Une question de volonté
Chapitre 9 : Quand les portes claquent
3348 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 15/09/2026 21:26
~ Chapitre 8 ~
Quand les portes claquent
Dans le salon – réflexion
Assise dans le canapé, pour la première fois depuis le début de la soirée, Sam attrapa la tasse de café que Janet lui tendait avec un léger soupir de reconnaissance.
La chaleur de la porcelaine se diffusa lentement dans ses mains, mais ne parvint pas à dissiper le froid qui s'était installé en elle. Une culpabilité soudaine et dévorante venait de supplanter sa colère.
À bien y réfléchir, elle n'avait jamais réellement été en colère contre Joan. Inquiète, oui. Terrifiée même. Mais certainement pas en colère.
Elle revoyait encore l'adolescente assise sur le canapé, incapable de répondre à ses questions. Et elle se revoyait, elle, debout devant elle, les bras croisés, enchaînant les interrogations avec la même méthode qu'au cours d'un débriefing du SGC.
Elle avait voulu comprendre ce qui s'était passé.
Joan, elle, avait eu l'impression d'être mise en accusation.
Sam ferma les yeux. Le pire… c'était qu'elle connaissait cette sensation.
Pendant toute son enfance, son père avait souvent confondu inquiétude et discipline. Lorsqu'il avait peur pour son frère ou pour elle, il devenait plus militaire encore. Les questions succédaient aux ordres, les explications aux rappels du règlement.
À l'époque, elle s'était juré qu'elle agirait autrement si un jour elle avait des enfants.
Et voilà qu'elle venait de faire exactement la même chose.
Sam laissa échapper un souffle amer. Elle n'avait jamais demandé à devenir tutrice…
Lorsque son père et le Général Hammond lui avaient parlé de sa petite cousine de onze ans devenue orpheline après une tragédie, elle avait sincèrement pensé qu'ils s'étaient trompés de personne.
Elle était astrophysicienne. Officier de l'US Air Force. Elle passait sa vie hors de la planète. Elle dormait plus souvent à la base que chez elle.
Elle n’avait rien. Absolument rien d’une mère de famille.
Et pourtant…
Les premiers jours lui revinrent brusquement en mémoire. La chambre préparée à la hâte.
La maladresse des premières approches. Les repas où une seule voix parlait.
La sienne.
Joan, elle, restait silencieuse. Elle répondait par un hochement de tête, un haussement d'épaules ou un simple regard avant de replonger dans sa lecture.
Pendant près d'une semaine, Sam avait remis en question chacune de ses actions, chacun de ses choix.
Puis Janet lui avait simplement dit : « Tu n’as pas besoin d’être parfaite Sam. Laisse la venir vers toi. »
Et cette phrase l'avait bouleversée.
Alors elle avait continué, sans si elle faisait les choses correctement.
Avec le temps, les silences avaient laissé place aux discussions, puis aux plaisanteries, aux défis scientifiques, aux soirées pizza et aux interminables débats sur la meilleure façon de résoudre un problème de physique.
Et sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, Joan avait fini par se rapprocher d’elle, se laisser apprivoiser, jusqu’à se sentir vraiment chez elle.
Mais ce soir… Une seule parole avait suffi.
"Major. "
Pas "Sam".
Pas même un reproche. Juste un grade.
Comme si, en l'espace d'un instant, tout ce qu'elles avaient construit venait de disparaître derrière un uniforme.
Sam baissa les yeux vers sa tasse. Une pensée lui traversa l'esprit, simple et douloureuse :
Et si elle avait raison ?
Et si je n'étais finalement qu'un officier essayant de jouer à la famille parfaite ?
o-O-o
Couloir – deuxième porte à droite
Une faible lumière filtrait sous la porte de la chambre de Joan lorsque Cassandra s’engouffra dans l’obscurité du couloir. Elle s’arrêta un instant derrière la porte, écoutant, discrètement, un son, un indice, quelque chose pouvant lui permettre de prendre la température de l’humeur de la jeune fille.
N’entendant rien de particulier, elle se risqua à frapper à la porte. La réponse ne se fit pas attendre.
