Les Chroniques d'un Jedi - Tome 4 : La Dissidence
Chapitre 4 — Ce qui se prépare
Les couloirs du Temple Jedi étaient inhabituellement calmes.
La lumière y était douce, presque trompeuse. Elle donnait l’illusion d’un ordre immuable, alors que sous la surface, les certitudes commençaient à se fissurer.
Sifo-Dyas attendait près d’une baie ouverte sur Coruscant.
Il ne se retourna pas lorsque Vyze et Jaden approchèrent.
— La Force est agitée aujourd’hui, dit-il simplement. Comme avant un orage.
— Ou avant une décision, répondit Vyze.
Sifo-Dyas sourit.
— J’espérais que ce serait toi.
Il se tourna enfin.
Ses traits portaient la fatigue de ceux qui dorment peu, mais son regard était clair, déterminé.
— On raconte que tu vois loin, Vyze. On raconte aussi beaucoup de choses.
— Oui, mais certaines rumeurs sont plus proches de la vérité que d’autres.
Jaden resta légèrement en retrait, observant en silence.
Sifo-Dyas croisa les bras.
— Dis-moi… As-tu déjà eu l’impression que les Jedi arrivaient trop tard ?
Vyze répondit sans hésiter :
— Trop souvent.
Un silence lourd suivit.
— La République est fragile, reprit Sifo-Dyas. Les débats l’affaiblissent… Et nos interventions sont… limitées.
— La Force ne se précipite pas, répondit Vyze.
— Non, concéda Sifo-Dyas. Mais ceux qui la menacent, eux, n’attendent pas.
Il marqua une pause.
— J’ai envisagé des solutions qui ne plaisent pas à tout le monde.
Vyze inclina légèrement la tête.
— Les solutions qui dérangent sont rarement mauvaises en soi, c’est leur usage qui les condamnes.
Un éclair passa dans le regard de Sifo-Dyas.
— Exactement !
Il fit quelques pas, comme s’il mesurait l’espace.
— Dis-moi, Vyze… Jusqu’où irais-tu pour éviter une catastrophe que personne d’autre ne voit venir ?
La question resta suspendue.
— Assez loin pour ne pas rester immobile, répondit Vyze. Mais jamais au point d’oublier pourquoi je marche.
Sifo-Dyas le fixa longuement.
— Alors nous ne sommes pas si différents.
— Peut-être, dit Vyze. Ou peut-être que nous marchons vers le même horizon par des chemins opposés.
Jaden intervint enfin :
— Et quand ces chemins se croisent ?
Sifo-Dyas sourit tristement.
— Alors l’Histoire décide à notre place.
Il se tourna de nouveau vers la baie vitrée.
— Quoi que tu entendes à mon sujet, Vyze… Sache que je n’agis pas par ambition.
— Je n’en doute pas.
— J’agis parce que j’ai peur !
Le mot résonna plus fort que tout le reste.
— La peur peut être un avertissement, dit Vyze.
— Ou une chaîne.
— Je prie pour qu’elle soit la première.
Ils se séparèrent sans promesse, Vyze nota cette conversation dans son journal.
Mais dans la Force, une ligne invisible venait d’être tracée.
Deux visions.
Un même futur incertain.
Et quelque part, dans l’ombre, quelque chose écoutait déjà.