Les Chroniques d'un Jedi - Tome 4 : La Dissidence
Chapitre 5 — Invitations
La salle du Conseil n’était pas pleine.
Tous les maîtres n’avaient pas été conviés.
Seulement ceux dont l’avis comptait lorsque les certitudes vacillaient.
Sifo-Dyas se tenait debout, au centre.
— La République est vulnérable, déclara-t-il sans détour. Les récents événements ont montré que notre dépendance à la diplomatie et aux Jedi ne suffit plus.
Un murmure parcourut l’assemblée.
Mace Windu plissa les yeux.
— Que proposes-tu, Sifo-Dyas ?
Il inspira profondément.
— Une armée… Une force capable de répondre immédiatement aux menaces, sans attendre que le Sénat se mette d’accord… ou que nous arrivions trop tard !
Le silence fut lourd.
— Une armée sous l’autorité de qui ? Demanda Kit Fisto.
— De la République, bien sûr !
— Et financée comment ? Ajouta Ki-Adi-Mundi.
Sifo-Dyas hésita une fraction de seconde.
— Il existe des moyens.
Vyze observait la scène sans intervenir.
Dans la Force, quelque chose vibrait mal.
— Des généraux, les Jedi, ne sont pas, dit enfin Yoda. Et une armée… l’équilibre troublerait.
— L’équilibre est déjà rompu, répondit Sifo-Dyas avec une fermeté nouvelle. Nous refusons simplement de l’admettre !
Les regards se tournèrent vers Vyze.
— Tu es silencieux, remarqua Mace Windu. Ton avis ?
Vyze choisit ses mots.
— Une armée peut protéger… Mais elle peut aussi obéir à des ordres que plus personne ne questionne.
Sifo-Dyas soutint son regard.
— Et rester immobile n’a jamais sauvé personne.
Yoda abaissa légèrement les oreilles.
— Méditer, nous devons.
La réunion fut levée sans décision.
Mais chacun savait que quelque chose venait d’être lancé.
Plus tard à l’opéra, la loge était plongée dans une pénombre élégante.
La musique de l’opéra montait en vagues lentes depuis la salle, nappes de cordes et de voix anciennes, chantant des conflits oubliés et des empires déchus. Les spectateurs les plus influents de Coruscant occupaient les rangs inférieurs. Ici, au-dessus, on venait pour être vu… ou pour ne pas l’être.
Vyze se tenait près de la balustrade, bras croisés sous sa cape sombre.
— Tu n’as pas l’air très attentif à la représentation, murmura Alyna Rhee en prenant place à ses côtés.
Il tourna légèrement la tête.
— J’écoute autre chose ce soir.
Elle esquissa un sourire, à peine visible.
— Voilà qui est flatteur… ou inquiétant.
Ils gardèrent un instant le silence, tandis que la musique emplissait l’espace. En contrebas, les voix s’élevaient, tragiques.
— Le Sénat est agité, dit Alyna à voix basse. Les mots sont polis, mais les intentions… beaucoup moins.
— Les Jedi aussi, répondit Vyze. Et quand les deux s’agitent en même temps, la Force devient bruyante.
Elle l’observa, intriguée.
— On parle d’une armée, continua-t-elle. Une vraie. Pas des gardes ou des forces locales. Une armée de la République.
Vyze ne répondit pas immédiatement.
— Un Jedi ne devrait pas craindre les soldats, dit-elle doucement.
— Je ne crains pas les soldats, répondit-il. J’ai peur de ceux qui les envoient.
Alyna hocha lentement la tête.
— Tu sais ce qui m’inquiète le plus ? C’est que cette idée trouve autant d’oreilles attentives.
Leurs regards se croisèrent, sérieux.
— C’est pour cela que je t’ai proposé de t’éloigner un temps, dit Vyze. Pas pour fuir… mais pour respirer.
— Ta maison secondaire, murmura-t-elle. Loin du Sénat, loin des intrigues et loin de Coruscant…
Elle sourit, plus sincèrement cette fois.
— Tu sais que beaucoup verront cela comme une prise de position ? Surtout dans ma situation avec Kaelen…
— Je sais, j’aimerai que nous passions plus de temps ensemble, mais l’Ordre ne l’autoriserait pas... Et je ne cherche pas à te détourner de ton devoir.
La musique enfla. Sur scène, une héroïne chantait la trahison et l’exil.
— Et si je venais seule ? Demanda Alyna. Sans toi. Pour éviter les regards.
Vyze réfléchit un instant.
— Alors tu serais libre d’y penser sans pression. Et si tu décides que tu veux que je te rejoigne… je viendrai.
Elle le fixa, troublée.
— Tu es un Jedi étrange, Vyze.
— Je sais.
Un rire discret échappa à Alyna.
— Très bien ! J’irai.
Ils restèrent là, côte à côte, tandis que l’opéra poursuivait son récit de chutes et de promesses brisées.
Ni l’un ni l’autre ne remarqua le regard attentif d’un homme, quelques loges plus loin, dissimulé derrière un masque cérémoniel.
Un regard ancien… Calculateur…