Brian Westhouse backstory
Chapitre 15 : Deux-roues
1535 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 19/12/2025 22:46
Septembre 2197 (18 mois depuis le passage)
Marcuria - Arcadia
Brian avait déménagé dans la partie ouest de Marcuria, et tâchait de rester discret. Il avait également changé de look et portait un chapeau quand il allait en ville. Ainsi, il espérait que les gens à qui il devait de l’argent auraient tendance à croire qu’il avait quitté Marcuria. D’ailleurs il ne communiquait plus sa vraie identité aux personnes avec qui il était à présent en affaire, mais le surnom « Deux-roues ». Celui-ci lui avait été donné par un de ces voisins, lorsqu’il le vit pour la première fois passer sur son vélo, qu’il avait fabriqué lui-même. Curieusement, bien que la roue soit connue depuis plusieurs décennies à Arcadia, personne n’avait jamais eu l’idée d’inventer un tel moyen de locomotion. Petit à petit Brian Westhouse le Starkien s’était fait oublier, au profit de Deux-roues, que tout le monde pensait être un natif d’Arcadia, venant d’une lointaine contrée dans les Pays du Sud. Seule la Sentinelle connaissait sa véritable identité.
Sur son vélo, Deux-roues descendit le petit sentier vers les falaises. Puis il ouvrit son sac à dos et en sortit tout le matériel qu’il avait acheté au marché du port, au sud de la ville : des clous, des vis et de la chaux. Il souleva une poutre avec effort, puis l’encastra dans la paroi du fond. Satisfait, il regarda avec fierté les quatre murs porteurs de sa future maison. Le Starkien s’était fait à l’idée qu’il ne retournerait peut-être jamais dans son monde. Mais ne voulant plus vivre à l'intérieur de la cité, ni aller s’installer dans une autre ville, il avait fait une demande au conseil de Marcuria afin qu’il puisse construire sa propre demeure là où se sentait le plus chez lui : la cavité naturelle creusée dans la falaise, au sud-ouest de la Marcuria. Il avait reçu l’autorisation un mois plus tard, ainsi qu’une aide financière, ce qui lui avait permis de démarrer ses travaux. Et en parallèle, il avait lancé un commerce d’objets rares en partenariat avec Umber Ianos, le vieux capitaine pour qui il avait travaillé quelque temps auparavant. Celui-ci lui ramenait de ses voyages dans les Pays du Sud des trouvailles susceptibles d’être revendus à bon prix au marché du port de Marcuria. Les deux hommes se partageaient ensuite les bénéfices de manière équitable.
— Comment progresse ton chantier ? demanda Liam en arrivant par le petit sentier.
— Ça n’avance pas aussi vite que je l’espérais, mais je tiens le bon bout comme on dit.
Il regarda Liam avec attention : celui-ci portait un autre de ses t-shirts criards et avait les deux mains derrière le dos.
— Tu as pu me ramener ce que je t’avais demandé ? questionna Deux-roues.
Le franchisseur lui tendit une bouteille de whisky Glenfiddich, de 18 ans d’âge, et il la prit avec émotion.
— Dire que ça existe encore en 2197 !
— Et c’est toujours très populaire. Par contre je ne sais pas s’il aura le même goût que celui de 1934. C’est peut-être une pâle imitation de celui de ton époque.
Comme Brian regardait le liquide ambré avec fascination, Liam ajouta :
— Et rappelle-toi de ce que je t’ai dit, Brian… pardon, Deux-Roues : c’est la première et dernière fois que je te ramène quelque chose de Stark. Je ne souhaite pas avoir d’ennui avec la Sentinelle.
— Ouais, ouais… Les objets de Stark doivent rester à Stark. Et ceux d’Arcadia à Arcadia. Cet Équilibre de merde ne veut peut-être pas que je rentre chez moi, mais il ne m’empêchera pas d’avoir une bonne bouteille de whisky en souvenir de Stark !
Il hésita à l’ouvrir tout de suite, mais se ravisa. Il se dit qu’il valait mieux la garder pour une grande occasion. Le jour où l’Équilibre en aurait finit avec lui à Arcadia ? Si tant est que ce jour arrive.
— Bon, il faut que je te laisse, s’excusa Liam. J’ai rendez-vous avec Minstrum Tobias.
— Minstrum ?
— Vestrum Norgaar vient de le monter en grade.
Deux-roues pouffa en mettant la bouteille de whisky dans son sac, à l’abri du soleil.
— Et bien en tout cas, je ne l’ouvrirais pas pour fêter sa promotion ! Tu es toujours en train d’espionner la boite pour qui tu bosses pour leur compte ?
