Les échos du passé

Chapitre 10 : Chapitre 10 : Situation délicate

14850 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/05/2026 16:16

Woolsey les attendait de pied ferme. Quand il vit la mine basse des deux hommes et l'enfant évanouie dans les bras de son père, il comprit aussitôt que quelque chose de grave était arrivé.

 

-       « Bon sang Colonel Sheppard ! s'exclama le bureaucrate. Mais qu'est-ce qu'il...

-       Du calme Woolsey, tout va bien… le coupa John. Enfin… Façon de parler. Ronon et Teyla aident le peuple Alénien, mais je dois immédiatement amener Kalia à l’infirmerie…

-       Et vous aussi, on dirait, grimaça Woolsey en montrant du doigt la bosse sur le front de John. Vous avez été attaqués ?

-       Woolsey, reprit John d'une voix pressante, je ne sais vraiment pas comment va Kalia, il faut absolument que Keller l'examine rapidement.

-       Bon très bien, allez-y ! »

 

Rodney et Woolsey le suivirent dans sa marche au pas de course vers l’infirmerie. Jennyfer ouvrit des yeux ébahis quand elle vit Kalia dans les bras de John.

 

-       « Colonel !

-       Je vous amène une patiente que vous connaissez déjà Docteur !

-       Mais que… »

 

Elle parvint cependant à surmonter sa surprise et posa les questions habituelles, tout en aidant John à allonger l’enfant sur un lit d’hôpital.

 

-       « Que s’est-il passé ?

-       Elle a été en contact avec une source d’énergie inconnue, exposa John. Plus précisément, elle a fait un effort pour la maîtriser.

-       Quoi ? bafouilla Jennyfer.

-       Je n’ai pas de meilleure explication, rétorqua John. Elle a, je ne sais comment, réussi à diriger une énergie présente dans des filons de minerais, pour la projeter sur des êtres humains. »

 

Jennyfer resta coite, semblant se demander s'il se moquait d'elle ou pas. Mais elle parut songer qu'au final, ce n'était pas la chose la plus extraordinaire qu'elle ait pu voir sur Atlantis, et décida de passer outre le côté improbable de l'histoire pour se recentrer sur son travail :

 

-       « Bon, quand est-ce qu’elle a perdu connaissance ?

-       Il y a environ vingt minutes. »

 

Jennyfer mesura ses constantes vitales et procéda à de rapides examens, avant de déclarer, sourcils froncés :

 

-       « Ses pupilles réagissent normalement… Son pouls et sa tension sont bons… Elle a juste l’air… De dormir. Qu’est-ce que c’était, comme énergie ?

-       Le même type que celle des E2PZ, expliqua Rodney. »

 

Le Dr Keller se redressa, perplexe :

 

-       « Comment ça ?

-       Vous avez trouvé un E2PZ ? s'enthousiasma Woolsey

-       Non, s'irrita Mc Kay, c'est bien plus compliqué que ça Monsieur Woolsey, en fait, quand nous sommes arrivés sur Aléna...

-       Rodney, on fera le débriefing après, coupa John avec impatience. Docteur Keller, qu'est-ce que vous pouvez faire pour Kalia ? »

 

Le Dr Keller secoua la tête, dépassée :

 

-       « Lui faire passer un examen sanguin ainsi qu'un scanner voir une IRM, pour déterminer si cette énergie n'a pas entraîné de lésions au niveau des tissus ou du cerveau. Et attendre qu'elle se réveille. Si ce que vous déclarez tous les deux est vrai, je n'ai aucun moyen de savoir quels effets l'énergie d'un E2PZ peut avoir sur le corps humain. Je ne pensais même pas qu'il était possible de pouvoir la contrôler. »

 

John parut visiblement ennuyé et porta un regard inquiet sur l'enfant. Woolsey profita de son silence pour asséner :

 

-       « Bon, ça va vous laisser le temps de m’expliquer ce qui vous est arrivé ?

-       Oui… répondit lentement John, les yeux rivés sur Kalia. Mais avant, il faut convoquer également Lorne. Ça le concerne aussi. »

 

XXX

 

-       « Alors… C’est Mara d’Aléna qui est venue vous libérer ? s'exclama Woolsey. »

 

Ahuri, il chercha confirmation auprès des deux hommes face à lui, qui acquiescèrent. John se pencha en avant et détailla :

 

-       « Mara a été enlevée il y a deux jours, mais elle a réussi à s’échapper… Plus exactement, ses ravisseurs l’ont aidée.

-       Aidée ? répéta Woolsey.

-       Oui… Deux garçons étaient chargés de la conduire à sa cellule, mais visiblement, ils n'étaient pas très chauds à l'idée d'enfermer leur Présidente. Ils lui ont expliqué qu’ils rejoignaient les idées de Salina, mais que jamais, ils n'auraient pensé aller jusque-là. Ils ont de la famille parmi les porteurs du gène et ça les a déchirés de devoir les emprisonner.

-       Alors ils l’ont laissé partir, comprit Woolsey.

-       Ils l’ont surtout accompagnée dans sa fuite.

-       Et bien…

-       Malica et ses gens rôdaient autour de la grotte quand ils se sont tombés dessus, reprit Sheppard. Ils ont recueilli Mara et depuis, ont espionnés les alentours de la Porte et la grotte, pour déterminer le meilleur moment pour libérer les autres…

-       Et le reste des Aléniens, pendant ce temps-là ? s'étonna Woolsey. Aucun d'entre eux n'a cherché à délivrer leurs compatriotes ?

-       Salina les tenait en otages, marmonna Rodney. Elle avait la main sur l'armurerie, les stocks de nourriture, le générateur et la Porte. Et vu que les Aléniens se contentent souvent de suivre celui qui montre le plus les dents et qu'ils ont l'air incapables de faire un réel choix politique pour leur société, ils n'ont pas tenté quoi que ce soit. »

 

Woolsey lui lança un regard de reproche, néanmoins teinté de désabusement :

 

-       « Votre description de cette société est cruelle, mais vous n'êtes pas vraiment dans le faux. »

 

Il se ressaisit pourtant et reprit d'un ton plus formel :

 

-       « Alors, les Aléniens ne se sont soulevés que lors de l'attaque de Malica, c'est bien ça ?

-       Oui, affirma John. Les gens de Malica ont attaqué directement la grotte, supposant que les gardes de Salina laissés aux points stratégiques rappliqueraient immédiatement là-bas et c'est ce qui s'est passé. Par la suite, j'imagine qu'en effet le reste des Aléniens, se sont sentis plus en confiance pour soutenir Malica et les siens.

-       Je vois, commenta Woolsey d'un air songeur. Donc, vous avez pu vous échapper. Et ensuite, Kalia a... Electrocuté les gardes ? Comme ça, par magie ?

-       Par science, rectifia Rodney.

-       Magie, science, s'impatienta Woolsey. Vous conviendrez que lancer des éclairs par la pensée, relève plus de la magie, Dr Mc Kay.

-       Non, cela relève de la science, insista le scientifique. L’énergie répond au gène des Anciens.

-       Est-ce que ça aurait… Une intelligence ? s'étonna Lorne.

-       Je n’irai pas jusque-là, déclara Rodney. Mais quelle que soit la nature de l'énergie dont on parle, après avoir été produite, elle doit être conduite. Comme pour la nôtre, certains éléments sont conducteurs, d’autre non, ça vous le savez ? Et bien, pour cette forme-là, c’est pareil. Elle s’accorde parfaitement à la physionomie d’une personne qui possède le gène des Anciens. Et ce n’est certainement pas grâce au gène ATA ! Sinon, j’aurai été capable de faire la même chose que Kalia dans la grotte or, seul John a aussi réussi à illuminer les murs. Il va falloir que l’on étudie le sang de cette enfant et euh… le vôtre Colonel.

-       Mais alors, si Salina ne pouvait pas maîtriser cette énergie… Que comptait-elle en faire ? demanda Woolsey.

-       Rien, répondit simplement John. Je pense que quand elle a su que Kalia était capable de faire apparaître des filons de minerai dans les murs, elle a compris qu’ils étaient liés d’une manière ou d’une autre aux Anciens. Elle nous a enlevés et a ordonné à Mc Kay de les étudier pour s'en assurer. Par la suite, elle nous aurait fait traverser la Porte des Étoiles à grand coup de pied dans le derrière. Histoire de nous faire définitivement comprendre à quel point les Aléniens ne nous aiment pas !

-       Bon sang…

-       Et Zelenka ? lança Rodney à Lorne. Qu’a-t-il découvert sur MX25-140 ? »

 

Le Major eut un regard vers Woolsey avant de répondre :

 

-       « Les sous-sols abritaient des usines entières d’E2PZ.

-       Vous êtes tombé sur une fabrique d’E2PZ ? répéta John, estomaqué.

