Le sorceleur spécial

Chapitre 13 : L'entrainement

2857 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/08/2026 19:58

POV Aiden

Cela faisait déjà quelques jours que l'entraînement avait commencé. Vesemir s'était chargé de démarrer le mien, comme promis, tandis que Geralt s'occupait principalement de Ciri elle devait d'abord apprendre les bases. Moi, étant le plus avancé des deux, j'entamais directement un entraînement plus sérieux.

La neige tombait toujours dru ; on était déjà à mi-hiver.

Vesemir claqua des doigts, me sortant brusquement de mes pensées, et dit calmement :

« Les connaissances ne s'apprennent pas en regardant le paysage, jeune homme. »

Je sortis de ma rêverie :

« Oui, excuse-moi, Vesemir. »

Il hocha la tête, saisit un livre particulièrement épais, et reprit calmement :

« Bon, on va commencer le questionnaire. Quelle est la différence entre un katakan et un ekimma ? »

Je réfléchis un instant :

« Si je me souviens bien, la différence principale se situe dans leur intelligence ? Le katakan serait plus bestial que l'ekimma, non ? »

Vesemir hocha la tête, ouvrant le bestiaire posé devant lui, et poursuivit son explication :

« Exact. Mais n'oublie jamais qu'un monstre, quel qu'il soit, peut être mortel pour n'importe quel sorceleur, faible ou non. Un katakan, par exemple, est considéré comme un vampire inférieur l'ekimma, lui, comme un vampire supérieur. »

Curieux, je demandai :

« Pourquoi ce genre de classement, au juste ? C'est lié à leur dangerosité ? »

Vesemir hocha la tête :

« Bonne question. Le savoir reste la meilleure arme contre son ennemi. »

Il se cala confortablement dans son fauteuil nous étions installés dans la bibliothèque de Kaer Morhen et continua, posé :

« Les vampires inférieurs sont plus proches de l'animal, aussi bien en intelligence, en conscience, qu'en force brute. Attention, je ne dis pas qu'ils sont faibles, loin de là : un vieux katakan peut facilement mettre en déroute tout un bataillon de soldats entraînés. »

Il poursuivit :

« Quant aux vampires supérieurs, c'est surtout une question d'intelligence. Il existe même une hiérarchie parmi eux : les ekimmas, par exemple, occupent une sorte de classe "roturière" chez les vampires supérieurs, si tu veux. Au-delà, il y a des vampires supérieurs tout à fait capables de se fondre parmi les humains, de fonder une famille, d'avoir des enfants ces enfants sont appelés dhampirs. On sait finalement assez peu de choses sur les vampires supérieurs, sinon qu'ils sont arrivés lors de la Conjonction des Sphères. Mais une chose est certaine à cent pour cent : il existe des vampires encore plus puissants, même comparés aux vampires supérieurs. Seuls de très rares sorceleurs sont capables de les affronter et quand je dis rares, c'est extrêmement rare. »

Il me regarda :

« À prendre avec des pincettes, ceci dit je tiens ça d'un sorceleur que j'ai croisé dans ma jeunesse, de l'École de la Manticore. Il m'avait parlé des vampires anciens : les plus puissants que le monde connaisse à ce jour. Heureusement, ils se contentent surtout de veiller à ce que les vampires supérieurs restent dans les rangs. Mais d'après ce qu'il m'a raconté, les vampires anciens sont dispersés à travers le monde peu nombreux, certes, mais aucun sorceleur, et je dis bien aucun, ne serait capable d'en tuer un seul. »

Je le regardai, surpris après tout, à mes yeux, ce que j'avais vu de Geralt dépassait largement tout combattant que j'avais pu croiser jusqu'ici.

« À ce point-là ? Ils sont si puissants que ça ? »

Il hocha la tête, sérieux :

« Honnêtement, même moi j'ai des doutes je n'en ai jamais vu, aucun livre n'en parle vraiment. Mais c'est la vérité : aucun sorceleur ne pourrait leur résister. En fait, je ne suis même pas certain que qui que ce soit, dans ce monde, en soit capable. »

Je restai silencieux un instant. Je comprenais de mieux en mieux ce monde et plus j'en apprenais, plus je réalisais à quel point certains monstres dépassaient tout ce que j'imaginais, que ce soit en force ou en intelligence. Discrètement, sous la table, je serrai le poing. Je suis faible, bordel.

Les heures s'écoulèrent ainsi, Vesemir poursuivant ses leçons sur les monstres.

