[Devil May Cry x Gintama] REBELLION

Chapitre 4 : L'art du feu et de la glace

7558 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/04/2026 00:21

CHAPITRE 4

L'art du feu et de la glace

© sueyeonie


 

        Sous l’air menaçant de Gintoki, l’homme à l’amulette rouge esquissa un sourire. Ce n’était pas une provocation de ce calibre qui allait l’intimider. Mais il savait – après cette bataille sanglante – que ces deux-là n’étaient pas de simples adversaires : ils pouvaient vraiment le mettre en difficulté. Et sa blessure béante ne jouait pas en sa faveur.

        Sous le regard surpris des deux amis, le sang continuait de couler, maculant son débardeur gris. Il avait pâli mais maintenait son sourire arrogant, s’appuyant sur son épée pour rester debout. Pourquoi paraissait-il si sûr de lui ?

        — T’es en train de te vider de ton sang…

        — Ne t’inquiète pas pour moi, poupée.

        — Elle ne s’inquiète pas. C’est un constat, coupa Gintoki, le katana toujours levé.

        Le brun s’avança, pressa le bout de sa lame de bois contre son front.

        — Tu ne peux pas me tuer avec ça, ricana-t-il lorsque Gintoki baissa son arme.

        Il n’y avait plus de doute : cet homme n’était pas humain. Personne n’aurait survécu avec une épée plantée en plein torse et tant de sang perdu.

        — Vous devez dégager la zone avant de vous faire intoxiquer, les informa-t-il, suivez-moi.

        — Intoxiquer ? De quoi tu parles ? demanda Ringo, intriguée.

        — Lorsqu’un démon supérieur est abattu par une relique… expliqua-t-il en désignant Kokuryu du menton, il dégage un gaz toxique. Vos poumons d’humains n’y survivraient pas. Alors à moins que vous ne vouliez crever comme des merdes après avoir joué les héros, bougez.

        Les deux amis échangèrent un regard, puis emboîtèrent le pas à l’homme qui avançait difficilement, son épée lui servant de canne. Il jurait entre ses dents à chaque mouvement.

        — Putain. Elle va me tuer…, marmonna-t-il la main sur sa blessure.

        Elle ? pensa Ringo.

        Au-delà de sa curiosité grandissante, la rose voyait cet étranger comme « trop dangereux » pour le laisser libre. Elle songeait à le trainer au Shinsengumi pour lui poser davantage de questions, mais en vu du personnage, cela risquait d’être difficile.

        Ils n’avaient pas le temps de traîner. Le bois imbibé d’eau craquait de plus en plus sous leurs pieds, les attractions de métal s’effondraient en cendres dans l’incendie malgré la pluie. L’odeur infecte du démon supérieur emplissait l’air, suffocante, et quelques quintes de toux leur échappèrent.

        Ringo fronça les sourcils : Kokuryu lui paraissait plus lourd qu’à l’ordinaire.

        — Qu’est-ce qu’il t’arrive, mon grand ? murmura-t-elle en caressant la garde du bout des doigts.

        Une autre vibration étrange remonta dans son bras, comme une réponse de l’arme elle-même. La jeune policière était-elle en train de devenir folle ? Kokuryu pulsait, surtout quand Ringo s’approchait du brun. Celui-ci se retourna, croisa son regard argenté, et lui sourit.

        — Tombe pas amoureuse, ma belle, se moqua-t-il avant de repartir vers une zone dégagée.

        Elle grimaça de dégoût et l’insulta à voix basse.


        Ils finirent par atteindre un entrepôt délabré. Les murs de métal transpercés laissaient filtrer une raie de lune, découpant l’obscurité. Tout semblait tenir sur un fil, prêt à s’effondrer. Mais ce voile trouble persistait dans la vision de Ringo. Ses yeux argentés distinguaient des lueurs rouges, des fissures dans le ciel noir.

        — Bon, mec, tu vas m’expliquer ce qu’il se passe, lâcha-t-elle en se frottant les yeux. Parce que je vois clairement quelque chose qui cloche.

        — Attends, Ringo, l'arrêta Gintoki, en alerte.

        Deux coups de feu claquèrent. Des explosions suivirent, un son épais et huileux, éclaboussant l’acier de la mezzanine industriel qui surplombait leurs têtes. Gintoki avait déjà dégainé son katana en bois. Était-ce un piège tendu par ce type ? Les avait-il amenés dans la gueule du loup ? Non, car lui aussi leva son épée difficilement, en position défensive.

