Le sorceleur spécial

Chapitre 57 : La marche à suivre

2988 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/11/2026 21:19

POV Aiden

Pour Damien, ce fut la goutte d'eau. Malgré toute sa patience, entendre que la famille royale à qui il avait prêté serment avait trahi la véritable famille royale revenait à cracher sur son serment et sur tout ce en quoi il croyait.

Il se leva, furieux, renversant sa chaise en arrière, dégaina son épée et la pointa sur Regis : "Comment osez-vous, vampire ! Cela suffit ! Vous prétendez que ceux à qui j'ai juré fidélité sont les héritiers d'un traître ?!"

À cet instant, une serveuse entra pour apporter les repas que nous avions commandés. Elle s'arrêta à l'entrée, hésitante, devant le souffle furieux de Damien, dont l'épée restait pointée sur Regis. Celui-ci ne réagit avec aucune hostilité : n'importe qui aurait compris la réaction de Damien.

Après tout, tout son monde s'écroulait. Je me levai et pris sans difficulté l'épée de Damien, car, en vrai, il ne serrait pas vraiment le pommeau. Puis, me tournant vers la serveuse : "Allez-y, mademoiselle."

Elle hocha la tête et se dépêcha de servir mon repas et celui de Damien, mais rien pour Regis, qui n'avait rien commandé. Après son départ, Damien, les dents serrées, dit : "Tu ne vas quand même pas le croire, Aiden ? Je sais que tu n'es pas ici depuis longtemps, mais même toi, tu dois voir que c'est tiré par les cheveux."

Je ne répondis pas tout de suite. Si deux personnes disent la même chose, Regis et la Dame du Lac, une fausse information devient moins probable. Et une troisième fois...

Mais je n'avais pas le temps d'attendre une troisième confirmation. Je dis, en regardant Damien : "Pour l'instant, écoutons-le jusqu'au bout. Ensuite, nous réfléchirons tranquillement, et..."

Je lui rendis son épée, qu'il rengaina, puis je remis la chaise debout. "Tu as le droit de ne pas le croire, Damien, mais tu sais que, pour un enquêteur, il faut d'abord avoir toutes les informations. Ensuite, on pourra y mettre des réponses." Je me rassis à ma place pour le regarder.

Damien serra les poings. Regis, toujours calme, dit : "Vous aviez juré sur la duchesse de me laisser finir, sire Damien." Damien se rassit à contrecœur et le fixa avec hostilité : "Continuez, vampire."

Je soupirai et me tournai vers Regis, qui n'avait toujours montré aucune hostilité. Il reprit : "Comme je le disais, je n'étais pas à Logres à cette époque. Mais l'affaire a eu un retentissement sans précédent dans le monde d'alors, même si plus personne n'en parle aujourd'hui."

Il but une gorgée : "Ceci est à prendre avec des pincettes, mais à cette époque, Thurlas fut vaincu par Arthur. Celui-ci fut tué par son frère Lancelot à son retour de la bataille. Ce qui a le plus choqué, c'est que Lancelot a pris le pouvoir très facilement, sans aucune résistance. Beaucoup pensaient qu'il avait été aidé par d'autres royaumes pour asseoir son pouvoir, d'autres, par les vampires eux-mêmes."

Il soupira : "Ce qui est sûr, c'est que Lancelot s'est montré extrêmement discret, au point de s'effacer lui-même de l'histoire, laissant des descendants qui forment aujourd'hui la famille royale de Toussaint. Une dernière chose : le roi Arthur avait une épouse, Guenièvre, qui n'a jamais reparu après sa mort. Beaucoup pensaient qu'elle méditait dans l'ombre pour reprendre le pouvoir, mais il ne s'est jamais rien passé."

Je hochai la tête : "Pourquoi pensait-on qu'elle pouvait reprendre le pouvoir, alors que, d'après toi, Lancelot l'avait pris sans difficulté ?" Regis hocha la tête : "Parce que Guenièvre était une stratège hors pair, d'une grande intelligence, alors qu'Arthur était plutôt la puissance et le charisme, même s'il était intelligent aussi. Selon les rumeurs de l'époque, la reine était meilleure stratège que lui et n'hésitait pas à prendre les décisions difficiles."

Je pris un morceau de mon ragoût de viande avec ma cuillère : "Pourquoi voulais-tu nous raconter cette histoire ?" Il croisa les mains sur la table et répondit, sérieux : "Parce que je pense que les vampires veulent ressusciter Thurlas. Mais ressusciter un vampire supérieur est loin d'être aisé : le prix en âmes est énorme, des milliers d'êtres vivants. Il faut en plus retrouver le corps initial de Thurlas et obtenir son sang, ce qui est quasiment impossible, vu le temps qui s'est écoulé."

