Dragon Ball - Next Journey

Chapitre 31 : Un nouvel allié

4350 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 24/04/2026 21:56

Les jours de voyage avaient poli les angles.

 

Au début, Guma n’avait pas vraiment apprécié que Goten tourne autant autour d’Aya. Ce n’était pas une haine franche, ni même une hostilité proprement dite. C’était plutôt cette raideur particulière des grands frères qui voient approcher un garçon trop souriant de quelqu’un qu’ils ont passé une partie de leur vie à protéger.

 

Goten, lui, n’avait rien fait pour arranger les choses.

 

Il venait parler à Aya presque naturellement, comme si la proximité allait de soi. Il l’invitait à s’entraîner, la faisait rire pour un rien, cherchait son regard plus souvent qu’il ne s’en rendait compte, et prenait chaque grognement de Guma comme une légère complication logistique plutôt que comme un avertissement sérieux.

 

Le plus agaçant, pour Guma, était que sa sœur semblait réellement bien l’aimer.

 

Aya et Goten passaient de longs moments à faire ce qu’eux seuls avaient fini par transformer en habitude : ces combats mentaux étranges où leurs volontés se heurtaient sans choc physique, où les échanges basculaient parfois vers de vrais tests de concentration, parfois vers un simple jeu. Il leur arrivait même, en pleine opposition, de perdre tout sérieux et de finir à se chahuter comme des enfants trop grands. Un jour, après qu’Aya eut réussi à le déstabiliser dans un exercice de projection, Goten s’était vengé en venant la chatouiller au flanc. Elle avait tenté de garder un air digne pendant exactement deux secondes avant de se plier de rire et de lui rendre la pareille. Guma, qui observait la scène avec les bras croisés, n’avait été intégré qu’après coup, et encore, seulement parce que Goten l’avait défié d’un grand signe de main.

 

Il participait parfois à quelques combats.

 

Pas à tous.

 

Pas aux chamailleries.

 

Pas à ce courant léger qui circulait entre eux avec une évidence de plus en plus irritante et de plus en plus difficile à nier.

 

Une nuit pourtant, la situation prit une tournure à laquelle personne n’avait été préparé.

 

Le vaisseau dormait presque.

 

Les moteurs ronronnaient avec cette douceur grave qu’ont les machines lorsqu’elles avancent dans le vide. La lumière du couloir, réduite au minimum, glissait faiblement sous les portes. Dans la chambre des garçons, Goten et Guma dormaient chacun dans leur coin, pris dans cette fatigue profonde que les journées de voyage savent si bien fabriquer.

 

Un léger froissement tira Goten du sommeil.

 

Il entrouvrit les yeux. Dans la pénombre, une silhouette se tenait près de son lit.

 

— Aya ? murmura-t-il d’une voix encore noyée de sommeil.

 

Elle resta immobile un instant.

 

Ses cheveux clairs se perdaient dans l’obscurité, mais ses yeux, eux, reflétaient juste assez la faible lumière pour trahir quelque chose d’inquiet.

 

— J’ai fait un cauchemar, dit-elle tout bas. Je peux dormir avec toi ?

 

Pendant une seconde, Goten ne répondit pas.

 

Quelque chose dans la façon qu’elle avait de le demander, sans détour, sans coquetterie, avec une vulnérabilité presque enfantine, lui rappela Pan lorsqu’elle était petite. A l’époque où, Gohan partait souvent pour des congrès et que son père s’entraînait ailleurs que sur Terre, elle venait parfois frapper à la porte de la chambre de son oncle avec sa mine grave de fillette décidée à ne surtout pas admettre qu’elle avait peur.

 

Le souvenir adoucit aussitôt son réveil.

 

— Oui, bien sûr, souffla-t-il en se redressant un peu. Attends, je te fais de la place.

 

Il repoussa la couverture, se poussa sur le côté, puis leva légèrement les yeux vers elle.

 

Et se figea.

 

Mais sa vision, déjà habitués à la pénombre, commença à discerner des choses qu’il n’avait pas prévues.

 

Aya était nue. Elle dormait comme ça.

 

Le cerveau du métis s’embrasa dans un silence absolu.

 

— Euh... attends ! fit-il en se couvrant brutalement les yeux d’une main.

 

Aya pencha légèrement la tête.