        Ringo serra Kokuryu, qui vibrait encore plus fort. Ce n’était pas de la peur… mais une sensation inconnue, dérangeante. Des ombres surgirent derrière elle. Avant qu’elle n’ait le temps de bouger, plusieurs balles sifflèrent, l’une frôlant sa joue pour atteindre précisément la tête d’un Styxien prêt à l’abattre de sa scie monstrueuse. Les créatures explosèrent en une gerbe noire, éclaboussant le sol et leurs vêtements.

        Une silhouette apparut alors, descendant l’escalier métallique. Ses pas se rapprochaient.

        — Tu aurais dû anticiper.

        Une voix glaciale, féminine, à destination de l’homme à l’amulette. Le clair-obscur révéla peu à peu son visage : une beauté sévère, des yeux dorés étincelants dans la pénombre, des cheveux noirs et longs encadrant un rouge à lèvres sanglant. Elle rechargeait son revolver, son regard plein de colère fixé sur le blessé.

        — Dante, espèce d’inconscient.

        Elle leva son arme, visant sa blessure. Ringo intervint, abattant le canon de sa main.

        — Attendez ! C’est mon prisonnier, j’ai des questions à lui poser !

        Prisonnier ? Pensa Dante une demi-seconde, déconcerté.

        — Suzuki, attends ! s’interposa-t-il alors, tenant la brune par l’épaule alors qu’elle s’apprêtait à frapper la rose pour l’avoir interrompu. 

        Kokuryu vibra si violemment que Ringo dut se raidir pour le contenir. Une résonance violente traversa la pièce, faisant tituber tous les porteurs d’armes. Gintoki resta sur la défensive, tirant sa meilleure amie en arrière, méfiant envers cette femme qui paraissait aussi dangereuse que belle. Elle se tenait la tête, le dénommé Dante aussi.

        Qu’est-ce que c’était ? Se demandait la jeune policière en regardant sa lame noire.

        Lui attrapant le col, Suzuki fusilla Dante du regard, puis Ringo, glaciale. La tension était palpable. Le brun, lui, souriait malgré tout.

        — Je sais que t’es de mauvaise humeur, mais viens. Retrouvons les autres.

        Suzuki lâcha prise. Un bref échange de regards, puis elle tourna les talons sans un mot. Dante, amusé, soupira : 

        — J’ai compris… Je m’occupe aussi du portail.

        Il leur fit signe de la suivre. Ringo hésitait : suivre une nouvelle inconnue, non merci. Et personne ne lui donnait d’ordres, à part Kondo ou Toshiro, et encore. Mais sa soif de réponses était plus forte et l’affaire Arès n’avait pas avancée comme elle espérait.

        Elle leva les yeux : le ciel rouge étant encore présent, plus menaçant que jamais.

        — Tu devrais nous suivre, fit Dante, toujours amusé. On te fait l’honneur de t’accorder de notre temps.

        Il lui adressa un clin d’œil insolent. Gintoki sortit les crocs.

        Ils rejoignirent la brune déjà devant, implacable, figée face aux lourdes portes d’une espèce de monte-charge industriel mais couvert d’un liquide noir, pareil à du pétrole. Au sol, un cercle de runes gravées dans la pierre vibrait d’une lueur bleu pâle. L’air frémissait autour de Suzuki, saturé d’énergie. Ringo fronça les sourcils, hésitant entre méfiance et fascination.

        — C’est quoi encore, ce truc ?

        Gintoki fit un pas en arrière, la main instinctivement posée sur le pommeau de son sabre.

        — On dirait un portail… mais vivant.

        Le sol se mit à pulser sous leurs pieds, des filaments lumineux serpentant entre les gravats pour converger sous Suzuki. Elle leva la tête vers eux, le regard dur :

        — Bougez. Maintenant. Le rift ne va pas tarder à s’inactiver et le portail se referme dans quelques secondes. Si vous restez ici, vous serez coincés dans les Limbes.

        Ringo n’eut pas le temps de répondre. La lumière s’intensifia, avalant les ombres autour d’eux. Sans réfléchir, elle franchit la limite du cercle, Gintoki sur ses talons. Suzuki les suivit d’un pas rapide.

        Derrière eux, Dante serra son amulette rouge. Le talisman vibra dans sa paume, projetant une lumière écarlate qui fit se replier le portail dans un cri de verre brisé. Une dernière étincelle, puis le silence. Le ciel redevint sombre.

 

        L’atmosphère était tendue. Les quatre individus restaient silencieux dans la cabine grinçante qui descendait sans fin, comme aspirée dans les entrailles de Limbo City. Les câbles vibraient, un bruit sourd de métal cognait à chaque étage franchi. Gintoki, aux aguets, ne pouvait s’empêcher de se rapprocher de sa meilleure amie, le front humide de sueur. Plus les chiffres jaunes du cadran défilaient vers le bas, plus son cœur s’emballait.

