JE SUIS VIVANT

Chapitre 40 : Retour vers le futur

3187 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/03/2026 15:54

Retour vers le futur




Connor se tenait désormais devant l’entrée principale de New Jericho, à quelques pas de ceux qui l’avaient arraché au néant.


La lumière, s’était muée en un or pâle, presque mélancolique, qui caressait les visages et allongeait les ombres. Tout baignait dans cette clarté qui rend les séparations plus solennelles, comme si même le soleil hésitait à quitter la scène.


Face à lui, ses amis demeuraient là.


Markus, immobile dans sa gravité calme, mais dont la posture elle-même trahissait une tension inhabituelle.


North, les bras fermement croisés contre sa poitrine, comme si elle avait besoin de contenir quelque chose en elle de trop vaste, de trop brutal.


Josh, silencieux, les traits empreints de cette douceur inquiète qui semblait toujours le rendre plus lucide que les autres.


Et Sky…


qui ne le quittait pas des yeux.


Ce n’était pas un simple regard. C’était une présence entière, une vigilance presque viscérale. Ses prunelles bleues semblaient s’accrocher à lui avec une intensité qu’elle ne cherchait même plus à dissimuler.


Connor les observa tour à tour, attentif à ces fractures minuscules que son analyse percevait sans encore les comprendre tout à fait.


Quelque chose flottait entre eux.


Une retenue.


Une gêne.


Une fêlure discrète sous la chaleur du soulagement.


« Je suppose… que le moment est venu de partir. »


Sa voix était calme, égale, mais adoucie par une fatigue résiduelle qui lui donnait une profondeur inhabituelle.


Personne ne répondit immédiatement.


Le silence s’étira une seconde de trop, dense, chargé. Il se déploya dans l’espace comme une matière invisible.


Markus fut le premier à s’avancer. Il posa une main sur son épaule avec cette fermeté tranquille qui lui appartenait, ce mélange de force et de bienveillance qui avait toujours eu sur lui un effet singulièrement stabilisateur.


« Tu auras toujours ta place parmi nous, Connor. »


La phrase était sincère.


Et pourtant…


Il y eut, au creux de l’intonation, une infime retenue. Un tremblement presque imperceptible dans la manière dont il soutint son regard avant de le détourner une fraction de seconde trop tôt.


« Merci, Markus. »


North se rapprocha à son tour, plus brusquement, comme si la tendresse l’embarrassait. Ses yeux, d’ordinaire si durs, s’assombrirent d’une émotion qu’elle ne savait pas apprivoiser.


« Tu as intérêt à prendre soin de toi. »


La rudesse du ton n’ôtait rien à la vibration sourde qui le sous-tendait. Elle parlait comme on gronde quelqu’un pour ne pas avouer qu’on a eu peur de le perdre.


Josh, lui, se contenta d’esquisser un sourire doux.


Mais là encore, quelque chose manquait. Ou plutôt : quelque chose se retenait. Comme si tous avaient conclu un pacte silencieux qu’il n’était pas censé percevoir.


Sky s’approcha à son tour de lui. Bien trop près pour le laisser indifférent.


Elle l’enlassa fermement autour de la taille, avec une douceur contrôlée, mais aussi une légère crispation qui trahissait tout autre chose.


« Merci, Sky. » dit-il plus bas en entourant ses bras autour d’elle. « Pour ta présence. Pour ton aide. Pour… tout. »


« Ne me remercie pas. » sourit-elle. « Tu en as bien fait autant pour moi. »


Il se détacha de l’étreinte, portant son regard vers Elijah Kamski.


À cet instant, le contraste entre lui et les autres parut presque irréel. Eux étaient traversés de tensions, d’affects contenus.


Lui demeurait à part.


Immobile.


Dans une posture toujours aussi maîtrisée, les mains croisées dans le dos, ses lunettes captant les dernières lueurs du soir.


