La colère de Kamino

Chapitre 7 : La Lumière au cœur des Ténèbres

2518 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/05/2026 21:37

L’espace d’un battement de cœur, le temps se figea sur la passerelle de maintenance. Kit Fisto sentit la pulsion meurtrière de la Kaminoan déferler dans l'Équilibre comme une vague Sombre, et les rafales de vent s'intensifièrent autour du Nautolan tandis que la pluie redoublait, virulente, presque douloureuse sur son visage.


Il regardait la scène avec impuissance mais sa paume se tourna malgré tout instinctivement vers le manche de son sabre laser, quelque part sur le sol métallique. Il ne pouvait en effet se résoudre à abandonner le combat et sa Sœur du Temple face au mal qui rongeait Tipoca City de l'intérieur.


Et dans ce même instant suspendu, là où la main de Ven Si entamait son geste pour enfoncer l'aiguille dans sa peau bleue, Aayla cessa complètement de lutter. Elle rejeta son épuisement, sa noyade dans les Ténèbres et sa souffrance. Elle laissa couler toute sa haine et son désespoir hors de son être, refusant elle aussi de céder face à l'Obscurité grandissante. La jeune femme s'abandonna totalement au Tout, ne faisant alors plus qu'un avec la Force, et elle devint aussi fluide et insaisissable que l’eau qui ruisselait sur son corps meurtri.


​D'un mouvement souple et rapide, la Jedi se déroba de l'emprise de la Kaminoan et elle s'accroupit brusquement au sol, hors de portée de la menace létale.


​Ven Si n'eut que le temps d'entrouvrir la bouche, surprise par ce dégagement aussi inattendu que fulgurant. Emportée par son propre élan et la fureur de son geste, la scientifique dérapa sur le métal glissant et sa main, lancée pour tuer, ne rencontra que le vide là où se trouvait la gorge d'Aayla un instant plus tôt. Dans son déséquilibre, l'aiguille de la seringue vint frapper son propre bras blafard, s'y enfonçant profondément. Le piston s'abaissa alors dans un déclic métallique ferme, telle une sentence irrévocable.



​-Nooooon ! hurla la Première Assistante dans une longue plainte furieuse.



​La Kaminoan s'écroula lourdement sur la passerelle, comprenant à peine ce qui lui arrivait, ses doigts toujours fermement crispés sur le piston du dispositif.

Aayla et Kit se précipitèrent sur elle, s'agenouillant côte à côte devant son long corps secoué de spasmes d'agonie.

Mais ils étaient impuissants.

Le nanovirus, libéré dans une souche pure et concentrée, dévorait déjà les fonctions vitales de Ven Si avec une implacable efficacité.


Le regard de la scientifique, encore empreints de mépris et d'assurance quelques secondes auparavant, s'éteignit dans une ultime lueur de terreur, fixant un Sombre horizon qu'il n'atteindrait jamais. La mort accueillit alors la Première Assistante, ironiquement terrassée par l'arme biologique qu'elle avait elle-même créée.


Aayla et Kit restèrent un long moment à genoux devant son corps, parfaitement immobiles et silencieux, tandis que le chaos des éléments se calmait peu à peu autour d'eux.

​Le vent, qui hurlait depuis leur arrivée sur Kamino, sembla s'apaiser dans un long soupir de soulagement. Les vagues cessèrent de marteler les structures métalliques de Tipoca City pour ne plus former qu'un clapotis régulier qui n'était pas sans rappeler l'éternel ronronnement de la matrice de gestation des Clones.

Et la pluie, cinglante et agressive, se mua en une brume légère qui caressait désormais les visages des deux Jedi avec douceur. C'était comme si la planète elle-même s'apaisait enfin en célébrant la victoire de la Lumière.


​Dans cette paix retrouvée, la main d’Aayla chercha instinctivement un appui et elle rencontra celle de Kit Fisto. Leurs doigts se joignirent, s'entrelaçant sans retenue tandis que le ciel s'éclaircissait au-dessus d'eux.


Durant un bref instant, il n'y eut plus de mission, plus de République, plus de guerre. Il n'y avait que deux âmes en parfaite harmonie, unies par un degré de compréhension que peu d'êtres vivants pouvaient espérer atteindre. Ils se voyaient simplement, s’entendaient, vibrant à l'unisson dans l'univers et bien au-delà, au sein même de la Force et de L'Équilibre.



​* Merci de m’avoir sauvée, Kit. Sans toi... je me serais noyée dans mes propres Ténèbres *



​Le Nautolan tourna son visage olive vers elle, ses immenses yeux noirs reflétant une incroyable sérénité. Sa voix résonna dans l'esprit de la Twi'lek, douce et immuable, telle une promesse gravée dans l'éternité :


* Je ne l'aurais pas permis, Aayla. Je ne laisserai jamais aucune Obscurité vaincre ta Lumière *





                            ***





L'intérieur du Centre de Clonage principal avait repris ses airs de sanctuaire immaculé habituels. Les alarmes écarlates s'étaient tues, remplacées par l'éternel silence clinique du lieu.


