Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 94 : Lia
A la fin du film, il est plutôt tard et nous nous étirons comme des chats paresseux pour nous sortir de notre petit coma de détente. Eden va faire un tour à la salle de bain, Hunter se lève pour aller boire à la cuisine et je baille en m’étirant un peu plus lorsque son téléphone vibre.
Je ne peux pas m’en empêcher et je me penche avec curiosité pour regarder la notification en haut de l’écran :
Lia : « Changement de programme pour demain. On se retrouve à midi à […] »
Mes sourcils se froncent instantanément et la boule qui se loge au creux de mon ventre est extrêmement désagréable. Je n’ai pas la suite du message et ça me frustre terriblement. Des pensées m’assaillent déjà de tous les côtés, mon cerveau tourbillonne à cent à l’heure alors que je pense au pire. Je me demande qui est cette fille bien sûr, puisque son prénom ne me dit rien et j’essaie de me raisonner mais il n’y a rien à faire.
Je sais qu’il n’a pas de sœur, pas d’amie déclarée ni de cousine… Je pense évidemment à son travail mais il m’a précisé qu’il ne travaillait pas ce weekend et je trouverais ça curieux qu’il appelle l’une de ses collègues par son prénom alors que j’avais jusqu’alors aperçu uniquement des noms de familles… Je n’arrive pas à envisager qu’il ait quelqu’un d’autre, ça me parait impossible parce qu’il est mon prince charmant mais je ne peux pas m’empêcher de penser à Alma puisque j’ai parlé d’elle tout à l’heure avec Eden. Elle non plus ne s’y attendait pas, elle aussi pensait que son histoire durerait pour toujours et son ex lui disait qu’il l’aimait de tout son cœur tout en la trompant à côté.
Je lance un coup d’œil mauvais à son téléphone, tellement en colère qu’un nuage vienne gâcher mon magnifique ciel ensoleillé que je le jetterais par la fenêtre. Qui est cette Lia bon sang ?!
- On va se coucher ? demande Hunter depuis la cuisine.
J’en tressaille une seconde avant de me composer un visage serein malgré l’angoisse qui me déchire le ventre :
- Euh… oui mon cœur, réponds-je d’une voix un poil trop aiguë pour être honnête.
Il penche un peu la tête mais ne commente pas en remettant sa bouteille d’eau dans le frigo et c’est là-dessus qu’Eden le rejoint, dieu merci. Ils se mettent à discuter à la cuisine et ça me laisse un peu de temps pour réfléchir, ce qui me mène à une idée : Alma.
He : « Sos. Hunter a reçu un message d’une fille dont je n’ai jamais entendu parler… Elle lui donne visiblement rendez-vous demain… Je ne sais pas quoi faire. Une fille du boulot ? Alors qu’il n’est pas censé travailler ? J’attends de voir ? Je lui en parle ? »
A : « Ça sent mauvais. Une collègue qui envoie un message à vingt-trois heures passé pour le voir un jour où il ne travaille pas… Demande-lui s’il a d’autres amies comme Anabelle, ça nous évitera une bourde. »
Mon cœur accélère exponentiellement lorsque je lis les premiers mots d’Alma et ma gorge se noue un peu plus. Je me redresse sur le canapé pour me tourner face à eux, interrompant leur discussion sans même le remarquer à cause de l’état d’alerte au sein de mon corps :
- Hunter, tu as d’autres amies comme Ana ? Des copines que je ne connais pas ? couine-je.
Les deux m’observent avec des yeux ronds face à cette question qui sort clairement de nulle part mais il me connait suffisamment pour savoir que je dis parfois de drôle de choses.
- Je connais bien Mia et Eva, répond-il.
- Quoi ?! s’exclame Eden en secouant la tête. Mais qu’est-ce que c’est que cette question Titi ?!
- Pour savoir… je me demandais simplement si tu avais des amies que je ne connaissais pas, explique-je d’une petite voix.
- Non, je t’assure que je n’en vois pas d’autres, affirme Hunter.
