presque. Ses messages sont alarmants, il me fait pratiquement ses adieux sans le dire clairement et il est déjà seize heures. La culpabilité me découpe en deux, je ne peux pas croire que j’ai à ce point voleté sur mon petit nuage au lieu de réfléchir à des solutions pour Kai. Je me trouve à vomir sur ce coup et je maudis ma capacité à me disperser complétement.

K : « Passe la fin d’après-midi avec moi, je t’en prie. »

He : « Non, je cherche une solution. »

K : « Tu n’en trouveras pas ! Alors ramène tes fesses vers moi bordel ! Je veux passer ma dernière après-midi avec toi ! »

He : « Je te ferai dormir dans mon logement étudiant avec Julia bien avant d’envisager de te laisser partir sous un pont ou affronter ton patron Kai ! Alors arrête tes conneries ! Je vais trouver. »

K : « Je suis à deux doigts de débarquer chez toi. »

He : « Non ! Je n’y suis même pas, je suis chez une copine. Bon sang arrête de paniquer, tu me stresses ! »

K : « Je te stresse ?! Bébé, tu ne sais même pas ce qu’est le vrai stress, tu penses que c’est ce que tu ressens quand tu as peur de rater un exam, ne viens pas me parler de stress. »

Oh, il m’énerve !

J’en jette mon téléphone à l’autre bout du canapé pour me creuser la tête. Je m’y allonge sur le dos, les bras sur le visage pour essayer de réfléchir un peu. Il faut que je trouve l’avance qui nous donnera du délai, et l’argent du motel, soit un total de mille quatre-cent quatre-vingts euros. En quelques heures ? Impossible.

 Je sais de toute façon très bien pourquoi j’assure à Kai que je trouverai une solution, mais je n’arrive pas à me résoudre à lui demander… Je n’arrive pas à visualiser la conversation terrifiante où je vais demander à Hunter de me prêter de l’argent, sans lui dire la raison. Je ne peux même pas utiliser « Kayla », Hunter ne comprendrait sans doute pas que je prête mille cinq cents euros à une fille de l’orphelinat, une vieille connaissance comme ça, que j’ai simplement croisé deux ou trois fois sur les dix dernières années… surtout qu’il sait les problèmes de drogue de « Kayla », il imaginerait forcément que je lui prêterais cet argent sans me douter qu’elle l’utilisera à mauvais escient… Il se dira surtout qu’elle ne le remboursera jamais … C’est une catastrophe.

Sa main douce se pose sur mon ventre, ça ne me surprend pas puisque je l’ai entendu rentrer il y a quelques secondes, mais ça accentue ma trouille, parce que je sais que c’est le moment. Le moment honteux d’ailleurs.

-         Ça ne va pas ? demande-t-il.

Je me redresse pour m’assoir en tailleur sur le canapé :

-         J’aimerais te parler Hunter…, avoue-je d’une toute petite voix.

-         Si c’est à propos de ce qu’on s’est dit tout à l’heure, si je suis allé trop vite, que c’est trop pour toi ou que tu paniques…, commence-t-il.

-         Absolument pas, ça n’a rien à voir. Enfin rien et tout à la fois… Je … C’est très compliqué, mais j’ai besoin qu’on parle sérieusement. Tu dis que tu veux être ma base sécurisante, que je peux tout te dire, qu’il ne faut pas que j’hésite quand j’ai des problèmes, que nous sommes une équipe…

Il fronce les sourcils plus fort au fur et à mesure de ma phrase, tout en s’asseyant face à moi dans le canapé. Il a vraiment l’air soucieux cette fois :

-         Tu as un problème Hestia ? Evidemment que tu peux tout me dire, je vais t’aider, quoi que ce soit, nous trouverons une solution.

Je joue avec mes mains sur mes cuisses, la petite boule de stress au creux de mon ventre s’intensifie et j’ai la gorge un peu nouée. Je n’arrive pas à parler, j’ai peur de sa réaction, peur qu’il me regarde différemment, comme une fille louche… c’est de toute façon ce qui me terrifie depuis que j’ai retrouvé Kai.

-         Hestia, tu m’inquiètes, dit-il posément.

Je relève le nez pour le regarder et mon visage doit être tordu sous l’angoisse parce qu’il reprend :

-         Tu peux tout me dire, dis-moi ce qui ne va pas, je t’en prie. Utilise les premiers mots qui te viennent, ta vérité absolue, lance-toi simplement, m’encourage-t-il.

-         J’ai besoin de ton aide, que tu me rendes un service sans poser de question, chuchote-je d’une traite.

-         Bien sûr, tout ce que tu voudras, répond-il tout de suite.

Sa réaction m’apaise suffisamment pour que la boule dans ma gorge se dénoue légèrement et j’arrive enfin à mieux m’expliquer :

-         C’est vraiment un drôle de service, j’ai honte de te demander une chose pareille… Je ne sais même pas si tu le peux… ce n’est pas qu’une question de volonté c’est…

-         Respire, glisse-t-il.