Il conservait cette étrangeté insaisissable des êtres qui semblent observer le monde autant qu’ils y participent.


Connor s’avança vers lui.


« Avez-vous besoin d’être raccompagné ? »


La question, posée avec une courtoisie naturelle, eut l’effet d’un choc sec.


Hank, qui se tenait déjà près de la sortie, se figea comme si l’on venait de le heurter de plein fouet. Son regard se tourna vers Connor avec une incrédulité presque offensée.


Kamski, lui, ne manifesta qu’un très léger mouvement de tête, une ombre de sourire venant effleurer ses lèvres sans jamais s’y installer pleinement.


« Non. » répondit-il avec calme. « Je vais rester encore un peu ici. »


Son regard se posa brièvement sur le groupe derrière lui.


« Certaines mises à jour exigent ma supervision directe. Markus a besoin d’une stabilisation… et les autres également. » Il marqua une pause. « Je compte mettre à leur disposition des patchs plus performants, indépendants de l’architecture propriétaire de CyberLife. Ils ne devraient plus jamais dépendre d’un système conçu pour les asservir. »


Le silence qui suivit fut plus dense encore que les précédents. La déclaration avait le poids de l’aveu tardif d’un repentir.


Le visage de Hank se ferma davantage encore. La dureté qui s’y inscrivit était si nette qu’elle paraissait taillée dans le métal.


« Vous croyez vraiment qu’un correctif va effacer tout le reste ? »


Kamski ne répliqua pas immédiatement. Son calme demeurait intact, presque insupportable.


« Non, lieutenant. » dit-il enfin. « Je ne crois pas à l’effacement. Seulement à la possibilité de réparer ce qui peut encore l’être. »


« Alors vous allez être déçu. »


Sa voix n’exprimait plus seulement de la colère. Il y avait là quelque chose de plus intime, de plus ravagé. Une répulsion nourrie de douleur.


Le déviant sentit la tension se tendre encore. Il ne comprenait pas tout ce qui circulait entre eux, mais il percevait avec certitude l’ampleur du rejet.


« Quelles que soient vos raisons… » dit-il avec franchise, « Je tiens à vous remercier. Vous m’avez sauvé. Sans votre intervention, je n’aurais probablement pas pu revenir. »


« Je suis ravi d’avoir pu t’aider, Connor. N’hésite pas à venir me voir si tu as besoin de quoi que ce soit. »


Hank racla bruyamment sa gorge pour mettre fin à cet échange.


« Il est vraiment temps d’y aller. » Pressa t’il en se dirigeant vers l’extérieur.


« Oui... » Avant de le rejoindre, le déviant adressa un dernier regard au groupe avec un sourire reconnaissant. « Merci à tous. »


‐--------


Le trajet du retour s’effectua dans une demi-obscurité vibrante.


Détroit défilait derrière les vitres dans un ruissellement de néons, de signaux lumineux, de façades reflétant les derniers feux du ciel. La ville semblait flotter entre deux états, ni tout à fait jour, ni tout à fait nuit, suspendue elle aussi dans une transition incertaine.


À l’intérieur du véhicule, le silence pesait.


Hank conduisait les deux mains vissées au volant, les épaules rigides, le regard rivé droit devant lui avec une concentration qui confinait moins à l’attention routière qu’à une tentative désespérée de ne penser à rien.


Connor, assis côté passager, l’observait discrètement.


Les indicateurs physiologiques demeuraient anormaux. Le rythme cardiaque du lieutenant était encore supérieur à sa moyenne de repos. Sa respiration, quoique mieux maîtrisée qu’à New Jericho, gardait cette légère irrégularité.


« Vos constantes biologiques ne sont pas encore revenues à leur niveau habituel. »


Les doigts de Hank se resserrèrent imperceptiblement sur le volant.


« Je vais bien. »


La réponse était automatique, presque réflexe, mais Connor l’accepta sans la croire complètement.


