Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)
Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 11 : Le Credo
La nuit était tombée sur Naboo, une nappe de velours noir qui étouffait les bruits de la plaine. À l’écart de la villa, là où les racines des arbres anciens s’enfonçaient dans le sol humide, Vyze se tenait immobile. Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir qu’elle arrivait. Le parfum de l'air changeait, chargé d'une détermination que seule Alyna possédait.
— Il faut qu’on parle, Vyze.
Sa voix était un fil d'acier : fine, mais capable de trancher. Vyze ferma les yeux, sentant la fatigue accumulée de ses deux vies, l'amiral et le Jedi, peser sur ses épaules.
— Je sais, répondit-il enfin.
Alyna s'avança jusqu'à lui, son port de tête rappelant ses années à la cour de Corellia. Elle ne cherchait pas de réconfort, elle cherchait des comptes.
— Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ?
Vyze inspira l'air frais du lac.
— Parce que l'ombre s'allonge. Et parce que je ne peux pas être à la fois le bouclier et l'épée.
— Ce n’est pas une réponse, Vyze. C'est une pirouette de politicien. Tu as fait venir des fantômes dans notre jardin. Des gens qui n'existent pas pour l'Empire, mais qui respirent l'air de mes enfants.
Il se tourna enfin vers elle. Son regard était hanté.
— J'ai fait venir la seule chose qui pourra les arrêter si je viens à échouer. Alyna... je ne suis plus sûr de pouvoir toujours faire le bon choix quand il s'agit d'eux.
Le vent passa, agitant les étoffes de leurs vêtements. Alyna marqua un temps d'arrêt, son visage se durcissant.
— Tu parles d'eux comme s'ils étaient des menaces. Ce sont nos enfants.
— Ils sont ce que la Force a décidé qu'ils seraient, répliqua-t-il plus bas. Tu as vu le tir dans le jardin. Tu as senti la résonance quand l'Empereur est venu. Ils ne sont pas "comme les autres". Et ces ombres sans nom sont là pour s'assurer qu'ils ne deviennent pas ce que Palpatine espère.
Alyna secoua la tête, une colère sourde vibrant dans sa voix.
— Je ne leur fais pas confiance. Ils sont des lames prêtes à frapper dans le noir. Ils me font peur ! Vyze, ils ont failli te tuer, toi, un puissant Jedi ! Et devant MES enfants qui plus est !
— Ils n’auraient jamais dû me suivre, ils me ressemblent trop… Tu n'as pas besoin de leur faire confiance, Alyna. Mais eux... ils nous sont liés par un serment qui dépasse la loyauté impériale ou le code Jedi. Et je les ai choisis justement car ils sont capables de m’abattre si je sombre dans le côté obscur.
Le silence tomba brutalement, comme si la nature elle-même marquait une pause. Sans un bruit, les Medjaÿ émergèrent de l'obscurité. Ils ne sortirent pas des buissons ; ils semblèrent simplement se condenser à partir de la nuit. Six silhouettes, immobiles, dont l'absence de présence était plus effrayante que leur apparition.
Alyna se raidit, ses mains se serrant instinctivement.
— Évidemment... ils écoutent.
— Nous entendons toujours, répondit une voix qui semblait provenir de partout et de nulle part à la fois.
Alyna fit un pas vers le cercle d'ombres, son courage de Sénatrice prenant le dessus sur sa peur.
— Alors écoutez bien : je ne vous veux pas ici. Vous effrayez mes enfants. Vous n'avez pas de place dans ce monde.
Un silence de mort suivit ses paroles. Puis, la voix reprit, teintée d'une mélancolie glaciale :
— Nous n’avons de place nulle part, Sénatrice. Nous sommes l'espace entre les étoiles.
— Alors partez, ordonna-t-elle.
— Nous ne pouvons pas. Notre vie est déjà consommée par notre tâche.
Vyze intervint, sa voix se mêlant à celle de ses gardiens.
— Dis-leur, Alyna. Dis-leur ce que tu crains vraiment.
Elle ferma les yeux, les larmes brûlant derrière ses paupières.
— Je crains qu'un jour, vous n'ayez plus à les protéger de l'Empire... mais d'eux-mêmes.
Les six silhouettes se redressèrent à l'unisson. Un mouvement fluide, presque inhumain. Ils ne parlèrent pas un par un ; ils parlèrent ensemble, leurs voix s'entremêlant pour former un écho puissant qui sembla faire vibrer la pierre même du domaine.
« Nous ne sommes pas vus.
Nous ne sommes pas connus.
Nous ne sommes pas juges.
Nous veillons sur l'étincelle avant qu'elle ne devienne incendie.
Nous protégeons le souffle avant qu'il ne devienne tempête.
Nous disparaissons dans le sillage du Gris.
La Force nous traverse, mais elle ne nous appartient pas.
La vie que nous gardons vaut plus que celle que nous portons.
Et si l'équilibre se rompt...
Alors nous devenons la lame qui sépare. »
Le silence qui suivit était différent. Il n'était plus vide ; il était chargé d'une promesse solennelle et terrifiante.
Cachés derrière un muret de pierre, Ryn et Syla n'avaient pas perdu une miette. Leurs petits cœurs battaient à l'unisson. Ils ne comprenaient pas la portée politique ou mystique de ces mots, mais ils ressentaient leur poids.
— La lame... murmura Syla, ses yeux brillant dans le noir.
Ryn ne dit rien. Il fixa l'endroit où les Medjaÿ s'étaient tenus avant de s'évaporer à nouveau dans la nuit. Ces mots venaient de s'imprimer dans sa mémoire, gravés au fer rouge. Il savait, avec l'intuition sauvage de son âge, qu'un jour, ce credo serait tout ce qui lui resterait.
Mais pour l'instant, ce n'était qu'un murmure sous les lunes de Naboo. Un avertissement que la paix n'était qu'un prêt, et que les intérêts se paieraient bientôt en sang.