[Devil May Cry x Gintama] REBELLION

Chapitre 1 : Les Loups de Fortuna

8999 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/04/2026 04:01

CHAPITRE 1

Les loups de Fortuna

© sueyeonie

 

 

        Des cris d’effroi retentirent lorsqu’un fracas métallique éclata dans la nuit. La porte d’un appartement vola en éclats sous le coup de pied d’Hijikata Toshiro. Derrière lui, une escouade d’hommes surgit, katanas à la main.

        À l’intérieur, un chaos de poudre blanche, de bouteilles vides et d’écrans illuminés. Des junkies hagards, des geeks planqués derrière leurs machines. La violence de l’irruption les figea une seconde… puis la panique éclata.

        Toshiro inspira calmement la fumée de sa cigarette, ses yeux bleus d’acier balayant la pièce. Ce n'était pourtant pas eux que le vice-commandant du Shinsengumi était venu chercher.

        — Ils essayent de sauver les disques mères ! Attrapez-les ! Ordonna-t-il en désignant les ordinateurs d’un geste brusque.

        Une chevelure rose traversa la pièce comme un éclair : Katakura Ringo, la seule femme policière de l’équipe, frappa l’un des drogués d’un coup de pied précis. Le corps s’écrasa dans les fauteuils vides tandis qu’un autre en profita pour lancer des enceintes en direction des policiers ; elle pivota, fluide telle une danseuse, esquiva et désarma son adversaire d’un mouvement sec du fourreau de son katana. Deux agents en uniforme noir aux reliures doré se jetèrent sur les assaillants pour les menotter, tandis que d’autres tentaient désespérément de sauver les données des machines.

        — Vice-commandant Hijikata ! cria un agent, les doigts s’acharnant sur un clavier. Les fichiers s’effacent, on perd tout !

        — Serveur 2 détruit !

        — Serveur 4 hors service, ajouta Ringo sans lever les yeux, les données s’autodétruisent à une vitesse folle.

        Toshiro arracha les câbles d’alimentation, espérant gagner du temps. Trop tard. Les écrans s’éteignirent un à un, avalés par le néant numérique.

        — Arrêtez, ça ne sert plus à rien, lâcha un agent, c’est fini.

        — Les tours jetés par la fenêtre ont pris feu ! Hurla un autre depuis l’extérieur.

        Un écran s'illumina. Un signal crypté, des chiffres verts qui défilaient à toute vitesse, puis une seule lettre au centre : A.

        Toshiro écrasa sa cigarette contre la table, ses yeux lançant des éclairs.

        — Arès... souffla-t-il, encore lui...


        Devant le quartier général du Shinsengumi, trois berlines noires s’immobilisèrent dans un crissement de pneus. La presse se rua comme une meute, caméras levées, micros tendus. Du véhicule central descendit Mundus, maire de Fortuna, dans un costume sombre, visage sévère – plus encore de par ses rides au front –, poings crispés. Ses gardes du corps repoussaient les journalistes, mais lui avançait sans un regard pour eux.

        Derrière lui, un autre homme bien plus grand le suivait – silhouette impeccablement taillée dans un costume d’un bleu nuit élégant. Son visage était caché sous l’ombre de son chapeau.

        — Monsieur le Maire ! Interpella Ketsuno Ana, la plus célèbre des présentatrices télés et reporters, on dit que le Shinsengumi a perdu la principale preuve du piratage des comptes de votre épouse, Lilith ?

        — C’est la quatrième fois que le pirate « A » échappe à la police !

        — La sécurité des citoyens est-elle menacée ?

        — La police de Fortuna s’est-elle affaiblie ?

        — Et Katakura Ringo ? La prétendue « Lame du Shinsengumi », qu’a-t-elle accompli ?

        Mundus ne répondit pas. Son silence était plus tranchant qu’une insulte.

        

        Dans les bureaux du QG du Shinsengumi, les policiers étaient agités et chamboulés par leur dernière mission. Certains, énervés, ne pouvait s'empêcher d'exprimer leur frustration.

        — J'avais les preuves sous les yeux, bon sang ! Le programme était en autodestruction, je ne pouvais rien faire !

        — Laisse tomber, coupa Ringo en essuyant la lame d’un de ses katanas.

        Un journal s’écrasa sur la table devant elle, elle ne broncha pas. À la une : « Arès frappe encore ». Mundus venait d’entrer. L’atmosphère se figea et tous les agents se levèrent, dos raides, au garde à vous.

       — Que faisiez-vous ? Commença-t-il en s'adressant à l'ensemble de l'équipe, la preuve était juste devant vos yeux, et vous l'avez perdue. Vous essayez de nous mettre dans l'embarras au niveau international ? Ce n'est pas seulement une honte pour la police de Fortuna, c'est une honte pour tout le ministère des affaires ! C'est une honte pour moi, Mundus !

        — Monsieur le Maire, nous avons fait de notre mieux..., se défendit timidement un brun à l'apparence plutôt idiot et naïf.

        Mundus se tourna vers lui, lentement.

        — Peut-être ne savez-vous pas ce que signifie « mieux », agent Yamazaki Sagaru.

        Il attrapa une souris posée à côté d’un clavier.

        — « Faire de son mieux » ... C'est retrouver ce bâtard de A qui est dans ce foutu moniteur !

        Il lança la souris contre le mur. L’objet éclata dans un fracas sec en milles morceaux, frôlant le visage d’un Sagaru blême.

