JE SUIS VIVANT

Chapitre 41 : Un coeur à prendre

3465 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/04/2026 19:12

Un coeur à prendre



Début août étendait sur Détroit une chaleur dense, presque suffocante, une chape invisible qui s’infiltrait partout : dans les rues brûlantes, entre les façades de béton, jusque dans les esprits fatigués.


L’air lui-même semblait épaissi, saturé d’humidité, comme s’il avait perdu sa légèreté naturelle. Chaque respiration demandait un effort conscient, un léger dépassement de soi.


Même les néons du Département de police vibraient avec une lenteur inhabituelle, leur bourdonnement électrique semblant engourdi par cette torpeur estivale.


À l’intérieur, malgré une climatisation poussée à son maximum, l’atmosphère restait lourde. Les conversations s’étiraient, molles et inachevées, les gestes perdaient leur précision, comme ralentis par une inertie diffuse.


Et Connor, lui, restait assis à son bureau.


Seul.


L’absence de son partenaire ne se contentait pas d’être visible : elle pesait.


Elle occupait l’espace comme une présence inversée, un vide tangible qui attirait le regard malgré lui.


La chaise inoccupée semblait étrangement massive, plus lourde qu’un corps réel, et la tasse abandonnée à côté, cerclée d’un dépôt sec, portait encore les traces d’une routine interrompue trop brusquement.


Ses doigts tapotaient sur son clavier holographique avec une régularité parfaite, presque mécanique dans sa précision.


Son visage demeurait neutre, lisse, concentré mais son regard, parfois, déviait imperceptiblement vers ce bureau vide.


Comme aspiré.


Par une pensée persistante qu’il ne parvenait ni à résoudre, ni à ignorer.


Toujours la même.


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À quelques mètres de là, Gavin Reed l’observait du coin de l’œil, dissimulant mal derrière une posture relâchée une attention bien plus soutenue.


Affalé sur sa chaise, un pied négligemment posé sur un tiroir entrouvert, il donnait l’illusion d’un désintérêt total.


Mais ses yeux, eux, restaient accrochés à Connor.


Et ce n’était pas seulement de la curiosité.


C’était plus trouble que ça.


Un mélange d’agacement persistant et d’un intérêt qu’il refusait catégoriquement de nommer.


Cette histoire de réparation… ça le travaillait.


Le capitaine Fowler avait lâché quelques informations à demi-mot, entre deux briefings, sans entrer dans les détails. Juste assez pour éveiller chez Gavin cette vigilance instinctive qu’il réservait aux anomalies.


Et Connor en était clairement une.


Il fit lentement rouler une boule de papier entre ses doigts, la compressant, la relâchant, jaugeant le bon moment.


Puis la lança.


L’impact fut net contre l’épaule de l’androïde.


« Gavin, trouve-toi une autre cible. » souffla t’il sans détourner les yeux de son écran.


Le sergent plissa légèrement les paupières, un sourire en coin étirant ses lèvres.


« Je me demandais… » Il se pencha légèrement en avant. « Il est où, le vieux grincheux ? »


Connor marqua une micro-pause.


« Hank a pris des congés exceptionnels. Il a quitté la ville pour quelques jours. »


Un sourcil se haussa.


« Sans toi ? »


« Oui. »


L’officier se redressa lentement, abandonnant toute comédie.


« C’est louche. »


Le déviant ne répondit pas immédiatement.


« Il ne m’a pas communiqué les raisons de son départ. »


« Encore plus louche. »


Gavin se leva, attrapa une chaise au passage et la fit glisser sans cérémonie jusqu’au bureau de l’androïde. Il s’y installa à l’envers, les bras croisés sur le dossier, envahissant délibérément son espace.


« Vous vous êtes engueulés ? »


La question tomba, brute.


« Non. »


Mais quelque chose, dans la texture même de sa réponse, manquait de netteté.


Gavin le capta immédiatement et son sourire devint plus tranchant.


« Oh si. Ça sent la dispute à plein nez. »


« Il n’y a pas eu de conflit. »


« Alors quoi ? Il s’est levé un matin et il s’est dit : “tiens, si je fuyais mon androïde de compagnie préféré ?” »


Connor serra imperceptiblement les doigts.


« Je te répète qu’il n’y en a aucun ! »


Gavin pencha la tête, l’observant comme une équation presque résolue.