« Laissez-moi tranquille »
« Et sinon ? tu peux arrêter d’être plus insupportable que moi. » répondit machinalement l’adolescente en levant les yeux au plafond. « C’est bon Joan, c’est juste moi… »
Le silence s’installa quelque instant.
Et puis…
« C’est ouvert »
Cassandra poussa prudemment la porte, non par crainte de voir surgir de la chambre un Goa’uld ou autre menace interplanétaire, mais surtout parce qu’elle savait très bien comment on pouvait se sentir après ce genre de moment. Une intrusion trop brusque dans son espace vitale et la colère pouvait remonter d’un coup.
La chambre était plongée dans une semi-obscurité, une veilleuse avait été allumée à la hâte dans un coin de la pièce, sans doute involontairement à en juger par le sac qui avait atterri sur la commode.
Joan était assise au pied du lit, les genoux repliés contre elle, le regard fixé sur le sol.
Entrant prudemment dans la chambre, Cassandra referma doucement la porte derrière elle, laissant l’angoisse des adultes et la tension du salon loin derrière elles. Puis elle posa délicatement l’assiette sur le bureau.
« Tiens. J’ai réussi à te sauver un peu de pizza. »
« J’ai pas faim. » répondit Joan sans relever la tête
« Oui, je m’en doutais. C’est ce que j’ai répondu à maman, mais j’ai eu le droit à un c’est un ordre. Tu sais avec ce petit air qu’elle a de médecin chef au SGC. »
Joan laissa échapper un petit souffle par le nez, qui ressemblait presque à un rire.
Presque.
« Elle m’a donné ça aussi. » Cassie lui tendit la poche de glace avec un petit sourire. « Pour ta main »
« C’tait pas la peine… j’ai pas mal » marmonna la gamine en prenant tout de même la peine de prendre la poche de glace.
« Bien sûr » répliqua Cassie en s’installant par terre en face d’elle.
Le silence s’installa confortablement dans la pièce, Cassie prit le temps de regarder autour d’elle. Elle connaissait cette chambre, sur le bout des doigts. Vu le temps qu’elle avait passé avec Sam d’abord, et puis avec Joan. Mais ce soir, elle avait l’impression de redécouvrir les lieux.
Les livres empilés sur le bureau. Des affiches d’astronomie sur les murs. Un télescope près de la fenêtre. Des étoiles phosphorescentes au plafond. Une balle de baseball sur la table de nuit. Et soudain un souvenir.
La première fois qu’elle avait rencontré Joan, dans cette même chambre. Elle avait trouvé une petite fille assise sur le rebord de son lit, serrant contre elle son sac à dos, son sac de voyage toujours intact à ses pieds.
Joan ne parlait pas. Elle regardait tout simplement autour d’elle avec cette prudence étrange des enfants qui ont déjà trop perdu. Janet lui avait rapidement parlé de ce que Joan venait de vivre et Cassie, elle, ne savait absolument pas quoi faire.
Alors elle avait parlé. Beaucoup trop.
Elle lui avait raconté que Sam oubliait parfois de manger quand elle travaillait. Que Jack ouvrait toujours le réfrigérateur en espérant y trouver quelque chose de meilleur que ce qu'il contenait. Que Daniel pouvait transformer une question simple en conférence d'une heure. Que Teal'c était beaucoup plus drôle qu'il n'en avait l'air, même si personne ne comprenait toujours ses plaisanteries. Et que Janet faisait les meilleurs pancakes du Colorado.
Pendant tout ce temps, Joan n'avait pas prononcé un mot. Elle écoutait seulement. Parfois, son regard glissait vers la porte, comme si elle s'attendait à ce que quelqu'un vienne lui annoncer qu'il y avait eu une erreur et qu'elle devait repartir.
Cassie se souvenait avoir ressenti un mélange étrange. De la curiosité. Un peu de jalousie aussi. Parce que cette inconnue allait désormais partager sa mère, Sam et toute cette drôle de famille qu'était SG-1.
Mais elle se souvenait aussi d’avoir ressenti une immense compassion. Elles se ressemblaient plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Toutes les deux savaient ce que cela faisait de perdre sa famille.
Alors, sans vraiment savoir pourquoi, elle avait continué à parler. En espérant qu'un jour, Joan finirait par répondre.
Le souvenir s'effaça.