- Tu es bien jalouse ce soir… ? demande Eden en plissant les yeux.
- Laisse-là, tranche Hunter d’un ton sans appel. Pourquoi me demandes-tu une chose pareille mon cœur ?
- Comme ça, réplique-je en me rasseyant dans le canapé pour attraper mon téléphone.
He : « Il dit qu’il n’a pas d’amie que je ne connais pas. »
A : « Ok. Fouille son téléphone. »
He : « Non ! »
A : « Bien sûr que si ! Tu ne peux pas l’accuser sans preuve et ce message aura peut-être disparu d’ici dix minutes lorsqu’il te prétextera comme par hasard qu’il travaille demain… Il est trop parfait, ça mérite une petite vérification. »
Je repose mon téléphone en angoissant de plus en plus. Alma est en train de me faire peur, vraiment très peur, mais je me sens déjà coupable du simple fait d’envisager de fouiller son téléphone, c’est tellement intrusif… Et si je n’ai pas confiance en lui alors à quoi bon continuer… ?
Cette dernière réflexion me retourne le ventre, je ne peux même pas envisager de le quitter, c’est tout simplement impossible. Hunter est mon futur mari, ça ne peut pas être autrement, je veux me marier avec lui, vieillir avec lui, passer une vie heureuse… Qui est cette Lia ?!
Il pose ses mains sur mes épaules et je fais un bond en me retournant pour le regarder avec de grands yeux, ce qui ne manque pas de l’interpeller.
- Mais… ? Tout va bien Hestia ? Tu m’inquiètes ?
- Mais oui, tout va très bien, réponds-je rapidement.
- Tu n’en as vraiment pas l’air mon petit chat…, murmure-t-il avec des yeux soucieux. Tu veux rentrer dormir chez toi ? Je peux t’y ramener si tu ne te sens pas bien...
- Je ne sais pas.
Son visage se décompose littéralement. Il avait beau le proposer, il ne s’attendait visiblement pas à ce que j’envisage de rentrer chez moi et même Eden nous dévisage depuis la cuisine en se balançant d’un pied sur l’autre, visiblement mal à l’aise.
- Je vais aller sortir Cal rapidement, un petit pipi avant la nuit, annonce-t-il.
- Hunter va venir avec toi, réponds-je.
Ce dernier me lance un regard encore plus perdu, je suis en train d’agir comme une dingue, il faut que j’arrête ou au moins que je me justifie.
- J’ai besoin d’appeler Alma, en toute intimité.
Hunter a l’air profondément soulagé et il accepte donc de sortir avec Eden. Je jubile presque lorsqu’ils sortent et qu’il ne prend pas son téléphone, qui gît toujours à côté de moi. J’attends quelques minutes avant d’appeler Alma et nous passons quelques minutes de plus à nous disputer comme deux chiffonniers parce qu’elle me pousse à fouiller alors que je refuse toujours.
- « Dépêche-toi Hestia ! Ils vont revenir et la question sera réglée, tu ne pourras plus regarder ! Il vaut mieux que tu lises ce message et que tu fasses comme si ce n’était pas le cas malgré ce que tu trouves dedans plutôt que de ne pas le lire et de regretter toute ta vie lorsqu’il l’aura effacé ! »
- Je viole sa vie privée ! couine-je.
- « Mais arrête voir ! Les trois quarts des femmes font ça Hestia ! Et puis qu’est-ce que ça te ferait qu’il fouille dans le tiens ? Ça ne te ferait pas plaisir, mais de là à considérer qu’il viole ta vie privée… ? »
Je soupèse le pour et le contre mais il est vrai que je ne le prendrais pas si mal que ça. Je serais remontée je suppose, mais uniquement parce que j’en serais malade qu’il apprenne le retour de Kai dans ma vie de cette façon. Sans Kai, je m’en ficherais même complétement, avec Kai, je serais remontée mais je lui expliquerais la situation un peu plus tôt que prévu.