        — Attrapez-le. C'est un ordre, finit-il en repositionnant son costume.

        Il quitta la pièce, sans accorder un regard aux deux hommes postés à la porte : Hijikata Toshiro, silhouette imposante, brun à la frange en V, et bien qu’il eût tout pour lui, il n’en restait pas moins infâmement connu pour sa sévérité et son autorité auprès de la police ; pour autant, il était très respecté et ses équipes lui étaient complètement loyales.

        Puis l’homme au chapeau noir à ses côtés, retira son couvre-chef lorsque Mundus passa devant lui. Cheveux blancs parfaitement plaqués en arrière, yeux d’un bleu clair mystérieux, il dépassait Toshiro d’une tête. Deux prédateurs aux regards différents : sombre et dur pour l’un, glacial et calculateur pour l’autre.

        La tension retomba d’un cran dans le bureau lorsqu’ils s’avancèrent au centre de la pièce.

        — Katakura, retire tes pieds du bureau, ordonna Toshiro en allumant une cigarette.

        — Alors ne fumez pas ici, répliqua la jeune femme en obtempérant quand même sans lever la tête de son katana.

        — Heureux de te voir en un seul morceau, Ringo, fit le gentleman au chapeau en souriant.

        — Vergil ! s’exclama-t-elle en se jetant à son cou.

        Le PDG de The Order, la plus puissante société informatique du continent, en personne. Les agents, stupéfaits, réalisèrent soudain qui se tenait devant eux.

        — Que fais-tu ici ?

        — Business, répondit Vergil de manière plus sérieuse. Le ministère des affaires s’inquiète des... échecs à répétition et le maire m’a envoyé prêter main-forte sur la partie cybersécurité depuis quelques jours.

        Toshiro grogna.

        — J’assume ce nouvel échec. Et ton aide, je la paierai.    

        Cela va lui coûter une blinde, pensa l’ensemble de l’équipe présente, pourtant pas inquiet des revenus de leur supérieur.  

        — Allons, Toshiro, dit Vergil en posant une main amicale sur son épaule. Entre amis, on ne parle pas d’argent.

        — Tout travail mérite salaire, je ne vais pas entrer dans ce débat avec toi.

        Le PDG ne poursuit pas, le vice-commandant écrasa sa cigarette dans un cendrier et appuya sur un bouton d’une télécommande. Le rétroprojecteur s’alluma. Sur l’écran, la ville de Fortuna apparut en carte… et, juste à côté, son reflet sombre : Limbo City, aussi connu sous le nom des Limbes.


        Autrefois, Fortuna n’était qu’un seul cœur battant. Mais la chute de Tokugawa Shigeshige, et l’ascension brutale de son rival Mundus, le déchirèrent en deux. Sa victoire ne fut pas un simple triomphe politique : ce fut une fracture. Les partisans de Tokugawa, méprisés, traqués, quittèrent la capitale en masse. Ils bâtirent, loin des regards, une ville indépendante à leur image : Limbo City.

        Les rues de Fortuna, elles, s’embrasèrent. Chaque jour, des foules enragées défiaient l’autorité, scandant que Mundus n’était qu’un prédateur dissimulé derrière un masque d’homme d’État : manipulateur, menteur, parasite, voleur de pouvoir. On criait qu’il avait acheté sa victoire, corrompu les consciences, étouffé la vérité. Mais toutes ces voix se perdaient dans le silence des preuves absentes. Rien ne filtrait. Pas un cliché, pas un document, rien qu’un soupçon dissimulé sous un pouvoir invisible. Mundus avait verrouillé les médias, domestiqué la police, enchaîné la politique.

        Puis, un jour, il cessa de faire semblant. Les opposants furent bannis, expulsés vers Limbo City comme on jette des déchets dans un gouffre. L’accès à Fortuna leur fut interdit à jamais. Deux mondes naquirent ainsi : d’un côté, l’illusion d’une cité prospère et immaculée ; de l’autre, un territoire maudit, livré aux parias. « Pour la sécurité de tous », répétait-on, jusqu’à ce que plus personne n’ose contester. Ceux qui murmuraient encore la vérité disparaissaient. On disait qu’ils finissaient dans les Limbes, mais nul ne revenait jamais pour le confirmer. Alors, les langues se turent. La peur devint loi.

        Fortuna se para alors d’un éclat froid. Ville des élites, des travailleurs modèles, des âmes dociles promises à un avenir brillant. Tout y respirait la réussite et l’ordre, au point d’en être oppressant. Le Shinsengumi y installa son quartier général, sous le regard vigilant de Toshiro et de ses hommes.

        Limbo City, en revanche, pourrit. Sans loi, sans espoir, elle attira tout ce que Fortuna rejetait : rebelles, criminels, désespérés. Les survivants y vivaient comme des bêtes dans un chaos sans fin. Les gangs s’y disputaient les ruines, le sang et la poudre remplaçaient l’encre des lois, et la mort rôdait à chaque coin de rue. Là-bas, on ne rêvait plus de justice. On rêvait seulement de tenir jusqu’au lendemain.

        Et entre ces deux cités ennemies, l’air vibrait d’une tension sourde, prête à éclater au moindre souffle.

 

        Toshiro glissa une enveloppe épaisse sur la grande table. Elle s’arrêta devant Ringo, tous les regards se tournèrent vers leur supérieur, interrogateurs. Seul Vergil demeurait impassible, appuyé contre le mur, bras croisés.