        — On descend jusqu’en enfer ou quoi ? marmonna-t-il en serrant les dents.

        Suzuki, impassible, ne lui accorda aucun regard, aucune réponse. Son attention se porta sur un Dante livide. Son visage resta sévère, mais son œil critique détailla les dégâts laissés par l’épée de ce dernier. Elle claqua la langue, un tic d’agacement qui mit Ringo sur les nerfs.

        Le monte-charge ralentit enfin et s’arrêta dans un grincement sinistre. Les portes en fer s’ouvrirent sur un couloir lugubre, ciment fissuré, murs lépreux. Une unique ampoule clignotait, suspendue à un fil grinçant. Au fond, une porte entrouverte donnait sur une cage d’escalier. Des toiles d’araignée tapissaient le plafond humide d’où tombaient des gouttelettes froides. Une odeur de moisissure épaisse leur collait à la gorge. Suzuki se couvrit le nez et balaya l’air de sa main comme pour chasser la puanteur.

        Un rat surgit et fila entre les pieds de Ringo. Celle-ci se crispa aussitôt et, dans un réflexe incontrôlé, s’agrippa au bras de Dante.

        — Putain de merde !

        — Bah alors, poupée ? La fameuse Lame du Shinsengumi aurait peur d’une souris ? railla Dante en poussant le rongeur du bout de sa bottine en cuir délavé.

        — La ferme, gronda Ringo en le lâchant brusquement pour rejoindre Gintoki.

        Ce dernier leva les yeux vers Dante, plus méfiant que jamais. Cet homme la connaissait, il connaissait son surnom. Son air bravache cachait une intelligence qu’il ne fallait pas sous-estimer.

        Ils descendirent ensuite dans la cage d’escalier étroite, un colimaçon de métal rouillé qui vibrait à chaque pas. Suzuki ouvrait la marche, suivie de Dante, puis Ringo et enfin Gintoki. Impossible d’être côte à côte : les marches glissantes grinçaient et la rampe branlante ne rassurait personne. Des bouffées d’air chaud remontaient, étouffantes, comme s’ils descendaient dans les conduits d’une chaudière géante. La vapeur leur brûlait presque le visage.

        Ils passèrent porte après porte, pont après pont, traversant des passerelles branlantes suspendues au-dessus de ruines industrielles : tuyaux colossaux, poutres éventrées, béton fendu. Tout semblait à l’abandon, un labyrinthe cauchemardesque, et tout ceci, dans les souterrains de Limbo City.

        — J’ai bien compris ce que tu fais, lança la rose à Suzuki, irritée. Tu peux arrêter, je n’ai rien retenu du chemin de toute façon.

        Et ce n’était pas un mensonge. Même la Lame du Shinsengumi pouvait se perdre : son sens de l’orientation était catastrophique.

        — Bien, répondit Suzuki, imperturbable, la main sur la poignée d’une nouvelle porte. Tu comprends vite. J’imagine qu’il en va de même pour ton partenaire.

        Gintoki soupira. Elle avait raison. Pas une seule fois il n’avait pensé à mémoriser le trajet.

        — C’est un piège ? demanda-t-il à Dante, qui s’appuyait contre le mur, pâle et suant.

        La question était posée tardivement. Si cela avait été le cas, ils auraient été enterrés depuis longtemps.

        — Relax, mec, souffla celui-ci en jetant un coup d’œil à la brune. S’il te plaît, Suzuki, arrête de faire ça… Je sais que tu ne voulais pas seulement les perdre.

        Elle le toisa sans un mot, puis ouvrit la porte.

        De l’autre côté, ce fut un choc visuel : une chaleur douce, une lumière tamisée par des bougies et des lampes çà et là, une odeur de nourriture et de bois brûlé. Une vaste pièce, à mi-chemin entre un loft et un squat bohème, s’étendait devant eux. Des tapis rouges usés aux motifs orientaux recouvraient le sol, des rideaux délavés filtraient une clarté feutrée ; il n’y avait pourtant aucune fenêtre. Des guirlandes lumineuses pendaient comme des lucioles au plafond. Les murs de brique étaient décorés de posters de rock défraîchis. Un bric-à-brac accueillant, foisonnant, vivant – l’antithèse des couloirs sordides.

        Une tête émergea derrière un pouf. Un jeune homme au bonnet rouge vissé sur le crâne, laissant dépasser quelques cheveux châtains, bondit en laissant tomber son livre aux lettres étranges.