 

— Quoi ? demanda Aya, sincèrement perplexe.

— Rien ! Enfin si ! Attends juste !

 

Il tâtonna à l’aveugle autour de lui, renversa quelque chose, fouilla en catastrophe dans un petit tas de vêtements, puis finit par mettre la main sur un débardeur.

 

— Tiens ! Mets ça !

 

Il lui tendait le vêtement les yeux toujours obstinément fermés. Aya le prit.

 

— C’est à toi ?

— Oui.

— C’est grand.

— Je sais, mais mets-le quand même !

 

Elle obéit docilement.

 

Quelques secondes plus tard, le débardeur lui tombait largement sur les épaules et descendait trop bas, mais au moins, pensa Goten, il y avait désormais un minimum de logique sociale dans la pièce.

 

— Voilà, dit-elle.

 

Goten, toujours la main sur les yeux, inspira profondément.

 

— D’accord. Très bien. Tu peux dormir.

 

Elle se glissa contre lui avec la simplicité absolue des gens qui ne voient pas le problème là où les autres explosent de gêne intérieure.

 

Goten resta raide quelques minutes, les yeux grands ouverts dans le noir, à se demander si son cœur avait toujours le droit de battre aussi fort sans autorisation administrative.

 

Puis, peu à peu, la fatigue l’emporta.

 

Le lendemain matin, Guma fut réveillé par un spectacle qui ne plut pas du tout à son âme de frère.

 

Goten dormait encore, vêtu seulement d’un caleçon, moitié roulé dans sa couverture.

 

Le regard de Guma passa de sa sœur à Goten.

Puis de Goten au débardeur.

Puis du débardeur à Goten.

 

Goten entrouvrit un œil, vit la tête de Guma, et comprit instantanément que la matinée venait de prendre une pente très défavorable.

 

— C’est pas ce que tu crois ! lança-t-il en secouant aussitôt les mains devant lui.

 

Aya, à côté, commençait elle aussi à émerger, les cheveux en bataille, une bretelle du débardeur trop grand tombée sur l’épaule.

 

— Goten, tu pourrais faire moins de bruit... marmonna-t-elle.

 

Guma se leva d’un bloc.

 

— Je vais te casser en deux.

— Attends ! Attends !

 

Aya se redressa un peu plus, encore froissée de sommeil.

 

— J’ai fait un cauchemar. Alors je suis venue ici. Il m’a donné son débardeur et il m’a laissé dormir.

 

Guma s’arrêta net.

 

Son expression se fissura légèrement.

 

— Quand tu étais plus petite, tu venais te réfugier auprès de moi, souffla-t-il avec une minuscule larmichette au coin de l’œil.

 

Aya pencha légèrement la tête.

 

— Oui. Mais là, tu ronflais.

 

Goten dut se mordre l’intérieur de la joue pour ne pas rire trop fort.

 

Guma, lui, encaissa la phrase comme si on venait de lui planter un couteau émotionnel entre les omoplates.

 

Le voyage continua ainsi.

 

Avec plus de rires.

Plus de complicité.

Et, de la part de Guma, des grognements un peu moins hostiles qu’au départ.

 

Après plusieurs jours, le vaisseau atteignit enfin la planète Wata.

 

Vue du ciel, elle ressemblait à un chapelet d’archipels jetés sur une mer immense. L’eau y dominait tout. Entre les îles, les barques, les pontons précaires et les maisons montées sur pilotis dessinaient un monde à la fois fragile et tenace. La lumière se reflétait partout, mais cette beauté n’effaçait pas la pauvreté évidente des lieux.

 

Les habitants avaient malgré tout le sourire facile.

 

Les Watasiens étaient de petites créatures à la peau bleutée, avec de grands yeux ronds, de longues oreilles pointues et une haute crête dorsale semblable à une nageoire qui leur remontait du crâne. Leurs traits un peu étranges leur donnaient un air presque comique au premier regard, mais leur accueil chaleureux, leur politesse simple et leur manière de se serrer les coudes faisaient vite oublier leur misère.

 

Dès leur arrivée au village principal, une chose sauta aux yeux : les murs étaient couverts d’affiches qui montraient partout le même visage.

 

Le roi Yodon.

