Le sorceleur spécial
POV Aiden
Je regardais autour de moi. Rien que du noir.
Aucune lumière, nulle part.
Combien de temps déjà ? Je ne savais plus vraiment. J'avais perdu toute notion du temps. Les sens ? Je ne les ressentais plus.
Étais-je seulement encore en vie ?
Après un temps indéfinissable de silence total, j'entendis une bribe de voix.
« Aidy, mon vœu, c'est de te voir te réveiller, s'il te plaît. »
Ciri ? Mais quel vœu tu racontes ? Je suis encore là, non ?
Puis, après un nouveau silence, j'entendis encore :
« Geralt, tu es sûr de vouloir faire ça maintenant ? »
Geralt ? Qu'est-ce que tu veux faire ?
J'entendis sa voix répondre :
« Oui, il le faut. J'ai confiance en toi, Triss et toi et Yen, vous êtes là pour stabiliser son corps au cas où. J'espère juste qu'il se réveillera. »
Triss ? Yen ? C'est qui, ça ?
Mais je n'eus pas le temps de me poser davantage de questions : je sentis comme une piqûre dans mon bras. Pour la première fois depuis une éternité, une vraie douleur. Levant le bras dans cette zone sombre, je le vis distinctement puis je m'effondrai.
Je serrais ma poitrine, mon cœur battait à tout rompre, la douleur devenait insoutenable. La zone sombre commença à s'illuminer, révélant une immense tempête de neige. Mes yeux se transformaient ; je le sentais, malgré la douleur. Mon corps changeait.
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POV général
En voyant Aiden trembler, de l'écume aux lèvres, Geralt le maintint fermement pendant que Triss et Yen canalisaient leur magie pour tenter de le stabiliser.
Ciri, retenue par Vesemir, hurla derrière eux :
« Aidy ! »
Geralt se tourna vers Triss et Yen, la voix pressante :
« C'est normal, ça ?! »
Triss, en sueur sous l'afflux de magie qui s'échappait d'Aiden après l'injection de la potion modifiée, ne put répondre trop concentrée. Ce fut Yennefer, plus experte en la matière malgré la sueur perlant sur son front elle aussi, qui répondit sans interrompre ses gestes :
« Son corps est en train de changer. La potion est plus faible que l'état actuel d'Aiden. On doit continuer à l'abreuver pour qu'elle finisse par dominer. »
Poursuivant ses incantations, elle continua :
« C'est comme une porte blindée. Le corps d'Aiden essaie de repousser cette intrusion parce que sa magie ancienne ne reconnaît pas la potion comme étant la bonne clé. On doit continuer à lui en donner jusqu'à ce que son corps comprenne enfin que c'est la même chose sinon, il va tout simplement la rejeter, violemment. »
Geralt maintenait Aiden par les épaules pour l'empêcher de bouger, malgré le froid intense qui commençait à recouvrir ses propres doigts :
« Peu importe ! Il faut que ça marche ! »
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POV Aiden
MAL...
MAL..
MAL...
MAL...
Je serrais mon propre corps, une douleur immense, comme si mes organes gelaient un à un de l'intérieur, et d'énormes pointes me transperçaient le cœur, encore et encore.
Pourquoi je continue de résister ?
Si je fermais les yeux, peut-être que la douleur s'arrêterait ?
Alors que j'allais céder, j'entendis, très faiblement, Ciri m'appeler.
Je serrai les dents. Des images me traversèrent l'esprit, aussi nettes que des souvenirs vécus : Geralt m'entraînant sans relâche, Lambert se moquant de moi le jour où j'étais tombé dans le lac après avoir lancé une bombe, Eskel m'enseignant les techniques de l'École du Loup en partageant ses propres histoires, Vesemir discutant avec moi des monstres, les derniers mots de la reine Calanthe, les enseignements de Sac-à-Souris, et surtout...
Je revis Ciri, galopant à mes côtés dans la plaine. Nos soirées à rire ensemble après l'entraînement. La fête des moissons. Son sourire immense à l'idée de voyager ensemble un jour.
JE DOIS RÉSISTER.