J’obéis en prenant quelques respirations qui me font du bien.

-         Peu importe ce que tu me demanderas, je le ferai, ajoute-t-il.

-         Tu n’as rien à faire, c’est… le timing est horrible… je ne pensais pas que tu me parlerais de ce dont tu m’as parlé hier soir … ça fait… j’aurais dû te demander ce service avant… c’est…

Mon dieu, il va croire que je le rackette maintenant que je sais qu’il gagne plus de cinq mille euros. Il fronce les sourcils, puisqu’il se souvient sans doute que nous avons parlé salaire hier soir, et je préfère lâcher la bombe :

-         J’ai besoin de mille cinq cents euros, vraiment besoin, un besoin vital. J’ai envisagé d’arrêter la fac un temps pour aller travailler mais… je n’arrive pas à m’y résoudre, ça me fait trop peur, je crains de rater mon année je…

Il me lance le regard que je ne voulais pas voir, le regard inquiet empreint de doutes alors que son corps se redresse un peu, comme pour s’éloigner de moi.

-         Pourquoi as-tu besoin d’une somme pareille ? demande-t-il.

-         Je ne peux pas te le dire, chuchote-je en fixant son ventre pour fuir ses yeux.

-         Tu ne peux pas me dire pourquoi tu as besoin que je te donne mille cinq cents euros ? répète-t-il.

-         Que tu me les prêtes, je te les rembourserai mais je ne sais pas quand.

Un blanc plane, si long que je relève le nez pour le voir hocher la tête machinalement en observant les fenêtres. Il est complétement fermé, pensif, ahuri, perdu… Je déteste voir son visage comme ça.

-         Laisse tomber Hunter, couine-je en sautant sur mes pieds. Je n’aurais jamais dû te le demander, jamais !

-         Hestia…, dit-il en essayant de me rassoir.

Mais maintenant que je réalise que je n’aurai pas de quoi aider Kai, je pète les plombs et toute mon angoisse explose :

-         Non ! Tu ne comprends pas Hunter ! Je ne peux pas rester !! crie-je en fonçant dans la chambre.

Il saute sur ses pieds à son tour, enfin ramené à lui par mon comportement. Je suis plantée devant son placard, en train de ramasser mes affaires du weekend pour les fourrer dans mon sac et il attrape mes poignets pour m’empêcher de continuer :

-         Mais qu’est-ce qu’il se passe Hestia ?! Qu’est-ce qu’il te prend ?! s’exclame-t-il.

-         Tu ne peux pas comprendre ! Il faut que je m’en aille Hunter ! Je n’ai pas le temps, et je n’aurais même pas dormi ici si j’avais … Tu ne comprends pas !

-         « Si tu avais » quoi, Hestia ?! Tu n’aurais pas dormi ici si tu avais su que je ne te prêterais pas cette somme ?! s’exclame-t-il.

Il me regarde avec des yeux horrifiés, comme s’il ne me connaissait pas. Il ne comprend rien, il ne comprend rien bon sang !

-         TU NE COMPRENDS RIEN HUNTER !! hurle-je enfin.

Ce cri du cœur me fait un bien fou, il me libère de la peur qui me déchire le ventre en deux et je hurle encore en agitant les mains :

-         Je ne te demande pas cette somme pour un foutu sac à main de luxe ou je ne sais quelle connerie ! C’est vital Hunter, vital ! Je ne sais pas comment la réunir, je me torture l’esprit depuis des jours et des jours sans trouver comment faire… La seule raison qui fait que je ne sois pas déjà en train de bosser n’importe où, est que j’imaginais que tu m’aiderais pour que je puisse continuer mes études sans problème. J’imaginais que tu pourrais me prêter cette somme quelques semaines, je me suis plantée, ce n’est pas un drame, mais il faut que je m’en aille tout de suite pour la réunir avant ce soir ! En tout cas deux cent quatre-vingts euros grand minimum ! Je ne sais même pas comment je vais faire ! Je ne sais même pas comment je peux faire ! hurle-je.

Il attrape encore mes poignets lorsque j’essaie de continuer mon sac mais je me débats comme un diable.

-         Hestia mais calme-toi ! Dis-moi ce qui ne va pas ?!! hurle-t-il à son tour.

-         Laisse-moi partir ! Il faut que je m’en aille ! Maintenant !

-         C’est hors de question ! Il est hors de question que tu passes cette porte dans cet état après une annonce pareille !!

J’éclate en sanglots sous la pression, j’écrase mes deux mains sur mes yeux en me laissant tomber par terre et la seconde suivante, il passe ses bras autour de moi pour me serrer contre lui.

 Je suis toujours par terre, recroquevillée contre son torse, je pleure à chaudes larmes, mais je ne peux même pas lui dire à quel point son câlin me fait du bien, à quel point ses bras qui m’enferment comme dans une petite cage protectrice me soulagent. Pleurer me fait évacuer, ça vide mon corps de toute cette tension, ça termine de me fatiguer jusqu’à la moelle alors que j’étais déjà épuisée après notre petite nuit. Je me laisse pleurer un moment, je me garde ce petit retard puisqu’il ne changera sans doute pas grand-chose à la situation catastrophique alors qu’il me fait un bien fou.

