Le sorceleur spécial

Chapitre 51 : le contrat

2423 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/10/2026 22:33

POV Aiden

Un silence régnait tandis que nous approchions de Beauclair, l'immense capitale de Toussaint un silence un peu pesant, car j'avais enfin découvert sa véritable identité. Enfin, en partie : elle n'avait dit que son prénom, avant de se refermer complètement sur elle-même.

Son vrai nom était donc Syanna. Et même si elle n'avait rien confirmé de plus, j'étais persuadé à 99 % qu'elle était la sœur d'Anna Henrietta que ce soit par le ton familier qu'elle employait en parlant de la duchesse, ou par ses souvenirs évoqués plus tôt.

Mais depuis cette révélation, Syanna qui jusque-là se faisait appeler Claire s'était complètement renfermée. Elle ne parlait plus, ne faisait plus ses blagues habituelles. Elle s'était simplement murée en elle-même.

Arrivant aux portes de Beauclair, une légère odeur de vin et de fruits se dégageait, changeant radicalement de celle des autres villes que j'avais visitées, où ça sentait soit la mer, soit, plus souvent, les déchets, le fumier et la boue. Ici, pourtant, aucune de ces odeurs n'était perceptible.

Sentant peut-être ma surprise, Syanna prit la parole, fixant l'entrée de Beauclair : "C'était le grand projet du précédent duc, avant Anna Henrietta. Le but était de masquer les odeurs dans une direction précise, pour que chaque visiteur ne sente qu'une odeur agréable afin que Beauclair, et Toussaint par extension, ait une odeur distincte et unique par rapport aux autres capitales."

Elle continua, sarcastique : "Bien sûr, si tu t'aventures dans les quartiers pauvres, l'odeur habituelle revient vite. Mais comme le chemin principal ne mène jamais vers ces quartiers, tout se passe comme sur des roulettes, et les visiteurs n'y voient que du feu."

Hochant la tête, je dis : "Donc il n'y a pas de système d'égouts ou d'épuration ?" Elle se tourna vers moi, me regardant d'un air étrange, et dit : "Non. Tu penses peut-être à des égouts comme à Novigrad, mais ici, il n'y a rien de tel."

Je me tus. Pourtant, des égouts auraient été extrêmement utiles pour éviter les maladies je pensais que c'était une évidence partout. Peut-être que ce sont les elfes qui ont conçu ce genre de système à Novigrad ; de ce que je sais, les elfes ont cette manie assez poussée pour la propreté.

Arrivant à la porte, je dus descendre de Nocturne. M'approchant du garde, il me vit et, remarquant mes yeux, dit : "Vous êtes un sorceleur ?" J'acquiesçai. Il regarda Syanna et demanda : "Est-ce votre compagne ?" Je secouai la tête et dis : "Non, elle s'appelle Claire. Nous sommes simplement des compagnons de voyage." À vrai dire, je voulais me renseigner, alors j'ajoutai : "Au fait, j'ai entendu des voyageurs quittant Toussaint parler de disparitions dans plusieurs villages. Vous avez des informations ?"

Il fut légèrement surpris, mais dit : "Pas beaucoup, sorceleur. Je sais juste qu'on perd énormément d'hommes lors des recherches à l'extérieur, et qu'à l'intérieur de la capitale, l'ambiance est plutôt tendue." Il hésita à en dire davantage, alors je le rassurai : "Sachez que rien ne sortira de ma bouche, ne vous inquiétez pas. Et qui sait, si la duchesse met un contrat sur ces disparitions, je pourrais peut-être m'en occuper pour elle."

Il hocha la tête et dit, dans un murmure : "Écoutez, sorceleur, je vous dis ça parce que mon capitaine n'aime pas trop qu'on en parle aux voyageurs, mais je préfère vous prévenir : les bas-quartiers deviennent de plus en plus hostiles, car c'est là-bas que les disparitions se multiplient le plus. Même si la duchesse essaie de rassurer tout le monde en disant qu'il n'y a aucune distinction de traitement, rien n'y fait les esprits s'échauffent. Alors faites attention à vous et à votre camarade pendant votre séjour."

Il se remit en place et dit : "En tout cas, bienvenue à Beauclair, sorceleur."

Une fois remontés sur Nocturne, nous étions sur la route principale, et je comprenais mieux les paroles du garde. Même si, de l'extérieur, tout semblait aller pour le mieux des gens se promenant dans les rues, achetant au marché, parfois de la musique et des rires s'échappant d'une taverne on pouvait aussi percevoir des regards suspicieux, que ce soit envers nous ou envers d'autres passants.

Murmurant pour moi-même, je dis : "Je devrais peut-être aller voir, juste au cas où." Syanna, m'ayant entendu, dit avec amusement : "Ah oui ? Tu vas jouer les preux chevaliers et protéger les pauvres innocents ?"