Cassie reporta son regard sur Joan. Elle n'était plus cette petite fille silencieuse désormais, mais elle retrouvait aujourd'hui le même regard perdu.
o-O-o
Dans le salon – débriefing sur les ados.
Sam fixa longtemps le café qui refroidissait entre ses mains. Elle avait affronté des Goa'ulds, traversé des galaxies inconnues, pris des décisions dont dépendait parfois le destin de la Terre entière et pourtant rien ne lui avait jamais semblé aussi compliqué que cette soirée.
Elle jeta un petit coup d’œil vers l’escalier qui menait aux chambres.
« Je devrais peut-être aller la voir ? » Finit-elle par dire en laissant échapper un soupir.
Janet releva doucement la tête.
« Sam... Non. Laisse-lui un peu de temps. Cassie est auprès d’elle déjà. »
« Je n’aurais pas dû réagir comme cela... »
Personne ne répondit immédiatement. Peut-être encore un peu sous le choc, peut être aussi légèrement sonné par l’inquiétude de la soirée qui retombait maintenant petit à petit. Chaque personne dans cette pièce connaissait Joan. Ses traumatismes, son attitude, son obsession pour la physique et la glisse, sa capacité a transformé l’absurde en problème scientifique, ses raisonnements d’adulte du haut de son jeune âge. Mais personne encore ne l’avait vu réagir ainsi.
Et surtout pas vis-à-vis de Samantha.
Daniel la regarda avec bienveillance.
« Tu étais inquiète. Nous l’étions tous. »
« Justement. Elle était rentrée. Elle allait bien. J'aurais dû attendre. La laisser respirer quelques minutes. Au lieu de ça, je lui suis tombée dessus avec une liste de questions. »
Sa voix se fit plus basse.
« J'ai confondu inquiétude et contrôle. »
Jack, jusqu’ici en retrait, s'appuya alors contre le dossier du canapé, juste à côté de Sam.
« Carter. »
Elle ne répondit pas.
« Vous savez ce qui vient de se passer ? »
« Oui. »
« Non. » répondit-il en croisant les bras.
« Vous venez de vous faire envoyer promener par une adolescente. »
« Je ne vois pas en quoi c'est rassurant. » releva Sam en levant les yeux vers lui.
« Moi, si. »
Elle le regarda sans comprendre tandis qu’un léger sourire se dessina sur le visage de Jack
« Ça prouve qu'elle est normale. »
« Pardon ? » Daniel leva un sourcil.
« Une ado qui claque une porte, répond à l'autorité et monte s'enfermer dans sa chambre ? » Jack leva les mains. « Franchement, je commençais presque à m'inquiéter qu'elle soit trop sage. »
Janet ne put retenir un sourire et Daniel secoua la tête
« Jack... »
« Quoi ? Regardez les faits. Elle fait du skate, oublie les horaires, répond aux adultes... » Il désigna l’escalier d’un signe de la tête. « Félicitation Carter. C'est une ado tout ce qu’il y a de plus normal. »
Les paroles de Jack aurait dû la rassurer. Et d'une certaine façon, elles y parvenaient. Pas complètement, mais suffisamment pour desserrer un peu l'étau qui lui comprimait la poitrine.
« Elle ne m’avait jamais parlé comme ça » laissa-t-elle échappé dans un souffle
« Quand j’avais son âge, je répondais pareil à mon père. »
Sam tourna la tête vers lui.
« Vraiment ? »
Jack leva les yeux au plafond faisant mine de réfléchir quelque seconde.
« Non… Mais je courrais plus vite que lui. »
Même Janet ne put retenir un rire pendant que Sam esquissa un sourire amusé. Daniel, lui, fronça les sourcils.
« Les comportements oppositionnels à l'adolescence sont pourtant parfaitement documentés. Ils correspondent généralement à une phase normale de construction de l'identité et de prise d'autonomie... »
« Daniel. » L’interrompit Jack en levant immédiatement une main.
« Oui ? »
« Tu as réussi à transformer une crise d'ado en conférence universitaire. »
« Je fais simplement remarquer que… »
« Mauvaise idée. »
Daniel secoua la tête, abandonnant la partie.
Jack observa quelques secondes sa tasse de café avant de reprendre sérieusement.
