[Devil May Cry x Gintama] REBELLION
CHAPITRE 2
Les Limbes
© sueyeonie
Quelques habitants se faufilaient dans les rues délabrées de Limbo, pressant le pas, leurs visages dissimulés derrière un pan de manteau. Ringo les observa un instant, songeuse. Cette ville n’était qu’un amas d’ombres et de secrets, fallait-il vraiment perdre du temps à interroger ces habitants-là ? Son instinct lui soufflait que non. Ils ignoraient sans doute tout… ou craignaient trop le Shinsengumi pour oser parler. Et même si elle ne portait pas l’uniforme noir et or de ses collègues, ses deux katanas trahissaient immédiatement son appartenance.
Contrairement aux autres agents, Ringo refusait l’austérité des uniformes. Elle préférait une tenue plus personnelle : un débardeur blanc moulant, col rond, épousant ses formes athlétiques sous une veste en cuir blanc nacré constellée de fermetures argentées. Dans son dos, un croissant de lune doré qui semblait flotter entre quelques nuages stylisés, et, brodé sur ses omoplates, l’emblème de son clan : un soleil encerclé de neuf astres. Son jean gris sombre complétait l’ensemble, pratique et discret. Mais ce qui la distinguait vraiment, c’était ce duo de lames à sa ceinture : Kokuryu et Hakuryu. Là où les autres n’arboraient qu’un seul katana, elle en maniait deux – et à la perfection.
Les passants n’étaient pas une menace. Derrière elle, Gintoki suivait d’un pas traînant. Les ruelles qu’ils longeaient empestaient l’ordure et la rouille. Des rats filaient entre les sacs éventrés sous le regard dégoûté de Ringo qui crispait la mâchoire ; elle haïssait tellement ces créatures. Des yeux de chats luisaient dans les interstices des façades décrépies. Un volet grinça, battu par un vent violent qui faisait trembler les lampadaires défaillants. Le tonnerre roula au loin. On aurait dit un décor de film d’horreur.
Gintoki frissonna. Certes, il tenait son katana en bois d’un air faussement assuré, mais ses mains étaient moites. Il accéléra légèrement pour se rapprocher d’elle.
Ringo leva un bref regard vers lui. Ses vêtements portaient des traînées sombres, pas seulement de la saleté. Avant qu’elle ne pose la question, il lâcha, l’air gêné :
— J’suis tombé dans une flaque d’essence.
L’odeur âcre confirmait ses paroles. Pourtant, quelque chose clochait. Elle plissa les yeux, puis les abaissa sur Kokuryu. Sa main effleura la kashira du katana noir. Gintoki fronça les sourcils devant ce geste silencieux. Et soudain, comme un éclair, une image s’imposa à lui : celle d’une fillette souriant à travers ses larmes, ses joues rougies par un hiver mordant.
Il déglutit difficilement avant de rompre le silence, trop pesant à son goût :
— Ah ! Le secteur 6 ! Ambiance de rêve, hein ? On se fait tirer dessus, on finit trempé, franchement… La prochaine fois, tu m’laisses à la maison, d’accord ?
Ringo ne répondit pas. Elle poursuivit son chemin sans ralentir, son faux sourire accroché aux lèvres. Gintoki ricana nerveusement, s’accrochant à son bras comme pour exorciser la peur qui lui glaçait l’échine. Mais il savait. Ce sourire, il le connaissait trop bien. Et il le détestait. C’était celui qu’elle arborait quand la douleur refaisait surface, celle d’une perte qu’elle n’avait jamais surmontée.
Ce jour-là… il neigeait.
Les deux amis débouchèrent sur un port délabré où trônait, contre toute attente, une petite foire suspendue au-dessus de l’eau, bâtie sur un immense ponton de bois. Malgré l’heure tardive, tout brillait de mille feux. Les néons, les lampions et les guirlandes clignotaient avec frénésie, donnant vie à un parc d’attractions désert. Un calme étrange flottait dans l’air, presque dérangeant.
— Attends, souffla Gintoki, fronçant les sourcils. C’est quoi ce bordel ?