        — Oh, Suzuki ! T’es de retour ! J'ai fini de préparer le dîner en suivant tes indications, t'avais raison, la cuisson lente fait mieux ressortir le–

        — Où est-il ? Le coupa-t-elle en passant sous son nez, sans le regarder.

        — En haut, il t’attendait !

        Elle soupira d’épuisement, puis retira sa ceinture de munitions qu’elle posa sur une table basse avant de disparaître dans la cuisine. Lui, en revanche, souriait comme un chien fou, débordant d’énergie.

        — Dante ! Mec, t’as une sale tête ! Viens, assieds-toi !

        Il s’empressa d’aider son ami à déposer ses pistolets et le guida jusqu’à un divan. À peine conscient de la présence de Ringo et Gintoki, encore figés sur le seuil, il s’adressa à eux d’un ton jovial :

        — Et vous ? Des nouveaux compagnons ?

        — Putain, ça fait un mal de chien… Merci, Delsin, souffla Dante. Suzuki m’a fait traverser tous ces escaliers miteux avec cette blessure.

        — Oh, elle t'a puni, sourit le dénommé Delsin, visiblement amusé.

        — Il n'y a rien de drôle, se plaignit le brun.

        — Aussi pour brouiller l’orientation j’imagine, c'est pas la première fois. Comprends-la, elle est crevée en ce moment… avec les portails instables, tu sais–

        Il s’interrompit net. Ses yeux noisette venaient de croiser Ringo. En un bond, il lâcha Dante et lui faillit s’écrouler. Delsin attrapa les mains de la rose avec une précipitation maladroite.

        — E-Enchanté… euh… je m’appelle Delsin. T-tu es… si mignonne…

        — Lâche-la ! répliqua Gintoki en le bousculant, protecteur.

        Delsin ignora l’avertissement, le rouge aux joues, avant que Ringo ne retire ses mains d’un geste sec.

        — Ok. Je ne comprends rien à ce qui se passe… Vous êtes qui ? Des ennemis ? demanda-t-elle d’une voix ferme.

        — Techniquement, ouais, répondit Delsin avec un sourire désarmant, montrant les deux katanas de sa belle à ses hanches. Mais si Suzuki vous a ramenés ici, c’est qu’elle a ses raisons.

        — Nous ne sommes ici que pour des interrogations, non pas pour être le jouet de cette femme.

        Delsin se gratta la tête et les invita malgré tout à s’installer. Dante, pâle, s’était affalé, une main sur sa blessure, l’autre sur son front en sueur. Suzuki reparut avec une tasse de café et une mallette médicale, elle lança sans cérémonie des serviettes humides à chacun pour se débarbouiller de l’humidité de la pluie et du sang noir huileux des Styxiens. Il était hors de question qu’ils salissent le divan. L’odeur d’alcool et de désinfectant remplaça bien vite la délicieuse odeur de nourriture.

        La brune s’agenouilla à côté de Dante, enfila des gants en nitrile bleu, sortit un scalpel de sa mallette qu’elle désinfecta d'un spray, et découpa son débardeur imbibé de sang. Le tissu se détacha dans un bruit poisseux, dévoilant une plaie profonde, gonflée, aux bords rougis sur un torse musclé, impressionnant. Les veines boursoufflées serpentaient le contour de la blessure, toute la muqueuse sortait sous le regard écœuré de Delsin. L’odeur métallique du sang se mêla à celle, piquante, de l’alcool. Dante grimaça mais serra les dents, pourtant habitué. Le sang coulait encore, Suzuki épongeait avec une serviette propre et observait les dommages. Elle avait bien compris que cette blessure provenait de sa propre arme… et il aurait pu en mourir.

        — Voilà ce qui arrive quand on se prend une relique de plein fouet, dit Suzuki, sèche.

        Ses doigts précis nettoyèrent la chair avec du coton hydrophile imbibé, sans un tremblement. Ringo observait, fascinée malgré elle. Il y avait chez cette femme une maîtrise chirurgicale glaciale, une beauté tranchante, qui mettait mal à l’aise.

        — Attends… une relique ? répéta Ringo, le regard sur Kokuryu.

        — En effet, répondit Suzuki sans lever les yeux. Ces armes… très rares… sont capables de blesser, voire de tuer, ceux qui ne sont pas tout à fait humains. Cesse de bouger, Dante.

        — Des démons de classe supérieure notamment, compléta Delsin en souriant chaleureusement à Ringo.

        Le scalpel de Suzuki perça plusieurs enflures. Dante lâcha un grognement étouffé, agrippant le pouf sous lui. Une épaisse coulée de pus mélangé au sang s’échappa.

        — Putain… préviens au moins ! gémit-il.