Damien, un peu refroidi, demanda en fronçant les sourcils : "Pourquoi est-ce dangereux ?" Je répondis à la place de Regis, en tournant ma cuillère dans le ragoût : "Parce que les vampires deviennent plus dangereux avec les années. Je ne sais pas pour les supérieurs, mais j'imagine que l'âge joue beaucoup sur la puissance ?" Je regardai Regis, qui hocha la tête, grave : "Oui. Tout vampire supérieur le sait. Or Thurlas est le plus vieux, et aucun vampire supérieur n'est aussi puissant que lui. S'il ressuscitait dans ce monde..."

Un silence s'installa. Je regardai mon assiette, mais mes pensées étaient loin d'être silencieuses : tout revenait à Syanna. Elle m'avait expliqué qu'on lui avait injecté le sang d'un cadavre desséché, sans en dire davantage, et je sentais qu'elle ne disait pas tout. Et si ce cadavre était celui de Thurlas ? Son corps servirait de réceptacle pour conserver le sang de Thurlas jusqu'à la résurrection.

Avec tous ces enlèvements et ces esclaves achetés, ils avaient les moyens de réussir. Je regardai les deux hommes. Devais-je parier ? Leur dire la vérité ? Je connaissais peu Regis, et je ne pouvais pas vérifier ce qu'il disait de Geralt, mais, pendant tout son récit, je n'avais décelé ni mensonge ni esquive, sauf pour le lien, sans doute parce que c'était plus privé. Quant à Damien, il était impulsif, mais je le croyais bon : on pouvait avoir le dos tranquille quand il combattait à mes côtés, même s'il ne servirait à rien contre des vampires supérieurs. Sa position permettait en revanche de mieux gérer la logistique et les informations avec Anna Henrietta.

Je soupirai. Et puis merde, tentons le diable : je leur dirais ce que je savais. Damien posa sa cuillère et croisa les bras : "Je ne te crois pas, va..." Mais je dis : "Il dit la vérité." Il fut choqué : "Tu ne peux pas être sérieux, Aiden. Tu vas croire ce qu'il dit ?"

Je hochai la tête et, laissant mon assiette, les regardai : "Oui, car j'ai plus d'informations que vous deux." Ils me regardèrent, surpris, et je poursuivis : "Je ne dirai pas ma source, mais c'est de cette personne que je tiens l'histoire de la fausse famille royale et du retour possible de Thurlas."

Damien fronça les sourcils : "Et tu ne m'as rien dit ?" Je secouai la tête : "Pour l'instant, ce n'étaient que des théories : une seule personne m'en avait parlé. Mais avec Regis qui dit la même chose, je ne peux plus y voir une coïncidence. Je sais que c'est une pilule amère, mais pour moi, c'est la vérité. Damien, je ne te demande pas de l'accepter, ce n'est pas le plus important. Et même toi, tu auras du mal à le croire."

Sans le laisser répondre, je regardai Regis : "Par contre, je sais d'une autre source que la résurrection de Thurlas est très possible." Regis sourit : "Tu as beaucoup de sources inconnues, dis-moi." Puis il fronça les sourcils : "Je t'écoute." Je hochai la tête : "Je suis sûr à quatre-vingt-dix pour cent que les vampires ont déjà le cadavre de Thurlas et son sang, dans le corps d'une rejetonne. Je ne dirai pas son nom pour la protéger. Je préfère être honnête avec vous deux, vous avez l'air sympathiques, mais elle a beaucoup de mal à faire confiance aux inconnus, et je ne veux pas trahir la sienne. J'en dis déjà beaucoup sur elle, mais bref..."

Je ne savais pas pourquoi je me sentais obligé de me justifier sur ma relation avec elle, sérieusement... Puis je poursuivis : "Par contre, je suis sûr de ma théorie, parce que je sais, toujours d'une autre source inconnue, que Thurlas a été gravement blessé lors d'une bataille, dans le passé."

Ma théorie reposait sur le sort de Caladwen, une reine elfe d'autrefois, qui l'avait fortement blessé. Je continuai, sérieux : "Imaginons qu'il ait su que ces blessures étaient irréversibles, ou mortelles. Thurlas aurait provoqué un conflit avec le roi Arthur pour partir en martyr aux yeux de ses vampires, en affrontant à cette époque l'homme le plus fort, sachant qu'il mourrait."