 

On y voyait un petit souverain à la peau verte, aux oreilles pointues et au rictus carnassier, drapé dans une lourde robe violette bordée d’or. Une large ceinture noire serrait son ventre rond, un médaillon frappé d’un grand « Y » brillait sur sa poitrine, et un sceptre achevait de lui donner cette allure grotesque et autoritaire propre aux despotes qui se prennent pour des figures sacrées.

 

Le trio fut hébergé chez une famille de pêcheurs dont le chef, homme solide au regard fatigué, remplissait aussi les fonctions de maire officieux dès qu’il fallait parler au nom du village.

 

Le repas était simple mais généreux.

 

Goten expliqua rapidement la raison de leur venue.

 

— On cherche de l’huile de Perle Noire, dit-il. On doit l’utiliser pour fabriquer un vaccin et guérir les Saiyens.

 

Le chef répéta, stupéfait :

 

— Un vaccin ?

 

Goten hocha la tête.

 

— Si j’ai bien compris, il y a un élément dans cette huile qui...

 

On frappa à la porte.

 

Tout le monde se tut. Le chef alla ouvrir.

 

Deux gardes royaux attendaient sur le seuil.

 

Leur attitude suintait la puissance d'hommes armés qui savent qu’ils ont la loi d’un tyran derrière eux.

 

— La récolte du mois, dit le premier.

 

Le chef baissa les yeux, puis se dirigea sans discuter vers un coin de la pièce. Il revint avec une immense fiole à demi remplie d’un liquide noir épais.

 

Le second garde la regarda en levant un sourcil.

 

— Ce n’est pas de l’huile purifiée.

— La machine est en panne depuis onze jours, répondit le chef avec une prudence visible. Le château n’a toujours pas envoyé de technicien...

 

Le premier garde sourit. Puis il donna un coup sec dans la fiole.

 

Le verre éclata au sol.

 

L’huile noire se répandit sur les planches en une mare brillante.

 

Un silence de choc traversa la maison.

 

— Vous refusez donc de payer, déclara le garde.

— Mais je viens de vous… commença le chef.

 

Le second lui décocha un coup de pied qui l’envoya rouler deux ou trois mètres plus loin.

 

L’enfant du chef se précipita vers son père. Les larmes aux yeux, la colère aussi, il lança aux gardes :

 

— Mon papa vous a déjà payé !

 

Le premier garde pointa aussitôt son arme sur eux.

 

— Vous résistez ?!

 

Il appuya sur la détente.

 

Guma s’interposa.

 

Les projectiles frappèrent son torse et s’écrasèrent dessus comme s’ils venaient de rencontrer un mur vivant.

 

Le jeune homme massif baissa les yeux vers sa poitrine, puis releva la tête.

 

— Vous êtes malhonnêtes, dit-il.

 

Les deux gardes eurent un mouvement de recul. Ils levèrent de nouveau leurs armes.

 

Aya tourna déjà sur elle-même. Son coup de pied rotatif faucha les deux hommes avec une élégance brutale. Ils furent expédiés hors de la maison dans un vacarme de bois et de cris.

 

Aya sauta dehors et assomma le premier avant qu’il ne se redressât. Elle ne vit pas le second, derrière elle, déjà en train de la mettre en joue.

 

Goten surgit.

 

Sa main se referma sur l’arme, l’écrasa comme une boîte vide, puis son autre poing cueillit le garde à la mâchoire. L’homme s’effondra sans comprendre dans quel ordre exact sa vie venait de prendre cette tournure.

 

Le village entier regardait la scène.

 

Le chef se redressa péniblement, l’enfant encore collé à lui, et fixa le trio comme s’il venait de découvrir que la maison qu’il croyait faite de bois pouvait soudain cacher trois morceaux d’orage.

 

Goten lui adressa son sourire habituel.

 

Celui qui, selon les circonstances, pouvait sembler parfaitement rassurant ou vaguement irresponsable.

 

— On va vous aider, dit-il.

 

* * * * * * *


Le château de Yodon dominait l’île principale avec l’assurance vulgaire des lieux construits pour humilier leurs alentours.

 

Trop haut. Trop lourd. Trop riche pour ce qu’on voyait du reste du pays.

 

Goten, Aya et Guma se posèrent devant les portes sans prendre la peine de dissimuler leur présence.

 

Les gardes croisèrent leurs armes.

 

— Halte !