        — L’enregistrement d’un serveur utilisé par Arès, annonça Toshiro en relâchant un filet de fumée de ses lèvres. Grâce à lui – fit-il en désignant Vergil d’un signe de tête –, on a pu récupérer, par miracle, l’adresse IP d’un point d’accès… juste avant que le système ne s’autodétruise.

        — On a dit pas de cigarette, répéta Ringo sans lever les yeux, les pieds de nouveau posés sur la table.

        L’ignorant, le brun planta son doigt sur la carte projeté au mur.

        — Le secteur 6, Limbo City.

        Tous les agents froncèrent les sourcils. Sagaru grimaça de crainte.

        — L’adresse pointe ici mais la zone a changé depuis nos dernières cartes : rues déplacés, bâtiments rasés, nouveaux quartiers sortis du néant. Impossible d’obtenir des images satellites fiables.

        — Encore un tour d’Arès…, marmonna la jeune femme.

        — Cette carte est le fruit des rapports de l’équipe Saito Shimaru, repris Toshiro.

        — Comment être sûr que c’est bien lui ? demanda Sagaru en feuilletant le contenu de l’enveloppe. Le secteur 6 est énorme et d’après ce que j’ai lu, c’est un véritable enfer, le plus dangereux des sept autres !

        — Plus c’est dangereux, plus ça me plaît, souffla Ringo en lui prenant les documents des mains, un sourire en coin.

        — Yamazaki, fais-nous un topo, ordonna le vice-commandant en s’asseyant sur une table de bureau.

        L’agent déglutit, chercha un dossier dans un tiroir, puis prit la parole :

        — D’après les informations de l’équipe Saito, le secteur 6 est le plus vaste des sept secteurs. Il est aussi surnommé le secteur de la « Colère », en référence aux sept péchés capitaux. En plus d’être le plus corrompu, c’est le plus dangereux : cambriolages, viols, homicides, incendies volontaires, prostitution, trafic d’armes et de substances illicites… tout y est en puissance 100. Les chiffres dépassent ceux des autres secteurs réunis et les crimes explosent encore aujourd’hui. La cybercriminalité a commencé à se développer depuis quelques mois, l’affaire Arès en est l’exemple le plus flagrant : piratage d’un satellite militaire, quatre intrusions bancaires visant des politiciens, dont la dernière… la femme du maire, Lilith. Tous signés de la même lettre : « A » pour Arès. Probablement une référence au dieu de la guerre. On ignore ses motivations, mais il est clair que nous l’arrêterons coûte que coûte et que nous serons glorifiés, l’image du Shinsengumi sera de nouveau décoré et-

        — Tu t’emballes, Sagaru… fit Ringo en haussant un sourcil.

        — Arès ne laisse jamais de faille, reprit Vergil, le regard sérieux. S’il nous donne une piste, c’est peut-être parce qu’il veut qu’on la suive. C’est un piège.

        — Qui dit piège… commença Sagaru.

        — Dit Katakura Ringo, termina le vice-commandant.

        Tous les regards convergèrent vers la jeune femme aux cheveux roses qui releva enfin les yeux de la paperasse, son sourire s’élargissant. Vergil, lui, resta silencieux, mais son inquiétude était palpable. Ringo était sa protégée, sa « petite sœur » de cœur, et il savait trop bien qu’elle adorait être jetée dans la gueule du loup.

        Cela faisait un petit moment qu’elle avait intégré le Shinsengumi. Turbulente, mais brillante. Un prodige ? C’était le cas. Les missions les plus périlleuses lui étaient confiées et elle les avait toutes menées à bien, seule pour la plupart. En peu de temps, elle avait gravi les échelons jusqu’à devenir l’arme spéciale du vice-commandant, exploit rare dans une organisation quasi exclusivement masculine. On disait qu’elle rivalisait même avec Okita Sougo, capitaine de la première division, mais personne ne les avait jamais vus s’affronter.

        Elle ne vivait que pour le combat. Ses deux katanas, noir et argent – presque blanc, ne la quittaient jamais. Alors que tous les agents n’en portaient qu’un, elle maniait deux lames avec une aisance mortelle, résultat d’un entraînement brutal et acharné. « La Lame du Shinsengumi », la surnommaient certains, mais pour beaucoup, elle n’était qu’une autre arme entre les mains du « Démon du Shinsengumi » : Hijikata Toshiro.

        — Ça me plaît, dit-elle en rangeant ses pieds sous la table. Quand part-on ?

        — Ce soir.

        — Ce soir ?! s’écrièrent-elle et Sagaru à l’unisson.

        — Cette nuit pour être plus précis.

        Elle éclata de joie, frappant dans ses mains, impatiente et souriante jusqu’aux oreilles sous les grimaces incessantes d’inquiétude de Sagaru. Les missions en solo étaient son terrain de jeu. Le travail en équipe ? Trop de contraintes, trop de faiblesses à couvrir. Elle n’acceptait de collaborer qu’avec les rares membres capables de la suivre : les capitaines des divisions, Hijikata Toshiro, ou Kondo Isao, le commandant en chef du Shinsengumi. Ce dernier, toujours jovial, rayonnait d’une énergie presque irréelle. Certains se demandaient s’il était vraiment humain, tant sa présence inspirait confiance et loyauté.