J'ajoutai : "En contrepartie, il aurait manipulé Lancelot dans l'ombre. La duchesse m'a dit que le premier roi avait été aidé par une créature inconnue. Imaginons que ce soit l'un des vampires de Thurlas. Alors cela voudrait dire que..." Mais Regis termina ma phrase : "Cela voudrait dire que Thurlas meurt en martyr devant les vampires supérieurs, ce qui lui assure une image magnifique, mais que son plan de résurrection se déroule à la perfection : la lignée de l'homme qui pouvait le menacer s'éteint avec l'assassinat du roi Arthur, et Lancelot, monté au pouvoir grâce à son clan, lui assure la sécurité à Toussaint, le temps que ses vampires réunissent tout ce qu'il faut pour le ressusciter, à une époque où aucune menace n'existerait..."

Je repensai, sans le dire, aux vêtements de mes parents dans le reflet du lac. Éteinte, vraiment ? Mais ce n'était qu'une supposition, tirée par les cheveux, et je la gardai pour moi.

Je hochai la tête : "Cela prouve que Thurlas, si ma théorie est exacte, avait tout prévu dès le début : se débarrasser de ses ennemis dangereux pour renaître à une époque où personne ne pourrait le menacer."

Un silence s'installa. On pouvait aisément imaginer la suite, mais nous avions peu de temps, et je dis : "Ce qui me tracasse, c'est où ils cachent les personnes enlevées." Regis réfléchit : "Il existe plusieurs endroits possibles, mais c'est vrai que..." Damien le coupa, d'instinct : "Le village de Cœur de Rose, au nord. Il y a plusieurs galeries d'anciennes mines dans les montagnes. Les chevaliers n'y sont jamais allés : l'un des ponts a été détruit et il est en réparation, et les mines sont immenses, alors..."

Je me levai : "Si c'est vrai, les personnes enlevées sont là-bas." Regis se leva aussi : "Je t'accompagne." Je le regardai, surpris : "Tu es sûr ? Ce n'est pas ton combat." Il secoua la tête : "C'est aussi le mien. Detlaff est peut-être là-bas, et je préfère t'aider à les affronter, que ce soit par amitié pour Geralt ou à cause de notre rencontre." Je soupirai : "Merci. Mais nous réfléchirons d'abord à la façon d'entrer. Et je dois acheter des ingrédients avant d'y aller : j'ai des potions et des huiles à fabriquer."

Damien se leva à son tour, mais avant qu'il puisse demander à nous rejoindre, je dis, grave : "Non. Ce n'est pas que je ne veux pas de toi, mais pour être parfaitement honnête, tu serais un frein pour Regis et moi. Il y aura peut-être plusieurs vampires supérieurs là-bas, et nous ne pourrions pas te protéger. Reste auprès de la duchesse, dis-lui tout ce que nous savons et garde cette logistique entre nous et elle. Et garde mes bombes, au cas où. En revanche, conseille-lui de faire fondre de l'argent pour en recouvrir les lames de ses soldats, et dis à ses alchimistes de préparer mes bombes."

J'écrivis la formule sur un papier, discrètement, pour préserver le secret : la vie des survivants valait plus qu'une information. Je le lui donnai. Je voyais sa frustration, mais il soupira et hocha la tête : "Très bien. Mais pourquoi autant de préparation ?" Je regardai Regis, puis de nouveau Damien, et dis avec gravité : "Parce que, si nous arrivons trop tard, Thurlas sera ressuscité, et le premier endroit où il ira sera Beauclair. Les vampires se repaîtront de tous ceux venus pour la fête, et il y aura une bataille."

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POV Syanna

Je courais dans les bois, les dents serrées, une main pressée contre mon bras écorché qui saignait. Je jetai un regard en arrière : les vampires supérieurs me poursuivaient. Je croyais que l'endroit où je voulais aller était neutre, mais ces enfoirés avaient déjà eu l'information. Sur cette foutue route, on m'avait tendu une embuscade. Ça devait être cette foutue connasse de Claire, la bruxa, qui m'avait vendue.

Maintenant, j'avais littéralement Erthil, l'un des chefs, au cul, avec ses sbires. Je l'entendis crier : "Syanna ! Tu devrais t'arrêter ! Le seigneur Thurlas te récompensera d'avoir conservé son sang !"

Je ricanai en esquivant une lance de sang et continuai à courir à ma vitesse surhumaine : "Bien sûr, et après je n'aurai plus qu'à me laisser saigner comme un cochon, c'est ça ?!"

Je courus encore quelques secondes, les dents serrées, car Erthil attaquait lui aussi et ses coups me faisaient saigner : ils étaient foutrement corrosifs. Mais je ne vis pas arriver l'homme immense, un vrai bulldozer, qui surgit d'un coup, plus rapide que moi. Il me percuta si violemment que je fracassai trois troncs d'arbre avant d'être arrêtée par un quatrième, qui s'abattit au sol.