Ringo s’arrêta net. Elle consulta la carte à plusieurs reprises, les notes n’indiquaient pas un environnement pareil. Au lieu d’indiquer un vieil entrepôt abandonné – comme prévu – il pulsait en plein milieu de ce parc d’attractions fantôme.
— On devait tomber sur une zone quasiment déserte, pas... ça, murmura-t-elle.
Gintoki rouspéta, plus nerveux qu’il ne voulait le montrer :
— Je t’avais dit que c’était peut-être une erreur. Un entrepôt sans caméras, parfait pour un règlement de comptes… et on se retrouve au milieu de Disneyland version film d’horreur. Super.
— Erreur de cartographie ?
— T’avais pas parlé d’un piège plus tôt dans la journée ? S’inquiéta le jeune homme.
Le silence qui suivit en disait long, mais reculer n’était pas une option.
Au guichet d’entrée, Gintoki se pencha contre la vitre poussiéreuse pour inspecter la grille tarifaire. Sur le siège du caissier trônait seulement un vieux jouet cubique : un clown mécanique jaillissant de sa boîte, figé dans un rictus grotesque, comme prêt à surprendre un enfant. Mais il n’y avait ni caissier… ni visiteurs. Ringo et lui franchirent l’entrée sans payer, l’enseigne lumineuse « Parc d’attraction Orion » clignotant de manière intermittente au-dessus d’eux, comme un battement de cœur électrique.
— Hacker le compte d’un ponte de Fortuna dans un parc d’attraction fantôme… franchement, ça ne me donne pas envie, grommela Gintoki.
— C’est pourtant ici que Vergil a pointé la croix, répliqua Ringo. Plus précisément, au bout du port au fond.
— Je ne comprends toujours pas comment il a pu capter un signal ici alors que tous les moniteurs étaient morts…
— Ca fait des années que je ne cherche plus à comprendre ses méthodes. C’est un génie.
Ils avancèrent à travers l’allée principale. Plus ils progressaient, plus les attractions semblaient s’animer autour d’eux : lumières clignotantes, moteurs ronronnants, musiques d’ambiance éraillées… Mais il n’y avait toujours pas un seul client. La fausse gaieté des lieux en devenait oppressante.
Ils passèrent devant le bateau pirate « Corsair », tellement illuminé qu’ils durent plisser les yeux. Puis devant une grande roue aux cabines vides, des machines à pinces exhibant des peluches difformes, des bandits manchots au logo « Prizes ! », une maison hantée, des chaises volantes tournoyant mollement dans le vide. Tout vibrait de lumière et de bruit sinistre… mais tout sonnait faux.
— Ringo.
Les deux amis se mirent en alerte. Quelques formes stationnaient plus loin : des jeunes débraillés qui fumaient en silence, les yeux braqués sur eux. Des regards lourds, hostiles. Le simple éclat des katanas à leurs ceintures semblait tendre l’air autour d’eux.
Ils dépassèrent une vieille caravane d’où s’échappaient des gémissements féminins étouffés, ce qui fit froncer les sourcils de Ringo. Plus loin, une maison miniature trônait au milieu du ponton, couverte d’ampoules roses, rouges et jaunes : « Doll House » proclamait le toit. L’excès de lumière cachait à peine la noirceur ambiante et pourtant, le ciel parût rougir doucement.
Mal à l’aise, Gintoki balaya les environs du regard. Derrière l’éclat criard des attractions, il voyait autre chose : les planches du pont gondolées et humides, les arbres morts dressant leurs branches tordues vers le ciel, des flaques stagnantes reflétant les prospectus détrempés de clowns et de magiciens aux visages difformes. Un décor morbide déguisé en fête.
Enfin, ils atteignirent un imposant bâtiment à l’allure d’hôtel, décoré dans le même style tapageur : ampoules bordant les gouttières, enseignes clignotantes sur le toit. « $ JACKPOT ! $ » affichait l’une d’elles en lettres discordants. À travers les portes battantes, des clients ivres sortaient, bouteilles de bière et flacons « 666 » à la main, vociférant des insultes.
— Charmant endroit…, lâcha Ringo d’un ton neutre, suivant du regard deux colosses titubants qui s’engouffraient dans une ruelle derrière l’hôtel.
