Chante pour moi
Je m’excuse d’avance pour sa longueur. J’avais le choix entre le diviser en deux chapitres ou le laisser entier, mais j’ai préféré opter pour la seconde option, car je n’avais pas envie de couper dans l’action.
Installez-vous, ça va chauffer !
Chapitre 20 – Menace
«Vous savez, il y a encore tout un tas d’endroits qu’on ne vous a pas fait visiter. Il y a la cascade derrière le château, le grand port avec tous ces bateaux, le champ de betteraves-» Luigi se perdit dans un long monologue enthousiaste, énumérant sans fin les merveilles que Solfège n’avait pas encore découvertes. Comptant chacun de ses exemples sur ses doigts gantés, il avançait d’un pas tranquille à ses côtés pendant qu’ils traversaient l’un des ponts suspendus de la ville Champignon.
«Le monde est si vaste !» Rit Solfège en levant les bras face à toutes ces habitations très colorées. Un sourire radieux illumina son visage, mais son cœur se serra doucement lorsque ses yeux dérivèrent vers les collines lointaines. Elles étaient baignées de lumière, imaginant avec curiosité les terres encore inconnues qui s’étendaient au-delà.
«Il est très vaste, oui…» Murmura Luigi un peu moins assuré, tout en ajustant nerveusement sa casquette verte sur sa tête. De nature très peureuse depuis qu’il était petit, tout ce qui lui était inconnu lui fichait toujours une sacrée trouille.
Ce matin-là, la princesse avait proposé à Solfège de se promener aux alentours du château afin qu’elle puisse se familiariser avec ce qui était désormais son nouveau foyer. Elle voulait, selon ses propres mots, qu’elle s’y sente pleinement à l’aise. Peach mettait un point d’honneur à veiller sur elle, multipliant les petites attentions avec une bienveillance sincère. Solfège en était profondément touchée. Elle n’avait jamais été habituée à recevoir autant de considération sans avoir à la mériter ou à rendre quelque chose en échange. Elle éprouvait déjà une grande affection pour la princesse et ne pouvait s’empêcher de l’admirer pour sa force de caractère.
Toujours souriante, toujours lumineuse, Peach ne se laissait jamais intimider, peu importe qui se dressait face à elle. Pas même les plus redoutables adversaires. Cette assurance la fascinait. Après avoir partagé avec elle et ses amis un petit déjeuner aussi copieux que joyeux, rythmé par les rires et les discussions animées, Solfège avait quitté le château pour découvrir la ville. Partout autour d’elle s’agitaient ces petits bonhommes champignons, toujours joyeux. Ils étaient si adorables ! Mais ce qui l’avait le plus surprise, c’était que Luigi, le frère de Mario, lui proposa de l’accompagner.
Après plusieurs longues hésitations, tiraillé entre son envie d’aider et sa timidité naturelle, il avait finalement trouvé le courage de se joindre à elle. Il avait d’abord prétexté connaître parfaitement les environs, avant d’avouer quelques minutes plus tard qu’il n’était pas sûr de retrouver son chemin dans certains quartiers. Cette maladresse avait beaucoup amusé Solfège, qui s’était aussitôt sentie plus à l’aise en sa compagnie. Et maintenant, ils discutaient comme de bons amis en se promenant dans cette merveilleuse ville animée à toute heure de la journée.
«Que faites-vous lorsque vous rejoignez le monde d’en haut ? Comment est-ce ? Est-ce que c’est aussi beau et coloré qu’ici ? Y a-t-il… Des petites créatures, là-bas ?» S’interrogea soudainement Solfège alors qu’elle se penchait sur la rambarde du pont pour regarder la rue en contrebas. Elle vit un Toad violet lui faire signe de la main, geste qu’elle s’empressa de rendre avec un sourire.
«Oh, eh bien… C’est un monde beaucoup plus ennuyeux que celui-ci. Il n’y a pas de route arc-en-ciel, pas de bonhommes champignons qui parlent, pas de château rose et blanc non plus. Mon frère et moi, on s’occupe de réparer des trucs… Par exemple, hier, on a débouché des toilettes ! Les clients étaient très reconnaissants et on a même reçu un pourboire.» Commença Luigi avec un sourire penaud, rapidement suivi par une grimace d’embarras quand il se rendit compte de ce qu’il venait de lui dire. Riant maladroitement, il se détourna pour murmurer tout bas.
«Mais qu’est-ce que tu racontes, Luigi ! C’est n’importe quoi. Tu parles de toilettes bouchées à une fille !» Il se frappa le front d’un geste théâtral, mortifié par ses propres paroles. Il fallait toujours qu’il perde tous ses moyens au pire moment possible ! Tentant de reprendre contenance, il se tourna à nouveau vers Solfège. Il afficha cette fois un large sourire un peu trop forcé, dévoilant toutes ses dents.
«Hé hé, je veux dire… On fait tout un tas de choses trop cool là-haut ! On est de vraies petites célébrités locales maintenant.» Ajouta-t-il avec une pointe de fierté, bombant le torse et posant ses poings sur ses hanches dans une posture héroïque.
«Je vois.» Solfège fronça les arcades, n’étant pas certaine de comprendre.
«Mario et moi, on forme une superbe équipe. Mais c’est mon frère le plus courageux de nous deux… Ça a toujours été comme ça. Moi, je me contente de le suivre.» Admit-il ensuite avec un petit haussement d’épaules après s’être lui aussi rapproché de la rambarde. Il évitait soigneusement de regarder en bas, le vertige lui nouant déjà l’estomac à la simple idée de jeter un coup d’œil dans le vide.
«Je suis sûre que tu es aussi brave que lui.» Répliqua Solfège avec douceur, ponctuant ses mots d’un clin d’œil complice. Ce qui déclencha un rougissement sur les joues de Luigi.
«B-brave ?! Euh… Oui, bien sûr ! Je n’ai peur de rien, ou presque !» Balbutia-t-il. Embarrassé néanmoins gonflé d’orgueil, il redressa la tête puis attrapa le bout de sa moustache pour la lisser entre ses doigts. Ce qui fit rire Solfège aux éclats.