Les semaines finirent par se transformer en deux mois. La neige tombait moins abondamment désormais, mais elle restait bien présente. Ce jour-là, c'était entraînement physique avec Geralt et Eskel. Je rejoignis Ciri, assise sur des bûches, couverte de bleus, les cheveux trempés de sueur, et souris en m'approchant :

« Dur ? »

Elle rit :

« Geralt ne m'a fait aucun cadeau. Mais j'aime bien j'ai vraiment l'impression de devenir utile ! »

Je souris :

« Tu sais que tu es déjà utile, Ciri. Ne pense pas comme ça. »

Elle haussa les épaules :

« Peut-être, à tes yeux, mais... » Elle plongea son regard dans le mien. « J'ai promis d'être à tes côtés, et pour l'instant tu me dépasses largement. Je vais te rattraper, Aidy et me tenir vraiment à tes côtés. »

Je souris légèrement, lui ébouriffai affectueusement les cheveux, et partis rejoindre Geralt pour mon propre entraînement.

En arrivant, il pointa du doigt une roue de charrette :

« Pour l'instant, échauffement : tu soulèves cette roue en faisant des tours du terrain, jusqu'à ce que je te dise stop. »

Je hochai la tête et me mis au travail.

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POV Ciri

Buvant mon verre d'eau, j'observais depuis de longues minutes Aidy soulever cette roue de charrette, Geralt impassible à côté de lui, bras croisés, sans un mot. Une main vint alors me frotter les cheveux : Lambert, Eskel, et même oncle Vesemir arrivaient. Même si ça ne faisait que quelques mois qu'on s'entraînait ici, je m'étais vite attachée à ces vieux hommes Lambert et Eskel, c'était un peu comme des grands frères qui voulaient sans cesse nous apprendre de nouvelles choses.

Je riais encore rien qu'en repensant au jour où Lambert avait emmené Aidy à la "pêche à la bombe", après que Vesemir lui avait demandé de lui enseigner les bases des explosifs Lambert avait expressément expliqué que la pratique valait bien mieux que la théorie. Résultat : Aidy avait ramené une quantité impressionnante de poissons pour le repas du soir, sous les ricanements de Geralt et d'Eskel, pendant que Lambert faisait la sourde oreille aux remontrances de Vesemir, qui lui répétait que ce n'était vraiment pas la bonne méthode. Mais rien qu'à voir le sourire d'Aidy, et à quel point il s'était rapproché de Lambert depuis, je pense que c'était finalement une bonne idée c'est rare de le voir sourire autant.

Avec Eskel, c'était un peu la même complicité, mais autour des techniques de combat de l'École du Loup. Eux deux s'étaient vite trouvés c'était même assez drôle de les voir glisser dans la boue ensemble, ce jour-là.

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Flashback

POV Ciri

Après mon propre entraînement, j'étais restée assise avec Geralt sur un parapet de pierre, à observer Aidy s'entraîner avec Eskel. Levant les yeux vers Geralt, dont la barbe commençait tout juste à repousser, je demandai, curieuse :

« Geralt, c'est quoi exactement les techniques d'escrime de l'École du Loup ? Je sais que c'est l'esquive et la contre-attaque, mais pas grand-chose de plus. »

Geralt hocha la tête, s'installa contre le parapet, bras croisés, le regard toujours fixé sur l'entraînement :

« Il y a trois techniques principales. Comme tu l'as dit, l'esquive est la première mais ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Regarde. »

J'observai l'entraînement : plusieurs fois, je vis Aidy tenter d'esquiver pour finalement encaisser des coups d'épée en bois. Je grimaçais à chaque impact ça allait laisser de sacrés bleus mais au fil des minutes, il commença à esquiver de mieux en mieux la plupart des attaques. Geralt, à côté de moi, demanda :

« Alors, tu as vu ? »

Je secouai la tête, le regardant :

« C'est l'expérience ? »

Il secoua la tête à son tour, pointant un doigt vers mes yeux :

« C'est le regard. Un humain ou n'importe quel être vivant, à quelques exceptions près a tendance à regarder avec ses yeux là où il compte frapper. Bien sûr, si l'être en face n'a pas d'yeux, ou qu'il est aveugle, c'est différent, mais dans la majorité des cas, ce sont les yeux qu'il faut lire. Cela dit, tu n'as pas tort non plus sur l'expérience : même si Aiden a sans doute compris ça instinctivement, sans même s'en rendre compte, il reste un écart d'expérience et de puissance physique. Même en sachant esquiver, si le corps ne suit pas, ou ne réagit pas assez vite, ça reste un problème. »