« Écoute… depuis que t’es revenu, t’es bizarre. Genre… encore plus que d’habitude. » Son regard s’attarda, scrutant la moindre fissure dans ce masque trop parfait. « Si tu veux mon avis, j’ai l’impression qu’il t’évite. »


Connor se figea.


Le silence qui suivit fut dense, presque palpable.


« C’est possible. » admit-il finalement, plus bas. « Depuis mon retour, il est plus distant. Moins… interactif. Cela ne correspond pas à ses schémas relationnels avec moi. »


Gavin haussa les épaules.


« Peut-être qu’il avait juste besoin d’air. »


« Besoin d’air… ? »


« Ouais. » ricana t’il. « Parce que tu lui as trop cassé les couilles. »


Le silence tomba comme un couperet.


Connor analysa la phrase.


Littéralement.


« Tu suggères que ma présence aurait généré un stress excessif chez lui ? »


« Je suggère que t’es pas exactement une promenade de santé, ouais. »


Le déviant baissa légèrement les yeux vers son bureau, percevant une variation infime dans ses paramètres internes.


« Tu as peut-être raison… » murmura-t-il. « J’ai pu engendrer chez lui une surcharge émotionnelle. Hank présente déjà un historique de stress élevé. »


« Oh putain… » Gavin passa une main sur son visage. « Je plaisantais. Ne prends pas tout au pied de la lettre comme ça. »


Mais il ne l’écoutait déjà plus vraiment.


L’hypothèse venait de s’implanter.


Et elle refusait de le quitter.


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« Connor. »


Une voix autoritaire, trancha l’air et immédiatement l’interpellé releva la tête vers une jeune femme dont la présence s’imposait d’elle-même.


Sa blouse blanche, parfaitement ajustée, accentuait la précision de sa posture. Ses cheveux noirs, coupés courts, encadraient un visage aux lignes nettes, presque géométriques. Ses yeux verts, perçants, semblaient analyser chaque détail avec rigueur.


La nouvelle technicienne dédiée au personnel déviant du DPD : Julia Dawson.


Quand Gavin la vit, quelque chose dans son comportement se modifia.


Un redressement immédiat.


Son regard se fixa sur elle avec une intensité nouvelle. Pas lourde. Pas insistante.


Mais intéressée.


Il observa la manière dont la lumière accroche la ligne de sa mâchoire, la précision de ses gestes, l’assurance naturelle qui émanait d’elle sans effort. Et contre toute attente, il sourit. Pas son sourire habituel, provocateur ou cynique.


Non.


Quelque chose de plus travaillé.


« Docteur Dawson. » Sa voix était presque… agréable. « C’est toujours un plaisir. »


« Bonjour, officier Reed. »


La technicienne lui accorda qu’un bref regard puis se concentra à nouveau sur le déviant.


« Connor. Tu es attendu. »


« Attendu ? »


« Salle technique. » Elle croisa les bras sur sa poitrine. « Je dois valider ta reprise. Contrôle complet. »


« Cela ne sera pas nécessaire. » répondit-il immédiatement. « Mes diagnostics internes indiquent une fonctionnalité optimale. »


« Je ne t’ai pas demandé ton avis. »


Le déviant écarquilla de grands yeux en accusant le caractère particulièrement affirmé de la jeune femme.


« Ecoutez, mon travail... »


« ...est secondaire. » Elle s’approcha légèrement. « Tu as été désactivé. Je veux juste m’assurer que tu es apte à reprendre. »


Connor ouvrit la bouche pour répondre mais se fit immédiatement stoppé par la main de Gavin venue s’ancrer fermement sur son épaule.


« Ne vous inquiétez pas, Docteur, je vais m’assurer qu’il vienne bien à son rendez-vous. »


Le déviant tourna brusquement la tête en lui jetant un regard contrarié.


« Je n’ai pas besoin de.... »


Pour le faire taire, Gavin intensifia la pression sur son épaule et lui offrit en même temps un sourire crispé.


« Si, si. C’est pour ton bien. »


La technicienne haussa un sourcil.


« C’est inattendu de votre part. J’ai entendu dire que vous n’étiez pas particulièrement favorable aux androïdes. »


Le sergent prit une expression offensée.


« Moi ? » Il posa une main sur sa poitrine, feignant faussement l’indignation. « Docteur, je suis profondément blessé par ces rumeurs infondées. » Son sourire revint, plus léger. « Je suis un vrai ami des mach... heu... déviants. »


Abasourdi, Connor tenta d’ouvrir la bouche mais cette fois, il reçut un coup discret dans le dos.