        — Arrête de faire l’enfant, tu as déjà vécu pire, rétorqua-t-elle sans émotion.

        — Ce n’est pas une raison ! brailla son ami le poing devant la bouche, oh mais bordel ! Aïe !

        Delsin, crispé, détourna les yeux, préférant admirer la jolie fleur qu’il venait de rencontrer plutôt que cette opération chirurgicale clandestine.  

        — C’est vrai… Dante est… différent, expliqua-t-il en se raclant la gorge. C’est un Néphilim. Mi-humain, mi-démon. Il guérit vite, mais pas contre les reliques.

        Suzuki recousait déjà, le fil s’enfonçant dans la chair ferme de son ami. Chaque point résonnait dans le silence, seulement troublé par le souffle rauque de Dante.

        Elle leva brièvement ses yeux dorés vers Gintoki.

        — Ton arme en bois, elle, ne pourra jamais tuer un démon supérieur. Juste les blesser. Elle peut néanmoins abattre les inférieurs vu ta force, c’est déjà ça.

        Gintoki plissa les yeux. Il en était certain, elle les avait observé de loin. Cette dernière se tourna vers Ringo :

        — Quant à ton katana… Kokuryu, n’est-ce pas ? Tu as déjà senti la résonance.

        La lame vibrait doucement à sa hanche, pulsant d’une énergie sourde. Des frémissements commençaient à lui parcourir l’échine, une sensation qui lui faisait penser à un début de maladie.

        — La résonance ? demanda-t-elle.

        Suzuki hocha la tête, toujours concentrée.

        — Quand deux reliques se croisent, elles se reconnaissent, expliqua Delsin. Elles s’attirent, ou s’opposent. Ce lien, seuls leurs porteurs peuvent le percevoir.

        — C’est pourquoi tu as résonné avec Dante et moi, poursuivit Suzuki. Son épée, Rébellion, et mon revolver, Blue Rose, sont tous les deux des reliques.

        — Pourquoi maintenant ? Je l’ai utilisée bien avant, je n’ai jamais ressenti ça, insista Ringo.

        — Parce qu’elle dormait, répondit Suzuki en nouant le dernier point de suture. Tu l’as réveillée en tranchant le Limier, un démon supérieur, il n’y a pas d’autres explications.

        Le silence s’installa, pesant. Ringo baissa les yeux vers sa lame noire, comme si elle la découvrait pour la première fois. Elle reconstituait toutes les batailles qu'elle avait rencontré par le passé et jamais elle n'avait eu à se battre contre des démons. Était-ce vraiment la seule raison ?

        Dante, les yeux mi-clos, reprit la parole d’un ton fatigué mais bravache :

        — Et sans moi, vous seriez tous déjà morts, donc… un peu de respect pour le Néphilim en service.

        Suzuki appuya volontairement sur sa blessure, il hurla. Delsin éclata d’un rire honnête. L’ambiance s’allégea d’un cran.

        — Bon… reprit Ringo en secouant la tête. Les démons existent, ok, ravie de l’apprendre. Mais… quel est leur origine ? Leur but ?

        Suzuki rangea calmement son matériel, comme si la question l’ennuyait. Elle ne répondit pas complètement.

        — Tuer. Rien de plus. Ils se nourrissent des humains. Chaque victime les renforce. Un inférieur peut devenir supérieur s’il tue suffisamment.

        — Et vous ? demanda Gintoki, fronçant les sourcils. Vous êtes quoi ? Une sorte d’agents d’élite qui chassent les démons ? Vous n’êtes pas censés protéger les humains ?

        Delsin haussa les épaules, un sourire fatigué aux lèvres.

        — « Censés » ? On aimerait bien. Mais… on fait ce qu’on peut. On a nos propres priorités.

        Suzuki se releva, fermant la mallette d’un claquement sec.

        — Notre rôle est de maintenir l’équilibre. Stopper les démons avant qu’ils ne deviennent incontrôlables. Pas de jouer les chevaliers blancs.

        — Si ces bêtes devenaient tous des supérieurs, on crèverait tous, ajouta Dante. Il n’existe pas suffisamment de porteurs de relique pour tous les contenir.

        — Est-ce que ces apparitions ont un lien avec le... ciel, reprit Ringo.

        Suzuki s’immobilisa un instant. Ses yeux glissèrent vers Dante, qui la fixait en silence. Leur échange muet ne dura qu’une seconde.

        — Oui, finit-elle par répondre. Tu dois surement parler du Voile.

