Le sorceleur spécial
POV Général
Aiden fonça sur le vampire supérieur qui se trouvait à gauche, tandis que l'homme s'occupait de l'autre.
Sans avoir besoin de se parler, Aiden dégaina son épée courte et la recouvrit de sa magie de glace, puis affronta de front les griffes du vampire supérieur. Leurs coups s'entrechoquaient en faisant jaillir des étincelles, à une vitesse que l'œil humain n'aurait pas pu suivre.
Du côté de l'homme, le combat était plus facile. Il prit rapidement l'avantage en arrachant un bras du vampire supérieur, puis, sans hésiter, plongea la main dans sa poitrine et en arracha le cœur. En une fraction de seconde, il s'entailla le doigt et laissa son sang couler dans le corps de son adversaire. D'un coup, une multitude de pieux de sang transpercèrent le vampire supérieur de part en part, le tuant sur le coup.
Du côté d'Aiden, il tenait bon en parade, mais devait souvent reculer, et une griffe lui entailla l'avant-bras. Alors qu'il allait se retrouver bloqué contre le mur, il esquiva au dernier moment et planta son épée dans la main du vampire supérieur, le clouant au mur : sa magie de glace gela entièrement la main.
Pour l'empêcher de s'échapper, Aiden sortit de sa sacoche une fiole de sang noir et, sans hésiter, la plongea dans la bouche du vampire supérieur. Le sang noir est l'une des faiblesses des vampires : il s'étouffa, empoisonné, et s'affaiblit à vue d'œil. Aiden lui enfonça alors sa dague dans le cœur et fit comme avec le vampire tué en embuscade : sa glace anéantit son intérieur, le tuant pour de bon.
Retirant son épée du mur, il laissa tomber le corps sans vie. Puis il regarda l'homme et, pointant son épée vers lui, dit : "Je n'aimerais pas me battre, mais comment me connais-tu ?"
L'homme sourit, et alors qu'il allait parler, la porte de l'entrepôt s'ouvrit.
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POV Aiden
La porte s'ouvrit et Damien entra. Voyant le carnage, il s'approcha de moi, mais sans quitter l'homme des yeux, et demanda : "Ça va ?"
Je hochai la tête, les yeux toujours sur l'homme : "Un peu engourdi à cause de la griffure que m'a faite le vampire, mais ça va." Puis je repris, à l'adresse de l'homme : "Tu allais me répondre."
Il hocha la tête et s'inclina légèrement, comme un gentleman : "Oui, en effet. Je m'appelle Emiel Régis Rohellec Terzieff-Godefroy, mais tu peux m'appeler Regis." Se redressant en souriant, il ajouta : "Je suis un ami de Geralt. À vrai dire, il m'a beaucoup parlé de toi."
Mais Damien ne suivait pas vraiment la conversation. En remarquant l'apparence de cet homme nommé Regis, il dégaina son épée, qui, au passage, ne servirait à rien contre un vampire supérieur, ainsi qu'une des bombes que je lui avais données. Alors qu'il s'apprêtait à la lancer, je posai la main sur son épaule pour l'arrêter. Il me regarda en fronçant les sourcils : "Que fais-tu ? Tu vois bien que c'est un vampire !"
Je hochai la tête et regardai Regis : "Oui, c'est vrai, mais j'aimerais vérifier une chose avant que tu fasses cela." Puis, à Regis : "Comment as-tu rencontré Geralt ? Et que t'a-t-il dit de moi ?"
Regis, pas vraiment gêné par l'hostilité de Damien ni par ma méfiance, retrouva son apparence humaine et rétracta ses griffes. C'était un homme d'âge mûr, au crâne rasé, au teint pâle et aux traits fins, dont la tenue de vagabond restait étonnamment élégante. Levant les mains comme pour se rendre, il expliqua : "J'ai rencontré Geralt lors d'un de ses contrats."
