Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 95 : Imprévu

3324 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 15/04/2026 12:42

Chapitre 95 : Imprévu


Quel réveil incroyablement doux dans la chambre d’Hunter. J’ai tellement bien dormi que ça me parait trop beau pour être vrai, car nous ne sommes ni dans un hôtel luxueux ni dans un chalet enchanteur mais bien dans l’appartement dans lequel je pourrais passer tous mes weekend si l’envie m’en prenait.

Je profite encore un peu de ses draps doux et chauds, d’être collée contre son torse réconfortant, d’admirer sa chambre faiblement éclairée par les petits rais de lumière qui filtrent à travers les lattes de ses volets électriques pas tout à fait fermés.

Je bulle un bon quart d’heure en me réveillant tranquillement, jusqu’à ce que l’idée de tenter une matinée « de semaine » m’effleure l’esprit. Je décide donc de faire comme si mon réveil venait de sonner, et je me tortille doucement hors du lit sans réveiller Hunter. J’attrape des habits propres dans sa penderie et je sors discrètement de sa chambre en refermant doucement la porte derrière moi pour filer à la salle de bain, sans oublier de caresser Calyouk qui dormait devant la porte.

Je me lave et je trouve déjà mes marques, parce que je connais cette douche, j’ai désormais une serviette à moi, je sais quels sont les produits d’Hunter et je me nettoie avec sans me poser de question puis je me brosse les dents avant de m’habiller.

Dès que j’arrive dans la cuisine, je réalise que je sais où trouver le café, puisqu’Hunter m’en avait préparé un le matin de Noël et je me prépare tranquillement ma boisson chaude en ouvrant les bons tiroirs et en appuyant sur les boutons que je connais.

Il y a un petit soleil timide malgré le froid glacial et je décide de boire mon café sur la petite table de la terrasse, où Cal me suit joyeusement. Je bois mon café en le gratouillant distraitement derrière l’oreille, admirant la vue imprenable depuis leur balcon. Tout est si simple finalement, je commence à connaitre leur appartement sur le bout des doigts et si j’avais dû partir en cours, alors rien n’aurait pu me stresser ce matin ou me mettre en retard.

La baie glisse derrière moi et Eden me rejoint en s’étirant :

-         C’est drôle de me réveiller et de te trouver là… j’aime bien, commente-t-il en s’asseyant avec moi pour boire son café.

-         C’est drôle de me réveiller là tout court…, réponds-je en lui souriant.

Il sourit largement en gardant les yeux sur la vue, l’air perdu dans le vague :

-         La vie est bizarre…, dit-il. Un jour, une fille me rentre dedans en pleurant et en cherchant mon aide… le lendemain, elle sort avec mon coloc et passe ses weekend chez moi…

-         Et elle te présente une fille formidable qui passera peut-être ses weekend avec nous, ajoute-je.

Il tourne la tête vers moi pour sourire un peu plus :

-         Comme je viens de l’insinuer, la vie est bien faite Titi. C’est ma meilleure année de fac pour l’instant, tout est si différent…

-         Ah bon ?

-         Ouai, j’ai passé mes trois premières années à trainer tout seul ici, à faire la fête avec des copains mais… cette année je te rencontre, je promène Cal avec toi, je vois beaucoup plus Hunter, je découvre Alma… on passe un super séjour au ski puis un super weekend au chalet… J’aime ma vie ! conclut-il en riant.

-         Tu vois beaucoup plus Hunter ? demande-je avec curiosité.

-         Oui, depuis qu’il t’a rencontré, il fait énormément de travail à distance… Bon il peut se le permettre, mais il a toujours aimé gérer les choses en présentiel. Désormais, il s’appuie beaucoup plus sur les types sous ses ordres, il se contente de gérer les choses à distance au téléphone la moitié du temps… C’est cool de le voir plus.