— Tu vas voir, pronostiqua Gintoki en soufflant du nez. Dans cinq minutes, ils s’étripent et finissent la tronche dans les ordures.
Ringo poussa la porte battante de l’hôtel, Gintoki sur ses talons.
Le hall les accueillit d’une obscurité épaisse. Les murs tapissés d’un rouge vieillot, presque brun par endroits, semblaient suinter l’humidité. Des motifs floraux d’un rouge plus sombre encore serpentaient jusqu’au plafond. Les rideaux lourds et marron fermaient hermétiquement chaque fenêtre, étouffant la moindre lueur extérieure. Quelques lampes, fatiguées, diffusaient une lumière chancelante ; d’autres restaient obstinément éteintes, laissant des pans entiers de la pièce dans l’ombre.
À l’accueil, une femme d’une trentaine d’années, vissée à son téléphone, coincé entre son oreille et son épaule, triturait le fil du combiné. Elle mâchonnait son chewing-gum avec un bruit obscène, faisant éclater des bulles qui collaient à ses lèvres démesurément gonflées. Du botox raté, pensa Gintoki, incapable de détourner les yeux de ce carnage esthétique. Une frange mal coupée cachait mal une cicatrice nette entre ses sourcils, comme une fêlure.
Elle leva les yeux un instant, jaugea les nouveaux arrivants sans sourire, puis, sans un mot, revint à sa conversation.
Derrière eux, d’autres regards s’étaient braqués sur le duo. Des hommes, barbes en friche, rouges d’alcool et puant la bière à dix mètres. Ils beuglaient entre deux rires gras, tandis qu’un peu plus loin, une table d’adolescents occupait un coin du hall : certains ricanaient en chuchotant, d’autres évitaient soigneusement le contact visuel.
Limbo City : méfiante et toujours aux aguets, songea Ringo.
Au fond, elle aperçut un bar : un vieil homme d’une soixantaine d’années y essuyait méthodiquement un verre, indifférent à tout ce qui l’entourait.
— Des katanas ? Le Shinsengumi fait sa ronde jusqu'ici, on dirait ! lança une voix masculine, assez forte pour être entendue.
— Ils se sont perdus ou quoi ? répondit une autre.
— Moi j’dis qu’ils veulent crever ici, s’esclaffa un troisième.
— Ou peut-être qu’ils veulent s’amuser avant… Eh, regarde-moi cette poupée aux cheveux roses… ! Très jolie pour une flic. Dommage que Fortuna recrute des putes aux gros seins maintenant.
— Moi, j’y plongerai bien ma queue !
— Et l’autre, avec ses yeux de poisson mort, qu'est-ce qu'il veut avec son katana en bois ?
Rires. Sifflements. Murmures.
Ringo serra la mâchoire. Des remarques de ce genre, elle en avait entendu ailleurs, même à Fortuna. Mais ici… elles avaient un goût plus sale, plus dangereux, plus vulgaire. Elle lança un coup d’œil à Gintoki : surtout pas d’esclandre.
Elle s’avança vers la réceptionniste.
— Bonsoir. J’ai deux ou trois questions à vous poser.
La femme leva une main paresseuse lui faisant comprendre de partir.
— Si c’est pour une chambre, vous payez. Sinon, sortez. Vous faîtes fuir ma clientèle.
Au contraire, la jeune policière avait plutôt l'air d'être le centre de l'attention de ces hommes en chaleur. Et il n’y avait pourtant personne qui semblait vouloir bouger de leur siège.
Gintoki, lui, s’était installé nonchalamment sur une table voisine des jeunes.
Mauvaise idée. Un des ados renversa tranquillement son verre de soda sur les boucles argentées du frisé.
Ce dernier inspira profondément. Pas d'esclandre, se répéta-t-il intérieurement. Encore un geste, et il lui enfonce la tête dans la table.
Ringo, excédée par ce manque de coopération malgré sa patience et sa politesse, saisit alors le poignet de la réceptionniste et le tordit doucement, juste assez pour lui couper le souffle.
— Arès, lâcha-t-elle pour aller dans le vif du sujet.
Silence.