Roulant des yeux face à ce ton sarcastique, je dis : "On dirait que tu es de nouveau d'aplomb tu as fini de faire le tri dans tes pensées ?" Elle se tut un instant, puis dit : "Oui, effectivement. Bien sûr, ne t'attends pas à ce que je te dévoile mon cœur comme une princesse endeuillée, mais..." elle ajouta, d'un ton hésitant mais plus doux, "mais oui, bizarrement, ça fait du bien de se lâcher un peu, parfois."

Puis elle reprit avec entrain : "Mais ne crois pas pour autant que tu as toute ma confiance, mon cher sorceleur disons que je te tolère. Et en parlant de ça..." dit-elle, en désignant l'endroit où je venais de m'arrêter avec Nocturne, devant le tableau où étaient généralement affichés les contrats.

Elle descendit de Nocturne et, caressant son museau, me regarda et dit : "C'était un plaisir, ce voyage, sorceleur. Mais il est temps pour moi de partir et de m'occuper de ma vengeance."

Je soupirai en descendant de Nocturne et, la regardant, dis : "Je sais que je ne te ferai pas changer d'avis, mais évite de t'en prendre à des innocents sinon, je te promets que c'est moi qui t'arrêterai. Je me sentirais coupable d'avoir escorté une tueuse d'innocents."

Elle se tut un moment, caressant Nocturne, puis récupéra son sac accroché à la selle j'étais légèrement content qu'elle n'ait encore rien entendu de ce que j'y avais glissé et dit : "Je peux te promettre que chaque mort qu'il y aura ne concernera que des coupables. Et même si certains pourraient te sembler innocents, je t'assure que c'est entièrement faux ce seront des coupables," dit-elle en me fixant sérieusement.

Je la regardai, cherchant un mensonge dans ses yeux, mais je n'y vis qu'un sentiment sincère. Et même si la raison me dictait de ne pas lui faire confiance après tout, nous n'avions voyagé qu'un mois ensemble je soupirai et dis : "Très bien, tu as gagné. Si j'entends parler d'un meurtre, peu importe qui, je considérerai qu'il s'agissait d'un coupable. Je ne suis pas un saint. Mais si j'apprends, une seule fois vraiment une seule que tu as tué un véritable innocent, sans aucun lien avec ta vengeance, je t'arrêterai."

Elle sourit, mais semblait touchée, et se penchant, elle embrassa ma joue, me surprenant. Puis, reculant pour partir, elle dit : "Je te laisserai m'arrêter, le jour venu. Et aussi, Aiden, évite de jouer les héros ce mois qu'on a passé ensemble m'a appris que tu es vraiment quelqu'un de bien. J'aimerais éviter de voir ton cadavre face à un monstre." Puis elle s'enfonça dans une ruelle, et je la vis disparaître.

Je soupirai en me frottant le front, et sentis Nocturne me donner un petit coup d'épaule, me faisant sourire. Je caressai son museau et dis : "Oui, je sais, Nocturne. Qu'est-ce que dirait Geralt ? Ah oui les femmes..."

Mettant cet épisode de côté, je regardai les différentes annonces sur le tableau. La plupart concernaient de l'aide pour des fermes ou du transport. Une annonce pour un tournoi de Gwynt me fit sourire peut-être que j'essaierais.

Puis un contrat attira mon attention : "la femme de cire" m'intriguait. Le prenant, je le lus à voix haute : "Messires, je vous en prie, dépêchez-vous de venir. Mes bêtes se vident de leur sang vital, comme si on leur retirait toute leur eau. Ma femme a été retrouvée pendue dans sa robe rouge, ses mains étendues jusqu'au sol, recouvertes de cire de bougie rouge tout cela devant mes enfants.

Je prie pour qu'un chevalier ou un sorceleur voyant cette annonce se dépêche, car je sens que mon tour viendra bientôt. Venez me voir au vignoble Leslie, au sud de Beauclair, et demandez mon majordome. Je m'appelle Vincent de Leslie de Bourbon."

Je réfléchis. Pour ce qui est des bêtes vidées de leur sang, j'avais plusieurs pistes, comme des vampires inférieurs. Mais pour la femme de cire, suspendue en l'air, ses bras s'étirant de façon inhumaine pour ramper sur le sol même moi, je n'avais aucune idée. Après tout, la cire est quelque chose de liquide au départ, avant de durcir ; mais si elle reste aussi malléable aussi longtemps, je me demandais quel genre de monstre avait pu faire ça.

J'arrachai le contrat et, remontant sur Nocturne, repartis de Beauclair pour m'en occuper. Il fallait au moins que je me fasse une petite réputation à Toussaint, pour faciliter l'accès aux informations plus tard.

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POV Syanna

Je regardais Aiden s'éloigner après avoir arraché une affiche du tableau. Je soupirai et murmurai pour moi-même : "Sérieusement, Syanna ? Tu sais bien qu'il ne faut pas t'attacher c'est la pire chose à faire, pour se retrouver encore trahie."