Mais son rire se dissipa comme un souffle, laissant derrière lui une ombre de tristesse sur ses traits. Ses cheveux rouges glissèrent contre ses joues pâles. Troublé par ce changement soudain, Luigi se pencha vers elle, le regard chargé d’inquiétude.
«Puis-je vous poser une question ?» Demanda-t-il doucement, ses sourcils se fronçant lorsque Solfège tourna la tête vers lui pour croiser son regard. Il fut frappé par la tristesse contenue dans ses yeux verts. À son faible hochement de tête, il reprit prudemment ; «Pourquoi avez-vous l’air aussi triste ? Je veux dire… Vous ne risquez plus rien maintenant.»
Puis elle se mit à réfléchir à sa question. Pourquoi était-elle triste ? La réponse s’imposait à elle avec une évidence cruelle… Mais l’accepter restait terriblement difficile. Solfège détourna les yeux de Luigi pour sortir sa montre à gousset de sa poche pour la tenir entre ses mains jointes au-dessus du vide. Le regard perdu sur les aiguilles qui tournaient, elle sentit son cœur se comprimer alors qu’elle passait distraitement ses pouces sur le métal froid. Il y avait effectivement quelque chose qui la terrifiait… Une échéance qui approchait inexorablement. Et elle savait, au fond d’elle, que cette chose était sur le point de l’atteindre.
Anxieusement, ses doigts se mirent à faire tourner la montre entre ses mains, comme si ce simple geste pouvait ralentir le temps lui-même. Elle aurait voulu arrêter les aiguilles, figer cet instant et conserver encore un peu cette tranquillité fragile. Son regard s’égara une nouvelle fois vers les maisons colorées en contrebas, mais leur éclat ne parvenait plus à la toucher. Toute la joie qui l’animait quelques instants plus tôt s’était dissipée, balayée par cette question pourtant si innocente. Elle était sur le point de lui dire la vérité, mais ayant pris son silence pour un refus de répondre, Luigi finit par poser sa main sur son bras. Son geste était hésitant, presque timide, mais suffisamment doux pour lui faire comprendre qu’il ne cherchait pas à la brusquer.
«Je suis désolé, je ne voulais pas vous faire plus de peine. Mais vous êtes en sécurité avec nous, vous n’avez plus besoin d’avoir peur ! Mario vous protégera. Nous… vous protégerons.» Se corrigea-t-il après une courte hésitation tout en souriant gentiment à Solfège pour tenter de la rassurer. Cette dernière lui rendit ce sourire, touchée par son attention.
Un vent de panique s’était soudainement levé. Interloqués, les deux se redressèrent pour voir que les Toads couraient dans tous les sens en hurlant qu’un intrus était entré dans leur cité. Mais de quoi parlaient-ils exactement ? En quelques secondes à peine, l’atmosphère paisible de Champiville venait de disparaître, remplacée par une agitation générale. Solfège échangea un regard horrifié avec Luigi, qui partageait la même inquiétude, avant qu’ils ne s’élancent tous deux sur le pont. Sans perdre une seconde, ils se dirigèrent vers les élévateurs menant directement à la cour du château. Les cris se multipliaient autour d’eux, provenant de toutes les rues à la fois.
Là-bas, ils croisèrent Peach et Mario, suivis par le général Toad ainsi que des gardes armés, prêts à en découdre avec celui ou celle qui avait pénétré sur leur territoire sans invitation. Tout comme eux, ils avaient l’air inquiets. Peach avançait d’un pas rapide, le visage fermé, cherchant manifestement à comprendre ce qui avait pu provoquer une telle panique. Quelque chose était en train de se produire. Personne ne savait ce qui se passait tandis qu’ils descendirent tous dans la rue principale, où couraient et hurlaient les habitants de la ville. Mario essaya d’obtenir des informations en interpellant un Toad, mais il était trop paniqué pour formuler une phrase complète, alors il le laissa se réfugier dans sa maison qu’il ferma à double tour.
Solfège s’avança de quelques pas, le regard attiré par un mouvement inhabituel au milieu de la foule. Quelque chose, non… quelqu’un lui semblait étrangement familier, courant droit dans leur direction à quatre pattes. Esquivant maladroitement les nombreux Toads affolés, il se frayait un chemin tant bien que mal à travers cette marée de champignons agités. Sa petite taille le désavantageait, et chacun de ses mouvements était guidé par la panique. Effrayé, il laissait échapper de petits cris facilement reconnaissables, au point de surprendre la jeune femme spectatrice.
Le cœur de Solfège manqua un battement. Ses yeux s’élargirent subitement lorsqu’elle réalisa enfin qu’il s’agissait de son jeune ami, Bowser Junior, qui se trouvait là, à quelques mètres seulement d’elle… Son cœur se mit à battre à toute vitesse contre sa poitrine. Que faisait-il ici ?! Elle n’arrivait pas à comprendre comment il avait pu parvenir jusqu’au Royaume Champignon, ni pourquoi il était venu seul. C’était bien trop dangereux pour lui ! Instinctivement, elle se mit à avancer dans sa direction, tandis que la princesse réalisait à son tour de qui il s’agissait et ordonnait à ses gardes de l’appréhender.
«C’est un ennemi !» S’écria-t-elle après être sortie de sa stupeur, la voix teintée d’alarme.
«C’est un enfant !» Rectifia Solfège sans aucune hésitation, déjà lancée dans sa course en direction de Junior avec la peur au ventre qu’un garde ne l’atteigne avant elle. Les deux se rejoignirent au milieu de la rue presque déserte, vidée par la panique. Sans ralentir, Solfège tomba à genoux et ouvrit grand les bras. La petite tortue s’y précipita sans réfléchir, venant s’écraser contre elle dans un élan désespéré. Il enfouit son visage contre celui de Solfège, sa joue pressée contre la sienne, laissant apparaître un sourire empreint d’émotion et de soulagement.
«Solfège !» Bowser Jr. était si heureux de la revoir qu’il ne pouvait s’empêcher de faire gigoter sa petite queue. C’était plus fort que lui !
