Le sorceleur spécial
POV Aiden
J'entendis la voix de Geralt derrière moi, alors que je continuais à faire des tours de terrain avec la roue de charrette :
« Aiden, c'est bon, prends une épée et viens. »
Essuyant la sueur sur mon front, je marchai vers le râtelier d'épées émoussées. En m'approchant de Geralt, épée en main, je remarquai, confus, Ciri retenue par Eskel et Lambert, tandis que Vesemir m'observait, le visage grave. Je n'eus pas le temps de m'interroger davantage : Geralt m'attaqua aussitôt avec son arme.
Par pur réflexe, je parai au-dessus de ma tête mais il en profita pour me faucher les jambes d'un croche-pied, m'envoyant à terre. Je l'entendis, tandis que je me relevais :
« C'est tout ? »
Je secouai la tête et me redressai. Il m'avait juste pris par surprise. Je repartis à l'attaque, tentant quelques feintes viser son flanc pour envoyer un coup de pied sur ses côtes mais à chaque fois, il ripostait, parait ou esquivait sans effort apparent. Ce qui me faisait le plus mal, cela dit, c'était de voir, au fil du combat, ses yeux se remplir peu à peu de déception. Voire de mépris ?
Je secouai la tête. Du mépris ? Geralt ne pouvait pas...
Mais je n'eus pas le temps de terminer cette pensée : il saisit mon bras au moment où j'allais parer, me frappa d'un coup de tête qui me fit saigner du nez, me tordit le bras jusqu'à me faire lâcher mon épée, et me repoussa d'un coup de pied qui m'envoya de nouveau au sol.
En me redressant, je vis des gouttes de sang tacher la neige. Le regardant, incrédule, je le vis s'approcher, le visage empreint de dédain :
« À quoi ça sert, tous nos entraînements ? Sérieusement, t'es même pas capable de riposter correctement. Allez, relève-toi. »
Je serrai les dents de frustration et repartis au combat.
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POV Ciri
À chaque fois que je voyais Aidy retomber au sol, en sang, je ne comprenais pas ce qui se passait. J'essayais d'aller voir Geralt, de lui dire d'arrêter ce n'était pas lui, quelque chose clochait mais Eskel m'en empêchait, me tenant fermement le bras. Je tirai dessus, essayant de me libérer :
« Eskel, lâche-moi ! »
Il secoua la tête sans même me regarder. Ce fut Vesemir qui répondit, calme :
« Ciri, calme-toi. »
Je le fusillai du regard, une colère noire montant en moi :
« Me calmer ? Regarde ce qui se passe ! Lâche-moi ! »
Peut-être attiré par le bruit, Aidy tourna la tête vers moi, malgré son visage ensanglanté, et voulut dire quelque chose mais Geralt lui arracha son épée, la garda dans sa main libre pendant qu'il rangeait la sienne dans son fourreau, et frappa Aidy en plein visage, l'envoyant s'écrouler au sol. Comme pour se moquer de lui, la neige se mit à tomber plus fort, recouvrant peu à peu son corps immobile.
Cette vision me glaça d'horreur. Je me débattais tant que je pouvais dans les bras d'Eskel, en larmes de frustration :
« Lâche-moi ! Aidy ! »
Je donnais parfois des coups dans le ventre d'Eskel, en vain. Lambert, les dents serrées, finit par craquer :
« Le vieux, si t'as un plan, c'est maintenant qu'il faut le dire ! Sois tu lui dis, soit c'est moi qui le fais même moi j'en ai marre de ce cirque ! Regarde Geralt, même lui a envie d'arrêter ! »
Vesemir resta silencieux un instant, puis répondit :
« Non, Lambert. Je ne peux pas lui dire, sinon l'illusion ne fonctionnera pas, et... » Il baissa la tête. « Après ça, je m'excuserai auprès d'eux directement, et j'en assumerai l'entière responsabilité. Alors Lambert, reste où tu es. »
Lambert frappa du pied dans la neige :
« Putain ! »
Je ne comprenais toujours pas ce qui se tramait, mais je sentais qu'il y avait anguille sous roche. Pour l'instant, seule comptait ma préoccupation pour Aidy.