Mais dans le dôme de purification qui se trouvait au sous-sol de Tipoca City, une toute autre ambiance était à l'œuvre. L'intégralité des équipes médicales et scientifiques de Kamino se tenaient immobiles telles d'immenses statues opalescentes. Seuls leurs longs cous ondulaient légèrement devant les corps de leurs consœurs décédées, trahissant leur trouble.


​Sayn Ta et Ven Si gisaient côte à côte sur des lits de minéraux translucides, chacune drapée d'une robe nacrée dont le tissage semblait fait de fibres inconnues. Une lumière bleutée mouvante provenait de partout et nul part à la fois et se reflétait dans la vaste crypte sous-marine, imitant les miroitements des profondeurs océaniques. Un chant basse fréquence, sans doute animal, faisait vibrer les parois du dôme immergé dans une complainte quasi inaudible.

C’était ce que les Kaminoans appelaient le retour au Grand Océan, une manière pour ce peuple tourné vers les technologies de pointe de rendre à la nature ce que la science lui avait temporairement emprunté.


Et malgré l'atrocité de sa trahison, la Première Assistante bénéficiait du même traitement que sa victime. Pour les Kaminoans, Ven Si n'était pas une criminelle au sens Républicain du terme : elle était une brillante scientifique qui avait simplement été pervertie par les courants aléatoires de la galaxie, emportée par d'Obscurs griefs totalement étrangers à leur race. Les siens ne lui tenaient pas rigueur pour ses actes, ils déploraient simplement les circonstances qui avaient conduit à cette tragédie.


​Les Chevaliers de la Force, qui avaient quitté leurs tenues d'emprunt pour revêtir leurs tuniques de Jedi habituelles, observaient la cérémonie en retrait, frappés par ces rituels d'une beauté inattendue.



* Ils se tiennent éloignés de la nature toutes leurs vies durant, et ils ne s'approchent de la splendeur du monde extérieur qu'à leur mort... *



* C'est ainsi qu'ils ont toujours fait, Aayla. Et c'est ce qu'ils feront toujours. Car telle est leur voie *



​La célébration s'acheva dans la pudeur et un silence quasi total, seulement brisé par les chants marins qui s'élevaient toujours sous la voûte. Taun We s'approcha alors lentement des deux Jedi, son visage pâle légèrement incliné au bout de son interminable cou.



​-Maîtres Jedi, annonça-t-elle de son ton calme et posé, quatre autres bataillons de clones ont péri suite à la propagation du nanovirus avant que nous ne puissions intervenir.



​Kit Fisto croisa ses mains dans ses manches, les yeux sombres et insondables, tandis qu'Aayla baissa la tête en retenant un soupir navré. Tant de vies avaient été prises par une simple ambition, sous l'appel si séduisant et destructeur des Ténèbres.



​-Mais Maître Sayn Ta avait sans doute pressenti que l'équilibre du Centre était menacé, poursuivit la dignitaire. Juste avant sa mort, elle a consigné la formulation exacte du vaccin dans un fichier crypté, dissimulé sous plusieurs niveaux de sécurité informatique. Ven Si pensait avoir tout détruit avant de s'enfuir, mais elle a sous-estimé la prévoyance de sa Supérieure. Grâce à sa transmission, l'équipe scientifique a pu à nouveau synthétiser l'antidote et nous avons entamé une vaccination de masse grâce à nos droïdes médicaux : plusieurs armées sont d'ores et déjà immunisées.



​Une haute silhouette s'approcha du trio d'une démarche lente, et Taun We s'effaça avec déférence. Le nouveau venu était vêtu d'une robe gris perle dont l'imposant col remontait dans sa nuque, soulignant l'importance de son statut dans la société. Son regard sombre mais brillant d'intelligence se posa sur la Twi'lek puis sur le Nautolan.



​-Je vous présente Lama Su, Premier Ministre de Kamino, murmura Taun We en se courbant respectueusement .



​-Nous vous sommes infiniment reconnaissants, Maîtres Jedi, déclara Lama Su d'une voix profonde. Vous avez mis fin à un complot qui aurait pu ternir notre réputation au sein de la galaxie et vous avez réussi à sauvegarder l'essentiel de notre production de Clones.



​-Ce sont des hommes que nous avons sauvés aujourd'hui, Premier Ministre, corrigea Aayla d'une voix calme mais ferme.



​Lama Su inclina la tête à son tour. S'il ne saisissait pas la nuance morale des émissaires Jedi, il respectait néanmoins l'idéologie de ses clients les plus prestigieux.



​-Nous ne l'oublierons pas, enchaina-t-il solennellement. Maintenant, si vous le voulez bien, Taun We va vous conduire vers vos divisions respectives. L'heure de votre départ a sonné.




                             ***




​Le trajet vers le hangar de déploiement fut une véritable démonstration d'obéissance militaire. À travers les baies vitrées qui bordaient les interminables couloirs du Centre de Clonage principal, Kit et Aayla virent les dômes d'entraînement et les salles d'apprentissages reprendre vie.