Sans hésiter, il se blottit plus profondément encore dans ses bras, cherchant ce contact qu’il avait tant regretté. Elle lui avait terriblement manqué. La retrouver ici, au milieu de cette foule de Toads affolés aux cris stridents, relevait du miracle à ses yeux. Il s’accrocha à elle avec une force inattendue, comme s’il craignait qu’elle ne disparaisse à nouveau s’il relâchait son étreinte. Il avait surmonté sa peur des Toads pour venir jusqu’à elle… Un léger ronronnement lui échappa tandis qu’il resserrait ses bras autour d’elle, trouvant enfin un semblant de réconfort. Puis doucement, il releva la tête pour plonger son regard dans le sien juste au moment où elle s’apprêtait à parler.
«Junior, tu n’as rien ? Comment es-tu arrivé jusqu’ici ? C’est très dangereux !» S’inquiéta la jeune femme aux cheveux rouges avant de prendre le Koopa téméraire à bout de bras pour l’examiner à la recherche de blessures. Son cœur battait encore trop vite, mais elle finit par relâcher un léger soupir de soulagement en constatant qu’il était sain et sauf.
«Je suis venu pour te ramener à la maison !» Bowser Jr. hocha fermement la tête, les sourcils froncés avec détermination. Assis sur les genoux de Solfège, tenant d’une poigne désespérée le tissu de sa robe blanche et rose, il se sentit tout à coup intimidé par la présence de la princesse et de ses amis.
«Qu’est-ce que cela signifie ?! J’exige des explications !» Somma Peach une fois à côté de Solfège et du fils de Bowser, qui représentait potentiellement un danger pour ses Toads. Le menton levé et le regard sévère, la princesse posa les mains sur ses hanches lorsque le petit Koopa s’éloigna nerveusement d’eux. Les mains nouées, Junior sursauta en voyant les hallebardes des gardes s’abaisser vers lui.
«Non ! Ne lui faites pas de mal. S’il vous plaît… Il ne représente aucune menace.» Intervint Solfège avec urgence, tendant un bras vers eux pour calmer la tension. Finalement, la jeune tortue reprit son courage à deux mains pour faire part de ses intentions.
«Je suis là pour kidnapper Solfège ! Je veux qu’elle vienne avec moi !» Réclama-t-il avec aplomb après avoir croisé les bras et levé le menton, esquissant un petit sourire prétentieux. Il n’avait pas peur d’eux !
«Et tu comptais faire ça comment, p’tit ?» Lança Mario en grimaçant, levant les mains avec un mélange d’incrédulité et d’amusement face à une déclaration aussi absurde. Savait-il au moins où il se trouvait ? Voilà qui était totalement inattendu ! En revanche, il devait bien admettre que ce petit gars avait du cran, un peu comme son borné de père.
«Toi, je t’ai pas sonné !» Grogna Bowser Junior qui jeta un regard noir en direction des deux moustachus. Ceux-là, il ne pouvait pas les supporter… Même pas en peinture ! Pour lui c’était simple, les ennemis de son père étaient aussi les siens. il ne faisait aucune différence ! Montrant sa petite dent en guise de menace, le Koopa se retourna ensuite vers Solfège pour la regarder avec déception.
«Pourquoi tu es partie ? Tu avais pourtant promis que tu ne m’abandonnerais jamais… Que tu resterais toujours auprès de moi...» Bowser Jr. fit une petite moue tout en jouant avec un gravillon sur le sol. Bien sûr, il exagérait… Elle ne lui avait jamais réellement fait une telle promesse. Mais peu importait. Ce qu’il voulait, c’était qu’elle comprenne. Qu’elle réalise à quel point son absence lui avait fait mal. Face à lui, l’expression ferme de Peach se radoucit subtilement. Cette scène, aussi inattendue que sincère, la touchait plus qu’elle ne l’aurait cru. Il était évident que ces deux-là partageaient un lien particulier. Peinée de voir cette tristesse sur le visage de son jeune ami, Solfège cherchait ses mots, mais elle ne savait pas quoi lui répondre alors ce fut Luigi qui prit la parole.
«Mario, pourquoi est-ce qu’il porte une bavette avec des dents ? Je trouve ça effrayant…» Chuchota-t-il à l’oreille de son frère qui restait impassible malgré tout.
«Poule mouillée.» Répondit Junior avec un petit sourire malicieux, ravi de l’effet que produisait son bandana. Les deux se fusillèrent du regard avant que Mario ne se tourne vers Peach pour lui demander quoi faire maintenant que le fils de Bowser était au Royaume Champignon, inquiet pour la sécurité de la princesse.
«Et maintenant, que faisons-nous ?» Demanda-t-il, le regard passant nerveusement du petit Koopa effronté à Peach apparemment en quête de réponse. Elle refusait catégoriquement de faire de cet enfant un prisonnier, cela allait à l’encontre de ses valeurs les plus fondamentales. Mais au-delà de ses principes, une autre réalité s’imposait à elle. Une telle décision risquait d’attiser la colère du Roi Koopa… Et les conséquences pourraient être désastreuses.
Peach ne pouvait se permettre de mettre tout le royaume en danger pour une décision précipitée.
«Solfège, faut que tu viennes avec moi ! Papa est super en colère depuis que t’es partie ! Il croit que c’est un complot ou un truc du genre ! Il arrive déjà pour tout détruire ! Et… Et je veux pas qu’il te fasse du mal ! Alors viens avec moi, il le faut !» Plaida encore Bowser Jr. d’une voix pleine de désespoir, tout en prenant la main de l’humaine agenouillée dans les siennes.
«Bowser est en chemin ?!» S’exclama le général Toad dans le dos de la princesse. La bouche ouverte de stupéfaction, il redressa d’un geste crispé ses lunettes sur un nez qui n’existait pas ; «C’est impossible ! Nos radars n’ont indiqué aucune menace imminente. Princesse, il essaie de nous déstabiliser ! C’est évident. Nous ne pouvons pas lui faire confiance.»
«Euh… Bah en fait, j’ai peut-être fabriqué un truc pour cacher le château… Du coup vous pouvez plus le détecter. C’est moi qui l’ai fait ! Mais c’était aussi un secret.» Révéla Bowser Jr. un peu gêné lorsque Solfège le fixa avec un air complètement ahuri. Il avait volontairement gardé ce prototype pour lui, sachant pertinemment qu’elle n’aurait jamais accepté la création d’un tel dispositif.
