Les confessions de l'Immortel
Chapitre 37 : L'appel des brumes
744 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 14/10/2026 06:57
Le matin se leva sur le domaine des Cullen dans une pénombre grise et étouffante.
La brume de Forks s'était épaissie pendant la nuit, glissant entre les sapins comme des doigts blancs cherchant à atteindre les baies vitrées de la demeure.
Bella Swan s'était assoupie quelques heures dans le fauteuil du salon, incapable de quitter cet endroit devenu à la fois un refuge et une prison.
Le hurlement d'une sirène fendit soudain le silence.
Elle ouvrit brusquement les yeux.
Une voiture de police.
Puis une autre.
Les lumières bleues et blanches découpaient la forêt à quelques centaines de mètres de la propriété.
Ce n'était pas Charlie.
Pas cette fois.
Plusieurs véhicules convergeaient vers la lisière des bois.
Bella se redressa lentement, le froid du domaine traversant ses vêtements.
Carlisle était déjà debout.
Il se tenait devant l'une des immenses baies vitrées, le regard fixé sur les arbres noyés dans la brume.
Ses yeux dorés semblaient presque noirs.
— Quelqu'un est entré dans les bois ce matin, Isabella, murmura-t-il.
Sa voix était calme.
Trop calme.
Bella s'approcha de la fenêtre.
— Ce sont les hommes de mon père.
Elle observa les gyrophares qui reflétaient leurs couleurs fantômes sur les troncs humides.
Le silence de Carlisle l'inquiéta plus que ses paroles.
— Carlisle ?
Il ne répondit pas immédiatement.
Ses doigts se refermèrent lentement sur le tissu de sa veste.
— J'ai entendu les voitures avant de les voir.
Une pause.
— Puis j'ai cru entendre autre chose.
Bella sentit son ventre se nouer.
— Quoi ?
Il tourna légèrement la tête vers elle.
Pour la première fois depuis longtemps, elle ne vit pas un immortel puissant.
Elle vit quelqu'un qui avait peur de ses propres souvenirs.
— Une voix.
Le vieux terminal radio posé dans le bureau voisin grésilla soudain.
Un appareil que Carlisle utilisait uniquement pour suivre les urgences locales.
Des parasites traversèrent la pièce avant qu'une voix d'adjoint ne résonne dans le silence.
— Unité deux, ici le secteur Nord. Nous avons retrouvé le véhicule de Waylon Forge abandonné près de la route côtière. Aucun signe de lutte. Ses affaires sont toujours dans le véhicule. Nous lançons une recherche dans la zone forestière.
Bella sentit son souffle se bloquer.
Waylon Forge.
Un proche de Charlie.
Un homme disparu à quelques kilomètres seulement du domaine.
Elle se tourna lentement vers Carlisle.
Il n'écoutait plus la radio.
Il regardait ses mains.
Comme s'il cherchait une réponse gravée dans sa propre peau.
— Isabella...
Sa voix se brisa légèrement.
— J'ai perdu du temps cette nuit.
Bella resta silencieuse.
Elle savait déjà.
Les blackouts.
Les heures disparues.
Les souvenirs mélangés.
Mais cette fois, quelque chose était différent.
Cette fois, il y avait un nom.
Une personne.
Une disparition.
— Combien de temps ? demanda-t-elle doucement.
Carlisle ferma les yeux.
— Trois heures.
Le silence du salon sembla devenir plus lourd.
— Trois heures pendant lesquelles je ne sais pas où j'étais.
Il fit un pas vers elle, mais s'arrêta immédiatement, comme s'il craignait sa propre proximité.
— Je sais ce que tu vas penser.
Bella fronça légèrement les sourcils.
— Non. Tu ne sais pas.
Ses yeux noirs se relevèrent vers elle.
— Si mon esprit est capable d'effacer des siècles entiers... comment puis-je être certain qu'il ne m'a pas caché quelque chose de pire ?
La phrase resta suspendue entre eux.
Pour la première fois depuis qu'elle avait découvert son secret, Bella ressentit quelque chose qu'elle refusait d'admettre.
Une seconde.
Une seule.
Elle regarda ses mains à lui.
Cherchant malgré elle une trace.
Une preuve.
Une confirmation qu'elle n'avait aucune raison de vouloir trouver.
Carlisle remarqua son hésitation.
Et cette constatation lui fit plus mal qu'une accusation.
— Tu as peur de moi maintenant, murmura-t-il.
Bella releva immédiatement les yeux.
— J'ai peur de ce qui t'arrive.
Mais même en prononçant ces mots, elle comprit que la frontière devenait dangereusement mince.
Car Carlisle Cullen n'était plus seulement l'homme qui craignait de devenir un monstre.
Il était peut-être devenu quelqu'un qui devait découvrir s'il l'était déjà.
Dehors, les sirènes continuèrent de résonner dans la brume.
Et dans le silence du domaine déserté, l'appel des ombres venait de commencer.