 

Guma ne ralentit même pas.

 

Le premier soldat vola à gauche. Aya envoya le second à droite.

 

Goten passa entre eux et força d’un coup de pied la porte à s’ouvrir plus grand.

 

Le trio entra dans la cour intérieure.

 

D’autres soldats accoururent de partout. La bataille s’étendit aussitôt, rapide et très lisible. Guma s’occupait surtout des gardes comme on dégage un chemin encombré de meubles inutiles. Goten et Aya, eux, avançaient plus profondément dans l’enceinte, frappant juste, vite, avec cette efficacité qui fait soudain paraître les défenses officielles assez décoratives.

 

Puis l’air changea.

 

Deux nouvelles présences descendirent alors dans la cour.

 

Pyla.

Et Nyla.

 

Pyla avait une silhouette compacte et nerveuse, moulée dans une tenue orange sans manches qui soulignait sa musculature. De grands gants blancs et des bottes blanches complétaient l’ensemble, mais c’était surtout son imposante chevelure blanche, dressée en larges pointes, qui attirait le regard. Avec son air fermé et son regard dur, il dégageait une agressivité franche, presque brutale.

À ses côtés, son épouse Nyla portait une version féminine de cette même tenue orange, près du corps, avec les mêmes gants blancs et les mêmes bottes blanches. Sa chevelure blanche, plus ample et plus arrondie dans sa forme, lui donnait une silhouette immédiatement reconnaissable. Là où Pyla évoquait la force directe, Nyla dégageait une froideur sèche et une assurance tranchante, avec cette manière de fixer l’adversaire comme si sa défaite était déjà réglée.

 

Il y avait entre eux cette arrogance propre aux gens puissants qui combattent souvent ensemble et commencent à croire que cela les rend intéressants. Pyla avait la brutalité sûre de lui des hommes qui aiment frapper. Nyla, étendue au départ sur une rambarde comme si tout cela l’ennuyait, se redressa avec un sourire mince.

 

— Alors, dit-elle d'un ton léger, ce sont eux ?

— Apparemment, répondit Pyla. Trois petits héros en excursion.

 

Goten se craqua légèrement les épaules.

 

— Vous pouvez toujours nous laisser passer.

— Et toi, répondit Pyla, tu peux toujours aller te noyer.

 

Le combat reprit immédiatement.

 

Pyla se jeta sur Goten avec une puissance réelle. Pas exceptionnelle, mais suffisante pour exiger une vraie attention. Aya, de son côté, engagea Nyla, qui combattait avec une nervosité souple, presque féline, plus technique qu’elle ne l’avait d’abord laissé croire.

 

Guma continuait d’éparpiller les gardes avec une constance admirable.

 

Peu à peu, l’avantage tourna en faveur du trio.

 

Goten lisait mieux les ouvertures de son adversaire.

 

Aya forçait Nyla à reculer.

 

Pyla commençait déjà à perdre de son assurance.

 

Puis Goten se prit un coup de poing en pleine joue.

 

Un vrai.

 

Pas celui de Pyla.

 

Le demi-Saiyen fut projeté plus loin. Il glissa sur plusieurs mètres. Il secoua la tête, se tint la joue, puis releva enfin les yeux.

 

Et resta figé.

 

Son assaillant se tenait debout dans la cour, impassible, presque immobile si l’on exceptait la certitude absolue qu’il donnait de pouvoir tuer tout le monde ici avant que quiconque ait fini de cligner des yeux.

 

La peau violette. Un long manteau sombre. Le regard étroit.

 

L’assassin le plus célèbre de l’univers 6.

 

...

 

Hit.

 

* * * * * * *


Le silence tomba d’un coup dans la cour.

 

Même les gardes, pourtant trop bêtes pour saisir toutes les implications du moment, sentirent qu’ils venaient de changer d’étage dans la hiérarchie des problèmes.

 

Hit regarda Goten.

Juste assez pour que la question tombe proprement.

 

— Que fait le fils de Son Goku dans cet univers ?

 

Goten se redressa en grimaçant, une main encore contre sa joue.

 

— On est venus aider les Saiyens.

 

Puis, comme si cette réponse suffisait déjà à régler la moitié du problème, il s’approcha même avec un sourire.

 

— En vrai, c’est cool que tu sois là. Tu vas pouvoir nous aider.