Lorsque mes pleurs ralentissent, Hunter se relève et m’attrape pour me porter jusqu’au canapé, où il m’assoit sur ses cuisses en nous calant contre le dossier moelleux, dans cette petite bulle câline où je me sens mieux que partout ailleurs.

-         Ça va aller Hestia, chuchote-t-il en embrassant mon front.

-         Non, ça n’ira pas…, renifle-je. Mais c’est gentil d’essayer de me rassurer.

-         Bien sûr que si, évidemment que je vais te prêter cet argent, je ne me suis même pas posé la question. C’est simplement que je voulais que tu me dises pourquoi, je veux savoir pourquoi tu en as besoin…

-         C’est vrai ? Tu vas me la prêter ? croasse-je en retrouvant espoir.

-         Evidemment. Mais j’aimerais vraiment savoir pourquoi… ? Soit dit en passant, j’aurais largement préféré que ce soit pour un sac de luxe plutôt que pour quelque chose de grave.

-         Moi aussi…, souffle-je tristement.

-         Alors dis-moi…, insiste-t-il doucement en embrassant mon front.

Il l’embrasse jusqu’à ma tempe, avant de remonter sa myriade de baiser dans l’autre sens, et ainsi de suite, en attendant sans doute que je parle. Mais peu importe comment je retourne le problème, c’est un non.

-         C’est comme ton travail Hunter…, chuchote-je finalement. C’est quelque chose que j’aimerais garder pour moi, parce que j’ai peur que ça te forge une drôle d’opinion de moi, que ça change quelque chose entre nous… c’est… je vais te le dire, un jour, mais pas aujourd’hui. J’aimerais attendre le bon moment, avec mes mots…

Que Kai soit clean surtout. J’imagine que la rencontre sera plus aisée si je ne présente pas un camé à Hunter en lui précisant qu’il s’agit de mon frère de cœur adoré.

-         Hestia…

-         S’il te plait, s’il y a bien quelqu’un qui peut comprendre, c’est toi Hunter. Laisse-moi gérer ça, je t’en prie… Je ne t’embête pas avec ton travail, je te laisse gérer la chose à ton rythme… Je t’en prie…, supplie-je.

Il m’observe quelques secondes, l’air très contrarié, mais il cède finalement.

-         Bon, d’accord. Si je te donne cet argent, nous sommes bien d’accord que ton urgence « vitale » sera réglée ? Il n’y aura plus de problème, plus de danger ou je ne sais quelle connerie ? Tu reposes tes affaires pour rester ici avec moi ? Tu ne pars plus en courant, tu ne risques plus rien ? insiste-t-il.

-         Oui Hunter. Si tu me prêtes cette somme, alors je devrai simplement partir en fin d’après-midi, mais je serai de retour ce soir.

-         Je ne peux pas venir avec toi j’imagine… ? soupire-t-il. Même si je reste dans la voiture le temps que tu fasses… je ne sais pas trop quoi.

-         Non.

Il hoche la tête avant d’embrasser mon front, malgré ses traits tendus, puis il se lève pour aller vers l’entrée où se situe son portefeuille. Lorsqu’il revient, il me tend une carte bancaire et je me décompose un peu plus. Je suis aussi touchée par sa confiance immense, qu’horrifié par ce que je lui réponds.

-         Il… me faut la somme en liquide…, murmure-je d’une voix à peine audible.

-         Tu te moques de moi ?

Je ne réponds pas, trop honteuse, et son bras retombe.

-         Hestia… Tu as eu le droit de me poser des questions sur mon travail… peux-tu répondre à une question pour me rassurer un minimum… ?

-         Oui ?

-         Nous sommes bien d’accord que… Tu ne te drogues pas… ?

-         Non ! réponds-je vivement.

Il a véritablement l’air soulagé et il repart, dans sa chambre cette fois, avant d’en revenir avec une liasse de billet. Je lui demanderais bien comment ça se fait qu’il possède autant de liquide, mais je ne suis clairement pas en position de poser les questions.

Dès que mes doigts se referme sur l’argent, je respire enfin. J’ai de quoi sauver la peau de Kai pour quelques temps, et sans le faire dans le dos d’Hunter bon sang…

-         Merci pour ta confiance, murmure-je.

-         J’ai entièrement confiance en toi mon cœur… je suis juste terriblement inquiet… j’ai beau retourner le problème dans tous les sens dans ma tête, je ne comprends pas.

-         Tu ne pourrais jamais le deviner, confie-je piteusement.

-         A quelle heure vas-tu partir ?

-         Vers dix-huit heures.

-         A quelle heure vas-tu rentrer ?

-         Je n’en sais rien… Je ne veux plus parler de tout ça…

Il hoche encore la tête et bien qu’il se rassoie pour me câliner, je ne l’ai jamais senti aussi loin de moi.

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