Je continuai d'observer, cette fois Aiden se retrouvant un peu plus souvent à terre sous les coups de l'épée en bois. Je le voyais saigner légèrement, ce qui me fit mordre ma lèvre, mais je ne dis rien, et demandai plutôt :

« Et là, c'est quoi ? »

Geralt sourit :

« Essaie de deviner. La contre-attaque, ou autre chose ? »

Je réfléchis, observant le combat plus intensément. Aiden tombait beaucoup dans la neige ; à chaque fois, Eskel l'aidait à se relever mais à chaque reprise, il changeait de style de combat. Je ne comprenais pas... ça n'avait pas l'air adapté...

Je me tus un instant, puis regardai Geralt :

« L'adaptation. »

Il sourit, visiblement fier :

« Exactement. Voilà le troisième enseignement de l'École du Loup. On est connus, certes, pour les esquives et les parades, mais le troisième pilier, beaucoup moins connu, presque secret — c'est l'apprentissage de l'adaptation au combat. »

Il poursuivit :

« Dans la vie, tu feras souvent face à des situations que la simple théorie ne pourra jamais résoudre à elle seule. C'est pour ça que, dès le plus jeune âge, on nous entraîne à nous adapter, à forcer notre esprit à évoluer au fil du combat plus l'affrontement dure, contre une personne ou un monstre, plus on ajuste notre approche à son schéma, à ses capacités. En clair : plus le combat s'éternise, plus on s'adapte. »

J'étais vraiment surprise. Je regardai Eskel commencer à entraîner Aidy à la contre-attaque, puis me tournai vers Geralt :

« Les autres écoles ont ça aussi ? »

Il secoua la tête :

« Non. Je peux me tromper, mais leur style de combat ne s'y prêterait pas vraiment. Le nôtre fonctionne justement parce qu'il est basé sur la contre-attaque et l'esquive ça nous rend naturellement meilleurs pour comprendre et nous adapter en plein combat. Les autres écoles n'ont tout simplement pas la structure adaptée à ça. »

À la fin des deux heures d'entraînement, je sautai du parapet de pierre pour rejoindre Aidy, qu'Eskel aidait à se relever, Geralt me suivant tranquillement.

Fin du flashback

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Souriant légèrement, curieuse c'était rare de les voir tous réunis ainsi je demandai :

« Au fait, pourquoi vous êtes tous là ? »

Vesemir soupira. Eskel vint se placer à mes côtés, me tenant doucement le bras, comme pour m'empêcher de bouger. Je les regardai, confuse, l'inquiétude montant peu à peu :

« Eskel ? Lambert ? »

Lambert, bras croisés, fixait Geralt en silence uniquement Geralt d'un regard grave et compliqué.

Je balbutiai :

« Lambert ? » Puis me tournai vers Vesemir, la voix faible : « Oncle Vesemir ? »

Il secoua la tête :

« Ciri, on est tous là parce que Geralt doit faire quelque chose vérifier quelque chose et ça concerne la vie d'Aiden. On est là au cas où, pour le soutenir, et aussi pour t'empêcher de te mettre toi-même en danger. »

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POV Geralt

Bras croisés, je regardais Aiden poursuivre son échauffement. C'était dur... Je repensais encore à la conversation qu'on avait eue la veille au soir, avec Vesemir, et je comprenais désormais beaucoup mieux à quel point Ciri et Aiden étaient précieux mais surtout à quel point Aiden pouvait mourir. Je devais vérifier ça par moi-même. Même si j'avais envie de croire Vesemir sur parole, je...

Je voulais être sûr de ses mots.

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Flashback POV Geralt

En descendant les escaliers vers le laboratoire de potions de Vesemir, qui m'avait convoqué, je ne pus m'empêcher de sourire en repensant à la scène où Ciri avait balancé de la nourriture sur Lambert pour le déstabiliser pendant son bras de fer contre Aiden bras de fer qu'il avait fini par perdre, avant de se lancer à la poursuite de Ciri à travers toute la salle à manger.

Secouant la tête, j'arrivai enfin au laboratoire. Je trouvai Vesemir en train d'examiner d'étranges fleurs et m'approchai :

« Tu m'as appelé ? » Puis, regardant les fleurs de plus près : « Je n'en reconnais aucune. Une nouvelle espèce ? »

L'une des jardinières contenait des fleurs assez particulières : des pétales d'une blancheur incroyable, une tige d'un vert qui semblait figé dans le temps. Mon médaillon vibra rien qu'à les regarder. Mais c'est l'autre jardinière en bois qui retint le plus mon attention : ses pétales semblaient faits de neige et de glace, comme si le givre s'était figé dessus, la tige oscillant entre ces deux teintes. Je ne sentais pourtant aucune magie émaner d'elles mais mon médaillon vibra violemment dès que j'en touchai une. Une sensation de froid intense me traversa, comme si mes mains allaient geler en quelques secondes à peine.