 

Hit le fusilla du regard.

Un regard qui éteignait simplement toute chaleur autour de lui.

 

— Je ne suis pas là pour vous aider.

 

Son aura se déploya.

 

Goten fut repoussé en arrière et atterrit plus loin, surpris.

 

— Mais t’es censé être du côté des gentils !

 

Hit répondit sans hausser le ton.

 

— Je suis du côté de ceux qui me paient.

 

Goten resta une fraction de seconde interdit.

 

Puis la colère monta plus vite que la réflexion.

 

— C’est vraiment une réponse pourrie.

 

Il passa en Super Saiyen.

 

Ses cheveux devinrent blonds. Son aura jaillit. Puis il repartit tout de suite à l’assaut.

 

La différence de niveau se révéla presque immédiatement.

 

Goten était rapide.

 

Hit l’était à un degré qui rendait la rapidité ordinaire presque théorique.

 

Goten frappait.

 

Hit avait déjà vu le coup, l’avait déjà évité, et avait déjà trouvé l’angle de réponse.

 

Le métis tenta plusieurs enchaînements, cassa le rythme, força sur l’agressivité, chercha les ouvertures. Cela ne servit qu’à rendre plus visible encore l’écart qui les séparait.

 

Hit le toucha une première fois au flanc.

Puis au menton.

Puis au thorax.

 

Chaque impact arrivait avec cette brièveté monstrueuse qui donne l’impression que l’attaque n’a pas été lancée mais décidée.

 

Très vite, Goten fut dépassé.

 

Ses bras montaient encore en garde, mais avec du retard.

Son souffle se brisait.

Ses appuis commençaient à céder.

 

Pendant ce temps, Aya continuait d’affronter le couple, repoussant Nyla avec une intensité grandissante. Au sol, appuyée sur les coudes après avoir été balayée, l’épouse lança d’une voix irritée :

 

— Hit, finis-en maintenant. T’es pas payé pour dorloter tes adversaires.

 

Hit obéit.

 

Il disparut.

 

Puis réapparut dans la garde de Goten.

 

L’enchaînement partit si vite qu’il sembla d’abord silencieux.

 

Ensuite seulement vinrent les faisceaux. De minces éclats violets jaillirent du corps de Goten à chaque impact, comme si l’air refusait d’absorber correctement la violence qu’il recevait. Le demi-Saiyen se plia, les yeux grands ouverts, incapable de réellement suivre ce qui lui arrivait.

 

Le monde bascula.

 

Avant de perdre connaissance, il aperçut encore Aya.

 

Ses traits s’étaient tordus de colère. Ses cheveux commençaient à se redresser.

 

Puis un avant-bras violet intercepta son coup.

 

Et tout s’éteignit.

 

* * * * * * *


Quand Goten rouvrit les yeux, la première chose qu’il sentit fut la chaleur.

 

Une chaleur humaine, tremblante, vivante.

 

Sa tête reposait sur les genoux d’Aya.

 

Elle pleurait.

 

Ses larmes tombaient sans bruit sur son visage, ses mains tremblaient légèrement, et quand elle le vit enfin reprendre conscience, quelque chose en elle céda d’un coup. Elle le serra contre elle avec une force presque désordonnée.

 

— Goten !

 

Il cligna plusieurs fois des yeux, encore à moitié perdu.

 

— Qu’est-ce qui...

 

— Tu t’es réveillé, dit-elle d’une voix tremblante.

 

Elle ne le lâcha pas tout de suite.

 

Quand elle se recula enfin, ses yeux restaient rouges.

 

...

 

Ils se trouvaient dans une cellule.

 

Guma était assis non loin, les bras croisés et une expression qui faisait passer la pierre des murs pour une matière émotionnellement plus ouverte.

 

Et devant la cellule, bras croisés lui aussi, se tenait Hit.

 

Aya se redressa aussitôt, furieuse de le voir là. Elle se plaça devant Goten comme si elle comptait désormais filtrer le monde à sa place.

 

Hit ne sembla pas le remarquer. Ou plutôt, il le remarqua et jugea que cela ne valait pas une réponse.

 

— Que se passe-t-il sur Sadala ? demanda-t-il.

 

Cette fois, la question était différente.