«Qu’avez-vous fait… Qu’avez-vous fait !» Rempli d’effroi, le général Toad posa ses mains sur son grand chapeau, réalisant à quel point la situation était dramatique.
«Tu plaisantes ?!» Mario écarquilla les yeux.
«Oh non…» Gémit Luigi en se cachant derrière son frère, tout aussi choqué par la nouvelle.
«Ça explique aussi pourquoi il a réussi à me capturer par surprise. Le château était indétectable…» Murmura Peach davantage pour elle-même que pour les autres. Ses yeux bleus, confus, se dirigèrent un instant vers le sol, puis elle se tourna vers son général qui ne s’était toujours pas remis de cette annonce.
«Dans combien de temps l’armée Kong sera-t-elle là ?» Enchaîna-t-elle sans attendre.
«Ils sont en chemin ! Ils devraient arriver d’une minute à l’autre.» Répondit-il sur le même ton affolé, tout en regardant frénétiquement sa montre-bracelet pour s’assurer de son information.
«Alors il n’y a pas une seconde à perdre. Bowser sera bientôt à nos portes ! La menace est réelle. Ne traînons pas, il faut évacuer la cité et mettre tout le monde en sécurité le plus vite possible !» Ordonna Peach dans la précipitation. D’un geste rapide, elle fit signe à ses gardes de se mettre en action, reprenant le contrôle de la situation malgré l’urgence.
Tout le monde se mit instantanément au travail. Peach, Mario, Luigi et Solfège se dispersèrent à travers la ville, appelant les Toads, les pressant de quitter leurs maisons au plus vite. Peach élevait la voix pour tenter de couvrir le vacarme ambiant, rassurant les habitants tout en les incitant à garder leur calme. Pendant ce temps, le général Toad tentait tant bien que mal de réguler le flot de civils, donnant des ordres à la hâte pour éviter que la panique ne dégénère complètement. Il envoyait les gardes dans différentes rues afin de vérifier qu'aucun habitant ne restait à l'intérieur des maisons. Des centaines de petits bonhommes champignons affluaient vers le port, se bousculant pour atteindre les bateaux.
La peur se lisait sur chacun de leurs visages. Certains serraient leurs proches contre eux tandis que d'autres regardaient sans cesse derrière leur épaule, craignant de voir surgir l'armée de Bowser. Le souvenir de leur dernière confrontation avec le féroce roi des Koopas était encore bien trop présent, un souvenir qui leur avait coûté la rénovation d'une partie du château de leur belle princesse ! Autour d'eux, le chaos s'installait. Des pancartes renversées jonchaient le sol, des paniers de fruits abandonnés se répandaient dans les rues, et les maisons, désertées à la hâte, restaient grandes ouvertes. Les cris se mélangeaient aux appels des gardes et au claquement précipité des portes que l'on refermait à la hâte. Le temps leur échappait. Chaque seconde comptait… Toutefois, il était déjà trop tard.
Alors que les cris et les pas précipités résonnaient dans toute la cité, une ombre immense s'étendit progressivement au-dessus d'eux. Peu à peu, quelque chose de gigantesque vint occulter les rayons du soleil. Le sol commença à trembler violemment. Les fenêtres des maisons champignons vibrèrent, tintant avec fracas sous l'intensité des secousses provoquées par l'imposant château volant qui surplombait désormais la cité abandonnée. Les derniers Toads encore dans les rues levèrent la tête, certains restant figés devant cette vision familière et terrifiante. Au-dessus d'eux, d'épais nuages noirs s'amoncelaient autour du vaisseau, grondant avec fureur.
Des courants électriques parcouraient leur masse sombre, éclatant en éclairs aveuglants qui zébraient le ciel tandis que la forteresse avançait à une vitesse terrifiante. Comme lors de leur dernière confrontation, l'immense visage menaçant du château de Bowser se dressa face au château perché sur la plus haute colline. Prêt à déchaîner une nouvelle vague de destruction. À cette distance, Solfège pouvait déjà distinguer les immenses mâchoires de pierre qui semblaient prêtes à s'ouvrir sur toute la ville. La plateforme volante recouvrait bientôt la ville entière, alors que les derniers Toads se ruaient vers le port, où ils espéraient trouver la sécurité le temps que leur princesse règle le compte à cet affreux monstre qui voulait s'emparer du pouvoir !
En dépit de sa peur, elle sentit une intense haine la submerger lorsque les énormes boulets d’ancrage furent lâchés pour s’enfoncer dans le sol, écrasant des maisons champignons sur leur trajectoire. Resserrant ses doigts autour de sa lance, la princesse lança un regard noir au vaisseau qui entamait enfin sa descente, suivant du regard la grosse tête de pierre de Bowser. Un frisson glacé parcourut son dos. Au cœur de cette panique générale, Solfège cherchait désespérément Junior du regard, l’ayant perdu dans le flot chaotique de la foule. Elle fut bousculée, mais elle refusait de faire demi-tour. Elle l’appela à plusieurs reprises, sa voix se brisant presque, déformée par la peur, mais aucune réponse ne lui parvint. Il était introuvable.
Ils avaient à peine eu le temps d’évacuer la ville que déjà, l’ombre du château s’étendait au-dessus d’eux, transformant l’horizon en une menace oppressante. Par instants, des éclairs illuminaient brièvement la silhouette titanesque, renforçant son aspect cauchemardesque. Elle n’avait encore jamais vu le château sous cet angle… Et la vision qui s’offrait à elle était profondément intimidante. Prenant quelques pas en arrière, prise de peur, la jeune femme ne pouvait quitter du regard la plateforme qui descendait toujours plus bas vers le sol, écrasant absolument tout sur son passage avec une brutalité indifférente. Horrifiée, sa bouche s’ouvrit béatement tandis qu’elle se réfugia sous un porche pour voir que quelque chose venait de sauter dans le vide depuis la gueule ouverte du Bowser géant.
«Mario !» Gronda une voix profonde et chargée de colère.