« De toute façon, les adolescents, c'est comme les Goa'ulds. »
Daniel releva aussitôt la tête.
« Je suis presque certain que cette comparaison est fausse. »
« Ils sont imprévisibles. »
« Beaucoup d'espèces le sont. »
« Ils occupent votre maison. »
« Jack... »
« Ils mangent toute votre nourriture. »
« Ça c’est bien vrai. » affirma Janet malgré elle.
« Et ils répondent à toutes vos questions par des grognements. »
Daniel ouvrit la bouche. Mais Jack ne lui laissa pas le temps de parler.
« Ils ont aussi une capacité surnaturelle à vider un réfrigérateur que tu venais pourtant de remplir. »
« Jack, je crois que tu viens de nous révéler une importante vérité. » déclara Daniel avec un petit sourire amusé.
« Qui moi ? »
« Oui, il est indéniable que tu es toi-même encore un ado »
Janet laissa échapper un petit rire cristallin et Sam ne put s’empêcher de sourire. Même Teal’c se risqua à un sourire amusé tandis que Jack balançait un coussin sur la tête de Daniel.
o-O-o
Chambre de Joan – QG d’ado
« J’ai fait une conn’rie pas vrai ? » Demanda Joan en relevant la tête vers Cassandra.
« Disons… que ce n’était pas très cool » répondit Cassie en observant l’adolescente en face d’elle.
Joan ne paraissait ni triste, ni fermé, mais simplement fatiguée. Les cernes invisibles à son arrivée commençaient à se dessiner sous ses yeux brillants. L’adrénaline de son retour, de sa chute et de sa dispute avec Sam devait très certainement retomber, laissant place à un vide et un grand poids sur le corps frêle de l’adolescente.
« … » Joan poussa un long soupir en guise de réponse.
« Surtout ce que tu as dit à Sam »
« …. »
« Le "Major" »
Joan détourna immédiatement le regard.
« J'ai paniqué »
« Je sais. »
« Et puis tout le monde me regardait... »
« Je sais. »
Cassandra resta volontairement silencieuse, laissa sa jeune amie revenir vers elle.
Avec le temps, elle avait suffisamment appris à connaitre Joan, pour comprendre ses silences. Ce temps qu’elle prenait pour analyser et comprendre. Joan parlait peu, et rarement pour ne rien dire.
« Je ne voulais pas dire ça... »
« Je sais aussi… » répondit doucement Cassandra. « Mais ça l’a blessée. »
Cette fois Joan tourna brusquement la tête vers Cassandra et fronça les sourcils.
« Ça va… elle va s’en remettre. »
« C'est justement ça le problème. » Cassie secoua doucement la tête. « Tu la connais comme la scientifique du SGC. Celle qui réfléchit avant d'agir, qui garde toujours son calme et qui trouve une solution à tout. »
Elle marqua une pause, le temps de changer de place pour venir s’installer au pied du lit juste à côté de Joan.
« Moi, je la connais aussi quand elle rentre à la maison. »
Joan ne répondit pas, se contentant simplement de baisser la tête.
« Tu sais combien de fois elle a regardé par la fenêtre ce soir ? »
« …. ».
« Moi non plus. J'ai arrêté de compter. » Elle esquissa un léger sourire. « Jack faisait semblant de regarder le film, mais il surveillait Sam toutes les cinq minutes. Maman essayait de la rassurer. Daniel disait que tu étais sûrement à la bibliothèque. »
Elle inspira doucement.
« Et Sam... elle faisait semblant que tout allait bien. »
Joan resserra ses genoux contre sa poitrine et posa son menton dessus en fixant la poche de glace qu’elle avait abandonné.
« Mais tu sais ce qui lui fait le plus peur ? » poursuivit Cassie d’une voix plus basse.
« ... »
« Ce n'est pas les Goa'ulds. » Un mince sourire passa sur ses lèvres. « Ni les Réplicateurs. »
Elle regarda Joan.
« C'est de perdre les gens qu'elle aime. »
Joan resta immobile.
« Alors quand tu es rentrée avec plus de trois heures de retard... » Cassie haussa légèrement les épaules. « Je crois qu'elle avait déjà imaginé le pire. »
Un silence s'installa. Joan tourna la tête vers Cassandra, les yeux brillant de larmes qu’elle refusait de laisser couler.
