Dragon Ball - Next Journey
Le lendemain matin n’avait pas eu le courage d’être beau.
La lumière grise filtrait entre les rochers de leur cachette comme si l’aube elle-même hésitait à s’avancer davantage. L’air restait frais, presque cru, chargé de cette odeur minérale qui colle aux nuits trop courtes et aux réveils qu’on n’a pas vraiment choisis.
Marron ouvrit les yeux avec la sensation vague d’avoir dormi sur du katchin.
Un bourdonnement régulier, aigu, mécanique, vibrait non loin d’elle.
Elle tourna légèrement la tête et aperçut Bra penchée sur sa centrifugeuse portable, les mèches bleues de sa queue de cheval glissant sur sa blouse entrouverte. Les petites lumières de l’appareil clignotaient avec l’entêtement irritant des machines qui, elles, n’avaient pas à gérer la fatigue morale.
Bra leva les yeux en l’entendant bouger.
— Désolée. Je t’ai réveillée ?
Marron étira mollement un bras avant de le laisser retomber.
— Non, ça va... mentit-elle dans un bâillement.
Sa voix avait ce grain pâteux des gens que la nuit n’a pas réparés.
Plus loin, Runya se tenait déjà debout, droite malgré son état, comme si la dignité princière refusait toujours de plier, même dans une cache rocheuse, avec les traits tirés et des cernes de fin du monde.
Marron cligna encore une fois des yeux, puis son regard balaya les environs.
— Elle est où, Caulifla ?
Runya croisa les bras.
— Cette tête de mule s’est levée aux aurores pour explorer les environs. Elle voulait retrouver l’individu mystérieux que tu avais aperçu.
Marron se redressa un peu sur son coude.
— Toute seule ?
— Evidemment, répondit Runya avec une pointe sèche. Et depuis une vingtaine de minutes, je ne sens plus son énergie.
Le silence qui suivit fut court, mais assez lourd pour réveiller complètement Marron.
Elle se frotta un œil.
— Elle l’a peut-être juste effacée pour ne pas se faire repérer par Vegeta, tenta-t-elle. Ce serait son genre de foncer dans le tas, mais pas forcément de le faire bêtement.
Runya tourna vers elle un regard fatigué.
— Tu dois avoir raison.
Bra ajustait quelques réglages sur sa centrifugeuse sans quitter l’écran des yeux.
— Théoriquement, Caulifla ne devrait pas être contaminée avant le début de la soirée, dit-elle. Toi non plus, Runya.
La princesse se raidit à peine.
— J’espère que tu as raison.
Un petit temps passa.
Runya réorganisa quelques affaires avec une méthode un peu trop appliquée pour être naturelle. Marron tenta de s’asseoir correctement, échoua à paraître digne, puis s'assît, adossée à un rocher. Bra continua de surveiller l’appareil avec l’attention presque féroce qu’elle réservait aux choses qui, elles au moins, obéissaient encore à certaines règles.
Marron, appuyée depuis moins de deux minutes, sentit déjà ses paupières redevenir lourdes. Et c’est à ce moment-là que la centrifugeuse émit enfin un petit signal plus net.
Bra se pencha dessus, vérifia deux données, puis laissa échapper un souffle bref.
— C’est bon.
Marron cligna des yeux. La princesse s'approcha.
Bra ouvrit le compartiment avec un soin immense, comme si elle craignait qu’un geste trop brusque puisse vexer la chimie elle-même. Deux cartouches transparentes y reposaient, leur contenu très légèrement nacré accrochant la lumière pauvre du matin.
— Elles sont prêtes, dit-elle.
Cette fois, le soulagement fut réel.
Runya ferma brièvement les yeux. Marron eut un petit sourire exténué.
— Enfin...
Kale reposait toujours allongée à quelques pas de là, sur un lit qu’elles avaient improvisé. Son visage restait pâle, ses traits tirés, son souffle trop lourd pour être sain. Même ainsi, inconsciente, elle avait quelque chose d’impressionnant, comme si son corps continuait de contenir trop de force pour se laisser réellement réduire à la faiblesse.
Bra s’agenouilla près d’elle.
— Je commence.
Runya vint se placer à l’autre côté du lit. Marron resta légèrement en retrait, à la fois présente et inutile, ce qui était une sensation très désagréable.
Bra prit la première dose, vérifia une dernière fois l’intégrité du liquide, puis injecta le produit dans le bras de Kale.
…
Rien ne changea. Et c’était presque frustrant tant elles avaient besoin d’un miracle visible.
Bra tendit déjà la main vers la seconde cartouche. Mais...
Un rayon la pulvérisa.
Le choc fut si brutal, si net, que personne ne comprit tout de suite ce qui venait de se passer. Une ligne de lumière avait traversé l’air. La dose éclata en particules liquides et débris de verre avant même que Bra n’eût eu le temps de refermer les doigts dessus.