Il désigna les vampires morts : "Je traquais ce clan de vampires, car il a réussi à manipuler mon ami Detlaff. Ils l'ont manipulé en frappant là où ça lui faisait mal, et je compte bien le remettre sur le droit chemin."
Damien ricana avec hostilité : "Comme si on allait te croire ! Vous autres vampires, vous êtes tous pareils, j'en suis sûr." Je regardai Damien : pour être franc, ça sentait un peu le racisme. Regis, gardant son sourire, répondit à Damien : "Certes, nous buvons du sang, mais j'ai arrêté d'en boire depuis la mort de ma défunte femme. Alors non, je ne suis pas comme les autres vampires supérieurs."
Je hochai la tête et rengainai mon épée, à la surprise de Damien : "Aiden, que fais-tu ? Ne me dis pas que tu le crois ?"
Je secouai la tête et, gardant la main sur le pommeau de mon épée, demandai : "Qu'est-ce que Geralt a dit sur moi ?" Regis me regarda : "Il a dit qu'il était désolé de ne pas être assez fort pour accomplir ce que tu souhaites faire de ce monde, mais que, quoi que tu fasses, il sera avec toi."
Je fronçai les sourcils : "Geralt n'aurait jamais dit ça." Il haussa les épaules : "Bon, d'accord, j'ai un peu enjolivé. Tu connais mieux Geralt que moi : il n'est pas franchement sentimental, plutôt réservé. Mais je peux t'assurer que c'est ce qu'il pensait de toi quand il parlait de toi, avec ces mots-là ou presque."
Je soupirai : "Damien, laissons-lui une chance." Damien me regarda, surpris : "Tu n'es pas sérieux ?! Tu le crois vraiment ?" Je secouai la tête : "Non, pas à cent pour cent. Mais s'il dit la vérité, ça nous fera un allié de plus, et plutôt fort. Si Geralt s'est lié d'amitié avec lui, c'est qu'il est réglo. Et deuxièmement, tu crois vraiment qu'il t'aurait laissé lui lancer la bombe ? Même moi, je ne pense pas pouvoir te défendre face à lui. Il est plus fort que le vampire supérieur moyen, en tout cas plus fort que ces trois-là."
Regis baissa les mains : "Merci pour ces compliments, Aiden. Pour prouver ma bonne foi, j'ai énormément d'informations qui pourraient intéresser la duchesse. Que diriez-vous d'aller dans une auberge, pour que je vous raconte tout cela ?"
Je hochai la tête et, voyant Damien toujours méfiant, dis : "Damien, si tu penses toujours que c'est un ennemi, garde la main sur la bombe, ça ne me dérange pas. Mais même si notre alliance vient à peine de commencer, n'oublie pas ce qu'on s'est dit avant d'entrer dans les bas quartiers : je ne te trahirai pas. Alors mets tes préjugés de côté cinq secondes et fais-moi confiance. Après tout, tu as bien vu que je ne suis pas un sorceleur avide de richesses, ni dépourvu d'honneur."
Damien soupira et rangea son épée dans son fourreau, à contrecœur : "J'espère pour toi, Aiden, mais je garde la main sur la bombe, au cas où." Je hochai la tête et dis à Regis : "Nous allons à l'auberge, ou plutôt au bordel de Nastia. Ça te va ?" Il hocha la tête.
Avant de partir, je fouillai les cadavres au cas où, puis je les brûlai d'un Igni pour éviter que goules ou spectres ne s'en mêlent.
Pendant le trajet vers le bordel, un silence tranquille s'installa. Regis marchait devant nous, Damien toujours sur ses gardes, tandis que j'analysais un peu son comportement. Il semblait en effet différent des autres vampires supérieurs. Ses yeux étaient légèrement rouges, comme s'il se retenait de faire quelque chose, comme quelqu'un qui résiste à une drogue. L'idée d'un vampire végétarien n'était pas à exclure.
En arrivant au bordel, la nuit tombait. J'avais demandé à Nastia une pièce tranquille où discuter. Elle regarda Regis plus longuement, avec méfiance, mais comme j'avais dit la vérité sur les enlèvements et que je l'avais traitée non comme une simple habitante des bas quartiers, elle m'accorda une légère confiance et nous donna une pièce tranquille, avec des verres et de l'alcool.