        Voyant que la rose était intriguée mais attentive, elle poursuivit :

        — Ce Voile sépare nos mondes. Quand un démon tente de le déchirer, un portail se crée sur un point précis du Voile : un rift, imperceptible à l’œil humaine en tant normal. Sauf lorsque les énergies sont trop perturbées.

        — Trop longtemps ouvert, un portail peut s’ancrer ici pour de bon, poursuivit Delsin. C’est pourquoi il faut agir vite et le refermer.

        Un frisson parcourut Ringo. Elle repensa à l’amulette rouge de Dante qui avait brillé juste avant que le Voile ne disparaisse. En était-il la cause ?

        — Et si un portail s’ouvre dans Fortuna ? demanda-t-elle ensuite.

        Un léger sourire effleura les lèvres de Suzuki.

        — Fortuna n’a jamais rien eu à craindre. C’est toujours Limbo City qui paie le prix. Tu devrais le savoir, Lame du Shinsengumi.

        Ringo serra les poings.

        — Mon nom est Katakura Ringo. Retiens-le, arrogante.

        Suzuki ne cilla pas. Son nom, elle le connaissait déjà. Elle se détourna, n’accordant pas davantage d’importance à cette provocation et se retira dans la cuisine avec Dante, affaibli.

        Son silence valait mille répliques, car dans cette pièce, une évidence flottait : la jeune policière n’avait encore jamais porté le poids des Limbes sur ses épaules. Elle n’avait connu que la protection illusoire de Fortuna, où le Voile tenait bon ; grâce à lui. À Limbo City, chaque rue portait encore les cicatrices des assauts démoniaques. Suzuki serra le poing.

 

        Sur le divan, Gintoki soupira longuement.

        — Alors, dis-moi… Delsin, c’est bien ça ? Puisque vous avez l’air de tout savoir : c’est quoi cette histoire avec Arès ?

        Le jeune homme au bonnet éclata d’un petit rire gêné.

        — Arès ? … Jamais vu. Personne ne sait qui c’est. C’est un fantôme, un mythe. On dit juste qu’il s’amuse à foutre la merde à Fortuna.

        Ringo et Gintoki échangèrent un regard lourd de méfiance. Quelque chose sonnait faux.

        

        Dans la cuisine, Suzuki rangeait la mallette tandis que Dante vidait d’une traite une seconde bouteille d’eau.

        — Concentre-toi, Dante, lâcha-t-elle d’un ton sec.

        Celui-ci écrasa la bouteille vide dans sa main avant de la jeter dans une poubelle – en plein dans le mille.

        — J’ai besoin de toi pour la suite. Tu n’as pas intérêt à te laisser distraire.

        — Je sais, souffla-t-il, le regard perdu dans un pli d’ombre.

        — Son katana s’est éveillé, murmura-t-elle, ça veut dire que d’autres démons vont suivre. Prépare-toi à repartir.

        Les deux mains sur le plan de travail, Dante la suivit du regard lorsqu’elle gravit la mezzanine au-dessus de la pièce principale. Elle attrapa au passage un débardeur noir jeté sur une rambarde et le lança dans sa direction. Il le rattrapa d’un geste fluide, l’enfila, puis rejoignit les autres, ses pas lourds étouffés sur les tapis éparpillés au sol. Il n’était pas en état de se permettre la moindre faiblesse. L’éveil de Kokuryu avait déjà perturbé l’équilibre : tôt ou tard, d’autres démons sentiraient l’appel. C’était toujours ainsi lorsqu’une relique se manifestait sans être tenue en laisse.

 

        Dans le salon, l’atmosphère s’était épaissie. Delsin subissait la pression du regard perçant des deux meilleurs amis de Fortuna.

        — Tu sais quelque chose. Dis-le-moi, insista la rose en se penchant vers lui, le visage à quelques centimètres du sien.

        Delsin rougit légèrement sous cette proximité et détourna les yeux de son décolleté, mal à l’aise.

        — Non, vraiment… je… bafouilla-t-il, cherchant une échappatoire dans les briques fissurées du mur et les posters affichés.

        Ringo se redressa brusquement et dégaina Kokuryu. La lame sombre vibra d’une énergie inquiétante.

        — Assez perdu de temps. Je ne suis pas venue ici pour jouer. Vous êtes liés à Arès, j’en suis certaine. Donnez-moi un nom, un indice, et je vous épargnerai au poste !

        Dante et Delsin échangèrent un regard chargé d’incompréhension.

        Suzuki, accoudée nonchalamment aux barrières métalliques de la mezzanine, nettoyait son revolver à double canon dont l’acier reflétait la lumière des suspensions.

        — Épargner ? Au poste ? Si tu crois que l’autorité du Shinsengumi a le moindre poids ici, tu rêves, lança-t-elle. Sur quoi te base-tu pour nous accuser d'être lié à ce fantôme et nous arrêter ?