Je lui lance un coup d’œil, je le trouve drôlement loquace ce matin et je pars donc à la pêche aux informations :

-         Où est l’entrepôt d’Hunter ? demande-je d’une voix que je veux légère.

Raté. Eden se tourne vers moi en fronçant les sourcils :

-         Tu ne serais pas en train d’essayer de gratter des informations Titi ? me réprimande-t-il gentiment.

-         Peut-être ! pouffe-je en mordillant ma tasse.

-         Arrête… et puis merde ! Vous êtes ensemble maintenant… qu’est-ce qu’il attend pour te dire les choses… ? marmonne-t-il avec un air contrarié.

J’hausse les épaules et il secoue la tête en soupirant :

-         Je ne comprends pas ce qu’il fout... Plus il attendra pour te le dire, pire ce sera… Tu vas vraiment finir par péter les plombs… J’essaierai de lui parler dans les jours qui arrivent, de le pousser à te le dire… Tout ça n’a pas de sens.

Hunter nous rejoint à ce moment-là :

-         Qu’est-ce qui n’a pas de sens ? demande-t-il en tirant une chaise à côté de la mienne.

Il embrasse ma joue rapidement en interrogeant son colocataire du regard et ce dernier lui lance ses yeux les plus réprobateurs :

-         Ça n’a plus de sens de cacher ton boulot à Hestia. Je ne te comprends pas là, vous sortez ensemble Hunter…

-         Ça ne te concerne pas Eden, tranche-t-il avec tension.

-         Bien sûr que si, c’est ma meilleure amie, c’est moi qui te l’ai présenté… tu crois que j’ai envie qu’elle disparaisse de nos vies parce que tu lui mens sur ton boulot depuis des mois ?

-         Pourquoi disparaitrais-je de vos vies ?! m’affole-je.

Hunter passe un bras sur mes hanches dans la seconde pour me rassurer :

-         Pour rien, il délire mon cœur. Tout ira très bien, parce que je prends justement le temps de préparer les choses à ma manière, gronde-t-il en fusillant Eden du regard.

Ce dernier hausse les sourcils, peu convaincu :

-         Ouai… enfin on connait Titi aussi bien l’un que l’autre, et tu sais que tout ça te pétera au nez Hunter... Et plus tu attendras, pire ce sera. Moi je ne te suis plus.

Il se lève pour rentrer sous mes yeux ahuris alors qu’Hunter s’agite en observant sa tasse, l’air perdu dans ses pensées.

-         Tout ça ne me rassure pas…, murmure-je en l’interrogeant du regard.

-         Il n’y a pas à avoir peur... Tu m’aimes non ? demande-t-il d’un ton presque suppliant.

-         Evidemment que je t’aime…

-         Alors ça ira, ça ne pourra qu’aller… tu comprendras, affirme-t-il d’une voix déterminée.

-         Mais quand me le diras-tu ? geins-je.

-         J’y travaille activement, je te le jure. J’essaie sincèrement de me secouer les puces, mais tout se passe tellement bien entre nous… je n’ai jamais le cœur d’aborder la chose, que tout ça parte en explications, en disputes et en cris…, soupire-t-il.

-         Bon sang mais pourquoi aurais-je une réaction pareille ?! Vous commencez vraiment à m’inquiéter Hunter ! me cabre-je en me levant.

-         Arrête, n’y pense pas, s’il te plait… et puis je pars dans un peu moins d’une heure, profitons juste, me convainc-t-il en me tendant une main.

-         Tu as intérêt à me le dire dans les semaines qui arrivent…, bougonne-je en m’asseyant sur ses cuisses.

Il attrape ma tête pour presser doucement ma joue sur ses lèvres, posant une myriade de petits baisers de mon cou à ma pommette avant de répondre :

-         Oui, je te jure que je te le dirai dans les semaines qui arrivent mon amour.