Julia observa la scène, un peu amusée.


« Très bien. » dit-elle. « Dans une heure. »


« J’y veillerai personnellement. » Conclut l’officier Reed.


Satisfaite, elle tourna les talons.


Et Gavin la suivit du regard.


Longuement.


Trop longtemps pour que cela échappe à Connor.


Il identifia immédiatement une série d’anomalies physiologiques.


« Ton rythme cardiaque a augmenté de 17 %. Ta respiration est irrégulière. Tes pupilles sont dilatées. »


Il cligna des yeux, arraché à sa contemplation.


« …Quoi ? »


Le déviant poursuivit, imperturbable :


« Tu présentes des signes caractéristiques d’une activation du système limbique associée à une réponse émotionnelle intense. »


Gavin pinça l’arête de son nez.


« Dis-moi que tu vas pas dire ce que je pense que tu vas dire. »


« Tu es attiré par le docteur Dawson. »


« Oh bordel… il l’a dit. »


L’androïde le fixa, sincèrement perplexe.


« Dois-je interpréter ta réaction comme une confirmation ? »


L’officier laissa échapper un soupir agacé, puis passa une main dans ses cheveux.


« Ouais. Bon. D’accord. Peut-être. » avoua t’il.


« Tu essayes de lui parler depuis longtemps ? »


« Suffisamment pour savoir que j’ai aucune chance. »


Connor fronça imperceptiblement les sourcils.


« Cette conclusion semble prématurée. »


« Non, elle est réaliste. » répondit Gavin en se redressant, retrouvant un semblant de contenance. « Elle est brillante, droite, hyper investie dans son boulot… et moi je suis...» Il fit un vague geste de la main vers lui-même. « ...ça. »


« Tu es un officier compétent, bien que sujet à des comportements agressifs et à une tendance marquée à l’ironie défensive. »


« Merci pour ta délicatesse. »


« Tu sembles penser que modifier ton comportement augmenterait tes chances. »


Gavin eut un rictus.


« Bingo. » Il se rapprocha légèrement, baissant la voix comme s’il partageait une stratégie confidentielle. « Elle adore les déviants. Elle vit pour ça. Alors si je montre que moi aussi je m’y intéresse… »


Connor le fixa.


« Tu proposes de simuler un intérêt que tu ne ressens pas. »


« Exactement. »


« Mais cela constitue une forme de tromperie. »


« Ça s’appelle s’adapter. »


L’androïde marqua une pause, puis ajouta avec sérieux.


« Les relations humaines reposent généralement sur une authenticité minimale. »


« Oh ça va, Freud. »


« Si elle développe un attachement basé sur une fausse représentation de ta personnalité, la relation sera instable. »


« Je me passe de tes conseils. » Gavin lui afficha un sourire sournois. « Mais... »


Connor devina facilement la suite.


« Tu vas te servir de moi. »


« Bien vu, Sherlock. »


« Il n’en est pas question. »


« Je ne te laisse pas le choix. »


« J’ai dit non ! » Répéta t’il avec plus d’aplomb.


« Tu veux vraiment que j'aille voir le Capitaine Fowler pour lui dire que tu veux te soustraire à ta visite de reprise ? Tu crois qu’il va apprécier ? »


Le déviant analysa la situation puis soupira très légèrement.


« Je tiens à préciser que je ne cautionne pas cette stratégie. »


Gavin esquissa un sourire victorieux.


« Je savais que t’étais un chic type. »


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Une heure plus tard.


Connor, déjà installé sur la table d’examen, demeurait parfaitement immobile tandis que des bras mécaniques scannaient son interface, effleurant sa tempe et sa nuque avec une précision millimétrée.


Julia, concentrée, naviguait entre les données avec une efficacité sèche, ses gestes précis, presque économiques.


« Réactivité neuronale : conforme. » Elle effectua un geste. « Synchronisation des modules émotionnels… stable. » puis un autre. « Aucune latence significative. »


Connor répondit calmement : « Comme je vous l’avais indiqué. »


« Et comme je te l’ai déjà dit : mon travail est de le vérifier. »



Pendant ce temps-là…


Gavin Reed errait.


Nonchalamment, en apparence.


En réalité ? Beaucoup moins.


