Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 96 : Dépassée
Kai se gare devant mon bâtiment au volant d’une plus jolie voiture que je ne l’aurais imaginé, qui ne correspond pas exactement à ce que j’aurais pensé qu’il puisse s’offrir. Je grimpe dedans en ouvrant des yeux ahuris mais il est tellement stressé que ça me coupe les pattes.
- Tout va bien ? demande-je.
- Pas vraiment non, je suis dans la merde bébé, répond-il en repartant comme une balle.
- Ralentis ! m’exclame-je immédiatement.
Il lève les yeux au ciel mais il obéit et je peux donc me concentrer sur lui et pas sur la circulation :
- Qu’est-ce qu’il t’arrive Kai ?
- C’est compliqué, je dois encore de l’argent à mon patron.
- Quoi ?! Tu n’as pas réussi à te « refaire » comme on dit ?! m’exclame-je.
- Non, pas entièrement, c’est le bordel Hestia. Je… je ne sais pas trop ce que tout ça va donner alors… j’ai eu envie de te voir parce que je ne le pourrai peut-être plus… putain je ne sais pas ce qu’ils vont me faire ! Je suis en train d’hésiter à me barrer, à disparaitre pour éviter de me faire buter !
Je vois bien qu’il s’apprête à prendre la direction du quartier où il habite, mais je n’ai pas envie d’y mettre les pieds, encore moins alors qu’il est dans cet état d’agitation.
- Tourne à gauche, ordonne-je d’une voix ferme.
- Quoi ?
- Tourne à gauche !
Il obéit et je le guide jusqu’au petit chemin dans les bois, où il se gare en observant les lieux avec le nez froncé :
- Mais qu’est-ce qu’on fout là bébé ?!
- On va prendre l’air. Tu verrais ta tête Kai… je crois que tu en as besoin.
- Tu es sérieusement en train de croire que je vais tranquillement aller me balader dans les bois ? ricane-t-il avec un air mauvais.
J’ignore sa mauvaise tête et je sors de la voiture sans lui laisser le choix :
- Je ne crois rien du tout, je sais, réplique-je.
Il me laisse marcher une petite minute sans sortir, sans doute pour me mettre la pression mais je l’ignore royalement et comme prévu, il me rejoint en trottinant :
- Sérieux ? Qu’est-ce qu’on fout à marcher dans les bois ? Tu es au courant qu’on n’est pas deux biches ? ronchonne-t-il.
- Tais-toi et inspire l’air pur, réponds-je en souriant.
Il soupire bruyamment mais au bout de quelques minutes, il attrape ma main et lève enfin le nez pour observer les bois avec une pointe de curiosité.
- Tu vois, ce n’est pas si désagréable, souligne-je.
- Ça va, marmonne-t-il.
Je l’observe en souriant. Il détonne tellement avec son look punk et son attitude… Entre ses cheveux longs attachés en chignon, sa cigarette coincée derrière l’oreille et ses tatouages qui recouvre pratiquement chaque centimètre carré de sa peau… J’en glousse.
- Qu’est-ce qui te fait rire ? s’agace-t-il.
- Toi, nous… j’imaginais croiser un coureur… il se demanderait probablement dans quel coin de la forêt tu comptes m’enterrer.
Il rit enfin, un vrai rire, ceux qui me sont réservés et qui réchauffent mon cœur depuis ma plus tendre enfance. Je balance gentiment nos mains pour l’embêter et il soupire un peu plus en riant pourtant encore :
- Non mais bébé… ce que tu me fais faire sans déconner…
- Profite ! le rabroue-je. Nous allons faire un grand tour, ça va te faire du bien… tu es livide Kai, je ne t’ai jamais vu aussi pâle et aussi creusé…
Il me lance un regard en coin inquiet :
- Ah ouai… ? demande-t-il d’une voix incertaine.
- Oui, ton teint est presque cireux et tu as des cernes à faire peur… J’ai pratiquement l’impression de te sauver la vie en te faisant respirer un peu d’air pur.
Il hoche la tête pensivement avant de répondre :
- C’est peut-être le cas… je me sens mieux en fait. Ça me fait du bien d’être hors de cette ville de merde et loin de mes soucis… j’imagine que je pourrais me faire une cabane dans les bois et vivre dedans, dit-il avec plus de sérieux que je ne l’aurais pensé.
