Les Chroniques d'un Jedi - Tome 5 : C‘est la guerre !
Chapitre 8 — L’hémicycle
Le Sénat n’était jamais silencieux.
Même lorsque les débats semblaient clos, même lorsque les hologrammes s’éteignaient, il restait ce murmure constant : ambitions dissimulées, alliances fragiles, peurs soigneusement entretenues.
Alyna Rhee se tenait droite sur son estrade, le regard calme.
— Accorder davantage de pouvoirs d’urgence au Chancelier, déclara Mon Mothma depuis sa nacelle, c’est risquer de ne jamais les récupérer.
Un frisson parcourut l’assemblée. Certains sénateurs hochèrent la tête, d’autres détournèrent le regard.
Le Chancelier Palpatine, au centre, resta immobile et lorsqu’il parla, ce fut avec une douceur presque paternelle.
— La République traverse la plus grave crise de son histoire, dit-il. Refuser d’agir, aujourd’hui, serait abandonner ceux que nous jurons de protéger.
Les murmures reprirent, plus forts.
Alyna sentit le piège se refermer.
La peur parlait plus fort que la prudence.
Plus tard, loin de l’hémicycle, dans un couloir suspendu au-dessus du trafic incessant de Coruscant, elle retrouva Vyze.
Il portait encore l’uniforme sombre de la flotte. La guerre semblait l’avoir suivi jusque-là.
— Ils l’écoutent trop, dit-elle à voix basse. Même ceux qui doutent… ont peur de paraître faibles.
Vyze observa les flux lumineux de la ville.
— La peur est devenue une monnaie politique, répondit-il.
Elle se tourna vers lui.
— Mon Mothma veut que je m’oppose ouvertement à Palpatine, mais chaque mot contre lui semble renforcer son emprise.
Alyna inspira profondément.
— Dis-moi quoi faire.
Vyze resta silencieux un long moment.
— Ne l’attaque pas frontalement.
Elle fronça les sourcils.
Il posa une main sur la rambarde.
— Observe. Note. Tisse des alliances discrètes… as-tu prévu de rencontrer notre sénatrice de Naboo, Amidala ? J’ai cru comprendre qu’elle a un projet de décret ou je ne sais quoi contre le Chancelier… Retiens bien que le jour où il te faudra parler, ta voix devra être impossible à faire taire.
Alyna acquiesça lentement.
— Tu parles comme un stratège.
— J’ai appris que la vérité qui arrive trop tôt… meurt seule.
Alyna le fixa, troublée.
— Tu parles comme quelqu’un qui ne croit plus aux institutions.
— Je crois aux personnes, corrigea Vyze. Et à celles qui refusent d’oublier. Sache que quoi que tu décides de choisir, je serai toujours là pour te soutenir.
— Toi et la Cinquième flotte ? Tu me suggère un coup d’état ?
— Non, bien sûr que non, je voulais dire, je serai là en tant qu’époux.
Plus tard encore, seule dans ses appartements, Alyna consulta des dossiers. Votes d’urgence. Décrets temporaires. Mesures reconduites sans débat.
Chaque ligne prise séparément semblait justifiable mais ensemble, elles dessinaient autre chose.
Elle leva les yeux vers les étoiles artificielles du dôme.
— Jusqu’où iras-tu ? Murmura-t-elle.
Sur le Delphinus, à des années-lumière de là, Vyze ressentit un léger trouble dans la Force.
Rien de précis, rien de violent, juste… un déséquilibre lent.
— La guerre gagne aussi l’intérieur, dit-il à Jaden qui se tenait près de lui.
— Le Sénat ?
Vyze hocha la tête.
— Et quand les décisions cessent d’être débattues…
— Les batailles deviennent inévitables, termina Jaden.
Le vaisseau poursuivit sa route dans l’hyperespace.
La galaxie semblait tenir debout.
Mais ses fondations commençaient à se fissurer.