Liam hocha la tête.
— La Sentinelle a de lourds soupçons sur les intentions des dirigeants de MTI. Il est probable que ce soit une couverture pour les Éclaireurs.
Il déglutit avec difficulté.
— Tu sais, je prends de gros risques. À ce qu’on dit, ils font la chasse aux franchisseurs dans les deux mondes. Et ils ont dans l'idée de faire de l’un de nous le nouveau Gardien, afin qu’il serve leurs intérêts.
Brian le regarda avec compassion, puis s’exclama avec ferveur :
— Peut-être que si la Sentinelle se remuait le cul, ça arrangerait les choses.
— Tu sais, je te trouve dur avec les Pères ! lâcha Liam en fronçant les sourcils. Ils font ce qu’ils peuvent pour éviter à la guerre d’advenir à Arcadia et limiter le pouvoir des Éclaireurs à Stark. Mais ils sont si puissants...
Deux-roues saisit son marteau et planta un clou dans la poutre qu’il venait d’installer.
— Je n’en doute pas. Si seulement ils étaient moins bornés par leurs vieilles traditions, ils auraient déjà contre-attaqué les Tyrens pour les empêcher de nous nuire.
— Tu sais bien que ce sont des pacifistes.
— Des faibles à l’esprit étroit ! grogna Deux-roues en enfonçant un autre clou.
Liam soupira, se demandant pourquoi il avait abordé le sujet. Il était conscient que Deux-roues, ne changerai pas d’avis.
***
Juin 2198 (plus de 2 ans depuis le passage)
Maison de Deux-Roues - Marcuria - Arcadia
Deux-roues était assis sur son balcon et observait l’océan avec satisfaction. Sa belle demeure de pierres et de bois était terminée et il en était fier. Il avait reproduit d’après ses souvenirs la maison que ses parents possédaient à Boston, là où il avait passé toute son enfance. Il s’y sentait chez lui, à défaut d’être retourné à Stark. Depuis son excursion au mont Tireney, il n’avait plus quitté Marcuria et n’envisageait pas de le faire dans un futur proche. Les tensions entre Ayrede et Tyren s’accroissaient et plusieurs villages frontaliers avaient été attaqués par ces derniers. Comme toujours, la Sentinelle prônait la diplomatie, tandis que les Éclaireurs, qui gagnaient toujours en influence comme l’avait prédit le Dragon Blanc, voulaient ouvertement la guerre. Au nord, dans les plaines de Nehdrah, Roper Klacks continuait ses expériences destructrices depuis son château volant et on disait qu’une partie de la forêt Riverwood avait été détruite. Deux-roues préférait donc rester à Marcuria et attendre que les choses se tassent, si cela devait arriver un jour. Un bruit de pas sur le plancher du balcon le sortit de ses pensées.
— Bonjour Deux-Roues, le salua un jeune livreur Zhid de sa voix aiguë. Voici la carte du Corasan que vous aviez commandé.
Il lui tendit un parchemin roulé et ficelé, puis lui demanda de signer la confirmation de sa réception.
— Merci. Et passe le bonjour à Karek, dit Deux-roues en dépliant la carte.
Le Zhid hocha la tête et repartit poursuivre ses livraisons. Deux-roues s’était mis à collectionner les cartes, ainsi il continuait de voyager d’une autre manière, beaucoup moins chère et plus sûre. En sirotant une liqueur amère, mais bon marché, il observa la Grande Mer où quantité de bateaux naviguaient vers Ge’en, le Corasan ou les Pays du Sud. Il se demanda si un jour il quitterait à nouveau Marcuria, ou s’il passerait le restant de sa vie ici. La menace des Tyrens à l’ouest l’inquiétait, car la ville était très mal défendue et s’ils décidaient d’attaquer, elle tomberait facilement entre leurs mains. Et ce n’était pas la Foix des Pères envers leur foutu Équilibre qui pourrait les sauver, mais bien les armes. Il repensa à Liam, qu’il n’avait pas revu depuis plusieurs mois maintenant, et se demanda si Minstrum Tobias n’avait pas interdit au franchisseur de lui rendre visite. Cela ne l’aurait guère étonné, vu sa rigidité d’esprit. Cela le peinait, car il était son seul lien avec Stark. Deux-roues se mit à espérer que les Éclaireurs arrivent au pouvoir un jour ou l’autre, et dégagent la Sentinelle du conseil d’Ayrede. À cette pensée, Brian sourit en buvant une gorgée de sa liqueur.
« S’ils parviennent à détruire cet Équilibre de merde, les mondes seront réunifiés et je pourrais enfin rentrer chez moi... » songea-t-il.