Joan ne pleurait pas. Ou très rarement.
A vrai dire, Cassie ne l’avait jamais vu pleurer depuis qu’elle avait débarqué chez Sam. Était-ce la fatigue, la culpabilité, la confusion de cette étrange journée ?
« Je ne l’ai pas fait exprès. » murmura-t-elle doucement.
« Je sais aussi. » répondit Cassandra en passant son bras autour de son épaule pour l’attirer vers elle. « Mais tu sais… moi aussi je me suis demandé ce que tu faisais. »
De nouveau, le silence s’installa dans la chambre. Dans le couloir, des voix étouffées provenaient du salon.
Joan posa sa tête sur l’épaule de Cassandra et ferma les yeux.
Pour la première fois depuis son retour, Joan aurait voulu pouvoir remonter le temps de quelques heures.
o-O-o
Salon – Conférence interplanétaire sur les ados.
Les éclats de rire précédents laissèrent place, quelque instant, à un petit silence, léger et rassurant.
Jack croisa les bras et leva les yeux vers le plafond, un léger sourire taquin sur le visage.
« Je me demande si les adolescents existent sur toutes les planètes. »
Daniel répondit immédiatement :
« Très probablement. Les comportements de prise d'autonomie sont observables dans de nombreuses sociétés humaines depuis l'Antiquité... » Jack l’interrompit une fois encore en levant la main.
« Daniel. »
« Oui ? »
« Tu n'as même pas attendu que je finisse ma phrase. »
« Tu l'avais finie. »
« Non. Je voulais juste savoir si les Goa'ulds avaient aussi droit à une crise d'adolescence. »
Personne ne répondit, mais Teal'c, qui suivait jusque-là la discussion légèrement en retrait et avec cette façon bien à lui d’écouter silencieusement, prit la parole avec son calme habituel.
« Sur Chulak, les jeunes Jaffa traversent effectivement une période de défi envers l'autorité. »
Jack se tourna vers Sam avec un sourire.
« Ah ! Voilà ! » Il désigna Teal'c. « Et maintenant, préparez-vous. Vous allez découvrir que sur Chulak, ils règlent ça avec des lances et une montagne. »
« En effet O’Neill » répondit Teal'c en inclinant la tête avant de poursuivre.
« Sur Chulak, les jeunes Jaffa qui défient publiquement l'autorité de leur maître d'armes sont soumis à une épreuve disciplinaire. »
« Je sens que je vais encore regretter cette conversation... » soupira Jack.
Daniel, au contraire, sembla intrigué.
« Quelle épreuve ? »
« Ils doivent gravir la falaise sacrée de Dak'kara avant l'aube, sans arme, sans nourriture et sans assistance. »
Un silence.
« C'est tout ? » demanda Jack.
« Non. » Teal'c poursuivit comme s'il énonçait une évidence.
« Arrivés au sommet, ils doivent affronter un Mastadge sauvage afin de prouver leur maîtrise de leurs émotions. »
Daniel cligna des yeux.
« Un... Mastadge ? »
« Une créature d'environ quatre cents kilo, dotée de deux paires de défenses. »
Jack resta bouche bée.
« Vous punissez vos adolescents en les envoyant combattre un rhinocéros extraterrestre ? »
« Cette méthode est réputée très efficace. »
Janet porta une main à sa bouche pour dissimuler un sourire. Daniel éclata de rire. Sam laissa échapper un souffle amusé.
« Et combien survivent à cette... leçon d'éducation ? »
Teal'c réfléchit une seconde.
« La majorité. »
Jack secoua la tête et se tourna vers Sam.
« Carter. Si vous voulez, nous pouvons envoyer votre gamine sur Chulak. Qui sait si elle claquera la porte au nez du masmachinchose là »
« Mastadge » rectifia naturellement Teal’c.
« Oui voilà, ce... Chose. Ou sinon… »
« Sinon ? » demanda Sam curieuse
« Sinon vous pouvez la privée de skate et de bibliothèque pendant une semaine, mais ça ressemblera presqu’à des vacances. »
Et pour la première fois depuis que Joan avait claqué la porte, Sam se laissa échapper un léger rire, bien vite imité par l’ensemble du salon.