        Toshiro, lui, fronça les sourcils. Il savait que le secteur 6 n’était pas un simple champ de bataille : c’était une fosse à serpents. Trois hommes de l’équipe Saito Shimaru avaient disparu là-bas ; deux étaient revenus mutilés. Shimaru lui-même, pourtant leur meilleur éclaireur, avait failli y laisser la vie. On dit qu’il y aurait laissé sa voix.

        — Attends, Katakura. D’ordinaire, je t’y enverrais seule. Mais le secteur 6, c’est autre chose. Cartels, guerres de territoires, tueurs à gages… Ce n’est pas une mission, c’est un suicide.

        — Je le sais, admit-elle en se levant. Qui m’accompagne, alors ?

        — Tu choisis.

        — … Hein ?

        Toshiro esquissa un sourire rare, presque imperceptible.

        — Je te fais confiance. C’est pour ça que je t’y envoie et te laisse le choix de l'accompagnateur.

        Ringo resta interdite un instant. Elle n’avait jamais eu besoin de son approbation, elle savait ce qu’elle valait… mais l’entendre dire ces mots éveilla en elle un feu nouveau. À vrai dire, sa décision n’était pas stupide. Elle savait avec qui elle travaillait le mieux, pas lui.

        Il lui expliqua en cinq minutes chrono les détails de la mission car il savait qu’elle ne l’écouterait plus après ce laps de temps, trop excitée de partir mais également, du fait de son niveau médiocre de concentration sur la partie théorique – peut-être était-ce cela la vraie raison.

        Elle tourna ensuite les talons. Alors qu’elle atteignait la porte, Toshiro la retint par le poignet.

        — Si tu tombes, ce sera sur ma conscience, dit-il d’une voix basse, rauque. Et je refuse de porter ce poids.

        — Ça ira, répondit-elle avec un sourire, désignant ses deux katanas. Ils ne gagneront pas.

 

        Limbo City.

        Un nom murmuré à Fortuna comme on parle d’un cauchemar qu’on ne veut pas réveiller.

       La ville s’étendait comme une cicatrice béante sous un ciel perpétuellement foncé, inquiétant, saturé de fumée et d’électricité statique. Ici, le temps ne s’écoulait pas : il stagnait. Les bâtiments, squelettes de béton rongés par la rouille, semblaient pencher sous leur propre misère. Les néons, clignotaient faiblement, noyant les ruelles dans des halos rouges ou verts, donnant à la ville des allures d’enfer industriel.

        L’air empestait l’huile brûlée, la chair pourrie et la poudre à canon. Le silence n’existait pas dans les Limbes : il était remplacé par des cris lointains, des moteurs trafiqués, des coups de feu sporadiques. Parfois, au détour d’une rue, on apercevait un corps animal abandonné, vidé de son sang, les yeux fixant un ciel qu’il ne verrait plus jamais.

        Le secteur 6, surtout, était un monde à part. Le plus vaste, le plus meurtrier. Les gangs y régnaient en rois sanglants, divisant le territoire en zones mouvantes, toujours prêtes à exploser. Les cartels d’armes et de drogues contrôlaient les principaux axes, tandis que les bas-fonds, eux, appartenaient aux créatures de la nuit : tueurs à gages, trafiquants d’organes, monstres humains qui ne reculaient devant rien. Certains disaient même qu’il y avait pire que les hommes dans ces rues : des ombres mouvantes, des présences qui guettaient dans les recoins les plus sombres, fruits des pactes démoniaques qu’on soupçonnait d’exister.

        Personne ne voulait y entrer.

        Personne n’en sortait indemne.

        Et surtout, personne ne parlait d’Arès. D'après ce que Ringo avait amassé comme informations, il était comme un spectre. Pas un homme, pas vraiment. Une idée. Un fantôme numérique capable de renverser des fortunes et d’humilier des puissants d’un simple clic. Pour d’autres, il était bien plus qu’un hacker : un stratège, un chef de guerre de l’ombre qui attendait son heure.

        Et dans cette ville en décomposition, chaque bruit, chaque ombre semblait murmurer son nom comme celui qui renversera un jour Mundus.


        Arès.

 

        Accroupie sur le toit décrépit d’un vieil immeuble, Ringo scrutait les ruelles du secteur 6 à travers ses jumelles nocturnes. À droite. À gauche. Rien pour le moment… sauf ce silence tendu qui lui hérissait la peau.

        — Tu peux m’expliquer pourquoi je me retrouve encore embarqué dans tes plans foireux, Ringo ? grogna la voix à côté d’elle.

        Elle n’eut pas besoin de tourner la tête. Le ton nonchalant, légèrement traînant, appartenait à Sakata Gintoki.

        Assis juste à côté, le dos appuyé contre une cheminée branlante, le jeune homme aux cheveux blancs au ton argentés, bouclés et indisciplinés, avait l’air de se demander pourquoi il était là plutôt que dans son lit.

        — Sérieux..., poursuivit-il dans son râle, t’as tout un bataillon de collègues hyper entraînés, et c’est sur moi que ça tombe ? Je te rappelle que je ne suis PAS flic. Pourquoi je devrais t’aider ? Et toi qui détestes bosser en équipe…

        — Parce que t’es mon meilleur ami, répondit-elle simplement. Et que ne t’as pas le choix.

        Il tourna vers elle son regard rouge sombre, faussement indigné.