J’attrape son téléphone pour le déverrouiller, bien que je n’ai pas encore vraiment décidé de le fouiller. Dès l’instant où je finis de taper la date d’anniversaire d’Eden, son téléphone ne se déverrouille pas et là, je commence à vraiment paniquer.
- Il a changé son code, annonce-je d’une voix blanche.
- « Wouah. Alors là, ça sent vraiment mauvais Hestia, je suis désolée de te dire ça mais … Bon sang… Un mec qui change son code qu’il a depuis ses dix-huit ans dès l’instant où sa copine le connait… »
- Je sais.
Les larmes me montent aux yeux instantanément. Les belles croyances s’effondrent, l’avenir radieux part en fumée, la confiance s’éteint alors que j’observe son téléphone sans le voir et que mon cœur m’assourdit. Alma me parle mais je ne l’entends même pas, je refuse de l’écouter me dire que la situation est catastrophique. Hunter est mon beau prince charmant, il ne peut pas me faire une chose pareille… il ne peut changer son code de téléphone uniquement parce que je le connais, alors que nous nous aimons si fort…
Non, Hunter est parfait.
Mon cœur se rallume, l’espoir glisse dans mes veines et je reprends son téléphone dans mes mains tremblantes pour y taper ma date de naissance. Lorsqu’il se déverrouille, le soulagement me percute si fort que j’en ai presque le tournis.
- C’était ma date, il changé pour mettre ma date…, souffle-je à Alma.
- « Ah, alors ça c’est déjà drôlement plus encourageant ! »
- Justement, je refuse de fouiller.
- « Alors glisse juste la notification, ce n’est pas vraiment fouiller, c’est juste pour voir la fin de son message ! Ce n’est même pas comme si tu l’ouvrais. »
Ça me convient déjà mieux, parce que je n’ouvre pas ses conversations. Si Lia avait envoyé son message pendant que je commandais les sushis, alors j’aurais eu l’intégralité du message sous le nez, ce n’est pas comme fourrer mon nez dans ses messages et je glisse donc légèrement la notification pour pouvoir lire la fin du message.
Lia : « Changement de programme pour demain. On se retrouve à midi à l’entrepôt. »
Je repose le téléphone d’Hunter à sa place puis nous discutons de ce drôle de message avec Alma. Nous ne comprenons pas trop, tout ça sonne très « travail » mais puisqu’il n’est pas censé travailler demain, ça fiche le cirque. En même temps, elle annonce clairement un « changement de programme », alors ça reste possible mais nous sommes toutes les deux d’accord pour trouver qu’il est très curieux qu’Hunter reçoive un simple sms en fin de soirée pour le prévenir de se présenter au boulot le lendemain d’une façon aussi lunaire. Alma maintient une possible amante en me disant que c’est peut être là-bas qu’ils se retrouvent, mais je ne veux pas y croire tout en ne pouvant pas exclure la chose.
- « Franchement Hestia, je ne vois pas un seul métier qui pourrait avoir une éthique aussi douteuse. Je n’ai jamais vu ça, un type qui se fait prévenir comme un chien d’un simple sms à bientôt minuit pour lui dire qu’il bosse le lendemain ? Non mais sérieusement ? Si au moins ce message venait de son boss, ce serait limite mais pourquoi pas… Mais une fille comme ça ? A moins qu’elle soit la patronne au-dessus de Winston ? Mais là encore, éthiquement, tout ça est très, très douteux. »
- Tu vois tout en noir parce que tu n’as pas confiance en les hommes ! couine-je.
- « Peut-être bien, mais tu m’accorderas qu’il me donne de quoi m’inquiéter sur ce coup ! C’est du délire. Et puis l’entrepôt ?! Mais quel est son foutu métier si c’est bien pour le boulot ! »
- Je ne sais pas, il m’avait parlé de commerce, alors je suppose que c’est là où ce qu’il vend est stocké… qu’est-ce que j’en sais ! m’agace-je.