Le grand Koopa à épines n’avait même pas attendu que son château termine son amarrage pour se jeter dans le vide. Trop impatient. Il avait attendu ce moment depuis trop longtemps pour prendre la peine de patienter davantage. Sa voix résonnait avec une gravité inhabituelle, plus sombre, plus menaçante encore qu’à l’ordinaire. Il s’écrasa lourdement contre le sol dans un fracas sourd, projetant un épais nuage de poussière tout autour de lui. Lorsqu’il se redressa, ses yeux lançaient un regard meurtrier.
Un de ceux qu’il ne laissait apparaître que lorsque sa rage atteignait son paroxysme. Ses poings se serrèrent avec force, ses griffes grinçant légèrement sous la tension. Sa respiration, lente et lourde, trahissait la tempête qui grondait en lui. Il avança de quelques pas, chaque mouvement habité par une puissance écrasante, puis grimpa sur un champignon renversé pour dominer la scène. De là, il balaya la ville du regard… Avant de fixer sa cible. Mario.
«Tu pensais vraiment que j’allais rester là sans rien faire ?! Assis sur mon trône, à te regarder jouer les héros pendant que TU prends toute la gloire ?! Tu viens de faire la pire erreur de ta vie, Mario !» Rugit-il en levant les bras avec fureur. Ses yeux rougeoyants se plissèrent dangereusement, fixant le petit moustachu en salopette qui courait à la recherche d’un power-up.
Heureusement, la princesse en avait éparpillé un peu partout dans la ville au cas où quelque chose comme ça se produirait. Et elle avait bien fait !
«Ravale ta peur et affronte-moi comme un homme !» Hurla Bowser, hors de lui.
Mario se précipita vers la boîte jaune marquée d’un point d’interrogation, conscient qu’il n’avait que quelques secondes avant que le Koopa furieux ne lui tombe dessus. Sans power-up, il n’avait aucune chance de rivaliser. Et il devait impérativement lui tenir tête le temps que l’armée Kong arrive, sinon ils couraient droit à la catastrophe. Ce scénario n’était même pas envisageable ! Il jeta un bref regard par-dessus son épaule et aperçut Bowser qui descendait de son perchoir. Le simple grondement de ses pas lui fit accélérer le rythme. Sautant sur un petit champignon pour frapper la boîte mystère du poing, il attrapa rapidement l’item qui en sortit dans sa main droite, déjà essoufflé d’avoir autant couru pour l’atteindre.
Sans même regarder de quoi il s’agissait, il l’engloutit tout rond, grimaçant au goût peu agréable. Son corps réagit presque immédiatement. Il grandit tout à coup, ses membres s’allongeant sous l’effet du pouvoir, renforçant à la fois sa force de frappe et sa résistance. Mario observa brièvement ses mains désormais plus imposantes avant de relever les yeux vers son adversaire. Rien de bien extraordinaire, mais au moins cela lui permettait d’encaisser les coups et d’en porter aussi. Perché sur un champignon rouge, Bowser se mit à rire vilement, observant la scène avec un plaisir mauvais. À ses yeux, ce maigre avantage ne changerait absolument rien à l’issue du combat.
«Tu penses pouvoir m’arrêter avec ça ?» Ricana-t-il, ses sourcils épais se haussant avec moquerie sur son front. Il ne manquait pas de culot ! Serrant les poings dans un grognement furieux, il reprit plus bas ; «Cette fois-ci, il n’y aura pas d’étoile pour te sauver la peau !»
Et il allait le faire souffrir autant qu’il souffrait lui-même. Son sourire s’effaça peu à peu, remplacé par une expression bien plus sombre. Libérant son célèbre rugissement, le roi Koopa bondit sur Mario pour engager le combat. Cette rage était incontrôlable, inépuisable, et elle l’alimentait de la tête aux pieds. Il n’avait jamais ressenti pareille colère, pas même lorsque son dernier mariage avait été gâché par sa faute ! Mais ce qui brûlait en lui aujourd’hui dépassait largement une simple frustration. Non, cette fois-ci, c’était totalement différent.
Cette fois-ci, il avait une raison de se battre. Une vraie. Il ne se battait plus uniquement pour conquérir un royaume ou obtenir Peach. Il se battait pour récupérer ce qu’on venait de lui arracher. Il lança ses poings en direction de Mario, mais ce dernier esquiva de justesse avant de lui asséner un coup de poing en pleine figure. La frappe le sonna un bref instant, sans toutefois parvenir à le blesser. Bowser grogna furieusement, puis attrapa un débris de pierre qu’il projeta en direction de l’humain. Plus rapide que lui, Mario réussit à se cacher derrière une maison pour éviter l’impact brutal, qui lui aurait fait perdre son pouvoir à coup sûr.
«D’abord Peach… Et maintenant Solfège ! Qu’est-ce que tu vas me voler après ça ?! Mon royaume ? Mon fils ? Ma vie ?! Tu te mets toujours en travers de mon bonheur ! Tu détruis tout ce que je tente de construire ! Toujours là, à me barrer la route ! Petite chose faible et insignifiante ! J’allais enfin le connaître ! J’allais enfin savoir ce que c’est que d’être aimé ! Et il a fallu que tu gâches tout, encore une fois !» Tonna l’imposante tortue en projetant des décombres vers Mario dans l’espoir de l’atteindre. Sa voix se brisa presque sous la rage. Tremblant de haine, il poursuivit, son regard hystérique fixé sur son ennemi juré ; «C’est pourquoi ça doit se régler ici et maintenant ! C’est entre toi et moi !»
«Alors allons-y ! Que la fête commence.» Provoqua Mario, désormais aussi remonté que lui. Il voulait la bagarre ? Dans ce cas, il allait se battre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un !
Il s’essuya la moustache d’un revers de main avant de laisser échapper un gémissement au moment où un pan de mur fut violemment arraché par Bowser et lancé dans sa direction. Il eut à peine le temps de se décaler pour éviter de se faire écraser. Des éclats de pierre ricochèrent autour de lui, certains venant heurter le sol dans un bruit sec. Il devait se rendre à l’évidence : il ne ferait jamais le poids seul… La tortue ne se fatiguait pas, et ses menaces laissaient entendre qu’il ne s’arrêterait pas tant qu’il n’aurait pas obtenu justice. Mario sentit une pointe d’inquiétude lui serrer le ventre. Il avait déjà affronté Bowser, mais jamais avec une telle détermination.