        — Pas le choix ? Et en quoi ? C’est ça ta justification, espèce de bubble-gum ambulant ? Dans ce cas, emmène Sadaharu la prochaine fois. Ce cabot doit avoir des fourmis aux pattes, vu que personne ne le sort.

        — C’est toi qui ne le sors jamais, imbécile.

        Il fit une moue vexée, et elle soupira.

        — Je sais que je ne suis pas du genre prudente, admit-elle, mais je ne suis pas inconsciente non plus. Ce secteur est dangereux.

        — Oh, vraiment ? fit Gintoki en se curant distraitement le nez, donc tu veux risquer ma sainte vie en connaissance de cause ?

        — Shimaru a subi des pertes ici et je connais sa force. Alors oui, je préfère t’avoir comme soutien. Tu... es bien plus fort que certains capitaines du Shinsengumi, hésita-t-elle à dire.

        Gintoki sourit d’une certaine manière.

        — Flatteuse. Très bien, mademoiselle Katakura.

 

        Ils avaient cette complicité particulière forgée par des années à se côtoyer. Malgré la vie qu’elle menait, malgré son métier, ils trouvaient toujours un moment pour se voir. Enfin… surtout elle : Ringo aimait raconter ses missions. Lui, la plupart du temps, n’avait rien à dire sur ses journées à dormir ou à jouer au pachinko, mais il adorait savoir que cette femme pouvait faire justice à sa manière, et non à celle du Démon du Shinsengumi.

        Sa petite agence à tout faire peinait à trouver des clients. Dans une ville comme Fortuna, où tout devait être lisse et parfait, Gintoki faisait figure d’anomalie. Beaucoup se demandaient pourquoi il n’avait pas déjà migré vers le secteur de la Paresse de Limbo City.

        Pourtant, sous son air fainéant, Gintoki était un paradoxe. Une musculature impeccable – qu’il devait entretenir en secret pensait Ringo – et une force brute presque animale. La jeune femme l’avait vu se battre et survivre à des combats qu’aucun autre n’aurait pu gagner. Dans ses connaissances, il était le seul à s’être déjà aventuré à plusieurs reprises dans les Limbes et à en ressortit que très légèrement égratigné. Ses yeux rouges, magnifiques et inquiétants à la fois, contrastaient avec ce regard mort, vide, comme détaché du monde. C’était ce mélange d’ombre et de puissance tranquille qui fascinait Ringo. Au-delà de tout cela, la jeune policière savait que Gintoki avait le cœur sur la main, en dépit de ce que son apparence et son caractère reflétaient.

        — Bon, avoue, lança-t-il soudain, tu t’es encore perdue. Tu ne sais plus où se trouve l’adresse du piratage, hein ?

        Elle sursauta, prise en faute.

        — N’importe quoi…

        — T’as juste retenu la moitié des infos que t’a données ce satané démon.

        Ringo détourna le regard, les joues rosies. Elle avait toujours eu un sens de l’orientation catastrophique. Droite, gauche… tout se mélangeait. Elle se perdait même sur ses propres trajets. Mais elle compensait avec une détermination à toute épreuve.

        — Peut-être que l’adresse est fausse, répliqua-t-elle. Les cartes de Limbo City sont basées sur des rapports, rien ne garantit leur fiabilité.

        Il éclata d’un rire franc.

        — Si tu veux, madame-je-lis-mes-cartes-à-l’envers. Donne-moi ça.

        Il étudia les annotations griffonnées sur le papier.

        — Bon… si tes infos sont bonnes, l’adresse qu’on cherche est à trois pâtés d’immeubles d’ici, mais…

        — Mais quoi ?

        — Mais ce coin-là est une putain de zone morte. Pas d’éclairage, pas d’activité commerciale, pas même une caméra de surveillance. Autrement dit : parfait pour se faire égorger dans une ruelle sans que personne ne s’en rende compte.

        — Charmant, dit-elle, rangeant ses jumelles.

        Elle s’apprêta à se relever quand un bruit sec résonna en contrebas. Un couvercle de poubelle renversé. Les deux amis se figèrent instantanément. Gintoki, d’un geste fluide, porta sa main à la garde de son sabre.

        — Ringo… murmura-t-il, sans quitter la rue des yeux.

        — Je sais.

        Une silhouette vacillante émergea de l’obscurité d’une ruelle. L’être – si l’on pouvait encore parler d’homme – avait la peau cireuse, grisâtre, luisant étrangement sous les néons défaillants. Ses yeux, deux obsidiennes mortes, avalaient la lumière. Petit, trapu, il était engoncé dans une énorme fourrure qui peinait à contenir sa masse difforme.

        Il avançait escorté par plusieurs brutes en noir, des colosses aux visages fermés dont la simple posture trahissait la violence. Une tension sourde, presque palpable, flottait autour d’eux. Un nombre pareil ne disait rien qui vaille.

        Un trio – dont le petit trapu – s’enfonça dans une ruelle plus sombre encore, jusqu’à disparaître presque entièrement du champ de vision des deux meilleurs amis. Les observateurs échangèrent un regard avant de se déplacer en silence, glissant d’un toit à l’autre pour retrouver un angle dégagé.

        — Pas par là, Ringo ! On n’est pas là pour filer des caïds. J’ai aucune envie de finir séquestré et buté. L’adresse IP est à cent mètres, allons-y !

        Il se leva doucement, amorçant un mouvement de repli. Ringo lui agrippa la cheville d’un geste vif, et Gintoki s’étala de tout son long sur le gravier du toit.

