Les Chroniques d'un Jedi - Tome 5 : C‘est la guerre !
Chapitre 9 — La dette oubliée
La Cinquième Flotte patrouillait dans la Bordure Médiane.
Le Delphinus, avançait lentement en tête de la flotte.
Dans la salle de méditation sous la passerelle, Vyze était seul.
Il essaya de voir avec plus de précision ce qu’il redoutait depuis ses dix ans... en vain.
Le silence l’enveloppait.
Puis quelque chose glissa à la lisière de son esprit.
Une présence. Ancienne. Froide. Sans hostilités.
Une voix sans mot.
Une invitation.
Ses yeux s’ouvrirent.
Une planète apparut dans son esprit : Dathomir.
Le rouge des terres. La brume. La mort.
Quelques heures plus tard, une navette quittait discrètement le dock.
Jaden l’attendait sur la passerelle d’embarquement, bras croisés.
— Tu pars seul ?
Vyze acquiesça.
— J’ignore pourquoi… mais quelqu’un m’appelle.
Jaden fronça les sourcils.
— Ça ressemble à un piège.
Vyze marqua un silence.
Puis répondit, presque absent :
— Peut-être… mais je crois que quelqu’un m’attend depuis avant ma naissance.
Jaden ne trouva rien à répondre.
La navette se posa dans une clairière noyée par la brume rouge.
Le ciel de Dathomir brûlait déjà, le Général Grievous avait lancé l’assaut.
Au loin, des explosions illuminaient la nuit. Des cris. Des tirs. Le bruit mécanique des droïdes de combat.
Vyze descendit, sabre à la ceinture.
Elle était là.
Debout entre deux arbres noirs. Silhouette fine. Peau marquée de tatouages anciens. Yeux jaunes, presque tranquilles.
La sorcière Kharis-Zal le regarda comme on reconnaît un visage attendu.
Pas de surprise. Pas d’accueil.
Simplement :
— Tu es venu.
Vyze resta prudent.
— C’est toi qui m’as appelé ?
Elle inclina la tête.
— Oui. Les Sœurs vont mourir cette nuit. Et tu dois payer ta dette.
Vyze fronça les sourcils.
— Quelle dette ?
Un bruit violent secoua la forêt. Des tirs approchaient.
Kharis-Zal le fixa sans cligner.
— Celle que tu ne connais pas encore.
Ils coururent à travers les arbres alors que les premiers droïdes apparaissaient entre les brumes.
Des B1. Puis des MagnaGardes.
Vyze déploya son sabre noir dans un claquement sec.
La lame trancha le premier droïde en deux.
Un second tomba sous son bouclier, projeté avec violence.
Mais ils étaient trop nombreux.
Kharis-Zal s’arrêta brusquement.
Elle posa sa main sur le sol.
Et murmura.
La terre vibra.
Le silence changea.
Derrière eux, plusieurs corps étendus se relevèrent lentement.
Anciennes Sœurs de la Nuit, mortes depuis quelques minutes, leurs yeux brûlaient d’un vert spectral.
Vyze eut un mouvement de recul.
Les silhouettes chargèrent les droïdes dans un hurlement rauque. Le temps nécessaire. Quelques secondes à peine.
Kharis-Zal reprit sa course.
— Ne les regarde pas. Elles n’ont plus rien à voir avec celles qu’elles étaient.
Ils atteignirent la navette alors que les explosions se rapprochaient.
Le ciel s’embrasait. Dathomir tombait.
L’hyperespace engloutit le vaisseau.
Destination : Bardotta.
Pendant tout le trajet, Kharis-Zal resta silencieuse. Assise en face de Vyze, elle l’observait sans détour… Comme si elle attendait qu’il comprenne seul.
Finalement, Vyze parla.
— Pourquoi moi ?
Elle esquissa presque un sourire.
— Parce que j’avais besoin d’un survivant.
Il ne comprit pas.
— Tu aurais pu demander à n’importe quel Jedi.
Cette fois, elle secoua lentement la tête.
— Non.
Un court silence.
Puis :
— Les autres seraient morts avant la fin.
La réponse le glaça.
Bardotta les accueillit dans le calme de ses montagnes : Une vallée reculée. Des ruines oubliées. Aucun signal.
Kharis-Zal s’arrêta au bord d’une falaise.
Le vent soulevait sa cape sombre.
Vyze resta en retrait.
— Alors ? Demanda-t-il. C’est quoi cette histoire de dette ?
Elle tourna légèrement la tête.
— Il fallait que tu vives.
Il fronça les sourcils.
— Je ne comprends pas.
Elle leva les yeux vers lui.
Et pour la première fois, quelque chose passa dans son regard. Une forme de tristesse.
— Je suis liée à ta famille.
Le silence pesa entre eux.
Vyze sentit la Force frissonner autour d’elle.
Puis elle s’approcha… Très près… Trop près.
— Si tu t’approches d’Alyna ou de mes parents, magie ou pas, je m’occuperai de toi !
Elle leva la main et posa deux doigts sur son front.
Une chaleur étrange traversa son esprit. Un rituel ancien, avant sa naissance… Puis plus rien.
Kharis-Zal retira sa main.
— Tu as payé une dette.
Vyze recula d’un pas.
— Je ne te dois rien.
Elle le regarda longuement.
Et répondit, presque amusée :
— C’est bien ce qui rend les dettes anciennes si difficiles à comprendre.
Elle se détourna.
Puis, avant de disparaître entre les pierres, sa main effleura l’air devant elle. Comme si elle touchait un ventre invisible.
Et elle murmura :
— J’avais raison… Tu as grandi.
Vyze resta seul.
Le vent soufflait sur Bardotta. La Force était silencieuse.
Mais pour la première fois depuis longtemps, Vyze eut la certitude qu’une partie de sa vie n’avait jamais été la sienne.
Quelqu’un, bien avant lui, avait déjà posé la main sur son destin.