Un silence compact, presque palpable. Tous les regards convergèrent vers elle. Les vieux piliers du hall se levèrent, visages fermés, sourcils froncés. Les adolescents reculèrent alors qu'ils s'apprêtaient à déverser un autre verre dans les cheveux de Gintoki. La réceptionniste glissa discrètement une main sous sa jupe.
Ringo comprit.
— À terre ! hurla-t-elle à Gintoki.
La déflagration fut immédiate. Les ivrognes dégainèrent des revolvers et des pistolets, la réceptionniste brandit une dague sortie de sa jarretelle. Le duo répliqua à l’instant. De l’acier et de la poudre.
Ringo esquiva la lame, son pied frappant la réceptionniste en pleine poitrine. Elle l’envoya voler par-dessus le bar, puis agrippa Gintoki par le col pour le tirer derrière l’estrade au moment où les premiers tirs éclataient. Des balles martelaient déjà le bois, éclataient les bouteilles derrière le bar.
— Pourquoi t’as provoqué cette folle, Ringo ?!
— Il fallait avancer, répliqua-t-elle sèchement. Et son chewing-gum me tapait sur le système !
— T’appelles ça dialoguer, toi ?! Tu deviens aussi tarée que ton démon du Shinsengumi !
— Je suis habituellement très aimable et très joyeuse, grogna-t-elle en en se serrant contre lui alors qu’une rafale faisait éclater le comptoir sur les extrémités.
— De moins en moins depuis que tu taffes avec lui ! Sérieux, tu devrais prendre des vacances. Ou baiser un coup.
— Pardon ?!
Une balle passa à deux centimètres de sa tempe, éclatant le miroir derrière elle.
— Bon, on a deux sabres et un boken contre une armurerie complète, résuma Gintoki. Plan B ?
— Les lames sont supérieures aux flingues, tu connais la chanson.
— Ouais, et moi je te rappelle que le comptoir va s’effondrer. Je ne veux pas finir en gruyère !
Une balle frôla une de ses boucles argentées, arrachant un mince filet de sang sur sa joue. Il grimaça à peine, essuya la trace d’un coup de pouce et lança un regard entendu à sa partenaire. Les tirs cessèrent soudainement. Plus de munitions, à en croire les jurons et les voix paniquées des assaillants.
La rose esquissa un sourire.
— Les lames sont meilleures… pensa-t-elle, presque amusée.
Sans un mot, ils bondirent par-dessus le comptoir. Les ennemis jubilèrent, armes rechargées à la main. Gintoki attrapa une table renversée et la brandit en bouclier. Les balles ricochaient dessus en rafales tandis qu’ils avançaient, implacables. Ringo surgit sur le côté, son katana Hakuryu dansant sous les néons vacillants. Un seul arc tranchant, et la moitié de la clientèle fut balayée contre les murs et les tables.
Mais la réceptionniste, elle, tenait bon. Agile, précise, dangereuse. Son couteau fendait l’air avec une technique qui surprit même la policière. Un coup mal bloqué, et la lame entailla son épaule, déchirant sa veste préférée. L’adrénaline explosa dans ses veines. Le choc du métal résonnait, sec, brutal.
— Elle s’en sort beaucoup trop bien pour une simple réceptionniste… C’est quoi ce foutu délire ?
Il était inutile de se tourmenter de questions. Sagaru l'avait précisé en réunion plus tôt dans la matinée : le secteur 6 est le plus dangereux. Il fallait s'attendre à tout ici, même d'un bambin capable de tenir un pistolet.
Ringo para un nouvel assaut, fit tournoyer Hakuryu et s’élança à portée. Un mouvement vif : le pommeau de son sabre heurta la tempe de son adversaire. Elle la rattrapa avant qu’elle ne s’écroule, l’assomma d’un coup de poing puis d’un coup de coude dans l’estomac. La femme s’effondra à genoux, vomie une substance qui n'avait rien d'humain, puis tomba, inconsciente.
Ringo resta un instant immobile, haletante, le regard fixé sur ce corps inerte, sur ce liquide étrange.
— Pourquoi une telle rage ?
La réponse, elle la connaissait déjà. Ici, dans les Limbes, on haïssait Fortuna. Pour ces gens, la belle cité n’était qu’un bourreau. Limbo City n’était qu’un vestige ravagé par Mundus, ses électeurs, ses alliés… et tous ceux qui avaient suivi.