Les plus jeunes Clones s'étaient remis au travail, étudiant en silence devant leurs écrans parfaitement alignés, un casque sensoriel posé sur leurs boucles brunes.


Des escouades entières de soldats défilaient, le bruit de leurs pas cadencés résonnant dans les corridors sans fin, rejoignant leurs affectations et leurs Commandants.


Et toute cette agitation semblait répondre au bourdonnement éternel de la matrice de gestation, cette usine à vie qui continuait de palpiter au centre de la cité, indifférente, comme si l'horreur et la mort n'avaient jamais frappé. Les Jedi apercevaient parfois ses immenses rouages circulaires bleutés à travers les vitres devant lesquelles ils passaient, mais ils n'avaient pas besoin de voir pour sentir les centaines de milliers de cœurs identiques qui continuaient d'y battre à l'unisson, poursuivant leur croissance accélérée, imperturbables.



* Nous avons réussi, Kit, nous avons évité un massacre même si nous n'avons pas pu tous les sauver *



* Mais une Ombre demeure encore, malheureusement. Tant que le complice séparatiste de Ven Si ne sera pas démasqué, nul ne sera à l'abri au sein de la galaxie *



* Si ce Seigneur Tyranus a pu corrompre une Kaminoan ici-même, je crains que cette guerre ne soit bien plus sombre que ce que le Conseil imagine, Kit. L'ennemi peut déjà avoir revêti n'importe quel visage *



* C'est une bien Sombre vérité. Mais nous devons garder la foi en la Force, la Lumière et la République. Car telle est la voie des Jedi *



Le trio atteignit enfin enfin une vaste coursive qui surplombait le hangar de lancement.

Deux armées distinctes y étaient rangées en colonnes serrées telle un océan de plastoïde d'un blanc étincelant sous la lumière artificielle.



​-Maître Fisto, annonça doucement Taun We, voici MNK-2395. Il commande la 72ème division qui vous a été assignée.



​Un soldat s'avança, son casque calé sous le bras gauche. Son visage hâlé était résolu, et une détermination sans faille animait son regard sombre.



​-À vos ordres, mon Général, scanda-t-il d'une voix militaire en se plaçant devant le Nautolan.



​Kit Fisto sourit et donna un coup amical sur le plastron du clone, faisant craquer son armure immaculée au niveau de l'épaule.



​-Pas tant de manières avec moi, je vous en prie, plaisanta le Jedi. Si nous passons notre temps à nous saluer, nous n'aurons jamais le temps de gagner cette guerre. Et puis entre nous, cette armure vous va très bien, même si elle manque cruellement de vert !



​Le Clone resta immobile devant le Nautolan, ne sachant apparemment que faire. Il était entraîné à obéir aux ordres, pas à répondre aux traits d'esprit dont il ne saisissait pas le sens. Kit observait quant à lui son Commandant avec malice, un large sourire aux lèvres, savourant le léger trouble qu'il venait d'instaurer chez lui.



​-Et Maître Secura, continua Taun We, voici le commandant LBY-2285. Il dirige la 17ème division qui sera désormais sous vos ordres.



​Un second soldat se détacha des rangs et s'immobilisa devant Aayla. En le voyant, la Twi'lek sentit son cœur se serrer. Il était Aby. Il était tous ces frères qu'elle avait vus tomber dans le sable ocre du dôme d'entraînement.



​-Bonjour, Commandant... Bly, murmura-t-elle doucement, lui attribuant d'emblée un nom pour célébrer son individualité. Je suis heureuse de faire votre connaissance.



​-À vos ordres, mon Général, répondit Bly avec un impeccable salut réglementaire.



​Aayla échangea un regard avec Kit. La tempête de Kamino s'était tue, mais une autre, bien plus vaste, s'apprêtait à embraser la galaxie. Et ces hommes, ces nouveaux soldats de la République casqués de blanc, étaient peut être la clé de leur victoire sur L'Obscure menace qui planait sur eux.


Et tandis que les propulseurs des navettes commençaient à gronder, faisant vibrer le sol sous leurs pieds, la jeune femme sentit une certitude l'envahir. Elle ne commandait pas des produits, ni des matricules. Elle menait des hommes vers un destin incertain, et elle se jura que, tant qu'elle aurait la force de tenir son sabre laser en main, aucun d'entre eux ne perdrait la vie inutilement.


​Les deux Jedi s'engagèrent finalement sur les passerelles de leurs vaisseaux respectifs sans un regard en arrière, suivis de leurs nouveaux Commandants et de leurs armées.


Bientôt, Tipoca City ne fut plus qu'un point minuscule au milieu de l'océan de Kamino, puis Kamino elle-même finit par disparaître dans l'immensité de l'espace.


Et alors que les vaisseaux s’éloignaient vers les étoiles et la guerre dans des directions opposées, Aayla sentit la présence de Kit Fisto demeurer auprès d'elle, intacte au cœur de la Force telle une lueur familière, immuable, qui ne la quitterait désormais plus jamais.

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