Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)
Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 14 : L’ombre de Vador
Le ciel de Naboo affichait un bleu d’une pureté insolente. Pas un nuage, pas un souffle. Une immobilité de cristal, comme si la planète elle-même s'était pétrifiée pour ne pas attirer l'attention.
L’annonce était tombée à l’aube : une délégation impériale de haut rang arrivait à Theed. Mais les rumeurs n'avaient pas eu besoin de noms. Dans la Force, le vide arrivait. L'Ombre était là.
Dans la cour de la caserne de Theed, Ryn, se tenait dans les rangs, rigide sous son armure légère. Casque sous le bras, regard fixé sur l'horizon, il appliquait la leçon la plus difficile des Medjaÿ : l'effacement.
« Ne sois pas une cible. Ne sois pas un esprit. Deviens une pierre dans le mur. Un grain de sable dans le désert. »
Le son précéda la vision. Un martèlement de bottes sur le pavé, lourd, implacable. Et ce bruit... ce sifflement mécanique, régulier, qui semblait pomper l'oxygène de l'air. Dark Vador apparut au bout de l'allée. Sa silhouette d'ébène déformait la perspective, sa cape traînant comme une nappe de pétrole.
Ryn ne broncha pas. Il ne pensa pas. Il expulsa chaque émotion, chaque souvenir, ne laissant qu'un vide poli à la surface de son esprit.
Vador passa devant le premier garde. Puis le second. Il s'arrêta devant Ryn.
L'air devint glacial. Le Seigneur Noir tourna son masque vers le jeune homme. Un instant, le sifflement de son respirateur sembla s'intensifier, comme une bête flairant une piste.
Une pression invisible effleura les barrières mentales de Ryn. Ce n'était pas une attaque, mais un sondage. Une question silencieuse posée à l'univers : « Pourquoi ce vide est-il si parfait ? »
Ryn ne répondit rien. Il n'existait plus.
Après une éternité de quelques secondes, le respirateur reprit son rythme. Vador poursuivit sa marche. Mais dans le sillage de sa cape, Ryn sut qu'une note avait été griffonnée dans le grand livre de l'Empire.
Au Palais, l'ambiance était tout autre. La diplomatie était un masque de soie posé sur un visage d'effroi. Syla avançait aux côtés de Sabé dans la grande salle d'audience. Elle était vêtue de pourpre, ses cheveux tressés avec une précision mathématique.
— Rappelle-toi, murmura Sabé, les lèvres à peine mobiles. Tu n'es pas une proie. Tu es un miroir. S'il regarde, il ne doit voir que son propre reflet. Je dois te laisser... J’ai un trop lourd passif avec lui… Sois prudente.
Syla entra seule dans la salle où la délégation attendait. Vador se tenait au centre, une colonne de ténèbres au milieu des dorures de Naboo. Syla s'inclina avec une grâce qui aurait rendu sa mère fière.
— Seigneur Vador. Bienvenue sur Naboo.
Sa voix était un lac gelé : lisse, claire, sans une ride. Mais intérieurement, elle sentait la tempête. Le lien avec Ryn, d'ordinaire si vibrant, était devenu silencieux, comme étouffé par une main géante.
Vador pivota lentement. Son regard de duracier se posa sur elle. Syla sentit la Force se resserrer autour de son cou, non pas pour l'étrangler, mais pour l'ausculter. Chaque battement de son cœur était scruté.
Mais dans l'ombre des colonnes, trois Medjaÿ veillaient. Ils n'intervenaient pas directement, mais ils utilisaient leur propre présence pour "courber" la Force autour de Syla, créant des interférences, des échos de fond qui masquaient la véritable nature de son pouvoir.
— Vous êtes... calme, fit la voix synthétique de Vador.
Syla soutint le regard du masque, un léger sourire aux lèvres.
— Naboo est une planète paisible, Seigneur. La beauté de Theed apaise les esprits les plus tourmentés.
Un mensonge audacieux. Un silence lourd s'installa.
— La paix... est souvent une illusion, mademoiselle Polaekys, répliqua Vador. Une couverture pour les traîtres.
Syla ne cilla pas. Elle resta ce miroir poli, renvoyant l'hostilité du Seigneur Noir sans l'absorber. Finalement, il se détourna.
À distance, caché derrière les panneaux de contrôle d'une loge d'observation, Vyze Polaekys sentait la sueur glacer son dos. Ses mains étaient crispées sur le rebord en métal. Voir ses enfants ainsi, à un millimètre de l'abîme, était le pire supplice de sa vie d'amiral. A ses côtés, Alyna tremblait de peur, elle avait lu les rapports de missions de Vyze et le savoir si proche de ses enfants était un vrai supplice.
Il sentait Vador. Et il sentait, plus loin, l'ombre de Palpatine qui riait dans les courants de la Force.
— Ils jouent avec nous. Ils nous testent comme on teste la résistance d'un alliage.
Les six Medjaÿ, trois avec Ryn, trois avec Syla, étaient restés des spectateurs immobiles. Leur discipline était absolue. S'ils avaient bougé d'un cil, Vador aurait déclenché un massacre.
La délégation quitta Theed au crépuscule. La navette impériale s'éleva, déchirant le ciel si pur de la matinée. Vador, debout près de la rampe, ne se retourna pas. Mais un murmure s'échappa de son masque, trop bas pour être entendu, sauf par ceux qui écoutent le côté obscur :
— Ils ne sont pas seuls. Quelque chose... les recouvre.
Le soir même, Ryn et Syla se retrouvèrent sur leur balcon habituel. Ils étaient épuisés, comme s'ils venaient de livrer une bataille de dix heures.
— Il nous a sentis, murmura Syla, sa voix tremblant enfin. Pas nous directement, mais la "zone de silence" autour de nous.
— Il sait que quelque chose ne colle pas, répondit Ryn en regardant ses mains. La prochaine fois, il ne se contentera pas de passer devant nous. Il cherchera la source.
Au loin, dans les jardins assombris, les Medjaÿ reprenaient leurs positions. Ils savaient que le sursis touchait à sa fin. La "lame" qu'ils devaient devenir n'était plus une métaphore. L'Acte I se refermait sur un constat glacial : les jumeaux Polaekys avaient été marqués.
L'Empire ne les cherchait plus. Il les attendait.