Elle inspira profondément, serra la garde de son katana. Elle n’avait pas choisi ce camp. Elle l’avait promis. Promis à son commandant en chef : protéger le Shinsengumi jusqu’à son retour. Mais Mundus… elle ne lui avait jamais fait confiance.
Gintoki se battait de son côté contre les adolescents et les vieux alcooliques qui avaient dégainé leurs couteaux. Tout comme Ringo, il était frappé de voir à quel point ces gens savaient se défendre. Comment pouvaient-ils tous maîtriser autant d’arts martiaux, jeunes comme vieux ? Même la réceptionniste avait été redoutable…
Perdu dans ses pensées, il cligna des yeux juste à temps pour éviter un coup de couteau dans le dos. D’un geste rapide, il attrapa le manche de son assaillant et le projeta avec une prise d’eri-seoi-nage sur ses complices, les faisant tomber comme des dominos. Il se craqua les poings, dominant du regard la troupe devant lui.
— Je vais vous apprendre à respecter vos aînés, bande de morveux, gronda-t-il, vengeant clairement la boisson versée plus tôt sur sa tête.
Trois délinquants surgirent avec des couteaux, mais Gintoki ne comptait pas se laisser faire. Premier coup paré de son katana en bois, deuxième coup paré, troisième coup paré… et enfin, un revers précis fit tomber ses assaillants. L’un d’eux, cependant, n’avait pas dit son dernier mot. À la surprise du meilleur ami de Ringo, le jeune garçon sortit un revolver de son hoodie et tira. Gintoki esquiva de justesse, recula d’un pas puis se baissa pour bondir sur le côté.
— Ils veulent clairement nous tuer… Merci qu’il vise mal, se dit-il en parant les tirs. Mais dans quoi Ringo m’a-t-elle embarqué ? Cette histoire avec Arès est de plus en plus bizarre…
Derrière lui, les jeunes et les vieux s’étaient relevés, armes à la main, prêts à poursuivre le combat. Gintoki rejoignit la rose qui venait d’en finir avec sa propre adversaire, mais une nouvelle surprise l’attendait : le barman qui nettoyait ses verres quelques minutes plus tôt pointait maintenant une carabine sur lui. Il tira.
— Il va m’avoir…, pensa Gintoki, se penchant pour éviter le projectile.
Ringo intercepta la balle avec ses katanas en croix. Le choc résonna avec une telle force que la jeune policière recula d’un pas. Ce n’était pas une balle ordinaire, et ces habitants n’étaient clairement pas ordinaires non plus. Ils ne pouvaient pas être de simples habitants de Limbo City.
— Gin’ ! Hurla-t-elle en repoussant les tirs avec un sabre. Cette femme sait des choses, ne la tue surtout pas !
Elle rangea un katana dans son fourreau et saisit le bras de l’adversaire à terre.
— Comme si je pouvais tuer une dame comme ça…, grommela Gintoki en attrapant l’inconnue évanouie. Attends, c'est quoi qui sort de sa bouche là ?
— Ne discute pas, emmène-la ailleurs. Il faudrait lui poser des questions, même sous la menace.
Elle aida à poser la réceptionniste sur le dos de son ami tout en parant les quelques tirs de l’adolescent encore debout et du barman, ainsi que les couteaux lancés à toute vitesse. Certaines balles traversaient malgré toute la défense de la jeune policière, effleurant son corps ou ricochant sur ses armes. La porte d’entrée était bloquée, leurs ennemis obstruaient la sortie la plus proche. Sans hésiter, ils se ruèrent vers l’escalier menant à l’étage supérieur.
Au premier niveau, Ringo fit basculer une vieille bibliothèque dans les marches pour ralentir leurs poursuivants, mais un des hommes se fraya un chemin à travers les livres avec une facilité déconcertante. S’ensuivit une nouvelle confrontation : avant qu’elle n’ait le temps de dégainer, l’assaillant lui attrapa la cheville et la tira violemment dans les escaliers.
— Pars devant ! hurla-t-elle à Gintoki en se laissant entraîner vers le rez-de-chaussée, je m’occupe d’eux ! On ne repartira pas sans informations concrètes sur Arès !