-       Oui, mais il n’y en avait pas sur place. En réalité, les artefacts présents dans les usines, sont des globes ayant la signature énergétique, des E2PZ. Mais nous n’y avons pas trouvé non plus, la matière première permettant de les fabriquer. Zelenka en a conclu que…

-       La source n’était pas là-bas, comprit Rodney. MX25-140 est le lieu de fabrication, mais pas de production du matériau de base.

-       Non, en effet, confirma Lorne. Le Dr Zelenka a donc commencé d'éplucher la base de données présente sur place et c'est là qu'on a découvert l’adresse de la nouvelle Aléna, indiquée comme étant une planète fournissant le minerai nécessaire à la production. On a alors pris certains des artefacts, Zelenka a copié la base de données et nous sommes immédiatement revenus ici, termina Lorne. »

 

Rodney se tordit comme un ressort vers Woolsey :

 

-       « Est-ce que je peux…

-       Allez- y Docteur, le devança Woolsey avec un léger sourire. Je vous en prie.

-       Merci ! Colonel euh… Vous me direz si Kalia se réveille, hein ? »

 

Et sur cette demande qui surprit tout le monde, Rodney sortit prestement de la salle de réunions. Lorne eut un air amusé en secouant la tête, avant de s'enquérir auprès de John :

 

-       « Colonel, qu’attendez-vous de moi, exactement ?

-       Je voudrais retourner sur Aléna avec votre équipe, des marins et deux Jumpers, expliqua John. Histoire qu’on calme définitivement le jeu et que l'on s’assure que tout va bien avant de repartir…

-       Colonel, intervint Woolsey du bout des lèvres, pensez-vous que ce soit une si bonne idée ?

-       Pourquoi est-ce qu'elle serait mauvaise ? répliqua John.

-       Et bien… Il semblerait que notre ingérence soit très mal perçue par les gens de Salina, non ? développa lentement le bureaucrate. Alors… Est-ce que votre plan ne jetterait pas de l’huile sur le feu ? »

 

Sheppard resta étonné. Il finit par déclarer :

 

-       « On ne les laissera pas tomber.

-       Colonel, il ne s’agit pas d’aider ou de laisser tomber, insista Woolsey. Il s’agit de politique. Politique d’un monde dans laquelle nous sommes déjà trop impliqués. Il faut agir avec… Objectivité. »

 

Sheppard comprit aussitôt le sous-entendu.

 

-       « Woolsey, je ne fais pas ça uniquement pour Mara d’Aléna. Je vous assure que la situation là-bas est explosive. Ils ne veulent plus de nous.

-       Justement Colonel, peut-être que s’ils souhaitent briser notre alliance, il est temps de les laisser faire ! asséna Woolsey. À quoi bon s’entêter, si c’est pour apporter plus de malheur à ces gens ? Laissons les Aléniens décider de leur sort.

-       Woolsey, ne soyez pas dupe enfin ! s’emporta John. Vous savez aussi bien que moi qu’avec ou sans nous, ces gens s’entretueront ! Le problème est plus profond que ça ! Ils refusent la technologie Lantienne, ils refusent les porteurs du gène ! Et c’est nous, qui la leur avons apportée ! Nous ne pouvons pas les laisser dans cette situation catastrophique !

-       Colonel, nous avons déjà eu cette discussion de responsabilité, vous vous rappelez ? Mara elle-même a déclaré que nous ne serions responsables de rien, s’ils faisaient n’importe quoi des outils que nous leur donnerions ! Vous êtes venu me demander d’aider Kalia parce que vous êtes le père de cette enfant. Alors si vous devez vous présenter devant elle et Mara, faites-le en tant que tel. Mais pas en tant que représentant d’Atlantis. Ne mélangez pas votre responsabilité personnelle envers Mara et Kalia et notre responsabilité en tant que peuple. Il semble que ce soit aussi cela qui cause problème à certains Aléniens. »

 

John ne s'attendait visiblement pas à ça. Il fixait Woolsey avec colère et incompréhension. Lorne se redressa. John bondit alors de sa chaise et s’écria en pointant la Porte du doigt :

 

-       « Nous n’allons pas abandonner ces gens à leur triste sort !

-       Colonel ! s'exaspéra Woolsey en haussant la voix. Les Aléniens sont hors de danger ! Je refuse que nous envoyions des forces armées pour gérer une situation qui n’est pas de notre ressort ! S’ils avaient demandé notre aide contre une attaque Wraiths, nous aurions pu leur apporter des moyens qu’ils n’ont pas ! Mais là, vous voulez intervenir en faveur d’un parti dans un coup d’État, Colonel ! Imaginez un seul instant, que Mara ait été renversé de son pouvoir et qu’il nous faille négocier avec Salina, qui aurait pris sa place ! Qu’aurions-nous fait ? Est-ce que vous m’auriez demandé d’expédier une armée pour aider Mara ? Non Colonel ! Je suis désolé, mais ici, notre responsabilité est nulle ! Je n’enverrai pas des hommes d’Atlantis sur Aléna ! »

 

John était soufflé. Il eut un regard pour Lorne, qui restait stoïque, fixant tour à tour les deux chefs d’Atlantis. Finalement, Sheppard se tourna vers Woolsey et décréta :

 

-       « Je dirige le personnel militaire d’Atlantis. Si je leur ordonne de partir, vous n’aurez pas votre mot à dire.

-       Colonel Sheppard ! s’écria Woolsey. Ne me forcez pas à faire un rapport qui…

-       Faites-donc votre rapport ! coupa John. Vous me servez vos beaux discours sur la diplomatie, mais ce n’est que du vent ! En effet, imaginez que Salina ait pris le pouvoir ! Elle aurait été un danger pour nous ! Même si je reconnais qu’intervenir dans les affaires politiques des autres mondes peut s’avérer être un franchissement de limite, il faut replacer les choses dans leur contexte et agir dans notre intérêt également ! Mara est bien mieux à la tête de son peuple que Salina ou un membre de sa clique !

-       Colonel, souffla Richard, exaspéré. Et si les élections donnent tort à Mara ? Qu’est-ce que vous allez faire ?

-       Rien ! s’écria Sheppard. Mais là, il s’agit de tout autre chose, Woolsey ! Enfin, Salina nous a attaqués ! C'est elle et les siens, qui nous ont impliqués dans cette affaire ! On ne peut pas repartir comme ça ! Laissez-moi emmener des hommes là-bas, le temps que la situation s’apaise… Je vous en prie ! » termina-t-il d'un ton suppliant.

 

Woolsey sembla hésiter, le dernier argument de John paraissant finalement assez convaincant à ses yeux. Mais il était toujours intimement persuadé qu'envoyer des forces armées Atlantes en nombre sur Aléna, était une erreur stratégique. En désespoir de cause, il finit par se tourner vers Lorne :

 

-       « Major… Vous êtes le plus objectif d’entre nous dans cette pièce, je crois. Qu’en pensez-vous ?

-       Avec tout votre respect Monsieur… Je n’ai pas mon mot à dire. »

 

Richard soupira, dépassé. Il leva vers John un regard insistant. Sheppard comprit sa demande silencieuse et eut une grimace résignée :

 

-       « Allez Major… Parlez… Je vous y autorise.

-       Et bien dans ce cas Monsieur… Vous avez raison tous les deux. »

 

Sheppard et Woolsey ne répondirent pas, dubitatifs. Lorne reprit avec calme :

 

-       « Je pense, mon Colonel, qu’en effet… Intervenir dans les affaires politiques d’Aléna, est une mauvaise idée, surtout quand on sait qu’une partie d’entre eux ne nous aime pas. Mais d’un autre côté, je suis d’accord avec vous pour dire que ce sont les Aléniens, qui nous ont agressés et qu’alors, nous sommes malgré nous impliqué dans cette histoire.

-       Donc, selon vous, il faut y aller ? résuma Woolsey.

-       Je crois qu'effectivement, la présence militaire Atlante servirait au moins à éviter un sursaut de rébellion dans les prochains jours, confirma Lorne. Et permettrait de rassurer ceux qui seraient toujours du côté de Mara et ainsi, du nôtre. Pour autant, je pense également comme vous : amener encore plus de forces armées sur Aléna équivaudrait à un défi pour les Aléniens suivant Salina et la situation pourrait empirer, finir littéralement en guerre civile. Alors, je couperai la poire en deux : qu'une ou deux équipes Atlantes se rendent sur Aléna... Ainsi que vous, Monsieur. »

 

Même John resta surpris. Woolsey répéta :

 

-       « Que je vienne ?