        — Tu joues à quoi ? s'énerva-t-il en maintenant sa voix basse.

        — Tu vois ? C’est ça, ton problème. Toujours te contenter du strict minimum. Et si ces types avaient des infos sur Arès ?    

        — Jeune fille, vous jouez avec le feu. On va s'attirer des problèmes.

        En contrebas, le deal se poursuivait. Impossible de savoir ce qui circulait entre ces mains. Puis, au fond de l’impasse, Ringo aperçut une autre silhouette : moyenne, drapée dans une cape à capuche, visage jusqu’au doigts entièrement dissimulés. L’inconnu remit une liasse de billets au boss, qui, en échange, lui glissa… une boîte ?

        — Gin’, suis-moi.

        — Hein ? Non, Ringo ! Reviens ici !

        Sans attendre, elle se laissa tomber du toit, freinant sa chute en s’agrippant à un lampadaire clignotant avant d’atterrir avec souplesse sur l’asphalte, face au groupe. La policière affichait un mépris total du danger. Elle ajusta ses mitaines en cuir brun qui avaient bougé durant sa descente expresse, fit craquer ses jointures et rectifia le port de sa veste en cuir blanc cassé. Ses cheveux roses glissèrent derrière ses épaules tandis qu'elle replaçait sa frange en V.

        Gintoki, toujours en hauteur, râla une fois de plus entre ses dents :

        — C’est pas vrai... Elle trouve toujours le moyen de m’entrainer dans ses plans de merde.

        En bas, deux hommes se tournèrent vers elle.

        — On ne connaît pas ta petite gueule, toi. Tu sors d’où, poupée ?

        La réponse fut un sifflement métallique. Dans un mouvement fluide, Ringo dégaina ses deux katanas jumelles : Kokuryu, noir d’encre, et Hakuryu, d’un blanc éclatant.

        — Le Shinsengumi ! Ici ?! hurla l’un des hommes, la panique montant d’un cran.

        Aussitôt, le chaos explosa. Les gardes dégainèrent, l’air vibra sous les cris, et dans la confusion, la silhouette encapuchonnée disparut dans l’ombre.

        Par mauvaise habitude, Ringo ne portait jamais sa plaque du Shinsengumi. Ni dans sa veste, ni à sa ceinture. La plupart du temps, elle la laissait chez elle ou sur le bureau de son supérieur, qui ne manquait jamais de lui rappeler l’importance d’avoir son insigne en mission. Elle s’en fichait. Ringo n’avait jamais eu beaucoup d’affection pour les règles.

        De toute façon, à Fortuna, on reconnaissait un policier d’un seul coup d’œil : ils étaient les seuls à porter un katana, et tous le maîtriser à la perfection.

        — Qu’est-ce que vous attendez ? Tuez-la ! beugla le chef en fourrant la liasse d’argent dans ses poches. Flic ou pas flic, les Limbes n’ont pas de règles ! L'auriez-vous oublié ?!

        Ringo se propulsa en avant, rapide comme une flèche. Deux hommes tombèrent avant même de comprendre ce qui leur arrivait. Les autres ouvrirent le feu, des balles ricochèrent autour d’elle.

        Gintoki surgit du toit à son tour, atterrissant lourdement derrière elle. Son katana en bois intercepta plusieurs tirs destinés à sa partenaire.

        — Tch… Promets-moi juste que, pour ta prochaine mission, tu me ficheras la paix !

        Il n’eut pas de réponse. Déjà, Ringo fonçait sur le chef, protégé par deux gorilles armés d’Uzi. Les mitraillettes crachèrent une pluie de plomb. Elle esquiva, trancha quelques projectiles, puis plongea derrière un muret pour échapper au déluge. Les chargeurs finirent par se vider, laissant flotter un silence chargé de poudre.

        Ringo fit glisser Hakuryu, son katana blanc, le long du béton pour visualiser l’angle de ses ennemis. Mais lorsqu’elle jeta un coup d’œil… le chef et la silhouette encapuchonnée avaient disparu.

        — Merde… Ils se sont envolés.

        Une balle ricocha soudainement sur Hakuryu ce qui surpris Ringo. Son katana lui glissa des mains et vint se planter dans le mur. Un des gorilles en noir jaillit aussitôt de l’ombre. De ses mains larges et calleuses, forgées par des années à manier armes et meurtres, il lui enserra la gorge et la plaqua brutalement contre le mur de briques. L’air refusa d’entrer dans ses poumons.

        Ringo leva Kokuryu pour l’abattre sur son agresseur, mais un second homme surgit et lui écrasa brutalement la main au mur.

Un cri déchira sa gorge. Sa vision se brouilla. L’inconscience rôdait.

        Dans un ultime réflexe, elle agrippa celui qui lui broyait la main, enroula ses jambes autour de son cou et tira d’un coup sec. La brute bascula, percutant son complice et les entraînant dans leur chute. Ringo s’effondra sur les pavés, toussant, ses doigts crispés autour de son cou marqué.

        Elle rampa à quatre pattes vers Kokuryu, déterminée à ne pas finir comme une victime. Ses doigts effleurèrent la garde.

        — On ne bouge plus, ma jolie.

        La voix claqua derrière elle, glaciale.

        Le plus grand des deux s’était relevé. Le canon froid d’un semi-automatique se posa contre l’arrière de son crâne. Le cliquetis sec de la glissière fit vibrer l’air. Chargé. Prêt à tirer.