— J’avais bien compris ! se plaignit son ami en enjambant les pots cassés qui jonchaient le parquet déformé.
Il grimpa encore d’un étage, puis d’un autre. S’il devait s’échapper, il n’aurait qu’à sauter dans les poubelles de l’hôtel depuis les cages d’escalier extérieures. Il se précipita dans une chambre vide, juste quelques souris effrayées s’échappant des restes de nourriture abandonnés sur une table. Il posa la réceptionniste évanouie sur le lit, lui attacha les poignets à la tête du lit avec des fils électriques arrachés à deux lampes de chevet, puis versa un verre d’eau qui traînait sur son visage.
Le réveil fut immédiat. La femme ouvrit brusquement les yeux et toussa, paniquée. Croisant le regard pourpre de l’homme aux cheveux argentés, elle tenta de tirer sur les câbles, mais la douleur lui fit rapidement renoncer.
— Finis de jouer, madame… Parlez-moi de notre cher Arès.
Elle fronça les sourcils, jetant des regards autour d’elle pour chercher un moyen de se libérer, visiblement agitée. Gintoki contourna le lit et s’approcha, la faisant reculer instinctivement.
— Pas de panique, mon katana en bois est rangé, pointa-t-il du doigt. Je ne vais rien vous faire, alors…
Elle lui cracha au visage. Impassible, il s’essuya avec sa jupe et esquissa un sourire faussement amical. D’un geste rapide, il saisit le menton de la femme avec ses doigts, la faisant sursauter. Ses lèvres botoxées, écrasées comme un beignet raté, se rapprochèrent à quelques centimètres du visage de Gintoki. Il murmura :
— Je ne vais rien vous faire. Répondez juste à quelques questions, et après, vous êtes libre. Je ne suis pas de la police, voyez-vous… je n’ai pas ni leur stupide uniforme, ni un katana forgé.
Relâchant son menton, il observa la réceptionniste se pincer les lèvres, sans détourner ses yeux écarlates des siens.
— Tu n’es pas le premier à vouloir savoir. Personne ne le sait. C’est un fantôme !
— Êtes-vous au courant des activités d'Arès ?
Silence.
— Quel est son but ? Pourquoi voler de telles sommes aux habitants de Fortuna ? Pour en faire quoi ? Construire des foires pleines de rats ? Les redistribuer à Limbo City ?
Cette dernière question était stupide. Si cela avait été le cas, la ville et ses quartiers auraient déjà été plus aimables vu les sommes astronomiques dérobées – ce qui n'était clairement pas le cas.
— Vous pensez vraiment comme un homme de Fortuna, toujours à pointer du doigt Limbo City dès qu’un problème vous dérange, cracha-t-elle à nouveau au sol.
Gintoki fronça les sourcils, il se sentait insulté.
— Voler pour voler… Je n'y crois pas. Il doit y avoir un vrai objectif derrière tout ça. Mais il semble que vous tentiez de le cacher.
— Tu parles comme un flic, le frisé. T’es sûr que tu n’en es pas un ?
Gintoki étouffa un rire agacé. Comparer le Shinsengumi à lui revenait à véritablement l’insulter. Sa meilleure amie avait choisi de passer sa vie professionnelle chez eux, mais lui refusait d’être à la botte de quelqu’un, que ce soit le maire Mundus ou pire, le démon du Shinsengumi.
— Partez, vous et cette policière, ou peu importe… Vous allez attirer de gros ennuis à cet hôtel.
— Gros ennuis, dîtes-vous ? répéta Gintoki.
À ce moment, la porte de la chambre s’ouvrit en grinçant doucement.
Le barman tira sur le lustre du hall, suspendu juste au-dessus de Ringo et d’un vieil homme qui la maintenait au sol. Ses bras coincés dans les grandes mains de l’homme, elle leva brutalement son genou dans les dents de son adversaire, se dégagea en un mouvement vif tandis que le lustre s’effondrait dans un fracas de verre et de métal. Sans perdre une seconde, elle courut vers les escaliers, non pas pour rejoindre Gintoki, mais pour récupérer Hakuryu, tombé de sa ceinture sous la violence des coups au premier étage.