Je serrai les dents et, me relevant, criai, plus pour moi-même que pour quiconque :
« Bordel de merde, relève-toi, Aiden ! Tu as promis à Ciri. Tu as promis à la reine. Et depuis quand tu es aussi faible, bordel de merde ?! »
Me redressant avec une difficulté extrême, je m'insultai copieusement connard, con, idiot mais ironiquement, ça marchait : ça me faisait tenir debout. Levant les yeux malgré la douleur, je pus enfin voir le paysage autour de moi.
Une tempête de neige d'une violence extrême balayait tout devant moi. Une forêt enneigée à perte de vue, et au centre, un immense portail. Je sentais, sans savoir pourquoi, que c'était là que je devais aller. Je me mis à marcher, péniblement, dans cette neige épaisse.
Je tombai plusieurs fois à cause de la douleur, mais à chaque fois, je me relevais. Peu importait la souffrance. JE DEVAIS Y ALLER.
Alors que j'approchais enfin du portail, ma main tendue vers lui, une silhouette entièrement faite de glace surgit devant moi et me repoussa d'un geste, m'envoyant au sol. En la regardant, un frisson me parcourut : c'était mon propre visage qui me faisait face, mes propres traits, sculptés dans une glace parfaitement translucide. Sa voix résonna, calme ma voix :
« Pourquoi tu veux y aller ? »
Je serrai les dents, le fixant :
« Je le dois ! On m'attend ! »
Il me regarda droit dans les yeux des yeux qui n'étaient que de la glace pure et répondit, toujours aussi calme :
« Oui, certes. Mais pourquoi ? »
Il s'avança, s'accroupit devant moi, et poursuivit :
« Là-bas, dehors, énormément de monde en veut à Ciri. Ton pouvoir, lui, est colossal. Tu seras traqué pour ton sang, pour ta magie que ce soit pour t'étudier ou simplement te tuer. Pourquoi tu ne me laisses pas, tout simplement, prendre ton corps à ta place ? »
Je le fixai :
« Qui es-tu, putain, pour me demander un truc pareil ? »
Sans se soucier de mon langage, il continua :
« Je suis toi. Ou plutôt, la magie qui vit en toi. Tu es un être unique, Aiden quelque chose de préservé depuis d'innombrables années pour résoudre le destin d'innombrables mondes. Pour la plupart des gens, tu n'es personne. Mais pour ceux qui détiennent un pouvoir immense, tu es un héros pour certains, une cible à abattre pour d'autres, un pion pour le reste. »
Je le repoussai en me relevant, mais il saisit ma main, la serrant avec une force phénoménale, et continua :
« Pourquoi continuer, Aiden ? Tu n'étais qu'un étudiant, avant tout ça. Et maintenant, on t'entraîne à tuer, comme un sorceleur. Si tu franchis ce portail, tu deviendras un mutant, un peu plus proche de ton destin, et... »
Je lui envoyai un coup de tête en plein visage, qui le fit reculer. Pour la première fois, je vis une vraie surprise se dessiner sur ce visage de glace. Je souris :
« Et alors ? Nique le destin. Nique tous ces gens. Ils veulent me contrôler ? Ils veulent ma mort ? Qu'ils viennent, je m'en contrefous. C'est MON corps. Ce sont MES décisions. Et c'est certainement pas ma putain de magie qui va décider de ma vie à ma place ! »
Je posai ma main sur son torse, absorbant je ne sais trop quoi mais je sentais tout ça revenir en moi, peu à peu. L'être de glace me laissa faire, mais dit encore :
« Tu es sûr ? Tu connaîtras la souffrance. La tristesse. La trahison. Tu peux encore me laisser te protéger de tout ça. Je suis peut-être une prison de glace, à tes yeux mais une prison qui protège de la souffrance. »
Je le fixai, continuant d'absorber, et répondis calmement :
« Oui, c'est vrai. Mais c'est exactement ce qui nous définit, en tant qu'être vivant. Oui, je regrette d'être mort dans ma vie d'avant. Oui, je regrette encore, et je souffre encore, d'avoir dû dire adieu à Cintra, à des gens que j'aimais profondément. Mais... »
Je poursuivis, plus faiblement :