« Il est probable que cela soit lié au stress provoqué par ma désactivation. »


Un souffle lui échappa. Pas vraiment un rire. Pas vraiment un soupir.


« Ouais... » Répondit Hank d’une voix sourde. « Probable... »


Connor laissa passer quelques secondes, puis tourna légèrement le visage vers la vitre, observant les lignes lumineuses de la ville glisser sur le verre comme des données mouvantes.


En dépit de la distance du lieutenant, une forme de légèreté nouvelle l’habitait.


Elle n’était pas totale, trop de choses en lui demeuraient encore fragiles, récentes, sensibles, mais elle existait.


Il était revenu.


Son système répondait. Le monde avait repris texture, contour, continuité. Et cette simple vérité éveillait en lui quelque chose de proche de la joie.


« Je suis heureux d’être de nouveau opérationnel. »


La déclaration était pleine d’enthousiasme.


« Ça s’entend... »


Son passager poursuivit, avec une candeur presque désarmante.


« Mes fonctions ont retrouvé un niveau d’efficacité très satisfaisant. Je note également une amélioration sensible de mes interconnexions cognitives. »


Un silence.


Puis Hank souffla, presque malgré lui.


« Tu peux vraiment rendre n’importe quoi inquiétant avec ta manière de parler. »


Connor tourna vers lui un regard où passa l’ébauche d’un amusement authentique.


« J’ignore si c’était un compliment. »


« Ça n’en était pas un. »


Le déviant gloussa un peu avant de reprendre, plus vivement cette fois :


« Vous m’aviez promis une expérience cinématographique à mon retour. Vous vous rappelez ? »


l’homme ferma brièvement les yeux, comme pour rassembler ses forces avant de revenir à la surface.


« Une expérience cinématographique… » répéta-t-il. « Bordel, même pour parler d’un film tu sonnes comme un rapport d’autopsie. »


Connor ne parut pas s’en formaliser.


« Retour vers le futur. » précisa-t-il aussitôt. « Vous m’avez dit que cette œuvre était indispensable à ma culture générale. »


Il y avait dans sa voix quelque chose de plus vif, de plus clair. Une curiosité presque juvénile qui contrastait douloureusement avec l’ombre qui ne quittait pas Hank.


« Ouais. C’est vrai. » Il marqua une pause. « On le regarde ce soir. »


Connor se redressa un peu sur son siège.


« Vraiment ? »


« Oui, vraiment. »


Le déviant laissa échapper un très léger souffle, proche d’un rire contenu.


« J’attends cela avec impatience. »


--------


Le salon baignait dans une pénombre paisible lorsque le film commença. La lumière de l’écran projetait sur les murs des reflets mouvants, bleu pâle, argentés, parfois plus chauds selon les scènes. L’atmosphère de la pièce avait quelque chose d’étrangement doux, comme si le monde extérieur avec ses violences, ses secrets, ses fractures, s’était momentanément retiré derrière les vitres.


Connor était assis dos droit au bord du canapé, son attention déjà entière. Ses yeux bruns reflétaient les premières images avec une intensité presque fascinée.


Hank, lui, s’était laissé tomber plus lourdement à l’autre extrémité, une bière à la main qu’il oublia bientôt de boire.


Le film débuta.


Connor observa d’abord avec cette concentration méthodique qu’il accordait à toute nouveauté. Puis, très vite, quelque chose s’ouvrit en lui.


Une disponibilité plus spontanée.


Plus vivante.


Lors de la première apparition du Docteur Emmet Brown, il inclina légèrement la tête.


« Ce scientifique est particulièrement excentrique. »


Hank laissa échapper un souffle amusé.


« Ah... Doc. Et tu n’as encore rien vu. »


Puis vint la scène de Marty dans le Hill Valley du passé qui fuit Biff et sa Bande en skateboard.