- « Bon, il n’y a plus que deux options cette fois. Il te dira dans tous les cas qu’il bosse demain, alors soit tu lui poses la question franchement, soit tu le suis ! J’accepte largement de conduire ! »
Les garçons passent la porte dans mon dos et ils s’arrêtent sur le seuil avec des regards hésitants en voyant que je n’ai pas fini mon appel, mais je les rassure en raccrochant rapidement. Eden nourrit Cal tandis qu’Hunter vient me chercher :
- On va se coucher cette fois ? demande-t-il en attrapant son téléphone.
- Oui.
Nous avons à peine passé la porte de sa chambre que son téléphone vibre sous un appel de Winston, ce qui me rassure encore plus. Hunter s’excuse avant de sortir sur le balcon et je m’apaise, puisqu’il n’y a plus de doute sur le fait que ça concerne son travail. Mon moral remonte en flèche, bien que je sois déçue au possible d’avoir la confirmation qu’Hunter ne sera pas là demain.
J’en profite pour changer de pyjama, puisque je sais que je mourrais de chaud en le portant cette nuit sous une couette et dans les bras d’Hunter. J’enfile donc rapidement ma petite robe de nuit noire avant de me glisser sous sa couette pour l’attendre en me calant avec bonheur dans ses oreillers.
Une fois de plus, je me sens très bien. J’aime être là, je ne me lasse pas de sa chambre et je rougirais à l’idée de dormir dans son lit avec lui. Tout ça fait tellement sérieux… j’ai le sentiment que ça valide enfin notre couple, dormir chez mon petit-ami pour aucune raison particulière, pas parce qu’il est trop tard pour rentrer, parce que nous avons bu ou parce que nous sommes en séjour... Non, juste dormir chez lui parce que nous en avons envie, après une soirée classique avec son colocataire…
Un beau sourire s’épanouit sur mes lèvres mais ma joie est bien malheureusement parasitée par Lia. Oui, elle est visiblement liée au travail, mais ça me tourmente quand même. Je n’apprécie pas qu’une femme que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam se permette de lui envoyer des messages à des heures pareilles alors que Winston se charge visiblement de le prévenir lui-même moins de trente minutes plus tard. Ça me donne presque le sentiment qu’elle essaie de se l’accaparer, de le séduire ou simplement de se rendre intéressante en lui transmettant l’information un peu avant. Et vu la beauté de mon Hunter, je peux comprendre qu’elle tente sa chance.
Il revient à ce moment-là de son balcon en retirant le sweat qu’il avait mis pour aller promener Calyouk, qu’il jette dans un panier en osier avant de se glisser sous la couette avec moi. Il m’ouvre les bras en souriant et je m’y réfugie tout de suite pour me laisser serrer contre son torse alors qu’il plonge sur mes lèvres pour m’y embrasser plusieurs fois, aussi tendrement que longuement :
- J’ai l’impression d’être dans un rêve. Je suis trop heureux que tu sois là…, murmure-t-il.
- Moi aussi.
- Vraiment ? Tu te sens bien ? Encore une fois, je peux te ramener si ce n’est pas le cas. N’aie surtout pas peur de me dire la vérité, répète-t-il.
Je lui lance un petit regard et ses sourcils se crispent sous l’inquiétude :
- Mon cœur ? Tu veux que je te ramène ? demande-t-il d’une voix aussi sérieuse que malheureuse.
Autant cracher le morceau, je ne veux pas qu’il se fasse des films et je ne veux surtout pas gâcher notre première nuit chez lui.
- Tu travailles demain ? demande-je.
Son visage change encore, passant à la culpabilité :
- Oui… je suis désolé. Ce n’était pas prévu comme ça à la base mais… je dois y être, répond-il d’une voix douce. Je ne travaillerai que l’après-midi, j’essaierai de rentrer le plus tôt possible… j’aimerais vraiment que tu restes tout le weekend… même si je ne suis pas là demain après-midi, tu as déjà été ici toute seule tu… ça ne te dérangeras pas trop, si… ?