Vesemir dit, derrière moi :

« Oui. C'est urgent, et c'est sérieux. »

Je reposai la fleur, croisai les bras, et le regardai. Il poursuivit, grave :

« La fleur blanche est une espèce qu'on croyait disparue. On l'appelle la fleur du temps elle ne pousse normalement que dans des conditions extrêmement précises, presque impossibles à réunir. Et elle a poussé exactement là où Ciri s'entraîne, là où elle saigne. »

Je le regardai, confus :

« La fleur du temps ? »

Il eut un sourire amer :

« Tu la connais sans doute mieux sous le nom de cynoglosse la fleur qui ne pousse que... » Je l'interrompis :

« Là où coule le sang ancien... »

Il parut surpris :

« Comment le sais-tu ? »

Je le regardai, la voix difficile :

« Je pensais me tromper. Mais depuis la naissance de Ciri, j'ai commencé à avoir des visions et dans l'une d'elles, j'ai entendu ce nom-là. »

Vesemir soupira :

« Je ne te demanderai pas pourquoi tu n'en as jamais parlé chacun ses secrets. Mais tu comprends ce que ça implique, au moins ? » Je hochai la tête, sans vouloir m'étendre davantage sur le sujet, et pointai du doigt l'autre jardinière : « Et celle-ci ? »

Le visage de Vesemir se ferma :

« C'est la plus grave des deux. Elle a poussé exactement là où Aiden s'entraîne avec toi et Eskel là où il saigne, lui aussi. C'est une espèce que je n'ai jamais vue nulle part. Mais je peux affirmer pas mal de choses, même si ça reste, en partie, des suppositions. »

Il souleva un pétale entre ses doigts :

« J'ai fait plusieurs tests. Je suis certain que Ciri et Aiden portent tous les deux du sang ancien en eux mais pas de la même façon, pas par le même lien de sang. Je sais que c'est compliqué à expliquer, et je ne suis pas magicien, mais disons que d'après mes tests, l'intensité et le flux ne sont pas du tout les mêmes chez l'un et chez l'autre. »

Je secouai la tête :

« Explique-moi ça simplement. J'ai l'impression d'entendre une certaine sorcière aux cheveux noirs me reprocher de ne rien comprendre. »

Il soupira :

« Si tu préfères une image : imagine deux verres d'eau. Ciri, c'est le verre qui se remplit calmement, doucement et le contenant est parfaitement adapté pour recevoir cette eau. On n'a qu'à laisser le temps faire son œuvre. »

Puis, plus grave :

« Aiden, en revanche, c'est l'exact opposé. Comme je te l'ai dit, j'ai utilisé plusieurs instruments de magie pour l'étudier et à chaque fois que la fleur s'approchait de l'un d'eux, c'était comme une magie invasive : elle s'accrochait littéralement à l'appareil, engloutissait toute sa magie, le réduisant à un simple bibelot inerte. Voilà pourquoi c'est grave. »

Il reposa le pétale sur la table, qui gela presque instantanément sur une petite surface autour :

« Le corps humain n'est pas fait pour contenir autant de pouvoir magique, à cet âge-là. Aiden, c'est littéralement l'inverse de Ciri : le verre déborde, et en plus de ça, le contenant lui-même n'est absolument pas adapté pour le retenir. Et... »

Il me regarda, la voix soudain plus difficile :

« Même un sorceleur ne pourrait pas l'absorber j'ai essayé sur moi-même, impossible, que ce soit en potion ou avalée directement. Notre corps, à nous non plus, n'est pas capable de contenir cette fleur. »

Il ne remarqua pas que j'étais resté figé la seule chose que j'entendis encore, avant de sombrer dans une forme de désespoir, ce furent ses derniers mots :

« Aiden va mourir si on ne fait rien. Il n'y a que deux solutions : soit on fait appel à des magiciens bien plus compétents que moi sur le sujet, soit on tente une solution temporaire vider cette magie hors de lui. Pour ça, il faudra le confronter à des émotions intenses. Sinon... je ne pense pas qu'il survivra à l'hiver. »

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