Un silence de sidération tomba.
Puis Marron tourna la tête. Et son ventre se vida d’un coup.
Caulifla se tenait là. Ou plutôt... ce qu’il restait encore d'elle.
Ses cheveux noirs étaient toujours les siens, sa silhouette aussi, mais quelque chose dans son regard avait basculé. Il y avait là une fixité malsaine, une dureté tordue, comme si la violence habituelle de la Saiyenne s’était fait dérober son centre et rebrancher sur autre chose.
A côté d’elle flottait Vegeta.
Les cheveux bleus, l’aura divine fine et pure, presque trop élégante pour ce qu’elle contenait. Il n’avait pas l’air d’un homme furieux. Il avait l’air d’une arme sacrée passée du mauvais côté.
Et un peu en retrait, debout, pieds nus dans son pantalon abîmé, se tenait la créature.
Un corps humanoïde sec et musclé. Pas de nez. De petits yeux noirs. Et, à la place de drôles de tubes plantés autour du crâne, plusieurs excroissances pâles qui évoquaient des champignons tubulaires dressés comme une couronne malade.
La chose souriait. Un sourire large. Vide. Presque joyeux.
Marron sentit instantanément qu’elle aurait préféré ne jamais le voir. Runya, elle, ne perdit pas une seconde.
La princesse bondit vers Caulifla avec une vitesse nette, droite, rageuse, comme si l’insulte faite à Kale et à l’espoir de la dose suffisait déjà à justifier tous les assauts.
Caulifla bougea d’un pas.
Puis d’un seul coup, sans prévenir, sans préparation visible, elle lança un puissant coup de pied en plein ventre de Runya.
Le coup entra avec une brutalité sèche.
La princesse eut les yeux grands ouverts une fraction de seconde, tout l’air lui quitta les poumons, puis elle fut projetée en arrière et s’encastra dans une colonne rocheuse qui se fendit sous l’impact.
Runya retomba déjà.
Elle se redressa presque aussitôt, le souffle brisé, la mâchoire serrée, les yeux brûlants. Et passa en Super Saiyen 2.
Ses cheveux se dressèrent dans une gerbe blonde zébrée d’éclairs. Son aura éclata autour d’elle, nerveuse, superbe, rageuse. Elle repartit à l’assaut.
En face, Caulifla sourit davantage. Puis sa propre aura explosa.
Ses cheveux devinrent bleus.
Le changement fut net, pur, presque insolent. Sa forme divine ne donnait pas l’impression d’un effort. Elle donnait l’impression d’une marche gravie avec trop d’aisance.
Runya comprit sans doute dans la même seconde ce que cela signifiait. Mais il était déjà trop tard.
Pendant ce temps, Bra avait tourné la tête vers Vegeta et quelque chose en elle avait cessé d’hésiter.
— Marron, protège Kale !
Puis elle aussi explosa en Super Saiyen 2.
Sa blouse s’ouvrit sous la poussée d’aura, et elle partit droit sur son père sans perdre une seconde de plus à négocier avec le désastre.
Le choc des deux affrontements secoua toute la zone.
Runya attaquait avec un vrai sens du combat, avec cette combinaison rare de droiture martiale et de férocité qu’on ne soupçonnait pas forcément chez une princesse. Caulifla, elle, semblait s’amuser. Son pouvoir divin rendait ses gestes plus nets, plus légers, plus terribles. Elle parait, cassait les angles, répondait à peine plus fort qu’il ne fallait, et cela suffisait.
De l’autre côté, Bra tentait tout ce qu’elle pouvait contre Vegeta : changement de direction, de rythme ; des frappes précises, des feintes propres. Elle ne combattait pas comme une brute, mais comme quelqu’un qui savait que seule la justesse pouvait encore lui offrir quelques secondes.
Cela ne suffisait pas.
Vegeta, sous sa forme divine, évoluait à un autre étage du réel. Chaque blocage donnait l’impression qu’il annulait l’attaque avant même qu’elle ne devînt véritablement un danger. Chaque contre tombait avec une simplicité effrayante.
Les deux Super Saiyen 2 tenaient. Mais elles tenaient comme des combattantes déjà condamnées.
Marron le vit immédiatement.
Et le pire, c’était qu’elle ne pouvait rien faire.
Elle restait près de Kale, les poings serrés, les dents serrées, les jambes prêtes à bondir tout en sachant qu’elle ne changerait rien au rapport de force. L’impuissance lui râpait la gorge comme du sable.
Un coup plus violent projeta Bra à travers deux blocs de pierre. Runya, elle, encaissa un direct de Caulifla qui la fit pivoter sur elle-même avant qu’un second coup au flanc ne la plie en deux.
La créature souriait toujours.