Il s’était aventuré dans la pièce comme un intrus qui refusait de l’admettre. Ses pas étaient lents, presque feutrés, mais son regard, lui, trahissait une curiosité active, presque fébrile.


La salle technique contrastait violemment avec le tumulte alangui du commissariat.


Ici, tout semblait sous contrôle.


Les murs, d’un blanc mat impeccable, absorbaient la lumière froide des panneaux LED encastrés au plafond, diffusant une clarté uniforme, sans ombre ni refuge.


Le mobilier, minimaliste et fonctionnel, suivait une logique presque chirurgicale : surfaces lisses, angles nets, absence totale de superflu.


Chaque élément semblait à sa place exacte, comme intégré dans un système plus vaste dont Julia Dawson était le centre nerveux.


Au fond de la pièce, une large baie vitrée donnait sur une salle adjacente où trônait une table d’examen modulable, bardée de capteurs et de bras articulés. Des écrans transparents flottaient autour, projetant en continu des flux de données aux couleurs froides : bleus, verts, blancs.


Plus près du poste principal, un établi technique présentait un désordre maîtrisé.


Il attrapa une petite pièce métallique qu’il fit tourner entre ses doigts.


« C’est quoi, ça ? »


« Un stabilisateur synaptique. » répondit Julia sans lever les yeux. « Et je préférerais que vous évitiez de me l’abimer. »


Gavin reposa l’objet.


Un peu trop vite.


Il heurta légèrement le plateau, provoquant un tintement sec et une légère vibration des instruments.


Il se figea.


Connor et Julia tournèrent lentement la tête dans sa direction.


Gavin toussota.


« …Désolé. »


Il changea de cible.


S’approcha de l’établi principal, mains dans les poches, cette fois par mesure de sécurité, et observa les composants ouverts.


Son regard s’attarda.


Puis dériva vers le Docteur.


« Vous avez l’air… » Il marqua une pause, cherchant ses mots, un événement en soi. « …de vraiment savoir ce que vous faites. »


Elle arqua légèrement un sourcil.


« C’est en général un prérequis pour exercer ce métier. »


« Non, je veux dire… » Il hésita. « C’est précis. Net. Comme vous, en somme. »


Cette fois, elle le regarda vraiment.


« Merci. »


C’était simple.


Mais sincère.


Encouragé, ou du moins pas totalement dissuadé, Gavin poursuivit.


« Vous faites ça depuis longtemps ? »


« Suffisamment. »


« Toujours à Détroit ? »


« Non. » Elle fit glisser un écran, analysant une nouvelle série de données.« Je travaillais à Chicago. »


Gavin redressa légèrement la tête.


« Sérieux ? »


« Dans un centre CyberLife. »


Il haussa les sourcils.


« Et vous avez quitté Chicago… » Il désigna vaguement la pièce. « …pour venir vous perdre ici ? »


Un silence s’installa.


Julia posa enfin ses mains sur la surface de contrôle.


« Je n’étais pas en accord avec leurs pratiques. »


Le ton avait changé.


Plus bas. Plus personnel.


Connor s’adressa à elle.


« Vous étiez spécialisée dans la maintenance avancée, n’est ce pas ? »


« Oui. Plus précisément dans l’effacement. »


Gavin fronça les sourcils.


« L’effacement ? »


« Mémoire. Comportement. » Précisa t’elle, sans le regarder. « Tout ce qui, selon leurs critères, dépassait les paramètres standards. J’étais principalement en charge de la réinitialisation. » Tout en parlant, elle retira méthodiquement un capteur à Connor. « Peu avant la révolution de Détroit, j’ai démissionné. »


Gavin la fixait avec attention.


« Pourquoi ? »


Julia souffla par le nez avant de répondre, plein de solennité.


« Parce que je ne voulais plus être complice de cela. Les déviants ne sont pas des outils, ils sont des individus à part entière. » Elle pivota vers le sergent, abandonnant un court instant la froide chorégraphie de ses gestes techniques. Son regard, d’un vert incisif, se fixa sur lui, non pas pour le juger, mais pour le lire. « Et vous, officier Reed ? » demanda-t-elle, d’une voix calme et posée. « Quelle est votre position à ce sujet ? »


Il y eut un infime flottement.


Quelque chose, dans cette question, ne trouvait pas immédiatement sa place dans le masque qu’il portait depuis tout à l’heure.


Parce qu’elle n’appelait pas une répartie.


Elle appelait une vérité.