        Ringo serra les dents et fusilla la brune du regard.

        — Tu caches quelque chose toi aussi. Je mettrais ma main à couper que tu as connais Arès. Et crois-moi, tu vas parler.

        La tension monta d’un cran. Kokuryu pulsa violemment, comme s’il réagissait à l’hostilité de sa porteuse. Le bras de Ringo chancela légèrement, mais tint bon. Suzuki resta droite, impassible, son aura autoritaire emplissant la pièce.

        — Apprends déjà à contrôler l’énergie de ton arme, chienne du Shinsengumi, cracha-t-elle en esquissant un sourire cruel.

        Le sang de Ringo ne fit qu’un tour. Personne n’allait insulter sa famille devant elle. Gintoki, sur le divan, se redressa en alerte, tandis que Delsin crispait les poings, hésitant à intervenir pour séparer deux lionnes en colère.

        Soudain, une porte claqua derrière Suzuki. Un jeune homme d’une vingtaine d’années jaillit, essoufflé. Sa capuche tomba avec son casque sur sa nuque, révélant des cheveux châtains ébouriffés et des lunettes teintées glissant sur son nez. Il avait cette allure de geek qui ne sortait qu’occasionnellement de sa chambre.

        — S-Suzuki ?! Je… je ne t’ai pas entendu rentrée… tu n’es pas blessée ? balbutia-t-il.

        Sans quitter la jeune policière des yeux, la brune répliqua sèchement :

        — Crache le morceau, Eugène.

        Le garçon avala sa salive.

        — Une horde de démons inférieurs… ils approchent. Une trentaine, peut-être plus.

        — Quoi ?! s’étrangla Delsin en se redressant.

        — Déjà… ? Murmura Dante.

        Suzuki claqua la langue avec irritation.

        — Cette idiote, marmonna-t-elle en jetant un regard noir à Ringo, tout en descendant de la mezzanine et récupérant sa ceinture de munitions sur la table basse.

        Ringo, hors d’elle, saisit Suzuki par le bras et plaqua Kokuryu sous son menton.

        — Tu ne bougeras pas tant que je n’aurai pas mes réponses !

        — Suzuki ! Paniqua Eugène.

        Dante se précipita malgré sa douleur au torse, posant une main ferme sur le poignet de Ringo.

        — Ne fais pas ça, souffla-t-il. Il faut que tu te calmes.

        Mais la rose fronça davantage les sourcils, serrant la garde de son arme de plus en plus fort. Kokuryu résonna intensément, encore.

        — Tu es responsable de tout ça, insista-t-elle face à la jeune femme. C’est toi qui as abattu ces gorilles quand j’ai débarqué avec Gintoki. Des balles précises en plein milieu de chacun de leur front, ça ne peut qu’être toi. Avoue ! Ils étaient humains !

        Suzuki esquissa un sourire dangereux, à la fois confiant et provocateur. Elle ne se sentait ni menacée, ni coupable. La policière serra les dents, déstabilisée. Les hommes présents détournèrent instinctivement le regard vers la brune, incapables de saisir le sens de ses paroles, trahissant leur inquiétude. Seul celui aux cheveux d’argent gardait une attention froide, observant attentivement les réactions de chacun.

        Delsin et Eugène semblaient incrédules : incapables de croire ce qu’ils entendaient, ou trop choqués pour réagir, leur esprit peinait à appréhender l’ampleur des accusations. Visiblement, ils n'avaient pas l'air au courant de cet assassinat. Dante, lui, paraissait totalement perdu, incapable de comprendre pourquoi son amie était pointée du doigt. Le rictus indéchiffrable de la brune n’avait fait qu’accentuer les doutes et l’inquiétude de Ringo.

        — Tu te trompes de cible, cracha Suzuki, maintenant son sourire écarlate. Ne me fais pas perdre mon temps avec tes accusations sans fondements. Tu crois que je t’aurais amené ici si j’avais des choses à cacher ? Ne sois pas idiote.

        Eugène, tremblant, leva la voix malgré lui :

        — Cinquante démons maintenant ! Ils se multiplient à une vitesse folle !

        Un silence brutal tomba, rompu par la respiration haletante du garçon. Suzuki perdit son sourire et inspira lentement par le nez, maîtrisant son agacement.

        — Une cinquantaine de démons dans le périmètre… à cause de ta relique instable, lança-t-elle d’un ton sec en fixant Ringo.

        — Plait-il ?! S’énerva la jeune femme.