— Qui est Arès ? s’écria la rose, brandissant son katana blanc. Quel est son but ?
Le barman tira de nouveau, rechargea sa carabine et visa encore.
Ringo esquivait chaque projectile en courant droit vers lui, mais il ne répondait pas. Que cachaient-ils tous ici ?
— Tu commences à m’énerver, papy.
D’un geste fulgurant, la policière attrapa le canon de l’arme et le força à baisser, l’empêchant de tirer à nouveau. Elle arracha la carabine des mains du vieil homme avec force et, le katana pointé sous son menton, le menaça tout en utilisant l’arme pour intimider les autres attaquants encore valides. En réalité, elle ne savait même pas viser, encore moins utiliser une carabine.
— Vous n’allez pas me tuer, dit-il avec un sourire léger. Ni eux, ni moi.
— Non, en effet. Mais je peux vous faire très mal. Maintenant, répondez. Qui est Arès ? Que veut-il ?
— Personne ne le sait, ni son objectif. Nous ne connaissons que le résultat de ses actions. Et franchement, cela nous importe peu.
— Et pourquoi devrais-je vous croire ?
— Pourquoi mentirais-je ? répliqua-t-il en fixant la lame sous son menton.
— Parce que vous n’avez pas peur de mourir.
Il sourit malicieusement. Le silence s’abattit soudainement : plus de musique, plus de cris d’attractions. Le monde extérieur semblait avalé par une épaisse couche de nuages noirs, absorbant tout bruit inutile.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Ringo, méfiante.
— La pluie, répondit le vieil homme en regardant par la fenêtre.
Soudain, le plafond s’effondra sur les hommes encore menacés par la carabine. Profitant de l’effet de surprise, le barman frappa Ringo au ventre et lui agrippa le bras blessé qui lui fit lâcher Hakuryu. Mais une main gigantesque, noire comme du charbon, surgit de nulle part et transperça le corps du vieil homme. Du sang jaillit violemment. Les yeux argentés de Ringo s’écarquillèrent. Elle rattrapa Hakuryu et le brandit devant elle.
— Ringo !
Elle leva les yeux et vit Gintoki tenter de se relever, au pied d’une forme noire, énorme et difforme. Une créature bestiale à crinière sombre, seuls ses yeux jaunes et perçants brillaient. Entre eux, une cicatrice rougeâtre, profonde et boursouflée, marquait son visage. La bête déchira le barman en deux, le sang coulant sur le plancher en bois.
— C’est… quoi ce délire ? souffla Ringo, levant la tête pour analyser chaque détail de l’horrible créature.
— Ne reste pas là, idiote ! cria Gintoki en sortant des décombres.
Ringo contourna la bête, qui ne semblait pas s’intéresser à elle, trop occupée à dévorer les restes du vieil homme.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-elle en tirant Kokuryu. Tu es blessé, Gin' ?
— Non, juste quelques égratignures, répondit Gintoki en se frottant l’arrière du crâne. Elle… c'est la réceptionniste. Enfin… c'était. Elle s’est transformée en un monstre.
— C’est ce qui arrive quand la pluie tombe… Un Limier, un des foutus chiens de garde de Mundus.
Une voix rauque et amusée fendit l’air. Ringo se retourna et aperçut un homme grand et musclé, portant un collier argenté orné d’une pierre écarlate qui hypnotisait le regard.
— Un Limier ? murmura-t-elle, surprise.
To be continued...
© sueyeonie
SUEYEONIE'S TALK : Sachant que mes chapitres étaient déjà écrits depuis 2015 sur skyblog (oui j'étais encore un peu sur ce site au lycée encore !), je les poste au fur et à mesure et corrige des incohérences du passé. Peut-être qu'avec ça, ça me motivera à compléter ce projet dix ans plus tard. Honnêtement, j'ai déjà la fin en tête mais en ce qui concerne tout le cheminement... bon, on verra bien ce que mon imagination me fera faire. Il n'empêche que je n'avais jamais osé publier publiquement mes écrits en dehors de mes amies les plus proches. Depuis que la plateforme skyblog a fermé, il fallait bien sauver mes textes quelque part.