Nous nous assîmes de chaque côté de la table. Je croisai les mains et dis en regardant Regis : "Maintenant, parlons. J'aimerais en savoir plus sur ta rencontre avec Geralt." Il hocha la tête en souriant et but une gorgée avant de commencer : "J'ai rencontré Geralt lors d'un contrat sur l'enlèvement d'une femme noble, aux abords de Riv, qui est malheureusement plongée dans le chaos."
Je fronçai les sourcils. Cela faisait longtemps que je n'avais pas demandé des nouvelles du monde. Je dis : "Avant de continuer, que se passe-t-il avec la guerre ?" Il parut surpris que je l'ignore, et je précisai : "Cela fait quelques mois que je suis sur les routes de campagne, assez isolées, donc je ne sais pas vraiment où en est le monde."
Regis, son verre à la main, dit : "La dernière fois que j'ai quitté Riv, après ma rencontre avec Geralt, Nilfgaard avait envahi l'Aedirn en très peu de temps, et la reine de Riv se battait bec et ongles. À vrai dire, sans Geralt pour défendre un pont stratégique, Riv se serait déjà effondrée. Il a même été fait chevalier : il est devenu Geralt de Riv."
Je souris légèrement à cette nouvelle. Puis Damien, derrière nous, dit : "J'en sais beaucoup plus." Nous le regardâmes, et il poursuivit : "Grâce à la duchesse, je sais que Nilfgaard a lancé une invasion d'une ampleur extrême contre les royaumes du Nord, et que les mages, dans leur ensemble, ne les ont en rien aidés. Il y a une exception, et ce que ce vampire a omis de préciser, c'est que Riv tient encore debout parce qu'elle a reçu l'appui d'une nouvelle faction de mages. Elle serait née, dit-on, de la rupture du Conseil lors du banquet de Thanedd, donné en l'honneur des morts de Sodden."
Damien but une gorgée, oubliant qu'il devait surveiller Regis, et ajouta : "Il y a aussi des rumeurs selon lesquelles la Témérie voudrait signer un pacte de non-agression avec Nilfgaard, ce qui porterait un coup dur aux royaumes du Nord. Et, sous le commandement de plusieurs chefs, surtout une magicienne nommée Francesca, plusieurs commandos mènent une guérilla contre les royaumes du Nord."
Puis il fronça les sourcils : "Attendez, ce n'est pas le plus important, on s'égare." Je hochai la tête : "Oui, excuse-moi." Je regardai de nouveau Regis : "Donc, on parlait de Geralt."
Il hocha la tête avec un sourire : "Geralt devait sauver une noble enlevée par une bande de vampires supérieurs dont Detlaff faisait partie. C'est l'un des rares sorceleurs dont je puisse affirmer qu'il est extrêmement doué."
Il poursuivit : "Nous nous sommes alliés pendant plusieurs jours pour traquer cette bande. Il a fini par sauver la noble, mais Detlaff et un autre vampire supérieur se sont échappés, et je traque Detlaff pour le secourir. Après une soirée de discussion, Geralt m'a parlé de toi en te décrivant parfaitement. Je dois dire que j'ai rarement vu, au cours de ma longue vie, un homme cacher aussi bien ses sentiments. Mais Geralt est un être véritablement sensible, même s'il le dissimule derrière son ton bourru."
Je bus une gorgée et demandai, curieux : "Pourquoi veux-tu à tout prix sauver ce Detlaff ? Je veux dire, en vaut-il la peine ?" Il hocha la tête avec sérieux : "Oui. Vois-tu, avant de rejoindre ce clan, Detlaff était un voyageur et un marchand qui appréciait les humains et leur vie. La plus belle chose qui lui soit arrivée fut de rencontrer une femme nommée Perle, une veuve qui avait une petite fille adorable nommée Lily."