Connor suivit le mouvement avec une attention captivée. Son regard se fit plus vif, presque lumineux. Le rythme, l’improvisation, la manière dont un adolescent humain transformait l’environnement en terrain d’échappée. Tout cela semblait produire chez lui une forme de plaisir analytique qui dépassait de loin la simple observation.


« C’est vraiment ingénieux. » murmura-t-il. « L’exploitation dynamique de l’espace urbain, l’adaptation immédiate aux contraintes, la rapidité d’exécution… » Il s’interrompit, les yeux toujours fixés à l’écran. « C’est… grisant à regarder. »


Le dernier mot lui échappa avec une sincérité inattendue.


Plus tard, face aux échanges entre Marty et Doc, il se surprit à sourire plus franchement. Il y avait entre eux une énergie désordonnée, improbable, profondément humaine dans son irrationalité même. Une loyauté évidente, mais jamais formulée avec la solennité qu’elle mériterait. Tout passait par le ton, les réactions, les inquiétudes mal déguisées derrière l’agacement.


Cela lui rappela quelque chose.


Ou plutôt quelqu’un.


« Leur lien est particulièrement intéressant. » dit-il à mi-voix. « Ils semblent constamment en désaccord, mais leur attachement réciproque structure pourtant chacune de leurs décisions. »


Hank avala une gorgée de bière qui lui brûla presque la gorge.


« Ouais. » répondit-il. « C’est souvent comme ça. »


Connor continua d’observer.


Puis vint la scène où l’existence de Marty menace de s’effacer, où la photographie devient peu à peu le théâtre d’une disparition annoncée.


Son sourire s’éteignit.


Très lentement.


Ses traits se figèrent sans se durcir. Ses yeux restèrent rivés à l’écran, mais quelque chose en eux s’assombrit, comme si le film avait soudain touché une zone plus profonde, plus fragile, encore à vif.


Le concept même d’effacement aurait déjà suffi à le troubler.


Mais ce n’était pas seulement cela.

C’était l’attente.


La conscience de disparaître avant même que cela ne soit achevé.


Un frisson presque imperceptible. parcourut ses épaules.


« Il sait qu’il risque de ne plus exister… » souffla-t-il. Sa voix n’était plus animée par la curiosité. Elle s’était faite plus basse. Plus intérieure. « Et pourtant il continue. »


Hank ne répondit pas immédiatement.

Sa main se referma lentement sur la bouteille, jusqu’à en faire blanchir ses jointures.


« Ouais. »


Connor ne regardait plus seulement le film. Il semblait y projeter quelque chose de lui-même, malgré lui. Sa peur récente, encore mal refermée, se glissait entre les images.


« C’est… profondément angoissant. » reprit-il plus bas. « Être encore conscient… tout en sentant que l’on s’efface. Je sais ce qu’il ressent. »


Hank sentit une douleur sourde remonter en lui comme une lame.


Parce qu’à côté de lui, Connor parlait, ressentait, s’inquiétait pour un personnage fictif avec une sincérité désarmante.


Et lui, pendant ce temps, ne parvenait plus à séparer complètement ce visage de celui d’un enfant disparu.


Chaque inflexion, chaque éclat de curiosité ouvrait en lui une plaie nouvelle.


Ce n’était pas qu’il ressemblait à Cole.


C’était pire.


Il y avait dans certaines de ses expressions, dans certains silences entre deux phrases, dans cette manière d’être intensément présent à ce qu’il découvrait, une résonance insupportable. Quelque chose qui n’appartenait ni tout à fait au souvenir, ni tout à fait au présent, mais à une zone intermédiaire où la douleur prend racine et refuse de mourir.


Puis la scène changea.


Celle de Marty jouant Johnny B. Goode à la guitare électrique.


les yeux du déviant s’illuminèrent presque instantanément.


Il observa d’abord avec attention, comme toujours. La posture. La prise en main de l’instrument. Le placement des doigts sur le manche. Les ajustements rapides, encore hésitants, presque humains dans leur imperfection.