        Ringo serra les dents, les paupières closes. Elle attendit l’impact.

        Un souffle. Un bruit sourd.

        Le corps s’écrasa au sol.

        Elle rouvrit les yeux et expira enfin.

        — T’es franchement à la bourre, Gintoki.

        Ce dernier venait d’assommer le colosse qui s’apprêtait à éclater la cervelle de son amie, son katana en bois encore fumant de l’impact.

        — Tu pourrais au moins dire merci, je viens de te sauver la vie.

        Ringo lui sourit, acceptant la main qui lui tendait pour l’aider à se relever.

        Le jeune homme aux cheveux argentés balaya les dernières brutes avec une efficacité implacable, sans en tuer un seul. Certains gisaient inconscients, d’autres hurlaient, membres brisés.

        — Je n’avais pas le choix, marmonna-t-il en désignant son biceps entaillé par une balle. Ils sont increvables, ces types. Regarde-moi ça… Ça fait un mal de chien, sérieux !

        — Arrête de te plaindre, c’est la nature du boulot.

        — Pour la dernière fois, je ne suis pas flic, bordel !

        — Et pour la dernière fois, tu devrais, répliqua Ringo en récupérant Hakuryu avant de jeter un œil aux corps au sol. Avec ton talent, tu ferais un excellent agent du Shinsengumi.

        — Et pour la dernière fois… c’est un refus catégorique. Travailler avec le démon du Shinsengumi ? Et puis quoi encore ?

        Ringo leva les yeux au ciel. Quel gâchis. Il pourrait faire carrière, gagner bien mieux sa vie que dans son agence malheureusement miteuse, à s’occuper de broutilles des voisines du coin… Même si, en vérité, elle adorait y traîner quand elle avait un rare moment de répit. L'ambiance était bien plus relaxante que les quartiers froids et surveillés de la police militaire de Fortuna.

        Gintoki termina de ligoter les victimes. Ensemble, ils les traînèrent contre le mur où Ringo avait failli perdre connaissance quelques minutes plus tôt. La jeune femme fit craquer ses doigts, puis sa nuque.

        D’un geste sec, elle gifla un mafieux inconscient d’une telle puissance qu’il revint immédiatement à lui, paniqué.

        — Wow, mais quel monstre…, pensa Gintoki en portant une main dramatique à son cœur.

        Ringo dégaina Kokuryu et posa la lame noire sous la gorge du malheureux. Il chercha instinctivement son chef du regard, mais Ringo resserra sa prise. Un filet de sang perla le long de la lame.

        — Inutile de chercher ton patron. Il s’est barré. Maintenant, réponds à mes questions si tu veux garder ta tête. Et je te conseille d’être honnête.

        — Euh… t’es sûre d’avoir le droit de faire ça, Rin’ ? demanda Gintoki d’un ton nonchalant.

        — La ferme, Gintoki, ou tu prends sa place.

        Il leva aussitôt les mains et détourna le regard.

        — Première question : c’était quoi, ce deal ?

        L’homme hésita, tremblant, mais la pression de la lame sur sa peau le fit craquer.

        — J’sais pas ! Je le jure !

        — Tu mens.

        — Si… si tu m’ouvres la gorge, j’pourrai plus rien te dire !

        — Tu n’es pas en position de négocier. Tes petits copains recevront le même traitement si je n’ai pas de réponses rapidement.

        Le cœur de la brute battait si fort qu’on aurait pu l’entendre. Les yeux argentés de Ringo le transperçaient, froids, implacables. Elle ne bluffait pas, et il le savait.

        — Pose tes questions, je dirai tout ce que je sais ! Mais je peux te jurer sur ma vie que je ne sais rien de plus sur ce deal.

        — Vous tuez probablement des innocents et tu oses jurer sur ta vie…, souffla-t-elle. Peu importe. Le temps presse.

        — Si tu les avais laissés finir leur business, on aurait peut-être trouvé une piste sur Arès, lâcha Gintoki en se curant distraitement l’oreille.

        — Ne cherche pas à savoir qui est Arès, car –

        — Tu sais quelque chose sur Arès ?! coupa Ringo en le secouant par les épaules. Crache tout, maintenant !

        L’homme ouvrit la bouche.

        — Ringo ! Attention !

        Un coup de feu éclata. Gintoki bondit, projetant sa partenaire derrière une benne métallique.

        Un deuxième tir. Puis un troisième. Quatre. Cinq. Six. Les balles pleuvaient, déchirant l’air et faisant ricocher des gerbes d’étincelles sur le béton.

        — Putain de merde… Non ! hurla Ringo en se dégageant des bras de son partenaire.

        Elle se redressa d’un bond et retourna vers les prisonniers, prête à les interroger à nouveau. Mais la scène qui s’offrit à elle la figea.

        Tous.

        Tous les hommes attachés étaient morts.

        Chacun d’eux, une balle nette en plein front. Une seule.

        Celui qu’elle menaçait quelques secondes plus tôt fixait encore le vide, les yeux écarquillés par une terreur figée, la bouche ouverte dans un ultime rictus de stupeur. Comme s’il avait reconnu son bourreau.

        Ils s’effondrèrent les uns après les autres, leurs corps inanimés plongeant dans une flaque écarlate qui s’écoulait lentement vers les égouts crasseux des Limbes. Le contraste entre le sang vif et la noirceur de l’endroit formait une scène d’horreur pure, du genre que Gintoki aurait préféré voir dans un film – et encore.