Il soupira de tristesse : "Il a vécu pendant trois années entières comme un père de famille et un mari aimant. Perle connaissait sa véritable nature, mais elle l'aimait quand même. Lui aidait le village et lui apportait même une certaine prospérité, alors qu'il était si isolé. Mais le destin a décidé de le transformer en monstre : un jour, les villageois ont appris que c'était un vampire et que Perle l'acceptait, et, pendant l'absence de Detlaff, ils ont tué Perle et Lily en brûlant leur maison alors qu'elles étaient encore à l'intérieur."
Il continua, tristement : "Quand Detlaff est arrivé, il s'est rué dans les flammes, mais il n'en est ressorti qu'avec des cadavres calcinés. Ce jour-là, Detlaff a massacré le village tout entier, hommes, femmes, enfants, sans discernement. Je l'ai rencontré quelques jours après cette tragédie : c'était un homme brisé. Mais lui et moi avions vécu la même tragédie à cause de notre nature. À force de discuter pendant des mois, nous sommes devenus des frères de sang. C'est un lien que deux vampires peuvent partager, capable de pister l'autre même à l'autre bout du monde."
Je hochai la tête. Je voulais bien sûr en savoir plus sur le passé de Regis : s'il avait vécu la même chose, lui aussi avait dû connaître la trahison des humains. Pourtant, il ne semblait pas haïr les humains. Mais je ne posai pas de question sur son passé et dis : "Tu parlais de ce lien : pourquoi ne le détectes-tu plus ?"
Il fronça les sourcils : "À cause de ce clan. Mais pour que vous compreniez, je dois d'abord vous en expliquer un peu l'histoire, le clan de la Lune de Sang." Il avait esquivé ma question, et je le remarquai à la façon dont il avait détourné les yeux une demi-seconde. Je le laissai faire, pour l'instant, mais je gardai la question en tête.
Il a été fondé à la création de la capitale, à l'endroit où se dresse aujourd'hui Beauclair. Je sais peu de choses sur eux, car à cette époque je n'étais pas du tout à Toussaint : j'étais littéralement à l'endroit qui s'appelle aujourd'hui Kovir. Pourtant, même là-bas, j'entendais des rumeurs sur ce clan, parce que celui qui portait Aerondight affrontait le chef de ce clan, qui s'appelait Thurlas.
Damien, choqué, frappa la table : "Aerondight ?! La fameuse lame légendaire de la Dame du Lac, celle des légendes ?! Je croyais que ce n'était qu'une légende !" Je ne dis rien, surtout pas que j'avais rencontré la Dame du Lac. Regis hocha la tête : "Aerondight existe. Mais tout ceci est à prendre avec des pincettes, bien sûr, car..."
Il hésita : "Pour Aiden, je n'ai pas à m'en soucier, mais pour vous, sire Damien, pouvez-vous rester calme, ne pas dégainer votre épée à mes propos, et me laisser finir ?"
Damien fronça les sourcils, mais hocha la tête : "Je peux le jurer sur la duchesse, si vos informations sont pertinentes." Regis hocha la tête : "À vrai dire, la famille royale actuelle est fausse." À ces mots, avant même que Regis puisse continuer, Damien frappa la table, faisant tomber les verres : "Foutaises ! Comment osez-vous, vampire ! Vous..." Mais j'abattis ma main sur son épaule pour le rasseoir et dis, plus calme que lui, car je tenais déjà ces informations de la Dame du Lac : "Damien, laisse-le finir."
Damien était encore en colère : "Très bien, mais je ne crois pas ces inepties !" Je hochai la tête à Regis, qui poursuivit : "À vrai dire, je ne dis pas d'inepties, car cet endroit ne s'appelait pas Toussaint. C'était le royaume de Logres, et Beauclair s'appelait Camelot. Celui qui était le véritable roi de ces terres s'appelait Arthur Pendragon. C'est lui qui a affronté Thurlas et l'a vaincu. Mais après cela, une trahison a détruit son pays."