        — Kokuryu réagit à tes émotions. Si je comprends bien, tu le contrôles mal, et cela fragilise le Voile ou je-ne-sais-quoi, les démons affluent en conséquence, expliqua Gintoki en se levant enfin, se rapprochant de la brune. C’est pour ça que tu nous as conduis ici ?

        Suzuki ne dit rien, mais sourit. Gintoki avait touché juste : mieux valait canaliser l’afflux démoniaque – attiré par l’énergie incontrôlé d’une relique – dans un secteur qu’elle pouvait surveiller, plutôt que de risquer un massacre ailleurs. Était-ce pour garder le contrôle… ou pour préserver Limbo City ? Cette femme n'était peut-être pas une ennemie selon lui.

        — En voilà un qui comprend vite, lâcha-t-elle, ironique.

        La lame vibrait toujours dans la main tremblante de Ringo. Puis, sans perdre un instant, Suzuki ouvrit brusquement la porte métallique qui grinça sur ses gonds.

        — Delsin, Dante, on y va. On purge ces saletés et on rétablit les portails du Voile. Eugène, tu restes ici, tu surveilles la situation et tu nous guides. On a assez perdu de temps comme ça.

        Le jeune hackeur acquiesça nerveusement, donnant une petite boîte à Suzuki qu’elle mit dans sa poche de cargo, et disparut dans l’escalier menant à l’étage.

        La brune se tourna vers Ringo et Gintoki, avec son éternel regard dur.

        — Quant à vous, vous allez vous battre. Toi en particulier, ajouta-t-elle en pointant Ringo du doigt, puisque c’est ta foutue relique qui attire tout ce merdier.

        — Je ne prends pas mes ordres d’une criminelle, pesta la rose.

        — Parfait. Alors prouve-nous que tu n’es pas qu’une gamine qui brandit un sabre sous uniforme pour rien. Parce que pendant que tu refuses d’écouter, des habitants de Limbo City meurent déjà.

        Sans attendre de réponse, elle descendit les escaliers menant à un garage souterrain, Dante dans son sillage.

        Ringo resta figée, les yeux baissés sur Kokuryu qui pulsait toujours. Était-elle vraiment la cause de ces apparitions ? Elle serra la poignée de la lame, la gorge nouée. Comment faire pour contrôler quelque chose qu’elle ne connaissait pas ?

        Delsin posa une main réconfortante sur son épaule.

        — Tu dois avoir mille questions, mais sache une chose : Suzuki n’est pas mauvaise, murmura-t-il.

        — Pas mauvaise ? Elle est arrogante, odieuse, méprisante ! fulmina la rose. Comment pouvez-vous la supporter ?!

        Delsin esquissa un sourire doux.

        — Elle ne fait pas confiance facilement. C’est tout.

        Son geste tendre, sa main posée un instant sur la tête de Ringo, la surprit par sa chaleur. Gintoki, en retrait, observait la scène.

        — Qu’importe, repris Ringo en dégageant gentiment la main de Delsin. Si des vies sont en danger à cause de moi, je réparerai mes erreurs. Je me battrai pour mon honneur et pour celle du Shinsengumi.

        Un bref sourire étira les lèvres de Gintoki qui leur passa devant. Delsin, quant à lui, sentit son cœur s’accélérer, comme frappé par une émotion qu’il n’avait pas vue venir.

        La porte claqua derrière eux lorsqu’ils sortirent rejoindre Suzuki et Dante, déjà disparus dans l’ombre.



To be continued...

© sueyeonie



SUEYEONIE'S TALK : Peut-être que je ne suis pas très douée pour décrire davantage afin de rendre la lecture plus immersive ? Oui, c'est ma principale inquiétude quand j'écris... ça manque atrocement de description. Je ferai mieux ! En tout cas, ce chapitre a été un calvaire à écrire. Plus il y a de personnages, plus c'est une galère de les faire intérargir et de vous montrer leur personnalité. On arrive enfin dans le vif du sujet après 4 chapitres... il fallait bien vous introduire l'intrigue en douceur. D'ailleurs, je vous présente mon second OC : Suzuki ! Et quoi d'autres ? Ta-dah ! J'ai ajouté des personnages de Infamous: Second Sons parce que pourquoi pas en fait ! Vous voilà avec un triple crossover Devil May Cry x Gintama x Infamous:SS. Gourmande votre autrice hein – sans compter Ringo et Suzuki. Promis je n'ajoute personne d'autres de mon propre imaginaire, on a déjà suffisamment de personnages sur la planche à développer (au secours, pourquoi j'ai fait ça ?!).


PS : Après Ringo, si tu veux mieux visualiser Suzuki, fais un tour sur mon insta : @_hirumas.


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