Acculé contre un mur fissuré, il couvrit rapidement son visage lorsqu’un puissant jet de flammes frappa la maison contre laquelle il s’était temporairement abrité. La chaleur chauffa instantanément la pierre. Une vague brûlante le frappa de plein fouet, rendant l’air difficile à respirer. Soudain, ses yeux se posèrent sur un autre cube jaune enveloppé de fumée. À seulement quelques mètres de lui, suspendu dans les airs comme une lueur d’espoir au cœur de la destruction. Attendant que Bowser reprenne son souffle, Mario se précipita vers la boîte pour en extraire un autre power-up, espérant cette fois obtenir quelque chose d’un peu plus efficace. Il voulut l’avaler d’un seul coup… Mais s’arrêta à mi-chemin en remarquant son apparence, qui rappelait celle d’une fleur…
Après l’avoir effleuré du bout des doigts, un boomerang blanc et bleu se matérialisa dans sa main droite dans un léger éclat lumineux, tandis que ses vêtements changèrent de couleur pour s’accorder à ce nouveau pouvoir. Parfait ! L’attaque à distance était une meilleure option. Avec cette nouvelle arme, il pourrait enfin maintenir Bowser à distance au lieu de devoir encaisser ses assauts de plein fouet. Dans un élan d’enthousiasme, il poussa un cri avant de lancer le boomerang en direction du roi des Koopas. L’arme fendit l’air avec précision, tournoyant à toute vitesse avant de venir heurter Bowser pour le repousser légèrement. Le Koopa recula d’un pas, visiblement surpris par cette attaque qu’il n’avait pas anticipée.
Profitant de cette ouverture, Peach et Toad l’explorateur accoururent vers la place centrale, déterminés à venir en aide à leur ami en difficulté. Leurs pas résonnaient sur les pavés fissurés, encore chauds des flammes qui venaient de les ravager. Cependant, la princesse ralentit quand elle vit l’apparence du Koopa, momentanément pétrifiée devant cette colère d’une ampleur dévastatrice. Elle connaissait Bowser depuis longtemps, mais quelque chose dans son attitude actuelle lui paraissait différent. Plus brutale. Plus personnelle. Tout autour de lui, la destruction s’étendait. Les habitations brûlaient, les structures s’effondraient dans un vacarme assourdissant, et les champignons se consumaient sous des vagues de flammes d’une violence inouïe.
«Mario !» S’alarma-t-elle dès l’instant où le plombier se prit un terrible coup de queue qui le propulsa à travers une fenêtre.
«Je vais t’écrabouiller… Te réduire en pièces ! Tu m’as tout pris, et tu vas le payer de ta vie ! Je vais détruire tout ce qui compte pour toi !» S’égosilla Bowser en recommençant à cracher des flammes sur tout ce qui se trouvait à proximité.
La princesse leva instinctivement les bras pour se couvrir le visage face au vent incandescent qui balaya la rue, repoussant violemment ses cheveux blonds en arrière. Une chaleur brûlante lui fouetta la peau. Devant elle, son royaume s’effondrait comme un château de cartes. Les habitations cédaient les unes après les autres, englouties par les flammes alors que des débris s’écrasaient dans un tumulte violent. Ses yeux, embués de larmes, peinaient à suivre l’ampleur du désastre. Chaque nouvelle maison qui s’effondrait lui donnait l’impression de perdre une nouvelle partie de ce qu’elle avait juré de protéger. Comment allaient-ils pouvoir l’arrêter ?
Elle se le demandait tandis qu’elle courait à la recherche d’une boîte jaune pour venir en aide à Mario avant qu’il ne soit gravement blessé. Les flammes ravageaient les champignons autour d’elle et dévoraient les maisons de ses pauvres Toads dans de puissants tourbillons destructeurs. Elle se sentait impuissante. Son royaume se consumait sous ses yeux… Et cela lui brisait le cœur. Elle refusait pourtant de céder à la panique, continuant de chercher frénétiquement un moyen d’aider Mario. Elle sauta pour récupérer un item dans la boîte lorsque, tout à coup, le puissant jet de flammes s’arrêta. Perplexe et sur ses gardes, Peach tourna la tête pour voir ce qui avait miraculeusement réussi à stopper la furie de Bowser.
La fumée se dissipait lentement, dévoilant la silhouette de Solfège parmi les décombres encore fumants. Faisant courageusement face au roi des Koopas, la jeune femme écarta les bras pour l’empêcher d’aller plus loin, à bout de souffle, la poitrine se soulevant rapidement sous l’effet de l’adrénaline. Elle l’affrontait droit dans les yeux, sans peur ni haine. Son cœur battait à tout rompre, mais elle ne recula pas d’un seul pas. Elle lui barrait la route au péril de sa vie pour sauver le reste du royaume et ses habitants innocents, voulant à tout prix mettre un terme à ce massacre. Les poings de Bowser se relâchèrent progressivement, puis son regard enragé perdit peu à peu de sa violence pour laisser place à quelque chose de plus calme.
Solfège resta immobile pendant qu’il l’observait, toute trace de rage disparaissant dès l’instant où leurs regards se croisèrent. Comme si tout le reste venait de s’effacer autour d’eux. Pour lui, il n’y avait plus ni ville en ruines, ni Mario, ni colère. Il n’y avait plus qu’elle. Cette scène étourdissante choqua Peach qui regardait cet échange silencieux se dérouler à quelques mètres de là, le cœur serré, la peur au ventre à l’idée de voir son amie être blessée à tout moment. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se produire, mais une chose était certaine : Solfège venait d’accomplir ce qu’aucun garde ni aucune attaque n’avait réussi à faire.
«S’il vous plaît… Ne faites pas ça.» Chuchota Solfège en secouant faiblement la tête, sa voix à peine audible dans le silence soudain. Elle ne détachait jamais son regard du sien. Ses yeux verts, doux et sincères, plongeaient dans ceux de Bowser vidés de leur rage. Quelque chose d’autre y brillait à présent… Un sentiment qu’elle avait déjà vu, chaque fois qu’il la regardait ainsi. Quand elle fut certaine qu’il s’était apaisé, elle fit un pas vers lui, réduisant la distance qui les séparait. Puis avec une infinie douceur, elle lui tendit la main, un léger sourire empreint d’affection étirant ses lèvres.