« Mais je l'accepte. C'est ça qui me définit. Et si tu es vraiment moi, tu dois comprendre ça mieux que quiconque. Geralt. Vesemir. Eskel. Lambert. Sac-à-Souris. Calanthe. Le commandant. Certains sont morts, et je pleure encore leur mort. D'autres sont encore là, et j'ai envie de continuer à vivre pour eux, pour les aider. »
Je regardai les yeux de l'être de glace, et dis, avec un sourire presque étrange à ce moment-là :
« Et Ciri. On lui a promis, non ? On doit voyager ensemble, se venger de Nilfgaard. Alors comprends-moi : oui, je souffrirai. Oui, je mourrai peut-être un jour. Mais c'est ça, la vie. Et... je suis pas un lâche. J'accepte tout ça, pleinement. »
L'être de glace resta silencieux un long moment, puis répondit, une pointe d'amusement dans la voix :
« Tu as raison. Alors, Aiden moi, ta magie je continuerai à te protéger. Après tout, sans toi, je ne suis rien. Vis ta vie pleinement. Et même une fois endormi en toi, sache que moi, en tant qu'esprit de l'ancienne magie, je veillerai toujours sur toi. »
Je souris, simplement :
« Alors travaillons ensemble, maintenant. »
L'être de glace se dissipa en une pluie de fins flocons. Je sentis, en moi, comme un conflit enfin résolu. Posant une main sur mon cœur, je me sentis complet pour la première fois depuis longtemps. Regardant le portail, je m'avançai vers lui, la douleur totalement absente désormais. À chaque pas, mes cheveux blanchissaient un peu plus, jusqu'à devenir entièrement blancs comme la neige. Mon œil gauche se figea en un bleu de glace, mon œil droit en un blanc immaculé. En franchissant le portail, je dis simplement :
« Ciri, me revoilà. Ton vœu s'est réalisé. »
Puis je me réveillai, découvrant Geralt figé au-dessus de moi, et le reste de la pièce autour. Je dis, la voix encore faible :
« Désolé du retard. J'ai entendu Ciri faire son vœu, et j'ai... traîné un peu. »
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POV ???
En voyant mon... résoudre ça par lui-même, je souris légèrement. Tournant la tête, je le vis apparaître à mes côtés, et soupirai :
« Tu voulais voir mon... affronter ça tout seul. T'es content, maintenant ? »
Il ne répondit pas tout de suite, gardant les yeux fixés sur l'endroit où mon... venait de franchir le portail, retrouvant les siens. Puis il dit, calme :
« Oui. Je voulais en être sûr. Tu sais très bien qu'il devra être prêt à l'affronter, aux côtés de Zireael. Ses forces commencent déjà à croître, et même moi, j'ai de plus en plus de mal à le contenir d'autant plus qu'il occupe encore le corps de ma fille, et que les Aen Elle commencent eux aussi à s'intéresser à ce pouvoir. »
Je fronçai les sourcils :
« C'est vrai. Mais n'oublie pas : Aiden décidera lui-même de sa voie. C'était notre accord. »
Il hocha la tête :
« Je le sais. Ne t'en fais pas. Je l'avais promis à ta femme, et à toi, le jour où j'ai eu besoin de quelqu'un pour résoudre cette affaire. Mais sache qu'il devra apprendre, tôt ou tard, ce qui l'attend vraiment. »
Je soupirai :
« Très bien. Tu vas faire appel à Lycaon ? »
Il hocha la tête :
« Oui. Il l'attend déjà, pour lui faire passer sa première épreuve qu'il connaisse enfin la vérité sur ce monde, et ce qui l'attend s'il accepte cette responsabilité. Au moins, Lycaon pourra retrouver sa bien-aimée, une fois cela fait. »
Il tourna les yeux vers un coin plongé dans l'obscurité, et reprit :
« Je dois te laisser, encore une fois. Il recommence à s'agiter. N'oublie pas : je ne peux pas le retenir éternellement. Un jour, il réapparaîtra, et les mondes devront décider, eux-mêmes, de leur propre destin. »
Il disparut en un nuage de flocons. L'endroit retomba dans l'obscurité. Je soupirai :
« Hrívë... tu souffres encore, toi aussi, malgré tout, hein... »
Je regardai un instant l'endroit où il venait de s'évanouir, puis, avant de moi-même disparaître pour rejoindre mon repos au fond de cette âme, je murmurai :
« Tedd Deireádh arrivera bientôt. Et même toi, Hrívë, tu ne pourras pas le contenir indéfiniment. »
Puis je rejoignis mon repos, au plus profond de cette âme.