-       Oui… Vous êtes diplomate et vous représentez le Chef… Relationnel sur Atlantis. Il faut apaiser la situation. Pardon mon Colonel. »

 

Mais Sheppard parut prendre sur lui pour calmer son impatience et s'efforcer de réfléchir objectivement à l'exposé de son subalterne. Finalement, il reconnut de mauvaise grâce :

 

-       « Vous n’avez peut-être pas tout à fait tort… De la discussion pourrait apporter plus que des armes.

-       Vous pourriez vous adresser au peuple Alénien, Monsieur, renchérit Lorne, soudain plus rassuré, à l’attention de Woolsey. Par souci de… Sécurité, mon équipe et moi-même vous accompagnerons, avec un Jumper… Mais pas d’autre force armée. Enfin, ce n’est que mon avis. »

 

Il termina avec un sourire poli. John et Woolsey se regardèrent, hésitants, avant que Richard demande :

 

-       « Qu’en pensez-vous, Colonel ?

-       Et bien… C’est original, mais pourquoi pas ? commenta John.

-       Vous seriez d’accord ?

-       Une chose est sûre, vous êtes plus doué que moi pour la diplomatie et la politique. »

 

Richard ne releva pas. Il finit par déclarer :

 

-       « Très bien alors… Faisons ça. Colonel, Major, quand seriez-vous prêt à partir ?

-       Très vite Monsieur, assura Lorne.

-       Alors, accordez-moi une heure, que je puisse… Me préparer, voulez-vous ? Colonel Sheppard je vous laisse contacter Ronon et Teyla pour leur expliquer la situation ?

-       Très bien.

-       Bon… Je vous retrouve au hangar à Jumpers d’ici une heure. »

 

John acquiesça et sortit de la salle d'un pas vif. Lorne s'empressa pourtant de le rattraper :

 

-       « Mon Colonel ! »

 

John se retourna et croisa les bras :

 

-       « Major ?

-       Colonel, j’espère que… Enfin, je n’ai pas voulu vous manquer de respect ou… »

 

Mais Sheppard eut un maigre sourire amusé :

 

-       « À vrai dire Lorne, je ne vous en veux pas. Vous êtes d’une sagesse remarquable parfois et savez quand il faut parler et quand il faut se taire. Et quand vous parlez… En règle générale, ce qui sort est plutôt bien alors… Ne vous inquiétez pas. Si j'avais estimé que vous n'aviez pas votre mot à dire, je ne vous aurai pas autorisé à vous exprimer. Et si j’avais eu un reproche à vous faire, je l’aurai fait même devant Woolsey, vous savez ? »

 

Lorne acquiesça.

 

-       « Je sais Monsieur.

-       Bien. Alors rompez Major et allez briefer votre équipe. Dans une heure au hangar ! »

 

Et sur ce, il laissa Lorne, qui termina pour lui-même :

 

-       « Bien Monsieur. »

 

XXX

 

-       « Comment est-ce qu’elle va ? »

 

John avait l'air tendu, nota le Dr Keller. Les traits tirés et la mine basse, il semblait épuisé. Mais comme d'habitude, la fatigue de Sheppard ne transparaissait que par des signes physiques, jamais au travers d'une plainte. Il devait être sur le départ pour une mission, car il avait enfilé son falzar et tout l'attirail militaire habituel pour une traversée de la Porte. Elle répondit avec douceur :

 

-       « Bien Colonel.

-       Est-ce que vous croyez que… Elle va se réveiller rapidement ? » fit-il avec une petite moue inquiète.

 

Kalia dormait toujours. Jennyfer haussa les épaules :

 

-       « Je ne peux pas vous dire. Les résultats des examens sont parfaitement normaux.

-       J’aurais aimé qu’elle se réveille avant que je parte… » soupira-t-il.

 

Il se rapprocha de l'enfant. Sheppard ne put s’empêcher de lui caresser le front, mais elle gardait obstinément les paupières closes. Il marmonna :

 

-       « Kalia… Kalia si tu m’entends s’il-te plaît, réveille-toi… Kalia… »

 

Mais elle ne bougea pas un cil. Il posa les mains sur ses hanches et se tourna vers Jennyfer :

 

-       « Je vais repartir sur Aléna avec Woolsey, Lorne et son équipe… Je voudrais que vous m’envoyiez un message à travers la Porte, s’il y a le moindre changement.

-       Bien Colonel. Je le ferai, assura-t-elle.

-       Merci… »

 

Et il allait partir quand soudain, Keller le rappela précipitamment :

 

-       « Colonel Sheppard ! Colonel ! »

 

Kalia venait de se réveiller dans un bond. John accourut vers elle en même temps que le Dr Keller :

 

-       « Kalia ! Kalia est-ce que ça va ? s'empressa-t-il de demander.

-       Colonel… »

 

Kalia s’agrippa à son bras qu’elle serra de toutes ses forces, la respiration sifflante. Elle embrassa d'un regard Jennyfer et l’infirmerie, avant de froncer les sourcils, troublée :

 

-       « Je suis sur… Atlantis ? bafouilla-t-elle.

-       Oui Kalia. Tu es tombée évanouie, ta mère et moi avons décidé de t’emmener ici, expliqua John.

-       Maman… parut alors se souvenir Kalia. Où est Maman ? Où est Maman ! »

 

Elle fouilla son regard avec angoisse pour y trouver la réponse et John tâcha de l'apaiser :

 

-       « Elle est toujours sur Aléna, mais les gens de Salina ont été maîtrisés, j’allais justement repartir pour aider ta mère.

-       Emmène-moi avec toi ! »

 

Et elle chercha à s’enlever les capteurs positionnés sur sa poitrine, mais John l’arrêta d’un geste :

 

-       « Non Kalia attend… Tu dois rester ici pendant un moment encore. On ne sait pas ce qu’il t’est arrivé, tu comprends ?

-       Quoi ? fit sa fille, irritée. Mais de quoi tu parles ?

-       L’énergie, Kalia. Tu te souviens de ce qui s’est passé ? »

 

La petite fille sembla confuse. Ses yeux verts s’accrochaient au visage de Sheppard et elle fronça les sourcils, tâchant de retrouver la mémoire, avant de déclarer lentement :

 

-       « Oui je… On était cernés et Salina allait… Faire exploser des grenades… Alors… »

 

Et soudain, son regard se chargea d’horreur.

 

-       « Par les Ancêtres… Je les ai tués ! Papa je les ai tués ! »

 

Le "Papa" le perturba presque plus que la terreur de sa fille. Mais Kalia ne semblait même pas se rendre compte de ce qu’elle disait. Elle répéta, prenant la pleine mesure de l'acte terrible qu'elle croyait avoir commis :

 

-       « Je les ai tués ! Oh non je les ai tués ! »

 

Les capteurs encore accrochés à sa poitrine retranscrivirent l’emballement de son cœur en une série de « bips » effrénés. Le Dr Keller commença :

 

-       « Kalia calme-toi allons…

-       Kalia ! fit alors John d'un ton ferme. Ils ne sont pas morts ! Tu ne les as pas tués ! »

 

L’enfant s’arrêta aussitôt de gesticuler. Elle resta là, la respiration haletante, et demanda, pleine d’espoir :

 

-       « Tu es sûr ? Tu ne me mens pas ?

-       Kalia, tu sais que je ne te mens pas. Ils ont juste eu... Disons, un gros choc. Mais ils sont vivants. »

 

L’enfant se détendit aussitôt. Elle eut un profond soupir de soulagement et lâcha le bras de Sheppard en soufflant :

 

-       « Merci John. »

 

Le Colonel ne releva pas. Le Dr Keller s'enquit avec douceur :

 

-       « Kalia, comment est-ce que tu te sens ?

-       Un peu… Vaseuse, nota la petite fille avec une grimace. J’ai l’impression que mon estomac remue sans arrêt.

-       Bon… Écoute, je pense comme le Colonel, il faut te garder en observation pendant un jour ou deux.

-       Pourquoi ? s'irrita l'enfant.

-       Parce que le Dr Mc Kay est en train d’étudier plus calmement le type d’énergie que tu as utilisé, expliqua Jennyfer. Et quand je serai certaine que son usage n’a représenté aucun danger pour toi, je te laisserai partir. Mais pour le moment, je préfère que tu restes ici, tu comprends ?

-       Non, je dois aller retrouver Maman.

-       Ta mère va bien, Kalia, la rassura John. Pour l’instant, nous devons apaiser la situation sur la nouvelle Aléna. Tout va rentrer dans l’ordre Kalia, je te le promets. En attendant, il faut savoir être patient. »

 

Mais Kalia ne l’entendait pas de cette oreille.

 

-       « Qu’en dit Maman ?

-       Ta mère est d’accord avec moi, certifia John, surpris.

-       Elle ne m’a pas vu réveillée, elle ne sait pas que je vais bien ! répliqua l'enfant.

-       Tu penses bien que c'est la première chose que je vais lui dire.