Tout mon corps hurlait de douleur. J'essayai de me relever, mais je sentis une corde de sang se resserrer autour de mon cou et me plaquer au sol, et quatre pieux me transpercèrent les mains et les jambes, me faisant crier. Une femme posa un doigt sur mes lèvres en souriant : "Oh, ma pauvre agnelle, ne t'inquiète pas, tu seras récompensée. Le seigneur Thurlas te récompensera."

Je lui crachai mon sang au visage. Elle sourit, lécha le sang en frissonnant : "Pardonne mon péché, ô seigneur, d'avoir goûté ton sang... mmh~" À ce moment-là, le bulldozer arriva avec Erthil. Je le voyais mieux, maintenant : il mesurait facilement deux mètres trente et était extrêmement musclé. Il dit : "Merilith, arrête de la faire saigner."

Merilith, la femme vampire, se redressa en s'étirant et dit en souriant : "Oh, mon chéri, tu sais comment je suis. J'adore la souffrance." Erthil, jusque-là silencieux, serra les dents : "Durgil ! Merilith ! C'était ma proie ! Vous n'aviez pas le droit de..." Mais Durgil le frappa à la tête, et Erthil ne vit pas le coup arriver. Alors qu'on s'attendait à le voir mourir, un homme d'une élégante beauté, que je regardai avec haine, accompagné d'un autre homme aux cheveux noirs, arrêta le coup de Durgil d'un seul doigt. Le choc entre le poing de Durgil et le doigt de l'homme fit exploser plusieurs arbres derrière eux. Erthil tomba au sol, terrifié et en sueur. Durgil fronça les sourcils : "Morgilith, pourquoi as-tu arrêté mon coup ? Tu sais aussi bien que moi qu'Erthil ne sert à rien."

Morgilith regarda calmement Durgil en s'essuyant le doigt sur sa veste : "C'est vrai, mais mon cher ami ici présent, Detlaff, doit le tuer pour prendre sa place." Il se tourna vers l'homme aux cheveux noirs : "Detlaff, occupe-toi de lui pendant que je discute avec ma chère Syanna."

Detlaff hocha la tête et partit avec Erthil et d'autres vampires supérieurs, ailleurs, nous laissant seuls avec les trois vampires supérieurs. Morgilith me regarda en souriant et s'approcha, mais je dis avec haine : "Espèce d'enfoiré de suceur, t'en avais marre de sucer le sang de ces femmes nobles ?" Morgilith éclata de rire, pendant que Durgil et Merilith restaient derrière lui en silence. Cela me fit penser à une sorte de hiérarchie, mais les paroles de Morgilith me ramenèrent à lui : "Oh, Syanna, ton sarcasme et ton hostilité m'ont manqué."

Il s'accroupit à mon niveau et me caressa les cheveux, mais je lui mordis le doigt et l'arrachai. Il ne réagit pas et garda son sourire, tandis que son doigt repoussait. Puis il dit : "Tu sais que c'est l'heure, Syanna. On peut faire ça simplement : soit tu nous accompagnes gentiment, et le seigneur Thurlas te donnera une récompense quand ce monde sera sous notre gouvernement. Tu pourras même avoir Anna Henrietta comme esclave. N'est-ce pas ton rêve ? Tu te souviens ?"

Je ricanai froidement : "J'aurais jamais dû tomber dans tes foutus pièges, enfoiré, et tu rêves si tu crois que je vous aiderai. Je préfère crever que te suivre, connard !" Il garda son sourire et me caressa le visage : "C'est dommage. J'aimais nos baisers et nos paroles franches. Tu étais l'une des rares personnes que j'ai appréciées."

Pendant des années, il avait su exactement quels mots dire pour me garder docile, et je l'avais cru. Puis, sans hésiter, il me souleva par la gorge. Je lui griffai le bras et le frappai au visage, mais cela ne lui fit rien. Il me regarda avec une fausse tristesse : "J'espère qu'il y a une prochaine vie, Syanna."

Il enfonça sa main dans ma poitrine, et je crachai une quantité énorme de sang sur son visage. Il ressortit mon cœur, noirci, immobile comme il l'était depuis des années. Il l'examina un instant et dit simplement : "Le cœur suffira."

Puis, souriant, il jeta mon corps, qui dévala une pente et tomba encore plus profond, dans une grotte où, rien qu'à l'odeur et aux bruits de pas, je compris que c'étaient des goules...

Mais à quoi bon...

J'ai froid...

J'ai sommeil...

Anna...

Papa...

Maman...

Aid...

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