Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)
Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 15 : La lame invisible
La nuit enveloppait Naboo d’un calme trompeur. Depuis le départ de la navette de Dark Vador, rien n’avait changé en apparence. Les cascades de Theed continuaient de chanter, les patrouilles de la garde restaient régulières, et les visages des citoyens étaient rassurés.
Mais dans la Force… quelque chose grattait.
Il n'y avait eu aucune annonce officielle, aucune nouvelle flotte en orbite. Juste une présence. Fine, précise, invasive. Comme une aiguille cherchant une veine. Un Inquisiteur, agissant sur un ordre murmuré ou une simple intuition, était resté derrière. Un charognard envoyé pour confirmer ce que le Seigneur Noir n'avait fait qu'effleurer.
Dans une ruelle étroite, loin du faste des palais, l’Inquisiteur s’arrêta. Il portait son armure sombre, son casque noir masquant des yeux brûlants de fanatisme. Il ferma les yeux, inclinant la tête. Il n'écoutait pas la ville ; il écoutait le murmure du côté obscur.
Deux présences. Liées. Troublantes par leur clarté.
Un sourire cruel étira ses lèvres.
— Je vous ai trouvés…
À plusieurs rues de là, Ryn se figea. Un frisson brutal le traversa, moins lourd que celui de Vador, mais plus tranchant, plus personnel.
— Syla… murmura-t-il dans leur lien.
À l’autre bout de la ville, elle sentit la même chose. Une menace qui remontait leur piste, pas à pas. Leur lien vibrait trop fort, comme une corde de violon prête à rompre. Et cette fois, quelqu'un tirait sur la corde.
Dans l’ombre, ils étaient déjà là. Les six.
Sans un bruit, sans une forme précise, ils avaient glissé entre les molécules de la nuit. Ils n'avaient pas attendu que la menace arrive ; ils l'avaient cernée dès l'instant où elle avait posé le pied sur le pavé.
L’Inquisiteur ouvrit les yeux. Un malaise soudain l'envahit. La trace… elle s'effaçait. Ce n'était pas une fuite, c'était une déviation. Quelque chose recouvrait les enfants, comme un voile de plomb jeté sur une bougie.
Trop tard.
Le premier coup fut silencieux. Une lame sombre surgit de l'obscurité derrière lui. L’Inquisiteur recula d’un bond, activant son sabre dans un sifflement rouge sang.
— Montrez-vous ! rugit-il.
Le silence lui répondit. Puis, les six silhouettes se matérialisèrent. Pas des Jedi, pas des Sith. Des fantômes. Ils étaient autour de lui, formant un cercle qui semblait absorber la lumière de son sabre rouge.
Il attaqua avec la fureur apprise à l'Inquisitorius. Rapide, précis, mortel. Mais ses coups ne rencontraient que le vide. Les Medjaÿ ne se battaient pas en duel ; ils se battaient en essaim. Ils n’étaient jamais là où il frappait, et toujours là où il ne regardait pas.
Un choc. Une lame de vibro-poignard entama son armure. Une autre frappe lui entailla la cuisse.
L’un des Medjaÿ vacilla, touché par le plasma rouge au flanc. Un second fut blessé à l'épaule. Mais aucun ne cria. Aucun ne recula. Ils continuaient leur danse macabre avec une froideur de droïdes.
L’Inquisiteur comprit alors, trop tard, la nature de l'adversaire. Ce n’était pas un combat. C’était une exécution chirurgicale.
La peur monta en lui, une peur délicieuse pour le côté obscur, mais elle fut immédiatement fauchée. Dans l'instant où il perdit sa concentration, une lame traversa sa garde. Puis une seconde.
Le sabre rouge s'éteignit en tombant sur le pavé. L'Inquisiteur resta debout une seconde, la bouche ouverte sur un cri qui ne sortit jamais. Puis il s'effondra. Sans bruit. Dans un silence total.
Les six silhouettes restèrent immobiles autour du corps. Puis, elles s'évaporèrent.
Plus loin, Ryn releva la tête, reprenant enfin son souffle.
— C’est fini…
Il ne savait pas pourquoi, mais il sentit le "poids" disparaître de la Force. Syla ferma les yeux, la même sensation de relâchement l'envahissant.
— Ils l’ont fait, souffla-t-elle.
Ils ne s'étaient jamais vus, ils n'avaient jamais parlé aux Medjaÿ depuis leur enfance, mais ils comprenaient la vérité : ils vivaient sous la garde de meurtriers invisibles. Et cet amour-là, cette protection sanglante, était terrifiante.
Dans l’ombre d'un hangar désaffecté, les Medjaÿ se regroupèrent. Deux étaient blessés, le sang tachant leurs vêtements sombres. L’un d’eux observa ses mains, légèrement tremblantes. Ce n'était pas la douleur. C'était la montée d'adrénaline, cette satisfaction sombre d'avoir tué. La tentation. Le côté obscur qui ronronnait après un sacrifice.
Un silence. Puis la voix du Chef des Medjaÿ, calme et impitoyable :
— Reste.
Un seul mot. Une ancre. L'esprit du blessé se stabilisa. La respiration ralentit. Vyze les avait préparés à cela : ne pas chercher la gloire dans le meurtre, mais l'utilité dans le silence.
— Nous veillons, dit le Chef.
— Nous protégeons, répondirent les autres dans un souffle.
Puis ils disparurent à nouveau. Comme des ombres. Comme ils devaient l’être.
Sur Naboo, la nuit reprit son cours paisible. Mais désormais, une vérité invisible flottait dans l'air de Theed : le prix de la paix des Polaekys était le sang de ceux qui cherchaient à les connaître.