Je le trouve absolument craquant, il est tout désolé, il affiche une moue à manger toute crue et je l’embrasse avant de répondre :
- Bien sûr Hunter, je t’ai dit que je restais jusqu’à dimanche et je le ferai. Ce n’est pas grave, confirme-je.
- Vraiment ?! demande-t-il joyeusement.
- Mais oui, je trainerai avec Eden, j’irai promener Calyouk, je n’en sais rien ! Je m’ennuierais sans doute dix fois plus chez moi mon raton.
- Mon raton ?! rit-il.
- Tu es mon raton ! glousse-je.
- Ton raton-laveur ? plaisante-t-il.
- Mh… non. Tu es mon raton-loveur ! réplique-je fièrement.
Il éclate de rire avant de fondre sur mes lèvres et je glisse mes bras derrière sa nuque pour mieux le câliner alors qu’il colle mon corps au sien en me serrant dans ses bras plus fermement. Immédiatement, la température grimpe malgré notre interlude au gymnase, mais après près d’une semaine sans nous voir, je ne trouve pas ça étonnant et mon corps commence à vibrer doucement. Nos langues se cherchent au même moment, notre baiser devient aussi langoureux que brûlant, jusqu’à ce que ses mains glissent de mon dos pour aller se poser sur mes fesses.
Je suis pourtant extrêmement frileuse à l’idée de faire quoi que ce soit alors qu’Eden traine quelque part dans l’appartement, mais je suis incapable d’arrêter Hunter. Sentir ses mains est trop divin, j’aime que nous nous désirions, je suis même séduite par l’idée que nous nous cherchions dans son lit, ça apporte quelque chose de drôlement intime. Nous ne l’avons pas fait depuis nos premières bêtises dans ma chambre étudiante, mais nous étions drôlement plus à l’étroit que dans son beau lit deux places qui me semble littéralement fait pour ça. Dès que cette pensée me traverse l’esprit, je me cabre pratiquement, détachant mes lèvres des siennes aussi vite que je les aie soudées et je ne peux même pas retenir ma question, beaucoup trop intrusive mais bien trop capitale pour moi :
- Tu as déjà fait ça avec des filles dans ton lit ?! couine-je d’une voix aiguë.
- Non.
Sa réponse est immédiate, son air assuré et son visage très calme. A tel point que c’est moi qui commence à me demander comment il est possible que j’ai trouvé un homme qui tolère à ce point mes bizarreries… mes « dingueries » comme dirait Julia… Nous nous embrassions avec température avant ma question subite, complétement déplacée, et il est pourtant tout à fait calme, comme si tout était normal…
Il doit voir que sa réaction me scie en deux parce qu’il s’explique :
- J’attends pratiquement que tu me poses la question depuis que tu es entrée dans ma chambre mon amour…, se justifie-t-il.
- Quoi… ? murmure-je. Mais je ne savais pas moi-même que j’allais te la poser… ?
- Je le savais, je ne sais pas quoi te dire d’autre je… Je crois que je suis bon pour te cerner Hestia. Je crois que tu as un caractère particulier mais que j’ai compris comment tu fonctionnais, ou plutôt, j’ai de bonnes intuitions sur les choses qui pourront te perturber ou non… On en discutait avec Eden tout à l’heure en balade.
- Quoi ? répète-je.
- Nous discutions des questions que tu poses parfois, comme celle de tout à l’heure sur mes « amies ». Des questions qui paraissent sortir de nulle part, des réactions un peu « vives » ou « spontanées » que tu peux avoir pour certaines choses ou situations… Eden était mort de rire, il dit que tu es dingue et qu’il t’adore comme ça. Moi je… je crois que tu as un petit truc en plus mon amour, un petit truc qui te différencie des autres… Et je crois que je suis bon pour appréhender ce petit truc. Dès que je t’ai vu entrer dans ma chambre, j’ai su immédiatement qu’à un moment ou un autre, tu allais rester complétement fixée sur mon lit et sur l’idée qu’une femme ait dormi dedans. Tout comme je sais avec certitude que si la réponse avait été oui, tu m’aurais demandé de te ramener chez toi dans les trois minutes…
J’ouvre des yeux ronds comme des soucoupes, parce que je trouve ses propos aussi touchants que surprenants. Car il a raison, il a même complétement raison, je n’aurais jamais pu passer la nuit dans son lit en sachant qu’une femme … je ne peux même pas le formuler dans ma tête.