-       Laisse-moi venir avec toi. »

 

Il fut estomaqué par son air autoritaire. Il se redressa et refusa catégoriquement :

 

-       « Non.

-       Si.

-       Kalia, c’est hors de question.

-       Tu n’as aucun droit sur moi alors je te conseille de me laisser venir ! » s'emporta-t-elle.

 

Il resta sidéré par sa réaction, et s’apprêtait à répondre, quand Jennyfer intervint :

 

-       « Kalia, c’est moi qui ne suis pas d’accord. Tu es ma patiente et j’estime que cela représente un risque pour ta santé. Alors tu n'iras nulle part, jeune fille.

-       Vous non plus, vous n’avez aucun droit sur moi ! s’écria l’enfant. Je dois partir ! Je dois retourner auprès des miens !

-       Kalia, non !

-       Colonel ?

-       Quoi ? répondit brusquement Sheppard dans son oreillette. »

 

À l’autre bout, Lorne eut un silence étonné, avant de déclarer :

 

-       « Euh… Nous vous attendons Colonel.

-       Je viens avec toi !

-       Hors de question. Dr Keller, attachez-la au lit si nécessaire ! 

-       Quoi ? fit Kalia, soufflée. »

 

Mais John leva la main pour couper court et décréta :

 

-       « C’est comme ça. »

 

Et sans un autre mot, il partit rejoindre son équipe.

 

Il arriva au hangar à Jumper passablement énervé et demanda en entrant dans celui où il était attendu :

 

-       « Tout est prêt Lorne ?

-       Oui Monsieur.

-       Colonel, se risqua Woolsey. Il y a un problème ?

-       Oh aucun, fulmina John en fermant la porte arrière. Je viens de passer de « Papa » à « Tu n’as aucun droit sur moi » en l’espace de quelques secondes… Onze ans et on croirait déjà qu’elle a atteint la puberté ! »

 

Il s’efforça de se taire, comprenant que sa remarque était déplacée. Il inspira profondément avant de reprendre d'un ton plus posé :

 

-       « Excusez-moi… Kalia est réveillée.

-       Elle a l’air d’aller bien, nota Woolsey.

-       Oh, elle pète le feu ! renchérit John. Bon, allons-y… Lorne ?

-       Oui Monsieur. »

 

Et le Major fit décoller le Jumper, sans réussir à dissimuler un léger sourire. John alla s’installer à côté de lui et Lorne leur fit traverser la Porte des Étoiles.

En arrivant, il aperçut Oriel, Ronon et Teyla, qui les attendaient sur le parcours de pierre face à la Porte. Lorne fit atterrir souplement leur vaisseau et avec son équipe composée du sergent Kiralo, du scientifique Revers et de la jeune sergent Falo, ils sortirent du Jumper.

 

Woolsey s'exclama, regardant autour de lui d'un air ébahi :

 

-       « Bon sang ! C’est tellement vert ici !

-       Oui, marmonna distraitement John. »

 

Il se dirigea vers Ronon et Teyla et les salua d’un petit geste de la main. Teyla s'enquit aussitôt :

 

-       « John, comment va Kalia ?

-       Elle est… En pleine forme, annonça-t-il avec une grimace ironique. Elle voulait désespérément revenir.

-       Pourquoi ne pas l’avoir amenée ? s'étonna Ronon en haussant les épaules.

-       Parce que j’estime comme le Dr Keller que tant qu’on n’en sait pas plus sur cette énergie, il vaut mieux qu’elle reste en observation » décréta John.

 

Ronon eut un léger sourire.

 

-       « Quoi ? s'irrita John.

-       Non rien… »

 

Teyla eut un regard désapprobateur envers son ami, avant d’entamer :

 

-       « Ici, les choses commencent à s’apaiser un peu. Mara a fait un très beau discours, pour expliquer qu’ils devaient rester unis et que la découverte de cette grotte ne changerait rien.

-       Et ? l'encouragea John.

-       Les Aléniens sont perturbés, résuma Ronon. Deux tentatives de coup d’État en si peu de temps… Ils ne savent plus qui croire.

-       Est-ce que des membres du peuple vous ont dit quelque chose ? fit alors Woolsey, qui venait d’arriver.

-       Non, répondit Teyla. À vrai dire… Il y a une certaine… Défiance des Aléniens envers nous. Mara l’a senti elle aussi. »

 

Richard eut un regard entendu envers John, qui ne releva pas.

 

-       « Bon… Où est Mara ? demanda Richard. Je souhaiterais lui parler.

-       Elle vous attend » annonça Teyla.

 

Et elle s’écarta pour le laisser passer. John se tourna vers Lorne pour lui donner ses directives :

 

-       « Major, vous et votre équipe restez ici et surveillez la Porte des Étoiles.

-       Bien Monsieur.

-       Nous ferons appel à vous si les choses s’enveniment et dès que Woolsey voudra parler au peuple.

-       Oui Monsieur.

-       Oh et… évitez de toucher à quoi que ce soit, hein ? »

 

Lorne eut un sourire.

 

-       « Bien compris Monsieur. »

 

John hocha la tête et partit avec les autres vers le village de la nouvelle Aléna.

 

           C’était étrange, comme configuration, considéra-t-il en y entrant, dix minutes plus tard.

 

           Six mois plus tôt, John avait aidé à l'organisation pour rassembler les matériaux nécessaires à la construction de la petite cité, mais il n'avait pas vu le résultat final. La ville en elle-même était bâtie en pierre et une sorte de paille grise. Ils avaient l’électricité, à en juger les poteaux électriques, et une fumée noire s'échappant de plusieurs cheminées laissa penser à John qu’ils se chauffaient au bois ou à une sorte de charbon local. Chaque foyer possédait son carré de jardin et il pouvait voir, des mètres devant lui, l’entrée d’un immense champ agricole.

 

           Son inspection des lieux fut interrompue par Mara, qui accourait vers lui avec soulagement :

 

-       « Vous êtes là ! »

 

Artus et Atlaïr l’accompagnaient. Le conservateur semblait avoir pris dix ans d’un coup. Malgré l’animosité qui régnait entre lui et Sheppard depuis le début, John eut pitié du bonhomme. Pour lui plus que pour quiconque, la trahison de Salina était une épreuve insoutenable.

 

Mara s’inquiéta, rivant son regard sur John :

 

-       « Kalia ?

-       Elle va bien, la rassura aussitôt Sheppard. Même très bien à vrai dire… Mais je l’ai laissée sur Atlantis. Avec le Dr Keller, on préfère en savoir plus sur cette énergie avant de la ramener ici.

-       Je suis d'accord avec toi. »

 

Mara se détendit presque aussitôt, soulagée. Woolsey s’approcha alors d’elle, pour s'incliner légèrement :

 

-       « Madame Mara d’Aléna. Je vous salue.

-       Monsieur Woolsey. Je dois vous avouer que l’annonce de votre visite m’a surprise, mais je la trouve également fort à propos, certifia Mara. Je suis ravie que vous souhaitiez vous adresser aux Aléniens.

-       Je vous remercie Madame.

-       Bien… Pour le moment, nous sommes tous épuisés et nous avons réussi à cuisiner un peu pour le repas du soir… Si vous voulez bien… »

 

Et elle les guida vers une des maisons de pierres, mais Atlaïr n'y pénétra pas et s'excusa auprès de sa Présidente :

 

-       « Madame, avec votre permission, je souhaiterais rentrer chez moi.

-       Faites Atlaïr, approuva Mara avec douceur. Atlaïr… Je suis vraiment et sincèrement désolée.

-       Vous n’avez pas à l’être, répondit le conservateur avec un sourire sans joie. Ce n’est pas votre faute. »

 

Et sur ce, il s’en alla, le pas lourd. Ils le suivirent du regard un moment avant qu'Artus déplore :

 

-       « Je n’aurai jamais pensé dire ça, mais… Il me fait de la peine.

-       À moi aussi, ajouta tristement Oriel. »

 

Et ils les quittèrent également, après les avoir salués. Mara les introduisit alors dans sa maison, mais elle s'arrêta net en entrant, comme frappée de plein fouet.

 

John comprit pourquoi.

 

Les conservateurs menés par Salina, avaient profité de l’absence de Mara pour mettre à sac sa demeure. De la vaisselle brisée et des livres déchirés jonchaient le sol, les chaises étaient renversées, un des canapés de cuir était littéralement éventré en diagonale, tout comme les peintures au mur.

 

Mara entra lentement, livide, cependant que Teyla s'empressait de dire :

 

-       « Attendez Mara… »

 

Elle se précipita pour relever les chaises, et ramasser les débris sur le sol et le reste de son équipe et même Woolsey l’aidèrent. John se sentait réellement navré pour Mara, mais il ne savait vraiment pas quoi lui dire. Il se contenta de lui caresser doucement le bras en se rapprochant d’elle pour l’aider à décrocher les peintures abîmées et Mara eut une moue consternée.