*

La fin de matinée s’écoule plus paisiblement que le réveil. Eden récupère sa bonne humeur et dès qu’Hunter part pour le travail vers onze heure et demie, nous partons faire une promenade avec Calyouk dans les bois à côté de la ville.

Il m’annonce qu’Alma sera au match ce soir pour le regarder jouer et nous convenons donc de faire sauter la balade de Cal puisque nous sommes en train de la faire actuellement, qu’il voudra voir Alma et que je serai probablement avec Hunter. Tout ça tombe plutôt bien finalement et nous profitons donc d’être en forêt pour faire un grand tour, qui nous prend deux bonnes heures. En rentrant, nous cuisinons tous les deux son plat « pré-match », à savoir beaucoup de riz et beaucoup de protéines, qui me calent en un rien de temps alors qu’il en engloutit pratiquement un kilo sous mes rires.

Il est quatorze heures trente lorsque je me retrouve toute seule à l’appartement, puisqu’il rejoint l’équipe en avance le samedi, ce que je ne savais pas. Je ne me sens pas seule ni mal à l’aise, j’attrape un livre pour me caler dans le canapé, ce que j’aurais fait si j’étais chez moi finalement. Je ne vois même pas la différence si ce n’est que je me sens bien mieux ici. Tout est tellement plus joli et récent, rien à voir avec ma chambre étudiante décrépie et branlante… Je n’ai même pas de canapé, alors que je peux ici m’étaler dans le plus confortable que je n’ai jamais vu… La seule fenêtre de notre chambre donne à l’ouest et nous ne recevons qu’un peu de lumière en toute fin de journée, alors que je lis paresseusement dans les rayons de soleil qui me réchauffent pratiquement toute la journée… Même la chambre d’Hunter contient deux fenêtres à elle toute seule, c’est plus que mon appartement…

La seule chose qui pourrait me manquer chez moi est Julia, mais elle n’est pratiquement jamais à la maison alors… les calculs sont vite faits et je compte bien demander à venir le weekend prochain.

Alors que je me repose de notre balade sportive de ce matin en comatant presque, mon portable me réveille en vibrant.

K : « J’ai vraiment besoin de te voir bébé. C’est urgent… »

He : « Que se passe-t-il ? »

K : « Je suis dans la merde, j’ai besoin de te voir, j’ai besoin de respirer. »

Je me redresse en fronçant les sourcils, ma paix intérieure complétement réduite à néant face à l’inquiétude qui me travaille désormais durement.

He : « Tu veux que je vienne chez toi ? Je peux regarder les bus. »

K : « Hors de question que tu déboules en bus dans ce quartier de merde. Je viens te chercher. Donne-moi ton adresse. »

L’adrénaline me secoue, comme si j’allais voir Kai débarquer à la porte des garçons alors qu’il ne sait pas où je suis puisqu’il me le demande littéralement.

He : « Combien de temps veux-tu me voir ? »

K : « T’es sérieuse là ? Qu’est-ce que j’en sais bordel, j’ai besoin de te voir ! Je ne savais pas qu’il fallait prendre rendez-vous pour passer du temps tous les deux ! »

Je soupire longuement en posant ma tête dans mes mains, comme si j’essayais de profiter des petits restes de quiétude de cet appartement. Pourtant je sais que je vais y aller, je le sais. Je ne peux pas laisser Kai alors qu’il va mal.

K : « Sérieusement ? Tu me lâches ?! »

He : « Laisse-moi cinq minutes bon sang, je ne suis pas disponible dans la minute, 24h/24. »

K : « Qu’est-ce que tu fais ?! Avec qui ?! »

Je ferme la conversation en soupirant un peu plus avant d’appeler Hunter en priant pour qu’il soit disponible pour me répondre.

-         « Mon cœur ? »

-         Coucou, je ne voulais pas te déranger mais… j’ai un petit imprévu, explique-je.