- Et je te rassure Hestia, je ne te mens pas. Je t’aurais dit la vérité et j’aurais acheté un autre lit s’il n’avait fallu que ça pour que tu y dormes. Mais je n’ai jamais ramené une femme dans mon lit, jamais. Je n’ai même jamais ramené une femme dans cet appartement alors tu peux t’y sentir complétement chez toi.
J’hoche doucement la tête, toujours complétement sciée en deux alors qu’il repose ses lèvres sur les miennes pour m’embrasser tendrement. Je suis tellement choquée par ce qu’il vient de me dire que je n’arrive pas à me mettre dedans, trop perturbée de me rendre compte d’à quel point Hunter me comprend.
Je ne me suis jamais posé trop de questions sur ma personnalité, j’ai intégré les moqueries des autres enfants et j’ai compris que j’étais un peu bizarre, tout ça a été confirmé lors d’une discussion bienveillante avec Julia, mais encore une fois, je m’en moquais, parce que ça ne concernait personne d’autre que moi.
Mais de constater qu’Hunter, littéralement l’homme qui partagera ma vie, a compris, intégré et accepté que je sois un poil différente … qu’il arrive même à appréhender les choses loufoques qui me contrarient… Ça me fait juste me sentir plus stupide que jamais et je romps donc notre baiser pour immédiatement être honnête avec lui :
- J’ai fouillé dans ton téléphone. Alma m’y a poussé, j’ai intercepté un message d’une certaine Lia et je… j’ai paniqué, avoue-je d’une petite voix rapide.
Il éclate doucement de rire, faisant sans doute les liens qui s’imposent dans sa tête avec mes questions de tout à l’heure. Il prend le temps de se calmer avant de poser des yeux réprobateurs sur moi malgré le léger sourire qui traine sur ses lèvres :
- Je ne suis pas très heureux de l’apprendre Hestia. Tu sais que je ne veux pas que tu apprennes mon travail de cette façon, tu sais que je veux te le dire, à ma façon, au bon moment… et tu sais que mon téléphone est mon outil de travail principal.
Je me sens tellement mal que je récupère mes bras d’autour de sa nuque pour poser mes mains sur mes lèvres, rongée par la culpabilité alors que j’hoche doucement la tête en le suppliant pratiquement du regard de ne pas me quitter alors que je suis plus penaude que jamais. Il continue de me disputer du regard et c’est insoutenable, je me prostre presque sur moi-même face à sa déception.
- Pardonne-moi…, murmure-je. Je ne voulais pas, je… j’ai juste regardé la fin de son message, j’avais peur que…
- Lia est … un peu comme mon assistante, c’est compliqué mais tu n’as aucun souci à te faire. Elle m’a prévenue dès qu’elle a eu l’information pour que je sois au courant au plus tôt, pour que je m’organise…
- Et Winston t’a appelé ensuite pour te l’ordonner ?
- Plus ou moins.
- Mais pourquoi êtes-vous tous pendus au téléphone jour et nuit dans cette boite ? Et qu’est-ce que l’entrepôt ? Qu’est-ce que tu vends ? Pourquoi dois-tu t’y rendre un samedi à la dernière minute ? Pourquoi en es-tu prévenu au milieu de la nuit ?
Il m’observe quelques secondes, mais il choisit de ne pas répondre, préférant attraper ma nuque pour me tirer contre ses lèvres et reprendre notre baiser brûlant où nous l’avons laissé tout à l’heure. Après avoir eu peur qu’il m’en veuille, je saute les deux pieds en avant dedans, terriblement heureuse de voir que tout va bien entre nous.