Il était sur le point de lui tendre la sienne…
Lorsque quelque chose entra brutalement en contact avec le grand Koopa.
«Non !» Cria Solfège au moment précis où le pied de Donkey Kong s’abattit violemment contre le visage de Bowser, le propulsant loin d’elle dans un choc brutal. Le grand singe leva les poings en l’air d’un large sourire victorieux, fier de son intervention.
«Hey, désolé pour le retard ! Il y avait un bouchon sur la route. Maintenant, collons-lui une raclée qu’il n’est pas près d’oublier !» Plaisanta ce dernier en frappant dans ses mains pour se préparer à la bagarre, pas le moins du monde intimidé par la tortue cracheuse de feu. Il l’avait eu une fois, mais il n’y en aurait pas une deuxième ! Frappant ses poings contre son torse en poussant un cri de guerre, il fondit sur Bowser, bondit sur lui et atteignit le cube à point d’interrogation se trouvant juste au-dessus de sa carapace épineuse. Il reçut le pouvoir de la cerise, ce qui le dédoubla. Comme ça, quatre fois plus de coups !
«Let’s a go !» Mario rejoignit rapidement son ami au combat, lançant son boomerang sur des Koopas ailés qui avaient finalement décidé de venir se battre en voyant leur monarque au sol. Toad profita de cette occasion pour aller chercher Solfège et la conduire loin de la zone.
«Il faut y aller ! Je dois te mettre en sécurité. C’est trop dangereux de rester dans les parages !» S’empressa-t-il de dire en prenant la main de l’humaine dans la sienne pour l’entraîner avec lui vers le port. Il tira désespérément sur sa main, mais elle résistait.
«Non, lâche-moi !» Protesta-t-elle en tirant sur son bras pour se dégager, tentant de freiner le Toad qui insistait pour l’emmener avec lui. Mais il refusait de relâcher sa prise, déterminé à la mettre à l’abri malgré ses protestations.
Étendu sur le sol après avoir encaissé un violent coup dans les côtes, Bowser leva les yeux au son de la petite voix de Solfège au loin. Ses griffes s’enfoncèrent profondément dans la terre, labourant le sol sous la pression, tandis que de sourds grognements lui échappaient. Son attention se détourna de Mario pour se concentrer entièrement sur elle. Au moment où il comprit ce qui se déroulait, une nouvelle vague de colère monta en lui, plus brûlante encore que la précédente. Ses pupilles se rétrécirent dangereusement. La voir ainsi retenue contre son gré réveilla quelque chose de viscéral en lui, une volonté presque incontrôlable de la rejoindre. Dans un rugissement terrifiant, il se redressa d’un mouvement brusque, prêt à se ruer vers elle.
Mais Donkey Kong, son double et Mario ne lui en laissèrent pas le temps. Leurs coups s’abattirent sur lui, le projetant violemment contre une maison champignon qui s’effondra sous l’impact. Il fut enseveli sous les débris. Cependant, ce n’était pas suffisant pour le calmer, loin de là ! Jetant ses griffes acérées pour repousser les deux singes, il aboya à ses soldats restants de se débarrasser d’eux le temps qu’il s’occupe personnellement de Mario. Son regard ne quittait plus le plombier, comme s’il représentait le dernier obstacle entre lui et Solfège. Il réussit à lui administrer un violent revers qui le propulsa plusieurs dizaines de mètres plus loin, l’impact étant suffisamment fort pour lui faire perdre son power-up.
«Tu ne peux rien contre moi !» Bowser se mit à rire machiavéliquement, son visage se déformant en une expression terrifiante pour le petit bonhomme qui se glissait sur le sol à la recherche d’une cachette.
«Je suis plus fort que toi, tu ne peux pas me battre ! Personne ne le peut.» Vociféra le Koopa après avoir soulevé une grande pancarte dans l’intention de la lui balancer, sauf que Donkey Kong intervint.
«Je ne parierais pas là-dessus, mon gros !» Se moqua le grand singe avec assurance. D’un mouvement rapide, il leva le pied et dévia la pancarte en pleine trajectoire. L’objet fut projeté sur le côté avant de s’enfoncer dans le sol derrière lui.
Plus loin, Solfège se faisait toujours entraîner de force par Toad, qui refusait catégoriquement de la laisser en arrière.
«Laisse-moi y aller, je peux le convaincre de tout arrêter ! Je peux mettre un terme à tout ça !» Lui dit-elle dans la panique, tirant sur son bras pour tenter de se libérer de l’emprise du petit champignon. Il avait beaucoup de force, mine de rien.
«Hors de question, tu vas être blessée ! Il est devenu incontrôlable !» Toad secoua vivement la tête, refusant d’abandonner sa nouvelle amie à une mort certaine. Il tira sur sa main dans un gémissement pour l’empêcher de rejoindre le combat, mais soudain ses doigts glissèrent, et la jeune femme se rua vers l’affrontement.
«Solfège, reviens !» S’affola Toad après s’être écroulé au sol.
Fou de rage, Bowser tenta de repousser toutes ces attaques coordonnées, mais ses mouvements perdaient en précision à mesure que la fatigue s’installait. En face, Peach et Mario revenaient à la charge avec de nouveaux power-ups. La princesse, armée d’une Fleur de Feu, projetait des flammes avec détermination tandis que Mario, ayant de nouveau reçu un Super Champignon, retrouvait en puissance et en endurance. Le combat était acharné. Autour d’eux, une partie de la cité n’était plus que ruines et cendres, ravagée par la folie destructrice du roi des Koopas. Chaque coup porté rapprochait le combat de son dénouement. Pourtant, tout n’était pas perdu. Il restait encore beaucoup de choses à sauver…
Notamment les Toads, regroupés au port avec Luigi. Et Peach était bien décidée à les protéger. Coûte que coûte. Leur vie en dépendait. À trois, ou plutôt quatre grâce au pouvoir de la Cerise, ils prenaient peu à peu le dessus sur Bowser. Sous la pression constante, la tortue montrait enfin des signes de faiblesse. Pris sous un déluge d’attaques coordonnées, il cherchait en vain une ouverture pour reprendre l’offensive. Les coups pleuvaient de toutes parts, l’obligeant à reculer, à encaisser sans relâche. Ses gestes devenaient désordonnés. Ses griffes fendaient l’air à l’aveuglette, sans plus atteindre leur cible.