-         « Tu ne me déranges pas, que se passe-t-il ? »

-         J’ai… il faut… j’aimerais…

Je ne sais même pas comment lui tourner la chose, je n’ai pas réfléchi à une excuse et je déteste de toute façon avoir à lui mentir. Il sent bien qu’il se passe quelque chose parce que je l’entends s’éloigner d’une sorte de brouahah pour se mettre à l’écart et sa voix devient inquiète :

-         « Tu as un problème ? »

-         Mais non, je vais très bien mon raton.

Je l’entends pratiquement sourire au bout du fil à la mention de son nouveau petit surnom, ce qui tombe très bien puisque c’était le but.

-         Tout va bien, mais j’aimerais sortir de l’appartement… je m’ennuie un peu et je ne sais pas quand tu rentres alors…, tente-je.

-         « Oh… je suis désolé de t’avoir invité pour te laisser tomber… bordel tu dois m’en vouloir… »

-         Mais pas du tout ! Je me serais ennuyée de la même façon chez moi ! Sauf que je ne me serais pas posé de questions et je serais sortie, là comme je ne sais pas l’heure à laquelle tu rentres… Je n’ai pas envie de quitter l’appartement et que tu rentres pour le retrouver vide, c’est surtout ça, explique-je.

-         « Mais enfin, tu as le droit de sortir… ? Je ne comprends pas. Comporte-toi comme si tu étais chez toi mon cœur, tu as la clé de toute façon… Je ne t’ai pas demandé de venir pour te forcer à passer du temps avec moi, la preuve : je suis bien au boulot ! Mais j’aime savoir que peu importe nos programmes de la journée, nous savons que nous dormons ensemble ce soir… »

Dès qu’il finit sa tirade, un poids s’enlève de ma poitrine et j’imagine une seconde que c’est parce que j’ai en quelque sorte son aval avant de me rendre compte que non. Je me sens soulagée comme ça simplement à l’idée de dormir avec lui ce soir et ce, peu importe nos journées comme il dit. Je réalise alors à quel point j’aime ça, avoir cette assurance de le retrouver en fin de journée, malgré les imprévus comme son travail ou Kai… Si je n’avais pas dormi ici hier soir, alors il m’aurait annoncé qu’il n’était pas là aujourd’hui et j’aurais vu Kai avant de rentrer dans ma chambre vide... Nous nous serions simplement vu au cours d’autodéfense et sans doute un peu dimanche… Ça me parait si peu.

-         Tu ne sais pas vers quelle heure tu rentres ? gazouille-je déjà à l’idée de le retrouver.

-         « Non, j’essaie de faire au plus vite… On se tient au courant par messages de toute façon ? »

-         Bien sûr mon raton loveur, roucoule-je.

Il un petit rire au bout de la ligne cette fois.

-         « Alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Une après-midi shopping avec Alma ?! »

Son ton est plein de curiosité et d’entrain, ce qui me brise naturellement le cœur. J’ai horreur du mensonge, sous toutes ses fichues formes et bien plus quand ça concerne Hunter.  

-         Non… en fait, la fille un peu paumée que j’avais retrouvé… elle avait bien envie de prendre l’air et comme je n’ai pas grand-chose à faire, je me suis dit que ça me sortirait, mens-je honteusement.

Un petit silence accueille mes paroles et je le connais, je sais qu’il n’apprécie pas particulièrement que je reprenne contact avec cette « Kayla ». Il essaie pourtant de garder pour lui ses mauvaises ondes, bien que son ton soit loin d’être heureux :

-         « D’accord… amuse-toi bien alors… je t’aime. »

-         Je t’aime aussi et… à ce soir ! claironne-je joyeusement.

Je sais que je lui remets du baume au cœur et après quelques mots d’amour supplémentaires, nous raccrochons. J’ai évidemment déjà trois messages incendiaires de Kai, à qui j’envoie simplement mon adresse avant de partir en direction de mon bâtiment universitaire pour l’y attendre.

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