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POV Aiden
Je me relevai avec difficulté. Merde, il n'avait pas retenu ses coups. Et surtout, je détestais le voir me regarder comme ça, je...
Geralt me tira par le col, me forçant à me redresser, un mépris enfin, je crois, je n'entendais plus qu'un bourdonnement sourd, tout mon être concentré sur ses yeux pleins de déception. Je serrai les dents et frappai son visage de ma main libre, dans laquelle il l'arrêta avec sa propre main. Ça le stoppa net, assez longtemps pour que je puisse viser, de l'autre main, le point faible de son bras ce qui lui fit desserrer les doigts et lâcher mon épée. Je la rattrapai en plein vol et la lançai vers son cou, croyant, l'espace d'un instant, l'avoir enfin vaincu.
Mais il me relâcha, esquiva sans effort, et m'envoya un coup de pied dans les côtes. Les dents serrées de douleur, je saisis son pied avant de frapper violemment son mollet avec le pommeau métallique de mon épée, le faisant grimacer. Il se dégagea d'un autre coup de pied et fonça sur moi la dernière chose que je vis avant de me retrouver plaqué au sol fut sa main sur mon visage.
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POV Geralt
Respirant calmement, j'essuyai la sueur de mon front. Je savais qu'Aiden était doué, un vrai prodige mais bordel, il ne fallait pas croire que ça avait été simple. J'ai connu d'innombrables combats, j'ai de l'expérience, et même en me retenant de le blesser gravement, j'ai dû puiser dans toutes mes capacités pour tenir ce rythme. Les coups qu'il portait étaient d'une force et d'un poids hors norme. Je ne sais pas d'où lui vient une telle puissance, mais si je n'avais pas été sorceleur, même moi, j'aurais dû esquiver plutôt que de parer je n'aurais jamais tenu autrement.
Je serrai les dents.
Je ne veux pas faire ça...
Mais je dois le faire, pour te sauver, Aiden. J'espère que tu pourras me pardonner mes paroles, un jour.
Je m'avançai vers lui, la neige tombant de plus en plus dru, et en voyant son visage ensanglanté, je serrai instinctivement les poings de colère envers moi-même. Je dis, froidement :
« C'est tout ce que tu as ? T'as raison, t'es pitoyablement faible. Tu dis vouloir protéger Ciri, mais je ne vois aucune amélioration chez toi. Tu es faible, et tu le resteras à jamais. »
Je ramassai son épée tombée au sol :
« Demain, tu quittes cette forteresse. Tu ne sers à rien, et je ne veux pas d'un boulet pareil ici. »
Je lui tournai le dos, espérant de tout cœur que ça fonctionne parce que si ça ne marchait pas, je ne savais vraiment plus quoi faire pour le pousser à bout.
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POV Aiden
Je regardais la neige tomber sur mon visage, ces petits flocons doux qui contrastaient tant avec la douleur qui irradiait dans tout mon corps mais je crois que ce sont les mots de Geralt qui m'avaient fait le plus mal.
Moi ? Faible ? Oui, je le sais déjà.
Presque malgré moi, je tournai les yeux vers Ciri, que je voyais se débattre dans les bras d'Eskel, tandis que Geralt marchait vers eux, dos à moi.
Je clignai des yeux et à la place, je vis Cintra en flammes, des soldats nilfgaardiens à la place des sorceleurs retenant Ciri. Je la voyais partir, se débattant férocement, et j'entendis résonner dans ma tête la voix furieuse de Calanthe :
« Tu avais un devoir ! Protéger Ciri ! J'aurais dû savoir que tu resterais au fond de ce trou. »
Puis celle de Sac-à-Souris, chargée de mépris :
« Je pensais que tu étais un bon élève. Je m'étais trompé. Tu ne mérites rien. Tu n'es plus mon élève. »
Et enfin, les mots de Geralt :
« Tu ne sers à rien. Tu es pitoyablement faible. Quitte cette forteresse. »
Quitter cette forteresse ?