Donkey Kong utilisa la force de son double pour soulever un champignon bleu géant, leurs muscles tendus sous l’effort, avant de l’abattre avec puissance sur Bowser. Au même instant, Peach lança une série de boules de feu qui frappèrent leur cible sans en manquer une seule. Harcelé de tous les côtés par ces assauts incessants, il poussa un dernier hurlement redoutable avant de s’effondrer à plat ventre sur le sol. L’impact fit trembler la terre sous lui, un nuage de poussière s’élevant dans les airs. Il tenta de se relever, ses griffes raclant le sol à la recherche d’un appui. Mais la force lui manquait.
Dans un faible gémissement, il retomba lourdement dans la poussière. Il avait perdu… Encore une fois. Abattu par cette nouvelle défaite, le Koopa géant redressa lentement la tête. Mario se tenait devant lui, immobile, les sourcils froncés et les poings serrés le long du corps. Il resta ainsi quelques secondes, observant son ennemi vaincu avec une expression sévère. Les lèvres pincées, les yeux plissés, il attendait de voir si Bowser tenterait encore quelque chose. Le Koopa ne détourna pas les yeux, malgré la honte et l’amertume qui lui brûlaient la poitrine. Puis, après quelques secondes suspendues, Mario leva le poing, prêt à lui porter le coup de grâce.
Cependant, le coup ne vint jamais.
Bowser rouvrit doucement les yeux pour découvrir que Solfège s’était interposée entre lui et Mario, sa petite main tendue vers son poing toujours suspendu au-dessus de lui. Penchée au-dessus du roi à terre, elle utilisait son propre corps comme un bouclier. Sa respiration était erratique et saccadée, implorant Mario du regard de ne pas porter ce dernier coup. Elle ne disait rien, mais tout en elle le suppliait d’arrêter. Bowser resta figé, déconcerté par le fait qu’elle puisse risquer sa vie pour le protéger après l’avoir vu déchaîner toute sa fureur. Autour d’eux, la scène figea la place entière. Personne n’osait bouger. Tous regardaient, stupéfaits, l’intervention de l’humaine aux cheveux de feu pour protéger le terrible Bowser.
Ce geste désespéré les sidérait. Ils n’en revenaient toujours pas qu’elle prenait la défense du tyran… Même après tout ce qu’il avait fait comme dégâts. Peach elle-même demeura silencieuse, partagée entre l’incompréhension et la crainte de voir Solfège se mettre à nouveau en danger. L’autre jeune femme resta ainsi quelques secondes, sans faire le moindre mouvement, maintenant cette fragile barrière entre eux. Puis, lorsqu’elle fut certaine que Mario n’irait pas plus loin, elle abaissa lentement sa main avec un soupir de soulagement. C’était moins une… Dans un petit hochement de tête, elle le remercia silencieusement avant de se tourner à nouveau vers le Koopa étendu au sol.
Maintenant que le combat était terminé, Junior réapparut entre les décombres pour rejoindre la scène, le cœur serré après avoir été témoin de la rage incontrôlable de son paternel. Il l’avait vu se battre. L’avait vu tomber. Et maintenant… Il avait peur. Car il avait été salement amoché par Mario et sa bande… Allait-il bien ? S’en remettrait-il ? Il aurait voulu courir vers lui, mais la vision de son père aussi affaibli le paralysait presque. Ses pas hésitaient. Il avançait prudemment entre les ruines, contournant les débris encore fumants, les yeux rivés sur la silhouette étendue de son père.
Aidant Bowser à se redresser en lui prenant les mains, Solfège était sur le point de prendre la parole pour lui dire combien elle s’était inquiétée, mais les derniers rayons du soleil disparaissant derrière les collines l’arrêtèrent. Son sourire disparut aussitôt de son visage. Ses yeux verts, soudain inquiets, se tournèrent vers l’horizon pour observer le coucher de soleil qui baignait le château rose et blanc d’une douce lueur dorée. Il était trop tard… Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine, la poussant à sortir rapidement sa montre à gousset pour la regarder avec effroi. L’aiguille se rapprochait dangereusement du douze. Le temps lui échappait, elle n’en avait plus. Cette fois, elle ne pouvait plus repousser l’échéance.
Se retournant vers Bowser, qui la regardait avec incrédulité face à son comportement étrange, elle se dépêcha de prendre sa main dans la sienne. Elle y glissa ensuite la précieuse montre au creux de sa paume. Sa peau était chaude au toucher. Elle s’y attarda un instant, ses doigts effleurant les siens, comme pour en graver la sensation dans sa mémoire. Elle aurait voulu avoir le pouvoir d’arrêter le temps… Juste pour voler un instant. Émue, elle referma doucement ses doigts autour des siens, retenant encore sa main, puis resta un moment ainsi avant de lever les yeux vers lui.
Elle lui adressa un sourire triste devant cette confusion qui ne quittait plus son visage marqué par les nombreux coups. Bowser voulait lui poser mille questions, mais aucun son ne franchissait ses lèvres. Elle pouvait sentir le regard des autres peser sur elle, mais n’y prêta aucune attention alors que les derniers rayons du soleil venaient caresser son visage, faisant ressortir la couleur rouge de ses cheveux. Ses doigts s’attardèrent sur ceux du roi Koopa, refusant de rompre ce contact. Mais déjà, sa vision se troublait sous l’effet des larmes. Et la pression dans sa poitrine ne cessait d’augmenter. Elle savait qu’elle devait partir, mais son cœur refusait encore de l’accepter.
«Ne m’oubliez pas…» Réussit-elle à dire d’une voix tremblante brisée par les larmes, lui offrant un dernier sourire sincère. Un sourire doux. Un sourire d’adieu.
Bowser tendit son autre main vers elle mais au tout dernier tic de la montre, Solfège s’évapora juste sous leurs yeux pour lentement disparaitre dans la brise.
À suivre…
J’espère que ça vous a plu 😉
À bientôt, VP