Puis la première note éclata.


Claire.


Tranchante.


Ses pupilles se dilatèrent légèrement.


Il suivit la vibration comme s’il pouvait en cartographier chaque oscillation, chaque résonance dans l’air, chaque micro-variation de fréquence. Mais très vite, cette analyse fut débordée.


Parce que la musique ne se contentait pas d’exister.


Elle entraînait.


Les accords s’enchaînaient maintenant avec une énergie croissante. Le tempo accélérait. La guitare claquait, rebondissait, se déployait comme une force vivante.


Et Connor était emporté.


Ses doigts se crispèrent légèrement contre le canapé, comme si son propre corps cherchait à répondre à cette impulsion rythmique.


« C’est vraiment... génial ! » s’exclama t’il en voyant le héros s’abandonner totalement dans son interprétation.


Puis vint le solo.


Et là...


tout explosa.


Les notes se mirent à fuser, imprévisibles, rapides, presque incontrôlables.


Connor s’immobilisa totalement.


Ses systèmes tentaient de suivre.


D’analyser.


De comprendre.


Mais la vitesse, la créativité, la rupture constante des motifs rendaient toute anticipation impossible.


Puis il rit.


Un rire clair, soudain, provoqué par la réplique de Marty face à la réaction choquée de son public.


Et le cœur de Hank se serra si violemment qu’il en eut presque le souffle coupé.


Il fixa l’écran avec obstination.


Il ne devait pas tourner la tête.


Surtout pas.


Parce qu’il savait, avec cette certitude terrible, que s’il regardait le gamin maintenant, s’il croisait ses yeux brillants, son bonheur simple devant un film qu’il découvrait pour la première fois, quelque chose céderait définitivement en lui.


Alors il resta immobile.


Et l’écouta parler.


Connor commentait parfois certaines incohérences temporelles avec le plus grand sérieux, comme si elles méritaient un rapport d’incident à elles seules.


Il s’étonnait d’un geste, riait d’une réaction, s’interrompait pour formuler une théorie avant de la corriger lui-même quelques secondes plus tard.


Tout cela avec une spontanéité nouvelle, presque lumineuse, qui rendait sa présence plus vivante encore.


Et Hank l’écoutait sans se lasser, comme on écouterait battre un cœur revenu d’entre les morts.


Mais il ne le regardait pas.


Il n’y parvenait pas.


Parce qu’en vérité, il était en train de se briser dans le silence le plus absolu.


Il y avait là, sur ce canapé, un être qu’il aimait déjà bien au-delà de ce qu’il s’autorisait à nommer. Un partenaire. Un ami. Une présence qui avait déplacé en lui des ruines entières.


Et désormais s’y superposait cette vérité monstrueuse, impossible, presque obscène dans sa cruauté : Connor portait en lui l’écho adulte de l’enfant qu’il avait perdu.


Une partie de lui voulait le protéger avec une violence presque animale.


Une autre voulait fuir avant de ne plus pouvoir distinguer l’un de l’autre.


Et entre les deux, il étouffait.


Sur l’écran, la musique s’élevait. Le temps se nouait, se défaisait, se réparait.


À côté de lui, Connor suivait l’histoire avec une ferveur intacte, entièrement absorbé, heureux de cette promesse tenue.


Et Hank resta là, figé dans la pénombre, à écouter son rire, ses remarques, ses émerveillements, pendant que la douleur, elle, s’obstinait à lui murmurer un autre nom.


Cole.


Il ferma brièvement les yeux.


Et quand il les rouvrit, l’écran était flou une seconde.


Alors il prit une inspiration lente, presque douloureuse, et continua de fixer le film comme si sa survie dépendait de cette seule obstination.


Ne pas le regarder.


Ne pas céder.


Ne pas laisser cette vérité souiller l’instant.


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À suivre

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