 

Personne ne prononça un seul mot, avant que la Présidente soupire, lasse :

 

-       « On n’a rien vu venir… Encore une fois… »

 

Quelques minutes plus tard, ils avaient arrangé le salon du mieux qu’ils pouvaient. Mara se rendit vers ce qui semblait être la cuisine et ils l’entendirent y trifouiller un moment avant qu’elle revienne avec des assiettes en bois en annonçant :

 

-       « Ce sera frugal, mais… Nous n’avons que de la soupe pour ce soir. On va nous en apporter d’ici peu. »

 

Et en effet, deux de ses sujets passèrent avec un chariot et une grande marmite de soupe quelques instants plus tard, pour les servir.

 

Mara les remercia et ils s’installèrent tous autour de la table de la jeune femme. Woolsey s'éclaircit la voix et commença :

 

-       « Madame… Que comptez-vous faire maintenant ? »

 

La jeune Alénienne garda un moment le silence, songeuse, avant d’avouer :

 

-       « Je ne sais pas trop. J’ai trente-deux personnes enfermées dans les cellules, dont je ne sais pas quoi faire non plus. »

 

Elle avala lentement une cuillère de soupe et Teyla observa :

 

-       « Vous ne pouvez pas les relâcher. Pas après ce qu’ils ont fait.

-       Je sais, dit Mara. Mais je ne me vois pas emprisonner à vie trente-deux personnes. Atlaïr et moi avons pensé à une autre solution. Plus brutale, certes.

-       Laquelle ? fit John.

-       Les bannir d'Aléna. »

 

Ils restèrent tous surpris :

 

-       « Les bannir ? répéta Woolsey. Mais enfin, où ?

-       Sur un monde qui nous est allié et qui acceptera de les accueillir. Nous offrirons également la possibilité à ceux qui le souhaitent, de les suivre. Avec assez de nourriture et de graines ainsi que des matériaux pour qu’ils puissent recommencer une nouvelle vie, ailleurs. Et nous leur interdirons de revenir. Si jamais ils tentent de remettre les pieds sur Aléna… on tirera à vue. »

 

Un silence de plomb accueillit ses derniers mots. Woolsey releva :

 

-       « C’est une décision grave Madame.

-       Ils ne sont plus considérés comme des Aléniens, répliqua Mara. J'ai toujours admis le fait que mes idéaux politiques ne soient pas acceptés pleinement par tout le monde, c'est le principe même de la démocratie. Mais le groupe de Salina, est allé trop loin. Je ne tolèrerai plus, pendant que je suis à mon poste, que des membres de mon peuple se permettent de semer le chaos en en enlevant d’autres. Ce n'est plus de la libre expression, c'est du terrorisme. Leurs actions ont également failli briser nos relations diplomatiques avec vous. Non… Ils ne méritent plus le nom d’Alénien. Ils rejettent avec autant de violence notre société ? Qu’ils en assument les conséquences. »

 

Ronon parut épaté.

 

-       « Enfin une sanction digne de ce nom. Ça me plaît bien. »

 

Mara ne releva pas. Woolsey poursuivit lentement :

 

-       « Bon… Et me concernant. Qu’attendez-vous que je dise à votre peuple ?

-       Quel discours comptiez-vous faire plutôt ? contra Mara.

-       Oh rien de bien exceptionnel… Juste quelques mots pour les rassurer quant à notre ingérence dans votre politique. Nous ne nous en mêlerons plus, Madame. Si votre peuple ne veut plus de la présence et de l'aide Atlante, alors, nous ne la fournirons plus. »

 

Mara eut un rapide coup d’œil vers John, mais Woolsey ne laissa pas le Colonel intervenir :

 

-       « Concernant la situation du Colonel Sheppard, c’est autre chose. Votre fille conservera son code d’identification, je ne peux pas la priver de l’aide salvatrice de son père. Pour le reste, c’est à vous et à votre peuple d’enfin décider si vous voulez de nous ou non Madame. Mais nous ne pouvons pas nous amuser à être des garde-fous pour des histoires politiques ou de simples distributeurs d’armes. Vous comprenez ? »

 

Mara déposa lentement sa cuillère et décrypta :

 

-       « Vous comptez proposer un vote.

-       Oui Madame. »

 

John se tourna vers Woolsey, perplexe :

 

-       « Un vote ?

-       Oui Colonel, affirma le bureaucrate. Ce me semble être la solution démocratique la plus appropriée. Sur Terre, nous appellerions ça un référendum. Ici, notre question sera très simple : Est-ce que vous acceptez ou refusez la présence et l’aide Atlante ?

-       Vous êtes sérieux ? s'exclama Ronon, dubitatif.

-       Toujours Ronon, répondit Woolsey. Il faut que le peuple choisisse. Il y a trop de disparités parmi eux, trop de gens qui cachent leurs véritables idées. Je me trompe, Madame ? »

 

Mara secoua la tête et confirma d’une voix atone :

 

-       « Non… vous avez raison.

-       Je m’en doutais… Madame… Comprenez que ce n’est pas par gaieté de cœur que j'agis ainsi, mais nous nous sommes retrouvés compromis parce qu’une partie de votre peuple a eu peur qu’on les asservisse. C’est une considération trop grave pour que nous n’en tenions pas compte. De tous les mondes que nous avons visités, le peuple d’Aléna est un de ceux qui nous sont le plus réfractaires ! Je ferai un discours pour les rassurer. Puis… Ils voteront. »

 

Personne ne fit de commentaires et ils restèrent tous plongés dans leurs pensées jusqu'à la fin de leur maigre repas. Puis, Mara se leva en déclarant :

 

-       « Vous passerez la nuit ici. Nous reparlerons de tout ceci demain matin.

-       Très bien Madame, fit Woolsey. Je vous remercie. »

 

L’équipe de Sheppard se leva également et John contacta Lorne par radio :

 

-       « Major ? Tout se passe bien pour vous ?

-       Oui Colonel… Les gardes sont partis. Je suppose qu’ils sont rentrés chez eux.

-       Vous ne bougez pas, dit John. Je vais venir vous relever avec Ronon et Teyla et nous assumerons des tours de garde cette nuit. On arrive. »

 

Il se tourna vers ses compagnons qui acquiescèrent. Mara expliqua poliment à Woolsey :

 

-       « Nous avons une chambre d’amis, Monsieur Woolsey. Si vous voulez bien me suivre… »

 

Richard s'exécuta, quand John, Ronon et Teyla sortirent de la maison pour se rendre près de la Porte des Étoiles.

 

Les Aléniens encore dehors les suivaient du regard, méfiants.

 

Ronon maugréa :

 

-       « Je crois que le vote de Woolsey va nous réserver une drôle de surprise…

-       Oui, j’en ai bien l’impression, confirma John d’une voix grave.

-       Nous n’y pouvons rien, déclara Teyla. Nous devons laisser ces gens choisir…

-       Leur choix est stupide ! répliqua le Satédien.

-       Pas pour eux, Ronon, insista doucement Teyla. Ils sont libres de leur destin… Comme chaque peuple que nous rencontrons l’est. »

 

Mais Ronon n'était visiblement pas convaincu. Ils arrivèrent à la Porte et prirent le relais de l’équipe de Lorne :

 

-       « Une relève toutes les trois heures, indiqua Sheppard. La maison de Mara est la quatrième sur la droite en entrant dans le village. À tout à l’heure.

-       Bien Monsieur. »

 

Et Lorne partit avec son équipe. Ils se positionnèrent tout autour du Jumper et commencèrent leur garde.

 

C’est pourtant deux heures plus tard qu’une silhouette surgit devant eux, remontant le chemin de pierre à la lumière du clair des deux lunes de la planète.

 

Ce n’était pas Lorne ni un de ses hommes. Ils levèrent leurs armes et la silhouette lança :

 

-       « Du calme ! C’est moi, Mara ! »

 

Et elle s’avança encore lentement, leur apparaissant plus distinctement à la lumière des lunes. C’était bien la jeune Alénienne. John pesta :

 

-       « Mara ! Mais enfin tu te balades comme ça, toute seule en pleine nuit !

-       Il n’y a plus personne dans les rues, fit-elle en haussant les épaules. Je ne risquais pas grand-chose. »

 

Elle avait posé un grand châle en laine sur ses épaules et elle s’approcha encore pour demander à John :

 

-       « Est-ce que je peux te parler ? Seule à seul. »

 

John eut un regard pour Ronon et Teyla et déclara :

 

-       « Mara, je dois rester là.