Puis Runya s’arrêta une demi-seconde trop près d’elle.
La respiration de Runya changea. Son regard vacilla, pas longtemps, mais juste assez.
Vegeta reparut devant sa fille.
Elle bloqua de justesse, recula, heurta le sol et redressa la tête. Elle ne vit pas Runya se tourner vers elle avec quelque chose d’étranger dans les yeux, et fondant sur elle.
Le poing partit de côté et heurta Bra au visage avec une violence si soudaine qu’elle n’eut même pas le temps de monter correctement sa garde. Sa tête partit sur le côté. Son corps suivit une demi-seconde plus tard.
Bra roula au sol. Ce coup lui fit soudainement comprendre une corrélation monstrueuse.
Cette chose accélérait la contamination.
La proximité seule suffisait déjà à faire sauter le temps.
…
Bra se redressa, puis essuya la goutte de sang coulant de sa lèvre. Elle aperçut Caulifla, Vegeta et la créature converger dans sa direction.
— On dirait que Runya a changée de camp, lança la fille du prince pour elle-même.
Elle prit une grande inspiration, avant de se jeter sur eux.
C’était du suicide. Elle le savait.
Mais il lui restait encore cette part de génie têtu et de courage absurde qui refuse parfois de distinguer l’héroïsme d’une très mauvaise idée.
Le combat fut d’une brièveté atroce.
Une faible parade. Un coup de Caulifla. Un revers de Vegeta. Une percussion de Runya contaminée. Puis plus rien qu’un corps projeté au sol, glissant dans la poussière, l’aura brisée, la conscience noyée.
— BRA ! hurla Marron.
Sans réfléchir, elle bondit à son tour et se plaça devant son amie.
Un coup au ventre la fit plier.
Un autre à l’épaule l’envoya de côté.
Elle posa un genou au sol, la vision brouillée, les oreilles pleines d’un bourdonnement affreux. Son corps partit en arrière.
Mais au lieu de tomber, elle heurta quelque chose, enfin... quelqu’un.
Une main s’était refermée sur ses épaules.
Runya.
Marron, encore sonnée, tourna très légèrement la tête dans sa direction. La princesse lui sourit.
Puis ses doigts se mirent à serrer. De plus en plus fort.
Une douleur vive traversa l’épaule de Marron comme si l’articulation entière essayait de sortir de son logement. Elle laissa échapper un gémissement involontaire avant de serrer les dents si fort qu’elle crut se les briser. Avec son bras encore valide, elle tenta d’arracher cette main, d’ouvrir les doigts, de respirer, de faire quelque chose.
Elle en était tout bonnement incapable.
A ce moment-là, Vegeta atterrit devant elle.
Tout doucement, presque proprement.
Une petite courbe satisfaite sur le visage, comme si une part de lui goûtait encore à la cruauté de la scène.
Marron comprit, avec une lucidité glacée, qu’elle était cernée par deux monstres qui semblaient avoir trouvé un malin plaisir à la faire souffrir.
* * * * * * *
Le prince enchaîna de coups la terrienne, depuis un moment déjà.
Des coups aux bras, aux côtes, parfois au visage.
Chaque impact donnait l’impression absurde que son corps aurait dû se disloquer, que sa tête aurait dû partir, qu’un membre aurait dû céder pour de bon. Et pourtant elle tenait encore, simplement parce que le corps humain, parfois, s’accroche par vexation pure.
Elle recula. Trébucha. Revint. Essaya de protéger Bra avec ce qu’il lui restait de position, de souffle et d’orgueil.
…
C'est le visage amoché et ensanglanté que la fille de Krilin et N°18 vit Vegeta lever la main.
Une sphère d’énergie commença à se former au-dessus de sa paume.
Elle grossit vite, trop vite. Dense, compacte et terrible.
Marron se jeta sur Bra et la recouvrit de son propre corps, rabattant tout ce qu’elle pouvait de sa carcasse abîmée sur son amie inconsciente comme si la chair, à défaut d’être solide, pouvait encore servir de mur.
La sphère allait partir.
Mais une petite vague la percuta de côté.
L’attaque de Vegeta fut déviée si brusquement qu’elle quitta sa trajectoire, monta dans le ciel et explosa très haut dans une détonation qui fit trembler l’air au-dessus des rochers.
...
Le responsable était là.
Oob.
La paume gauche toujours tendue vers Vegeta, le regard plus dur qu’on ne le lui voyait presque jamais.
Goku se tenait juste à côté de lui, une main posée sur son épaule droite, les doigts de l'autre main encore contre son propre front.
Et derrière, dans la chaîne de contact, Pan avait posé sa main gauche sur l’épaule de son grand-père.
Ils étaient venus par téléportation.
Dans la lumière froide de cette arrivée impossible, même les ruines semblèrent retenir leur souffle.