 

Il n’y avait plus seulement de la curiosité froide dedans. Il y avait une tension fine, invisible, mais bien réelle.

 

Guma répondit le premier.

 

— Un virus a contaminé les Saiyens.

 

Goten se releva péniblement, aidé par Aya.

 

— Si on ne se dépêche pas de récupérer l’huile de Perle Noire, ajouta-t-il, ils vont tous mourir. Cabba, Kale, Caulifla... tous.

 

Une légère crispation passa sur le visage de Hit.

 

Depuis le Tournoi du Pouvoir, il s’était, à sa manière, rapproché des trois jeunes Saiyens. Pas comme un père. Pas comme un ami bruyant. Pas même comme un maître au sens chaleureux du terme. Plutôt comme une présence droite, exigeante, glacée, qui les avait parfois corrigés, parfois guidés, parfois regardés de cette manière qui disait : « ne me faites pas perdre mon temps en restant médiocres ».

 

Un bruit retentit à l’étage, le coupant dans ses pensées.

 

Hit disparut.

 

Pas en courant. Pas en bondissant. Il cessa simplement d’être là.

 

Quelques secondes plus tard, Nyla apparut devant la cellule, une clé à la main et un sourire mauvais aux lèvres.

 

— Les prisonniers sont condamnés à mort, annonça-t-elle.

 

Elle s’avança vers la porte.

 

Une main surgit derrière elle.

Une pression sèche à la nuque.

 

Nyla s’affaissa instantanément, endormie avant même d’avoir compris qu’elle avait cessé d’être dangereuse.

 

Hit se tenait déjà là.

 

Au même moment, Pyla dévala l’escalier dans un hurlement.

 

— TOI !

 

Sans se retourner, Hit parla au trio.

 

— L’entrepôt de l’huile se trouve dans l’aile nord, niveau inférieur, derrière la troisième grille.

 

Puis le corps de Pyla fut brutalement expédié dans un mur plusieurs mètres plus loin, comme si la conversation et la correction physique avaient parfaitement le droit de coexister.

 

Goten, encore sonné, le fixa.

 

— Qu’est-ce que tu vas faire ?

 

Hit lui jeta un regard bref. Puis un mince sourire en coin, franchement inquiétant, effleura son visage.

 

— Finir mon travail.

 

Le trio n’insista pas.

 

Le trio s’empara de l’entrepôt avec l’énergie du désespoir devenu très pratique. Des kikohas ouvrirent les passages, firent sauter les verrous, éventrèrent des pans de mur, et bientôt des dizaines de fioles d’huile de Perle Noire furent chargées à bord du vaisseau.

 

Ils prirent aussi de la nourriture locale. Beaucoup. Suffisamment pour que Goten, malgré ses hématomes encore frais, lança en portant une caisse :

 

— On ne va pas traverser l’univers avec juste de l’huile.

 

Aya approuva.

 

Guma grogna, mais chargea quand même deux caisses supplémentaires.

 

Lorsqu’ils terminèrent l’embarquement, une silhouette s’approcha du vaisseau.

 

Hit.

 

Il s’essuyait une main recouverte de sang avec un chiffon, avec le calme méthodique d’un homme qui venait simplement de régler une formalité désagréable.

 

Goten fit une grimace éloquente.

 

— Beurk...

 

Hit monta à bord sans demander la moindre permission.

 

— Le roi a cédé sa place, dit-il.

 

Le silence dura une seconde.

 

Puis, au loin, les premiers cris de joie montèrent déjà des villages, repris d’île en île comme une onde légère traversant tout l’archipel.

 

Le vaisseau s’éleva.

 

En dessous, Wata semblait respirer un peu mieux.

 

La monarchie cruelle de Yodon venait de prendre fin.

 

Et, dans le module principal, Goten observait Hit avec cette expression mi-méfiante, mi-incrédule qu’on réserve aux types qui viennent de vous battre, de sauver votre mission et de monter à bord comme s’ils étaient déjà chez eux.

 

Le voyage de retour promettait d’être très calme...

 


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Yodon [ よどん ] : provient de « stagnant » en japonais, les piranhas peuvent vivre dans l'eau stagnante.

 

Pyla [ ピラ ] : provient de « piranha » en japonais aussi.

 

Nyla [ ニラ ] : provient de « piranha » dans la même langue.

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