-       Je t’en prie, insista pourtant la jeune femme. Je t’assure que ce ne sera pas long. »

 

John hésita. Teyla lui permit de se décider en affirmant alors :

 

-       « Nous vous contacterons au moindre problème. Allez-y Colonel. »

 

Sheppard eut un signe de tête reconnaissant et suivit Mara. La jeune Alénienne l’entraîna à l’écart près des arbres. Là, elle s’assit, et John l’imita.

 

-       « Qu’est-ce que tu voulais me dire ? interrogea-t-il.

-       J’ai une requête à te faire. »

 

Elle dardait son regard au sien, tendue. À la lumière du clair de lune, les traits de la jeune femme étaient plus bruts, plus saillants. Elle avait l’air si épuisée.

 

John l'encouragea :

 

-       « Je t’écoute…

-       John, il faut que tu comprennes à quel point la situation est instable, ici, commença Mara d’une voix grave. Plus qu’après la première crise avec Marcus. Les idées de Salina sont en réalité partagées par beaucoup d’Aléniens, mais le peuple n’a jamais rien entrepris, par peur sans doute. En l’espace de dix ans, ils ont connu un changement de mode de vie, de politique, et deux tentatives de coup d’État. Et ils comprennent voire approuvent, les motivations du deuxième. Je vais être honnête… Après ce qui vient de se passer, je ne remporterai pas les prochaines élections. Ils sont déjà tellement divisés... Je ne crois pas être la figure du ralliement.

-       Tu penses que tu es toujours en danger ? Même avec Salina et les siens enfermés ? » s'inquiéta-t-il.

 

Elle ne répondit pas. Elle baissa les yeux vers le sol et arracha machinalement une herbe qu’elle entreprit de mettre en pièces.

 

-       « C’est possible, finit-elle par dire. Je ne sais pas comment la situation va évoluer. Les mentalités sont réellement en train de changer pour suivre les idées de Salina et de son groupe. Et Kalia… Kalia est trop puissante, John. Elle et les porteurs du gène représentent tout ce que le peuple commence à rejeter, que d’autres rejettent déjà.

-       Et qu’attends-tu de moi ?

-       Je veux partir d’ici, John, annonça-t-elle brusquement. Ne pas attendre les prochaines élections, mais rendre mon pouvoir et m’en aller. »

 

Il resta hébété.

 

-       « Mais enfin Mara… Quitter ton peuple ? s'étonna-t-il.

-       Je sais que c’est lâche, avoua-t-elle honteusement. Mais je ne sais pas jusqu’où les divergences d'idéaux mèneront Aléna et je ne veux pas mettre Kalia en danger. Je sais que parmi les tiens… Elle sera respectée pour ce qu’elle est. Mais pas ici. Plus ici.

-       Et les porteurs du gène ? insista John.

-       Si vous avez de la place pour d’autres réfugiés… argua Mara.

-       Tu veux évacuer une partie de ton peuple sur Atlantis ? résuma John.

-       Ou dans ton monde, nuança Mara. Vos savants nous ont déjà dit que vous aviez une sorte de programme pour ça… Aider des réfugiés d’une autre planète.

-       Oui c’est vrai, mais…

-       Quoi ? »

 

John tâcha de trouver ses mots.

 

-       « Je ne m’attendais pas à ça.

-       C’est ce que je compte proposer, demain, expliqua Mara. J’en parlerai à Woolsey bien sûr, mais je voulais… En discuter avec toi avant.

-       Mara, insista John, c’est une décision que tu ne dois pas prendre à la légère. »

 

Mais la jeune Alénienne eut un sourire triste :

 

-       « À vrai dire, ça fait un moment que j'ai cette idée en tête. Depuis plusieurs semaines. Les choses changent dans notre société, en profondeur. Au départ, je n'ai songé à cela que pour moi et Kalia. Je souhaitais que nous partions après la fin de mon mandat, je ne me serai pas représentée. Nous aurions trouvé notre place auprès des tiens, qui ne voient pas notre fille comme un monstre, mais comme un être humain normal, si ce n'est "supérieur". Pour les tiens, Kalia a un don unique. Les Aléniens l'ont toujours vu ainsi, mais plus maintenant. Quant à moi, je suis tellement épuisée John. Je ne veux pas que mon incapacité à gérer cette situation me conduise à prendre des mesures trop dures ou cruelles, comme a pu le faire mon père, en son temps. Et regarde Kalia… regarde ce qu’elle a dû faire bon sang ! Elle a failli… Tuer des gens ! À seulement onze ans ! Le peuple est déjà au courant, Salina ne s’est pas gênée pour le crier haut et fort ! Cela ne fera que donner du poids à ses arguments et renforcer le sentiment des autres que Kalia est un être inhumain et dangereux. »

 

John ne sut pas quoi lui répondre. Il se rappela le regard menaçant de Kalia quand elle avait grondé à Salina qu'elle la tuerait, si elle ne regoupillait pas les grenades. Les éclairs, qu’elle avait fait jaillir du mur… En effet, pour lui et ses compagnons Atlantes, on parlait de science et de capacité exceptionnelle. Pour les Aléniens, ça relevait de la magie noire.

 

-       « Écoutes, reprit-il lentement, honnêtement, je ne sais pas quoi te conseiller. Il y a toujours des gens qui te sont fidèles ici, qui pensent comme toi, autres que les porteurs du gène. Eux aussi, tu les abandonnerais, en même temps que ton monde. Mais je comprends tes arguments. Marcus vous a livré aux Wraiths et Salina a jeté en prison les porteurs du gène. Qui sait ce qui se passera la prochaine fois ? Je pense que vous êtes réellement en danger. Alors, même si politiquement, tu ne fais pas le meilleur choix, pour le reste... Si c’est mon appui que tu veux, tu l’auras. »

 

Mara eut un maigre sourire de soulagement.

 

-       « Merci John. »

 

Il eut un hochement de tête.

 

La jeune Alénienne le regarda un moment, avant qu'apparaisse sur son visage, la même tendresse qu'il y a six mois auparavant, quand elle lui avait rendu visite dans ses quartiers pour lui déclarer qu'elle l'aimait. Elle déposa lentement les morceaux d’herbe émiettée sur le sol et se pencha en avant pour l’embrasser avec douceur.

 

John se laissa faire et la jeune femme finit par s’écarter de lui en murmurant :

 

-       « Je t’aime John.

-       Je sais Mara. »

 

La jeune Alénienne se releva ensuite lentement et Sheppard fit de même. Ensemble, ils se remirent en marche vers le Jumper et Mara déclara avec amusement :

 

-       « Woolsey est tombé comme une masse ! C’est un homme assez strict, mais il est fin diplomate. Je pense que vous avez de la chance de l'avoir.

-       Oh et bien… Il ne faut pas le dire tout haut devant lui, objecta John. Ce n’est pas Mc Kay mais… Il aime bien la flatterie, lui aussi.

-       Je vois… Et vous deux, vous vous en sortez pour gérer Atlantis ? questionna Mara. Tu es plus… Impulsif.

-       Pour l’instant aucun objet de décoration n’a volé et je ne me suis pas fait relever de mon poste alors… Je pense qu’on peut dire que oui, on s’entend bien, répondit John d’un ton léger. »

 

Il vit le sourire de Mara s’agrandir. Ils se quittèrent à l’entrée du chemin de pierre menant à la Porte et John l'observa partir et disparaître sous les arbres.

 

Puis, il retourna auprès de son équipe et Ronon lança :

 

-       « Qu’est-ce qu’elle voulait ? »

 

John se rappela alors que de là où ils étaient, ils avaient pu les voir au loin et il rougit légèrement dans la pénombre :

 

-       « Oh euh… Mara veut rendre son pouvoir et venir avec Kalia ainsi que les porteurs du gène qui le souhaitent sur Terre, comme réfugiés.

-       Vraiment ? s'étonna Teyla.

-       Oui. Elle croit que la situation va devenir dangereuse pour eux, ici.

-       Elle n’a pas vraiment tort, commenta Ronon.

-       Je ne sais pas, fit lentement Sheppard. Je lui ai affirmé que je la soutiendrai, mais… La décision finale revient à Woolsey.

-       Je ne pense pas que Monsieur Woolsey refusera, remarqua Teyla. Il sait très bien ce qui se passe sur cette planète. Lui aussi est un politicien, il est le mieux placé pour comprendre les arguments de Mara.

-       Je sais Teyla, répondit John. Nous verrons bien… »

 

Et c’est ainsi que leur tour de garde se poursuivit, jusqu’à ce que l’équipe de Lorne vienne les relever.

 

XXX

 

           Le lendemain matin, Richard Woolsey se regarda dans la glace ronde de la salle de bains de Mara et colla par des gestes lents et précautionneux ce qu’il lui restait de cheveux contre son crâne.