Ciri, seule ?
Moi, faible ?
Je hurlai :
« FERME-LA ! »
Et je sentis une vague de froid immense jaillir de moi. Je ne me souviens plus de rien après ça sinon d'une voix, lointaine, murmurant : « Ceanndraig, ce n'est pas encore le moment. Mais on se reverra. »
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POV général
Alors que Geralt marchait vers les autres, le regard sombre, une vague de froid glacial explosa derrière lui. Il n'eut même pas le temps de se retourner : ses instincts prirent le relais et il esquiva mais pas assez vite. Une immense volée de pointes de glace compacte lui perça le flanc gauche. Il serra les dents sous la douleur.
Aiden surgit alors à une vitesse prodigieuse, glissant sur des plaques de glace comme sur des patins, fendant l'air. Arrivé devant Geralt, il lança un coup de pied qui se mua en pointe de glace tranchante. Geralt eut tout juste le temps de croiser les deux bras devant lui pour encaisser le choc, qui l'envoya voler contre les rochers, les bras en sang.
Le reste du groupe resta un instant figé d'horreur. Lambert se précipita vers Aiden, Vesemir à sa suite pour tenter de le détourner mais Aiden, désormais, se battait comme une machine, sans la moindre hésitation. Le combat était extrêmement difficile : des pièges de glace en forme d'épines surgissaient du sol à tout instant, et l'air lui-même semblait se figer, de plus en plus dur à respirer. Eskel lâcha Ciri et se précipita vers Geralt pour lui donner une potion d'Hirondelle. Ciri, elle, resta comme pétrifiée sur place, les yeux rivés sur Aiden et curieusement, aucune attaque, aucune blessure ne semblait jamais l'atteindre. Tout autour d'elle restait intact, comme si la glace elle-même choisissait de la protéger.
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POV Geralt
Je grimaçai en avalant l'Hirondelle. Eskel demanda, inquiet :
« Alors, Loup Blanc, on fait déjà la sieste ? »
Je grimaçai de nouveau :
« Non. Mais j'avoue que je m'attendais pas à ça. »
Devant moi, je voyais Lambert et Vesemir faire de leur mieux pour tenir face à Aiden, même si l'issue paraissait déjà incertaine l'un et l'autre saignaient déjà à plusieurs endroits. J'entendis même Lambert crier :
« Le vieux, si t'as une idée, c'est maintenant ! Je veux pas finir en esquimau ! »
Vesemir roula au sol pour esquiver une pointe de glace immense et invoqua Quen :
« Ferme-la, Lambert ! Contrôle mieux tes esquives ! » Il encaissa malgré tout une pointe qui perça son bouclier magique, l'envoyant valser un peu plus loin.
L'air devenait de plus en plus irrespirable. Me relevant, les dents serrées, je me tournai vers Eskel :
« Viens, on doit aller les aider. »
Il hocha la tête, et on courut ensemble rejoindre les deux autres.
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POV Ciri
Mon regard restait rivé sur Aidy. Non ce n'était pas Aidy, là. Ça, c'était froid. Il n'avait plus cette chaleur qui le caractérisait.
Sa peau se craquelait, se recouvrait de glace peu à peu. Malgré leurs efforts conjugués, Geralt, Vesemir, Eskel et Lambert n'arrivaient à rien : à chaque tentative d'approche, une immense pointe de glace surgissait pour les repousser en arrière.
L'air devenait insoutenable pour eux je les voyais peiner à respirer. C'est à cause de ça que Lambert n'eut pas le temps d'esquiver une pointe qui lui transperça l'épaule ; il eut juste le temps d'invoquer Quen avant qu'une massue de glace ne l'envoie s'écraser contre la pierre.
Ils n'allaient pas tenir. Je le sentais, au fond de moi sans trop savoir pourquoi, j'étais convaincue de pouvoir l'aider, moi. Je me mis à marcher vers lui. J'entendis Geralt crier :
« Ciri, recule ! »
Mais il dut esquiver lui-même une nouvelle salve d'attaques. Je continuai d'avancer malgré tout, certaine de mon geste et rien ne m'atteignit. Aucune attaque, rien.