        Il rejoignit Ringo, dont la mâchoire crispée trahissait sa frustration. Tant d’indices… partis en fumée.

        Elle leva lentement les yeux vers le bâtiment d’où avaient provenu les tirs. Le même toit qu’elle avait quitté plus tôt. Au moment où un nuage se dégagea, la lune dévoila une silhouette fugace, immobile l’espace d’un battement de cœur… puis plus rien. L’ombre s’était volatilisée.

        — Gin’. Attrape.

        Elle lui lança son téléphone de service. Il le rattrapa sans effort et l’interrogea du regard.

        — Préviens n’importe quelle division, sauf la Première. Sougo ne bougera jamais son cul pour ça. Qu’une équipe vient récupérer les corps. Moi, je vais le chercher.

        Sans attendre, elle bondit sur la benne à ordures, saisit les barreaux d’une fenêtre close et se hissa avec une agilité féline. D’un mouvement précis, elle se balança, prit appui sur un balcon, puis sur un autre, gravissant l’immeuble avec la fluidité d’un prédateur. En moins d’une minute, elle avait atteint le toit et disparu dans la nuit.

        — …Évidemment, marmonna Gintoki en tapant du pied, encore planté au milieu du carnage.

        Il composa le seul numéro d’urgence qu’il connaissait malgré lui. La ligne décrocha.

        — Y-Yo..., commença-t-il.

        Et la voix rauque du vice-commandant gronda à travers le combiné :

        — Sakata Gintoki. Pourquoi c’est toi qui as le téléphone de Katakura ?

        — Tch… Rien que ta voix me donne envie de tuer quelqu’un.

        — Je t’entends, espèce d’imbécile incapable.

        Gintoki serra les dents mais ignora la pique. Après tout, il appelait pour Ringo. Et, accessoirement, pour ne plus avoir à contempler ces cadavres. Il expliqua la situation en détail, n'omettant rien, jusqu’à mentionner le départ de Ringo à la poursuite du tireur.

        Un silence tendu suivit. Gintoki regrettait déjà d’avoir pris la peine de lui raconter les évènements.

        — J’envoie une équipe pour les corps, répondit alors Toshiro. Mais pour le reste, Katakura gère. Je n’ai pas l’intention de m’en mêler.

        Et il raccrocha. Sec.

        Gintoki soupira. Ce démon en uniforme avait une confiance absolue en Ringo. C’était indéniable. Il refusait d’envoyer du renfort, pour deux raisons simples : d’abord parce qu’elle prendrait ça comme une insulte, un aveu de faiblesse. Ensuite parce qu’elle n’avait pas d’égal. Pas en endurance. Pas en détermination. Pas en agilité. Elle irait jusqu’au bout, coûte que coûte.

 

        Sur les toits, Ringo bondissant d’immeuble en immeuble, ses sens en alerte. Elle ne quitterait pas Limbo City tant qu’elle n’aurait pas trouvé celui qui avait massacré ces hommes. Cet assassin savait quelque chose. Il savait pour Arès, elle en était sûre. Sinon, pourquoi frapper au moment précis où elle s’apprêtait à obtenir une réponse ?

        Les questions s’enchaînaient dans sa tête mais surtout, que contenait cette boîte remise à la personne encapuchonnée ? Et pourquoi cet homme, celui qu’elle interrogeait, avait-il réagi de cette manière à l’évocation d’Arès… avant d’être exécuté ?

        Quelque chose se tramait. Quelque chose d’énorme. Elle qui pensait qu’Arès s’amusait à humilier les riches de Fortuna, il serait aussi craint dans les Limbes ?

        — Limbo City renferme bien des mystères…, murmura-t-elle en posant ses mains sur le kashira de ses deux katanas.

       Un nuage masqua à nouveau la lune. La ville s’enfonça dans une obscurité presque totale. Après avoir tourné un moment sans repérer sa cible, Ringo finit par revenir au point de départ, agacée. En contrebas, les gyrophares des voitures du Shinsengumi éclairaient faiblement l’endroit. Les équipes médicales – escortées par la Dixième Division d'Harada Unosuke – plaçaient les corps dans des housses noires, les chargeant dans les véhicules.

        Gintoki l’aperçut et s’avança vers elle, les mains dans les poches, regard fatigué.

        — Alors… qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

        Ringo déplia la carte de Limbo City et la lui tendit.

        — On continue la mission.


To be continued...

© sueyeonie



SUEYEONIE'S TALK : Je ne comprends pas pourquoi le copier/coller via word me fait des espaces aussi décalés sur la plateforme de fanfiction... Bon, tans pis. Et tans pis également pour les guillemets que j'ai oublié de positionner tout le long du chapitre (et pour les chapitres à venir). Au fait, un crossover Devil May Cry (de Ninja Theory) x Gintama, ça vous en bouche un coin hein ? J'ai le plaisir de vous présenter mes original characters également tout le long de ce projet qu'est REBELLION - Ringo pour commencer ! Et spoiler alert : Je sens que je ne vais pas aboutir ce projet que j'ai débuté en 2015 parce que oof, j'ai tellement d'idées organisées et désorganisées en tête qu'un brouillon ne me suffirait pas... à voir ! RDV au prochain chapitre !


PS : Tu veux mieux visualiser Ringo ? Passe sur mon instagram : @_hirumas !

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