 

           Il étudia les plis de son uniforme Atlante et les défroissa du mieux qu’il le put.

 

           Il se devait d'être impeccable, ce n’était pas tous les jours qu’il devait s’exprimer face à plus de 300 personnes d’une autre planète…

 

           Heureusement, il avait apporté avec lui quelques feuilles de papier et un stylo et pendant qu’il se préparait, il avait noté quelques idées pour son discours. Prenant ses notes, il sortit de la salle de bains et tomba sur John qui, les traits tirés, bailla à s’en décrocher la mâchoire en demandant :

 

-       « Vous avez terminé ?

-       Oui Colonel. »

 

John eut un hochement de tête et Woolsey lui laissa la place.

 

Le bureaucrate descendit au rez-de-chaussée et se rendit dans le salon où Mara et les équipes de Lorne et Sheppard étaient réunies. La jeune Alénienne l’accueillit avec un sourire fatigué et il salua tout le monde d’un geste de la main.

 

Mara eut un regard pour les feuilles de papier de Woolsey et nota avec amusement :

 

-       « Vous êtes très prévoyant. Moi-même, je suis incapable de suivre mes notes lors d'un discours, je me mélange toujours dans mes papiers.

-       Et bien moi, je ne pourrai pas m’en passer, releva poliment Richard.

-       Hum… Écoutez, Monsieur Woolsey… »

 

Un air très sérieux s'afficha sur ses traits et le bureaucrate se redressa :

 

-       « Madame ?

-       Je voudrais discuter avec vous d’une décision que j’ai prise.

-       Cette nuit ?

-       Oui.

-       Bien… Je vous écoute. »

 

Mara l'invita à s'asseoir dans le canapé qui jouxtait la table pour commencer posément :

 

-       « Vous avez dû vous rendre compte que le souhait du peuple Alénien est la liberté et l'indépendance totale vis-à-vis de vous, Atlantes. Et qu'ils ne veulent plus entendre parler de différence génétique, de gène des Ancêtres. Je pense qu’une vie simple, la plus simple possible, soit leur choix.

-       Je l’ai bien compris, Madame.

-       C’est pourquoi je crois que… Il serait plus sage que je m’en aille. Moi ainsi que les porteurs du gène. »

 

Woolsey resta bouche bée, quant au reste de son équipe, ils arrêtèrent ce qu’ils étaient en train de faire pour se tourner vers eux, surpris.

 

-       « Vous comptez… Abandonner Aléna ? répéta Woolsey, n'en croyant pas ses oreilles.

-       Comme je l’ai expliqué au Colonel Sheppard hier soir, cela fait un moment que j’y songe, détailla Mara. Au départ… Avant la rébellion de Marcus, ils n’étaient qu’une minorité à considérer Kalia comme une sorte de monstre, quand les autres la regardaient avec admiration. Aujourd’hui, la situation est inversée. Si rien ne change et que l'on force les Aléniens à poursuivre une évolution dont ils ne veulent pas, un conflit bien plus violent éclatera, purement et simplement. Et je crains pour la sécurité des porteurs du gène également. Je pense que… J’annoncerai mon départ et seulement le mien et proposerai aux autres la possibilité de nous accompagner. J’annoncerai également que je me retire de mon poste de Présidente, avançant ainsi la date des élections.

-       Madame, objecta gravement Woolsey, vous savez qu’en agissant de la sorte, vous donnez implicitement raison aux idées de Salina. Vous allez laisser les vôtres dans une situation précaire. Même s'ils ne sont pas très nombreux, certains Aléniens, qui n’ont pas le gène ATA, sont encore de votre côté. Vous allez livrer ces gens en pâture aux autres… Dans chaque démocratie, il y a des mouvements pour et des mouvements contre la politique mise en place par le gouvernement. Vous ne réglerez pas la division de votre peuple en vous éclipsant Madame.

-       Monsieur Woolsey, insista Mara, Salina a déjà raconté ce que Kalia a fait, elle a failli tuer des Aléniens ! Imaginez que le peuple croit que les autres porteurs du gène, ont le même pouvoir que Kalia de faire sortir des éclairs des murs ? J'en suis à craindre pour leurs vies, pour celle de ma fille.

-       Pour l’instant, Kalia est en sécurité sur Atlantis, remarqua Woolsey. Laissez du temps à vos semblables de…

-       Cela fait des mois que tout se dégrade, le coupa Mara, consternée, et je sais que la situation n'ira pas en s'améliorant. Les choses ont commencé à changer après Marcus. Il y aura d’autres Salina. Elle exprime une volonté et des idées qui gagnent de plus en plus de monde. C’est pour ça que je vous demande de permettre à ceux qui le souhaitent, de partir. De venir comme réfugiés, sur votre planète. Je sais que vous avez un programme exprès pour ça. Je sollicite officiellement de pouvoir en bénéficier. »

 

Woolsey ne s'attendait visiblement pas à une telle requête. Il hocha la tête et déclara lentement :

 

-       « Vous me mettez dans une situation délicate Madame… De plus, pour un grand nombre de personnes, je ne suis pas seul à décider.

-       Alors, parlez-en à ceux qui décident, répondit Mara.

-       Je vais… Y réfléchir. En attendant, le vote ne sert plus à rien, marmonna Woolsey avec un regard pour ses notes.

-       Au contraire. Il nous permettra de juger si mon idée est bonne ou non, répliqua Mara. Voilà ce que je vous propose : soumettons le choix des Aléniens à votre vote. Si celui-ci n’est pas en votre faveur, alors, je me retirerai immédiatement comme je vous l’ai expliqué. S’il y a encore une chance que le peuple soit uni, je resterai au moins jusqu’à la fin de mon mandat. Est-ce que cela vous convient ? »

 

Woolsey prit un moment pour considérer l’offre de la jeune Alénienne. Finalement, il déclara :

 

-       « Très bien. Cette décision me paraît déjà plus sage.

-       Alors partons là-dessus, décréta Mara. Maintenant, si vous le voulez bien, je vais aller me préparer. »

 

Et elle se leva au moment où John revenait vers eux. Il eut un signe de tête pour Mara que la jeune femme lui rendit et il alla prendre sa place sur le canapé. Il eut un regard pour ses compagnons et comprit :

 

-       « Je vois… Mara vous a parlé de son projet.

-       Vous étiez déjà au courant de ses intentions ? demanda Woolsey.

-       Oui. Elle m’en a touché un mot, hier soir.

-       Et qu’en pensez-vous ?

-       Et bien… C’est une très lourde décision. Mais je peux la comprendre. Le peuple est définitivement scindé en deux et la prochaine étape sera la guerre civile. La demande de Mara est une manière de rendre les armes avant la bataille tout en à assurant à elle et ceux qui la suivront, un avenir meilleur.  

-       Qui aurait pu penser que nous en arriverions là, déplora Woolsey.

-       Malheureusement, intervint doucement Teyla, le choix des Aléniens de refuser l'assistance Atlante ne m'étonne pas tant que cela. Souvenez-vous, une partie des Athosiens a choisi l'exil, plutôt que la vie sur Atlantis. Même si leur rejet était moins virulent et que nous avons maintenu accords commerciaux et protectorat.»

 

Woolsey soupira et se gratta lentement le front :

 

-       « Bon… Nous verrons bien. »

 

C’est deux heures plus tard que Richard Woolsey se retrouva face au peuple Alénien. Mara avait fait sonner la cloche annonçant la réunion sur la place principale de la ville.

 

Par petits groupes, l’ensemble de ses gens se réunit. Ils avaient convenu de laisser Woolsey parler en premier.

 

La journée était belle, nota Woolsey, un peu rassuré. Il préférait s’exprimer sous un soleil radieux, que sous une pluie diluvienne.