- Bon, qu’est-ce qu’il se passe ? Explique-toi, tu sais que je ne te juge pas, je veux simplement t’aider, le presse-je.
- Si je te le dis, tu vas flipper, vraiment flipper.
- Crache le morceau Kai ! m’agace-je.
Il hoche encore la tête, prenant quelques minutes pour chercher ses mots, et pourtant, comme bien souvent, ils sortent aussi crûment qu’il les pense :
- Je dois six mille euros à mon patron, il m’a fait chopper par ses hommes hier, ils m’ont sauté dessus dans une rue et ont menacé de me couper un doigt si je ne rendais pas cet argent dans la semaine qui arrive.
- Quoi ?! couine-je.
Je m’en arrête net pour le dévisager avec des yeux exorbités et il soupire :
- Tu vois ? C’est beaucoup trop pour toi bébé, je savais que je ne devais pas te le dire mais… je ne peux jamais te résister. Je suis trop con putain. Et j’aurais mieux fait de te laisser en dehors de tout ça.
- Mais… mais comment te débrouilles-tu Kai ?! Tu lui devais déjà cinq mille euros il y a une semaine et demie ! Tu n’as rien vendu ?! geins-je.
- Si mais j’ai encore eu des pertes, c’est compliqué ! se récrie-t-il.
- Bon sang mais je ne comprends même pas pourquoi nous avons encore cette conversation Kai ! Abandonne tout ça ! Trouve toi un travail et rembourse-le petit à petit !
- Mais je ne peux pas ! Je ne peux pas quitter mon réseau comme ça ! Ils me retrouveront, ils savent où j’habite, ils connaissent ma bagnole ! Je suis dans la merde jusqu’au cou Hestia ! hurle-t-il.
- Il n’y a donc vraiment pas de solution ?!
- A moins que tu saches où trouver six milles euros en claquant des doigts, non ! Et je me ferai du pognon bien plus rapidement en vendant ma merde qu’en allant travailler dans une bonne petite boite ! Je ne peux d’ailleurs même pas me trouver une boite qui m’accepte !
- A d’autres Kai ! Tu as cherché du boulot trois minutes avant de tomber dans ton réseau ! vocifère-je. Bon sang si seulement tu m’avais retrouvé immédiatement en sortant de prison ! Je ne t’aurais jamais laissé partir dans ces conneries !
- Et bien j’en suis où j’en suis bordel ! Et me crier dessus ne m’aide en rien ! aboie-t-il. J’ai besoin de toi Hestia, de ton foutu soutien et pas de ta morale ! Je suis à deux doigts de perdre un doigt, peut-être même de me faire trancher la gorge et tu choisis pourtant encore de m’engueuler ! C’est du délire !
Il lâche ma main pour partir à grandes enjambées en avant et je le laisse faire, puisque je sais que c’est ce dont nous avons besoin pour redescendre l’un comme l’autre.
Il me fait culpabiliser, il n’a pas tort, il ne vient pas chercher du soutien la queue entre les jambes pour que je le juge et que je lui crie dessus… Je me comporte vraiment comme la pire des amies. Il faut que j’arrête de m’énerver parce que j’ai peur. Que je le veuille ou non, il est plongé dans cet univers malsain et il a besoin de moi et de tout le sang-froid que je puisse avoir.
Je trottine donc pour le rattraper et je reprends sa main, récolant un petit regard mauvais de sa part malgré le fait qu’il enlace ses doigts aux miens.
- Excuse-moi Kai, je vais t’aider, reprends-je posément.
- Comment ?
- Je n’en sais rien, nous allons réfléchir ensemble… Il doit bien y avoir un moyen de trouver cet argent, de l’emprunter le temps que tu puisses le rembourser toi-même.
- Alors là, crois-moi, si cette solution miracle était possible, ce serait déjà fait.
J’ai une pensée pour Hunter, je me demande encore s’il aurait les moyens de m’avancer une somme pareille mais il est bien évident qu’il voudrait savoir le pourquoi du comment et je ne tiens pas à le mêler à ces sombres histoires. Je pense ensuite à son portefeuille, qui dort dans le tiroir de ma table de nuit et qui est encore drôlement rempli, mais je ne sais pas exactement de combien.
- Tu peux rembourser petit à petit ? Enfin c’est évident, mais disons que si tu apportais une grosse somme d’un coup… que se passerait-il ? demande-je.