Arrivée devant Aidy, il s'arrêta net, me fixant droit dans les yeux, sans la moindre émotion visible. Son œil gauche brillait d'un bleu glacé, l'autre d'un blanc immaculé, comme la neige. Ses cheveux avaient entièrement viré au blanc neigeux.
Mais je n'avais pas peur. Je le serrai dans mes bras, malgré le froid intense qui irradiait de lui, et murmurai doucement :
« Aidy, je sais que c'est pas toi, tout ça. Reviens-nous. Il n'y a aucun danger, ni pour moi, ni pour toi alors reviens, d'accord ? Le dîner doit être servi. »
Peut-être était-ce ma voix je ne saurai jamais vraiment pourquoi mais l'air redevint normal d'un coup. Les sorceleurs purent enfin respirer librement, et la glace se brisa autour de lui. Ses yeux reprirent leur couleur habituelle. J'entendis, tout près de mon oreille :
« Pardonne-moi, Ciri. J'ai dû te faire peur. »
Je secouai la tête :
« Non. J'aurai jamais peur de toi, Aidy. On se l'est promis, non ? On sera toujours côte à côte ! »
Il sourit doucement mais ses yeux, en reprenant leur teinte normale, avaient malgré tout changé de couleur pour de bon, et ses cheveux restèrent d'un blanc neigeux. Avant que je puisse dire quoi que ce soit d'autre, je l'entendis murmurer :
« Désolé... j'aurais aimé pouvoir tenir notre promesse, Ciri. »
Je le regardai, confuse, quand j'entendis un craquement sourd : sa peau se transforma en glace, remplaçant peu à peu sa chair. Je bégayai :
« Aidy ? »
Il sourit doucement une dernière fois, ferma les yeux, et s'effondra contre mon épaule, inconscient. Je le retins à peine, criant de panique :
« Lambert ! Eskel ! Vesemir ! Geralt ! »
Lambert se précipita malgré sa blessure, souleva Aidy dans ses bras, et se mit à courir vers le château avec Eskel, direction l'infirmerie. Avant de les rejoindre, je me tournai vers Geralt et Vesemir, tous deux blessés, et fixai Geralt en particulier, me mordant les lèvres pour retenir mes larmes de frustration :
« Fais quelque chose, Geralt. Je... je te pardonnerai jamais s'il lui arrive quoi que ce soit. »
Puis je courus rejoindre Eskel et Lambert.
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POV Geralt
En regardant Ciri s'éloigner en courant, ses derniers mots résonnant encore en moi, j'eus l'impression que mon cœur se déchirait. Je ne pouvais que rester silencieux. Je savais que tout ça, c'était pour sauver sa vie... mais je n'aurais jamais imaginé que ça deviendrait aussi grave. Je n'ai jamais voulu prononcer ces mots, ni mettre qui que ce soit en danger et certainement pas eux.
Vesemir me tira de mes pensées :
« On s'est trompés. Enfin si Aiden n'avait pas eu à retenir ce pouvoir en lui pendant toutes ces années, si quelqu'un l'avait aidé à le canaliser au quotidien, ça aurait pu passer sans encombre. Mais là, c'est comme si on venait de déboucher un puits prêt à déborder. C'est ma faute, Geralt, je... »
Je secouai la tête :
« Non. Ne t'excuse pas. »
J'essuyai mes cheveux trempés de sueur et de sang. J'avais mal partout, ma chemise en lambeaux, imbibée de sang. Mes bras portaient encore les marques des pointes de glace d'Aiden mais honnêtement, ça m'était égal. Mon regard restait fixé sur la direction où on l'avait emporté. Vesemir demanda :
« Une idée ? »
Je hochai la tête, le regardant :
« Oui. Une seule. L'autre solution : je dois appeler une magicienne. Je vais appeler Triss. »