 

           Mara avait fait installer une petite estrade sur laquelle il monta. Il posa ses notes sur le pupitre et s'éclaircit la voix. Puis, il entama :

 

-       « Mesdames, Messieurs… Peuple d’Aléna, je vous salue solennellement. Je tiens d’abord à vous adresser ma consternation, face à la situation difficile que vous avez de nouveau, dû affronter. Face au déchirement, qui lacère le cœur de votre peuple. Je comprends la souffrance que vous devez ressentir. Nous aussi, Atlantes, du monde où nous venons, ce genre de division existe. Il n’est pas un seul peuple dans cet Univers qui ne connaisse la disparité des opinions. »

 

Il prit une pause et enchaîna :

 

-       « Sur la Terre, là d’où je viens… Notre peuple, tout entier, est un peuple d’explorateurs. De voyageurs. La curiosité nous anime. L’attrait de la découverte est notre moteur. D’ambitions d’hommes du passé, sont nées un mélange des genres, des cultures, des populations. Comme vous… Nombre d’entre nous avons eu peur. Nous avons eu peur de voir des nations étrangères, arriver et nous imposer certaines choses. Mais je peux vous dire ceci : à la longue, le mélange de ces cultures fut bénéfique et une fois nos craintes surmontées nous avons tant appris les uns des autres. Nous accueillons aujourd’hui, des gens d’autres planètes dans l’Univers. Ils ont eu peur, eux aussi. Peur de ce que nous allions leur imposer comme changement. Mais aujourd’hui, ils nous remercient de ce que nous leur avons apporté. Moi-même j’ai la joie de pouvoir admirer sur mon bureau, à Atlantis, une sculpture faite par un habitant d’un autre monde et que l’on m’a offerte comme cadeau diplomatique. Un véritable chef-d’œuvre qui m’aide, chaque jour, à me rappeler pourquoi je suis ici, à l’autre bout de l’Univers. De ma maison. Je ne suis pas un conquistador. Je ne cherche pas à imposer ma loi, mon mode de pensées, à d’autres. Je veux découvrir. Je veux apprendre. Nouer des liens. C’est mon seul but et c’est pourquoi à vous, comme aux autres, j’ai toujours choisi d’apporter mon aide. Qu’Atlantis puisse devenir un véritable phare qui éclaire de sa lumière salvatrice, les peuples qui pourraient avoir besoin de nous. Comme vous, avez eu besoin de nous. »

 

De nouveau, Woolsey prit une pause et le temps de regarder l'ensemble des Aléniens. C'est d'une voix plus grave qu'il poursuivit :

 

-       « Toutefois, votre Présidente a entendu vos doutes. Vous ne voulez plus de nous. Nombre d’entre vous font le choix de la liberté la plus totale, quitte à ce que cela vous mette en danger, parce que vous refusez notre aide. Je peux le comprendre. C’est cette compréhension, et ce respect que j’ai pour votre peuple qui m’a poussé à proposer à Mara d’Aléna, un vote. »

 

Les Aléniens se regardèrent, surpris et dubitatifs. Woolsey reprit :

 

-       « Un vote qui répondra à une question très simple : Voulez-vous toujours de notre alliance et notre aide, ou pas ? Il se déroulera à bulletin secret comme pour vos élections et à un seul tour. La majorité l’emportera. Si la réponse est non… Nous vous laisserons ce que nous vous avons déjà donné. Mais vous ne pourrez plus faire appel à nous et serez livrés à vous-mêmes. Les codes d’identification seront désactivés. Cela inclut que nous n’interviendrons pas, si une attaque Wraiths se présente. Sachez-le. »

 

Un élan d’inquiétude sembla s’emparer du peuple Alénien. Woolsey eut un sourire cordial :

 

-       « Merci pour votre attention. »

 

Et il descendit de la tribune. Mara prit sa place et les chuchotements se turent aussitôt. La jeune Alénienne déclara avec émotion :

 

-       « Je remercie Monsieur Richard Woolsey pour son discours. Je n’ajouterai pas grand-chose à ce qu’il a déjà dit. Je sais que ces deux attaques successives ont été une épreuve pour nous tous. Je sais que vous êtes de plus en plus nombreux à penser que la vie la plus simple possible nous permettrait de nous empêcher de nous entredéchirer. Mais la présence Atlante nous a toujours été bénéfique. Vous pouvez tous en témoigner. Cependant, j’entends vos suppliques et même si j’ai du mal à les comprendre, je ne suis pas mon père et je les accepte. C’est pourquoi, suite au vote et à la réponse que vous apporterez, je vous annonce ceci. En cas de « Non », je démissionnerai de mon poste de Présidente. Sans délai. »

 

Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Mara enchaîna :

 

-       « Je suis représentante de ces idéaux dont vous ne voulez plus. Je ne peux vous imposer ma présence. Aussi, j’ai demandé à Monsieur Woolsey d’accepter ceux d’entre vous qui ne souhaitent pas rester sur la nouvelle Aléna, sur Terre, comme réfugiés. Une nouvelle vie nous sera offerte par les gens de cette planète. Moi-même, si je dois me retirer, je partirai là-bas. Maintenant, si la réponse est « Oui », je resterai jusqu’à la fin de mon mandat, avant de me retirer des affaires politiques. Je ne me représenterai pas. Et je partirai également. Encore une fois, le statut de réfugié sur Terre pourra être accordé à ceux qui le désirent, si Monsieur Woolsey obtient l’aval de ses Chefs. »

 

Les Aléniens semblaient divisés. Certains hochaient la tête d’autres, étaient consternés. Mara déglutit avant d'assurer d’une voix tremblante :

 

-       « Je vous ai toujours aimé. Chacun d’entre vous, même ceux qui étaient contre ma politique. J’ai toujours tout fait pour que l’on vive dans une société la plus juste qui soit. Je vous demande pardon si à vos yeux… J’ai échoué. »

 

Et sur ce, elle descendit de l’estrade. Aussitôt, un petit nombre de personnes se rassembla autour d’elle cependant que les autres Aléniens se regroupaient entre eux, discutant vivement.

 

John les observa et déclara sombrement :

 

-       « Le vote sera négatif.

-       Bien sûr qu’il sera négatif, affirma Woolsey. Mais ils auront fait leur choix, Colonel. »

 

Sheppard ne releva pas. Patiemment, ils attendirent que la foule se disperse et Mara revint alors vers eux, d'un pas lent.

 

-       « J’ai fait passer le mot. Le vote commencera d’ici une heure. Je pense qu’il prendra l’après-midi. Cette nuit, nous serons fixés.

-       Qui fera le dépouillement ? interrogea Woolsey.

-       Moi, Atlaïr et Artus, annonça Mara. Ici même, sur la place publique, avec deux personnes tirées au hasard, qui vérifieront les résultats.

-       Ça me paraît correct, remarqua Woolsey.

-       Merci. »

 

Elle eut un sourire épuisé. Ensemble, ils se dirigèrent vers sa maison, jusqu’à ce qu’ils voient Laila accourir vers eux.

 

La sœur de Marcus s’inclina rapidement et essoufflée, elle s'écria :

 

-       « Madame, j’ai une requête à faire ! 

-       Je t’écoute, Laila.

-       Nous vous attendrons chez vous, Mara, intervint Woolsey.

-       Non, restez ! répliqua Laila. À vrai dire… Ça vous concerne aussi. Enfin, vous, les Atlantes. »

 

Le bureaucrate et l'équipe de Sheppard resta surpris, et Mara déclara :

 

-       « Très bien Laila. Alors nous t’écoutons.

-       Cela concerne Malica, Madame… »

 

Woolsey fronça les sourcils, perplexe, et Laila expliqua à son intention :

 

-       « Ma fille, Monsieur Woolsey. Elle est porteuse du gène et a permis à Mara de délivrer ses compatriotes. Mais dans l’explosion qui a arrêté Salina, Malica a été gravement blessée… On pense que… Elle ne pourra plus jamais remarcher. »

 

Sa voix se brisa. Mara posa une main sur son épaule. Alors, Laila l’attrapa par sa chemise et supplia :

 

-       « Oh Madame de grâce ! Je vous demande à vous et aux Atlantes de l’emporter sur la cité des Ancêtres ! Vous avez de bons médecins ! Et Kalia ! Je voudrais que Kalia teste les artefacts de guérison sur Malica, Madame ! Ce qu’elle a fait dans cette grotte… Par les Ancêtres, cette enfant est exceptionnelle ! Entre les médecins Atlantes et Kalia, je suis sûre que ma petite Malica pourra guérir ! Je vous en supplie Madame ! Monsieur Woolsey, Colonel ! Par pitié ! »

 

Son visage était inondé de larmes. Mara l'observa, le cœur déchiré :

 

-       « Je suis tellement désolée Laila…

-       Ce n’est pas votre faute, Madame… »

 

Mara se tourna vers les Atlantes :

 

-       « Monsieur Woolsey ?

-       Nous emmènerons Malica, assura Richard d'un ton d'évidence. Mais après le vote de ce soir.

-       Oh merci, merci Monsieur Woolsey ! clama Laila avec vénération. Par les Ancêtres, merci ! »

 

Et elle s’inclina de nouveau profondément avant de les laisser. Woolsey annonça alors :

 

-       Je vais retourner sur Atlantis. Je dois contacter le SGC pour leur faire part de votre demande concernant les réfugiés. Je préfère avoir leur réponse avant la fin du vote, vous comprenez ?

-       Bien sûr, merci Monsieur Woolsey.

-       Je vous en prie. Colonel, je souhaiterais que vous restiez ici avec votre équipe. Je partirai avec celle du Major Lorne.

-       Très bien. Je vous accompagne à la Porte. »

 

Woolsey acquiesça et ensemble, ils rejoignirent la Porte des Étoiles.


Laisser un commentaire ?