- Je suppose que je pourrais garder mon doigt…, ricane-t-il nerveusement. Je gagnerais au moins un petit laps de temps…
- Mais… tu penses qu’ils sont sérieux ? C’est tellement inhumain, ça me parait tout de même gros…, hésite-je.
Il se tourne vers moi en haussant les sourcils :
- Tu te fous de moi ? J’ai déjà vu en direct des potes à moi se faire trancher des doigts bébé, et ce n’est pas beau à voir.
- Quoi… ? souffle-je d’une voix choquée.
- Et ouai, figure toi qu’il n’y a pas que l’université et le monde des bisounours dans la vie. Je n’ai même pas envie de te raconter tout ce que j’ai pu voir en taule et au sein de mon réseau… On a beau avoir l’impression d’être dans une foutue société civilisée, on ne l’est pas. Les apparences sont trompeuses Hestia, souviens-toi de ça, ne prends jamais pour acquis quoi que ce soit. Les Hommes sont des ordures.
Je ne réponds pas, profondément triste d’entendre des mots aussi durs venant de mon frère alors que j’ai moi-même l’impression d’avoir la vie la plus douce possible ces derniers temps.
- Je ne sais même pas pourquoi je te prends la tête avec mes problèmes… comment ça se passe à la fac ? demande-t-il en me souriant faiblement.
- Très bien… il n’y a pas de bourreaux, ni de dettes… enfin, si tu élimines les trois euros cinquante que je dois à une copine qui m’a payé à manger, plaisante-je d’une petite voix.
Il éclate encore de rire, bien trop fort pour ma blague minable mais je crois que ça lui fait un bien fou et je me demande s’il a vraiment l’occasion de rire au quotidien.
- Tu as des amis Kai ? Des vrais amis, sur qui tu peux compter ? m’inquiète-je.
- Tu plaisantes ? Il n’y a que toi et moi bébé, depuis le début et à jamais. Il n’y a qu’en toi que j’ai confiance en ce bas monde et il n’y aura jamais que toi… J’emmerde la terre entière.
- Kai…, soupire-je.
- Je n’ai besoin que de toi. Distrais-moi de ma vie de merde bébé, je t’en prie. Raconte-moi d’autres choses, parle-moi de tes cours, de ce que tu fais le weekend, pas de mes problèmes… j’ai juste envie de respirer un peu.
Et j’obéis donc, je lui raconte mon séjour à la neige, celui au chalet, mes cours d’auto-défense, mes amies… j’exclus systématiquement Eden et Hunter de mes histoires, parce que je sais que ça le rendrait fou de colère mais je suis heureuse de voir qu’il s’apaise à mon récit.
*
Après une promenade de presque deux heures, le soleil décline et je fatigue un peu. J’ai littéralement passé ma journée à marcher dans les bois et il se gare au pied de chez moi pour que je puisse prendre quelques affaires avant que nous n’allions chez lui. Alors que nous marchons dans mon bâtiment pour gagner ma chambre, je vois les regards de mes camarades sur lui. Je vois à quel point son apparence leur fait peur, comme elles le regardent avec des yeux ronds et se décalent pour raser les murs…
Heureusement que je suis avec lui, je vois bien que je suis la seule raison qui fait qu’elles ne paniquent pas trop, même si la plupart d’entre elles me regardent avec insistance, comme pour être sûre que je n’ai pas besoin d’aide. Ça me désole, parce que je sais que je suis biaisée dans ma perception, que je le vois comme « mon Kai » alors que les femmes que nous croisons le voient comme un criminel. Ça se voit sur sa tête, j’en ai conscience au fond de moi, je sais qu’on devine que sa vie est obscure, qu’on soupçonne ses années de prison… Ce n’est pas simplement physique, Kai dégage une aura qui fait comprendre sans le moindre doute possible qu’il est dangereux et ça me fait un mal de chien.
Lorsque nous arrivons devant ma porte et que je tourne la clé dans le vide, j’ai l’horreur de comprendre que Julia est à la maison, ce qui n’arrange clairement pas du tout mes affaires.
- Tu veux bien m’attendre ici ? demande-je avec tension.
- Tu te fous de moi ? Je ne suis pas ton chien bébé, je rentre.
Je lui lance un regard agacé et il m’en retourne un outré.