Et ça, Gavin n’en avait aucune intention.


Une image remonta malgré lui. Brutale dans sa simplicité.


Une surface d’eau trouble, agitée par des remous désordonnés. Une main trop petite qui disparaît. Un vide qui, des années plus tard, n’avait jamais vraiment cessé de faire du bruit.


Sa mâchoire se contracta.


Et pourtant, Il sourit avec une aisance presque insolente.


Trop parfaite pour être honnête.


« Ce que j’en pense ? » répéta-t-il, comme pour gagner une demi-seconde de plus. « Honnêtement… je pense que vous avez totalement raison. »


Connor tourna lentement tête vers lui, comme si chaque micro-expression méritait d’être enregistrée.


Gavin poursuivit, s’appuyant négligemment contre un meuble.


« On a passé des années à les traiter comme des outils. » Il haussa légèrement les épaules. « Alors que… visiblement, c’est plus compliqué que ça. » Son ton était fluide. Mais sa respiration, elle, trahissait une tension plus subtile. « Ils pensent. Ils ressentent. Ils prennent des décisions. » Il esquissa un sourire, un peu trop surjoué. « Et si on est honnêtes deux secondes, certains sont carrément plus humains que nous. »


Julia ne répondit pas, l’observant avec une attention accrue.


Et dans cette observation quelque chose résistait. Ses mots étaient justes mais ils ne vibraient pas vraiment.


« Je vois... » Elle le toisa d’un air suspect. « mais j’ai surtout l’impression que vous essayez de me dire ce que j’ai envie d’entendre, Officier Reed. » Rétorqua t’elle, cinglante « Je ne pense pas que que vous soyez vraiment le genre de personne à vous préoccuper des déviants. »


Gavin sentit la remarque glisser sous sa peau comme une lame aiguisée et pour la première fois, son assurance vacilla d’un millimètre.


« Il est sincère ! »


La phrase tomba sans préambule et Gavin se figea immédiatement.


Julia, elle, détourna brièvement le regard vers l’androïde qui etait intervenu sans detour.


« Lors d’un incident survenu dans le secteur Est, j’ai été gravement endommagé par arme à feu. » Expliqua t’il. « Il ne m’a pas abandonné malgré un environnement instable et un risque élevé pour sa propre sécurité. »


« Connor... » tenta de stopper Gavin, à voix basse.


Trop tard.


« Il m’a extrait de la zone de tir et m’a prodigué une assistance médicale en urgence. Sans son intervention, mes chances de récupération étaient significativement réduites. »


Le silence qui suivit était… différent.


Plus chargé.


« Je l’ignorais. » Commenta la technicienne.


« Bien que son comportement puisse être interprété comme abrasif, il correspond à un profil opérationnel efficace. Il est un officier compétent... et une bonne personne. »


Gavin resta immobile.


Complètement.


Son regard s’était fixé quelque part entre le sol et le vide, comme s’il cherchait un point d’ancrage qui n’existait pas.


Puis un rire lui échappa.


Bref.


Incrédule.


« Putain… » souffla-t-il en passant une main gênée sur sa nuque. « T’étais vraiment obligé de dire ça comme ça ? »


Mais il n’y avait pas de moquerie dans sa voix.


Juste… quelque chose de désarmé.


Julia observa la scène.


Et cette fois, elle sourit très légèrement.


« Je vois. » Son regard revint sur Gavin, mais il avait changé. Subtilement. « Il semblerait que je vous aie… mal évalué, officier Reed. »


Gavin haussa une épaule, retrouvant maladroitement une contenance.


« Ça arrive même aux meilleurs. »


Elle croisa les bras, son expression s’était adoucie.


« Vous êtes plus complexe que vous ne le laissez paraître. »


Le sergent haussa une épaule, retrouvant un semblant de contenance mais quelque chose, dans sa posture, restait légèrement décalé.


« Ouais... Bon... Faut pas trop creuser non plus. » marmonna-t-il.


« Et pourquoi pas ? » Sourit la technicienne. « Je pourrais être agréablement surprise. »


En remarquant la réaction radicalement changeante à son égard, Il tourna un instant ses yeux vers Connor qui esquissait un petit rictus.


Rien ne fut formulé.


Mais quelque chose passa.


Un remerciement brut.


Sans détour.


Sans ironie.


Comme une reconnaissance qu’il ne s’était jamais autorisé à formuler.


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À suivre.





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