Je commençai à marcher vers les bas-quartiers, tenant fermement mon sac, quand j'entendis des flacons s'entrechoquer. Je m'arrêtai et ouvris mon sac ce que j'y vis me fit sourire sans que je m'en rende vraiment compte. À l'intérieur se trouvaient plusieurs contenants de sang, accompagnés d'un mot de sa part : "Je savais qu'un jour tu partirais. Je t'ai mis le sang des animaux qu'on a chassés il est recouvert de ma magie pour le préserver, ça t'évitera de mourir de faim tout de suite. J'espère qu'à notre prochaine rencontre, tu pourras me dire un peu plus de choses sur toi. En tout cas, fais attention à toi. PS : évite de parler aussi sarcastiquement à tout le monde moi, j'ai l'habitude, à cause de mon entourage, et tu n'es pas la seule femme à être comme ça, mais pour les gens qui n'y sont pas habitués, ça peut être perçu comme assez hostile."

Je souris et dis : "Ah oui ? Une autre femme, hein ?" Je secouai la tête, amusée, posant une main sur mon cœur arrêté depuis que je suis devenue un rejeton ne sentant aucun battement. Je voulais réussir, encore plus que jamais, ce que je m'étais fixé comme but.

Il fallait que je trouve ce Thúrlas, et que je boive son sang jusqu'à le tuer, pour enfin devenir une vraie vampire et pouvoir, enfin, redevenir plus ou moins normale, capable de manger autre chose que du sang pour survivre.

À ce moment-là, une femme encapuchonnée s'approcha et dit : "Syanna, ça faisait longtemps. Quand j'ai reçu ton message via ton corbeau, il y a une semaine, je n'aurais jamais cru que c'était la vraie Syanna. Tu sais que revenir ici est dangereux pour toi."

Je roulai des yeux en m'approchant d'elle et dis : "Arrête de faire semblant de te soucier de moi, Claire. Tu n'attends qu'une chose : que je me plante. Mais tu étais la seule personne que je connaissais à ne pas me vendre immédiatement à ces foutus enfoirés. Dis-moi que tu as des informations pour moi."

Elle sourit et, retirant sa capuche, révéla une femme d'une beauté sublime je savais que c'était factice, bien sûr. Comme dirait Aiden, une bruxa. Claire continua : "Tu connais le prix. Le beau gosse qui était avec to tu as son sang ?"

Je fronçai les sourcils et dis : "Non. Tu l'as bien vu, comment j'aurais pu avoir le sang de ce connard ? Au moins, il était subjugué par ma beauté et me faisait confiance tu sais comment sont les hommes. Mais j'ai du sang de wyverne, je sais que certains de tes vampires ont des goûts particuliers."

S'il te plaît, crois mes mensonges sur lui je ne veux pas que ces suceurs de sang s'intéressent à lui à cause de moi. Après un silence, Claire me lança une pièce et dit : "C'est accepté. Va voir le vigneron Roderick de Dun Tynne il est manipulé par notre organisation. Là-bas, demande la directrice, elle te donnera les informations qu'il te faut en présentant cette pièce."

J'acquiesçai et, sortant le sang de wyverne que j'avais caché dans mes poches, je le lui tendis. Mais à ce moment-là, elle attrapa mon bras, me tirant vers elle, nos visages proches, et murmura : "Donc, si ce bel homme ne t'intéresse pas, je peux le prendre pour moi ? Le sang des sorceleurs, je n'y ai jamais goûté."

Je serrai les dents mais dis : "Tu peux, ça m'est égal mais je te conseille de ne pas y aller." Elle sourit et dit : "Pourquoi ?" Alors, la prenant par surprise, je lui tordis le bras et enfonçai ma main dans son ventre, la faisant cracher du sang, sa transformation révélant sa vraie forme de bruxa. Je lui arrachai la langue avant qu'elle ne puisse réagir, et je murmurai à son oreille, les yeux brillants : "Parce que tu n'es même pas capable de me vaincre, moi alors lui ? Laisse tomber."

Elle me regarda avec haine. Je souris et dis : "Ton regard est bien mieux ainsi, Claire au moins, il n'y a plus de faux-semblants." Elle toussa du sang et dit : "Espèce de connasse c'est uniquement grâce à ce sang en toi que tu arrives à nous surpasser. Tu n'es rien sans lui." Je ne dis rien, car c'était vrai. Retirant ma main de son ventre, je la laissai tomber au sol, et dis en la regardant de haut : "C'est vrai. Il faut bien un peu de chance dans ma vie, tu ne crois pas ?"

Je savais qu'elle ne dirait rien de tout ça à qui que ce soit, malgré tout avouer qu'une bruxa s'était fait battre par un simple rejeton serait la pire humiliation possible pour un vampire supérieur.

Puis je remis ma capuche, rangeai la pièce dans ma poche, et partis en direction du vignoble.

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