- Il y a ma coloc Kai. Laisse-moi au moins lui expliquer qui tu es avant de lui foutre la peur de sa vie en ramenant un baron de la drogue chez nous ! siffle-je à voix basse.
- Putain j’aimerais bien être un baron de la drogue. J’aurais bien moins d’emmerdes figure-toi ! Je n’aurais qu’à poser les pieds sur un bureau en or tout en ordonnant aux fourmis sous mes ordres de se salir les mains à ma place ! ronchonne-t-il.
- Alors en ramenant une « fourmi dealeuse de drogue » chez moi si tu préfères ! m’énerve-je. Bon sang je m’en fiche Kai, laisse-moi parler avec ma colocataire avant que tu n’entres !
- Tu as une minute, répond-il avec mauvaise humeur.
J’entre en soupirant de frustration et Julia relève la nez en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes lorsqu’elle aperçoit Kai une seconde avant que je ne referme la porte sur lui.
- C’est qui ce connard ?! s’exclame-t-elle en sautant sur ses pieds, déjà à deux doigts de me défendre.
Evidemment, la porte s’ouvre dans mon dos dans la seconde, alors que Kai entre en vociférant :
- Ce connard ?! s’exclame-t-il à son tour.
En trois enjambées, il est planté devant Julia qui lui tient tête sans même ciller, les yeux plantés dans les siens alors qu’elle fait une tête de moins que lui et qu’elle est toute fine.
- Ouai ! crie-t-elle. Ce connard qui rentre chez moi alors que je ne l’ai pas invité et qui va vite dégager de là !
- Ça suffit !! hurle-je en sautant sur Kai.
Je me pends pratiquement à son cou alors que Julia ouvre des yeux exorbités et qu’elle recule d’un pas en comprenant un peu la situation. Elle réalise sans doute que je le connais, car de nous deux, c’est très clairement elle qui aurait eu le courage de sauter sur un voyou pareil pour se battre et pas moi comme je viens de le faire. Julia ne connait pas la peur, ou plutôt, la peur ne la paralyse pas et ne la traumatise pas, ce qui fera d’elle une grande journaliste un jour je suppose.
Je vire Kai avec perte et fracas dans le couloir en lui criant dessus et il se laisse faire malgré quelques regards mauvais vers Julia. Dès que je referme la porte à clé, elle croise les bras :
- Laisse-moi deviner l’identité de ce charmant jeune homme… C’est ton Kai ?! me demande-t-elle avec l’air de me dire que j’ai plutôt intérêt à m’expliquer rapidement.
- Je me tire !! vocifère Kai depuis le couloir.
Julia fronce déjà les sourcils, prête à retourner au combat alors que nous entendons pourtant ses pas qui s’éloignent. Je respire un peu mieux et nous nous installons dans son lit pour que je lui explique un peu l’histoire, puisque je n’ai clairement pas le choix.
Je suis angoissée au possible à l’idée que ce secret ait déjà éclaté auprès d’une des personnes de ma nouvelle vie. J’ai une peur viscérale que ça revienne aux oreilles d’Hunter et je me rends bien compte qu’il va falloir que je ne tarde pas à lui expliquer les choses à ma manière si je ne veux pas qu’il l’apprenne aussi brutalement que Julia. Et encore, elle avait au moins toute l’histoire de notre enfance et mon coup de folie en pleine rue lorsque j’avais cru reconnaitre Kai pour la première fois… Hunter n’a rien mis à part quelques anecdotes sur notre passé et le fait qu’il ait été incarcéré. Ce qui est déjà bien, prenons le positif.
En tout cas, Julia m’écoute attentivement et après une belle leçon pour me sommer d’être prudente, elle lâche l’affaire et accepte de n’en parler à personne. Elle accepte également de ne pas mentionner Kai devant Hunter au cas où elle soit amenée à lui parler, malgré ses yeux extrêmement réprobateurs et son avertissement que c’est une très mauvaise idée de mentir à mon parfait petit ami, sous-entendant que c’est le meilleur moyen de le perdre.
Après ça, elle insiste pour se présenter correctement à Kai, même si je la soupçonne plutôt de vouloir vérifier si elle me sent en sécurité avec lui et elle file dans la salle de bain pour se changer puisqu’elle sort dans la foulée rejoindre des copines. J’en profite pour sauter sur ma table de nuit et attraper le portefeuille d’Hunter afin d’en compter rapidement la somme. J’hallucine de constater qu’il reste mille deux cents euros en liquide, ça me dépasse complétement car même si je soupçonnais qu’il y avait une grosse somme, je n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse être si élevée. Surtout en considérant que j’ai déjà pioché allégrement dedans…
J’enroule rapidement un élastique autour de la liasse avant de la fourrer dans ma poche de manteau, remettant très clairement mes choix de vie en question. J’ai beau avoir confiance en Kai, s’il ne parvient pas à me rembourser, alors j’aurai très clairement volé cet argent à Hunter et c’est tout de même très, très grave.
*
Kai fait la tête dans sa voiture visiblement, parce que c’est là que nous le trouvons. Julia me suit en affichant une tête neutre, mais je sais qu’elle est tendue comme un arc et que le moindre écart de Kai la fera exploser.
Mais mon frère est plutôt surpris de nous voir débarquer toutes les deux, et il sort de sa voiture avec un visage plus ouvert que prévu :
- Qu’est-ce qu’elle fout là elle ? Elle veut encore me sauter dessus ? ronchonne-t-il simplement.
- Je viens me faire un avis sur toi, réplique-t-elle avec hostilité.
- Tu parles, ton avis est déjà fait depuis la seconde où tu m’as vu, comme tout le monde, tranche-t-il.
Encore une fois, elle ne se laisse pas démonter et se plante devant lui :
- Oui, j’ai eu un avis sur le type flippant que je ne connaissais pas, qui suivait ma coloc peureuse jusque devant sa porte et j’étais donc prête à t’en foutre une. Là, je viens me faire un avis sur son ami d’enfance, dont elle m’a déjà parlé, et qui n’a pas l’air d’être un si gros con que ça dans le fond. Alors bonjour, je m’appelle Julia.
J’en rirais presque, voir Julia, qui ressemble à une petite Barbie avec ses cheveux blonds et ses grands yeux bleus, à deux doigts de remettre un ancien prisonnier à sa place sans une once de peur dans les yeux… elle est dingue. Kai est complétement décontenancé par la situation, il s’en veut sans doute d’avoir été si agressif avec ma colocataire et il doit halluciner de voir qu’il ne la terrifie pas malgré tout, ce qui n’est pas habituel.
Elle lui tend d’ailleurs une main et il fronce les sourcils, de plus en plus surpris.
- Kai, répond-il simplement en lui serrant.
- Enchantée Kai, tu as le droit de sourire, siffle-t-elle.
Il rit un peu en me lançant un regard, l’air de me demander ce que nous attendons pour fiche le camp.
- Julia est très protectrice avec moi, précise-je.
Il hausse les sourcils en lançant un regard à Julia :
- Je le suis aussi, alors maman ours et papa ours risquent de se battre en duel, dit-il.
- Intéressant…, répond Julia calmement. Je ne vois pas bien pourquoi nous nous battrions plutôt que de protéger « bébé ours » ensemble mais enfin… disons que ça m’illustre un peu ton caractère et ta façon de penser.
Kai est déjà complétement largué. Il la regarde sans savoir sur quel pied danser et je sais très bien qu’il attaque avant d’être attaqué, qu’il se sent jugé par la terre entière depuis qu’il est petit et ne sait donc pas comment réagir face à quelqu’un qui lui offre une vraie chance de ne pas passer pour un crétin.
- Je blaguais…, dit-il prudemment.
Julia hoche la tête avec neutralité en vrillant toujours ses yeux sur lui et il se détourne, visiblement mal à l’aise :
- Bon, ta pote est vraiment perchée. On dégage ? demande-t-il.
Julia plisse les yeux et il se rattrape maladroitement :
- Je ne vois pas beaucoup Hestia alors… j’aimerais juste qu’on se barre.
Elle hoche simplement la tête avant de se tourner vers moi :
- Charmant, commente-t-elle froidement.
- Il est un peu agressif, admets-je en grimaçant.
Elle ne répond pas et s’éloigne sans lui dire au revoir, ce qui est une bonne et une mauvaise nouvelle, puisqu’elle me laisse avec lui et ne considère donc visiblement pas qu’il est un danger imminent, mais il n’a apparemment pas su la convaincre qu’il était acceptable non plus.